Comment commencer? Je vais faire un petit parallèle de ce film et de ma vie actuelle. Un peu acrobatique, mais ça me vient comme ça.
J’ai vu ce film il y a longtemps, et je n’ai rien compris ; pourtant, il avait quelque chose… Oui : il avait Keanu Reeves.
Keanu Reeves, c’est pas Brad Pitt, mais on peut se consoler avec, non?
Et il y avait aussi River Phoenix. Paix à son âme.
J’ai revu ce film il y a deux ou trois ans, et là je l’ai compris. Le seul truc qui me paraissait curieux dans ce film, je l’ai compris en faisant une petite recherche fissa pour préparer mon post, à savoir que le rôle de Keanu Reeves, assez dramatique (mon père est maire de la ville, je le rejette et je vis parmi les marginaux, position dramatique, sympathique certes, mais hyper curieuse dans un film américain, même de Gus Van Sant - quand les américains font originaux ils font soit …bon, Woody Allen, mais il n’est pas américain, il est de New York, soit ils mettent du deuxième degré dans la violence ou dans autre chose, mais là, pas de deuxième degré, du théâtral bizarre) a été inspiré par un personnage de Shakespeare, aaaah, tout s’explique pourquoi ça fait théâtral.
C’est quand que Gus Van Sant adapte Lorenzaccio, mmmm? Ou Tarentino? Si c’est pas du théâtral, ça. Lorenzaccio veut tuer le méchant monsieur qui a pris le pouvoir et il joue les amis du méchant, le lâche et le dégénéré pour ne pas être soupçonné, alors tout le monde croit que c’est un pourri mais en fait non, c’est un mec super et, à la fin, si je ne m’abuse, il meurt. Seule une jeune fille pure et charmante croit en lui. Imagine avec … non, mais tiens, ça une autre fois. Imagine avec. Là je m’égare. Bon, ça se passe à Florence au 16ème siècle mais on peut toujours s’arranger avec ces trucs là.
Oui, My Own Private Idaho, donc on sait que Gus Van Sant lit Shakespeare. Pourtant, Shakespeare, c’est plein de sang…
Bon, alors le pitch, l’idée du film.
Keanu Reeves et River Phoenix vivent dans les bas-fond de Seattle. Ils se droguent et se prostituent pour vivre. C’est assez cradoc. De temps en temps, ils se retrouvent chez des riches bourgeois de la ville, seuls ou à plusieurs.
River Phoenix est narcoleptique, c’est à dire que ponctuellement il s’endort. Surtout quand il est stressé.
Ils sont fort copains avec un sorte d’apôtre de la déchéance et de la loose (Pidgeon), pas très sympathique, et dont Keanu Reeves se dit le fils spirituel.
L’histoire étant assez incohérente, il s’avère que les deux héros, tous deux charmants, je le précise, enfin pour moi, je n’oblige personne, se retrouvent en dehors de la ville, dorment dehors, autour d’un feu de camp, et là, River Phoenix avoue à Keanu Reeves qu’il l’aime. Rien que pour ça, le film vaut le coup. Je voudrais bien revoir cette scène, d’ailleurs avec un peu de bol elle est sur You Tube. Mais bon, You Tube c’est juste comme ça, c’est mieux au cinéma.
Cette scène est géniale, on a envie d’aller faire un calin à River Phoenix parce que il est tout triste, l’autre l’aime peu probablement, en plus il lui dit ça d’une façon qui évoque vraiment celle d’un garçon de la rue qui ne sait pas dire des mots d’amour, du moins, dans mon esprit à moi, qui ait par ailleurs peu expérimenté les paumés, mais je suppose qu’ils ne sont pas tous très littéraire. Il est maladroit et Keanu Reeves l’écoute sans broncher.
Mais ça tourne mal pour River Phoenix. En effet, les deux héros partent en Italie rejoindre, précisément je crois, le gourou crade. Keanu Reeves est un paumé friqué, rappelons-le, donc no soucy pour le billet d’avion.
Mais là en Italie Keanu rencontre une fille !!! pas de bol pour River Phoenix, qui s’étiole visiblement, mais reste là, tout mignon, que je lui ferais bien des calins pour le consoler. Mais il s’en fout puisqu’il aime Keanu Reeves. Je le comprends, moi aussi j’aime Keanu Reeves.
Et Keaunu se tire avec la fille (elle est mignonne, travailleuse et bien élevée, bien quelle sorte de la campagne italienne, pas du tout la cicciollina). Il plante River Phoenix en lui laissant du fric et un billet d’avion.
River se prostitue un peu en Italie, puis rentre et retourne à Seattle.
Et à la fin, un soir, alors qu’il zone avec des potes, il voit descendre Keanu et sa femme, tout beaux, tout propres, tout bien habillés, plus du tout ni zonard ni paysanne, d’une grosse voiture et ils vont dans un restaurant.
Pauvre River Phoenix.
Le vieux cradoc père spirituel de Keanu se dit : tiens, je vais aller le voir, il m’a toujours dit que quand il aurait hérité de son père (oui, entretemps le vrai père de Keanu est mort en lui léguant sa fortune, c’est pas à moi que ça arriverait) il le partagerait avec moi.
Donc il entre dans le restau, où il n’est pas vraiment dans le look. Là, de dos, Keanu lui sort un discours assez incompréhensible, mais ça doit être Shakespeare, sur le thème, comme je t’aime plus que moi-même, va te faire voir.
Et le vieux clodo sort et il meurt d’une crise cardiaque.
Et les zonards l’enterrent dans le même cimetière que le vrai père de Keanu, en même temps (il y a un parallèle).
Et River Phoenix part tout seul. Il fait une crise de narcolepsie sur une route déserte avec une montagne au loin qu’on voit tout le temps dans le film, il se fait dépouiller pendant qu’il dort.
Il n’a plus rien.
J’ai raconté ce film comme une sagouine, je suis pas dedans, c’est nul. Je n’aime pas trop ce film, mais il y a des éléments merveilleux. La relation entre les deux garçons. J’adore, c’est touchant et poétique. La scène où River Phoenix exprime, laborieusement, son amour pour Keanu Reeves. La distance qui s’installe entre eux quand Keanu tombe amoureuse de la fille.
Ce qui m’avait touché dans ce film à l’époque, c’était l’amitié, ou l’amour, entre les deux personnages, ça ma rappelait des trucs perso, et puis l’évolution, quand ils partagent quelque chose, des moments, même si ces moments sont glauques, River Phoenix suit Keanu Reeves quoiqu’il advienne, et puis la fin, le moment où la relation s’atténue, disparaît, et où l’un des deux lâche l’autre, et celui qui aime se retrouve seul, avec tout ce que cette solitude peut avoir d’amer et de dépréciatif pour soi-même (River Phoenix est vraiment paumé, et Keanu Reeves joue avec ça. Parfois on rêve que l’autre vous tire de la merde… c’est ce que ça m’évoque, en fonction de ce que j’ai pu connaître…). Keanu Reeves avait le rôle du salaud, mais du salaud plein de charme.
Je vois les choses différemment aujourd’hui.
Keanu Reeves et River Phoenix sont hors du monde, dans l’univers “off” de la ville, de la société. River y est, il ne peut en sortir. Keanu fait ça pour emmerder son père, il ne fait que s’y promener. Dès qu’il trouve une bonne raison, il quitte ce monde et revient dans la vraie vie, avec sa copine, il tient à merveille son rôle de bon jeune homme. Avant, je m’identifiais à River, que je trouve encore touchant. Maintenant, je vois bien que Keanu n’avait pas le choix. Entraîner quelqu’un dans l’envers du monde, c’est peut-être une pose littéraire, un choix peut-être pour certains, mais tout le monde veut faire partie de l’endroit, non? Du monde réel? C’est pour ça qu’on a élu Sarko, non? On veut tous être riche, des battants, avec des Rollex, du fric, des copains riches qui nous prêtent des bâteaux et des avions? On veut épouser de belles étrangères avec bijoux, cultivées, élégantes et qui posent nues à l’occasion dans des journaux après avoir séduit la Jet-Set artistico-musicale occidentale, mais qui n’avaient pas de président dans le tableaux de chasse (quel talent, Carla !!).
Bref, on ne veut pas être des paumés. On en a peur. River Phoenix nous brise le coeur, mais on se sauve en courant, il va nous entraîner avec lui, on dormira sous des papiers journaux, nooon…
C’est pareil avec Tim. Bon, Tim a le chauffage, maman y veille, et je viens de découvrir (attention charmante) que maman envoie Hélia, une femme de ménage fort probablement africaine, pour nettoyer ponctuellement l’antre du jeune homme. Hélia a du reste trouvé les draps propres. Tim était au café d’en bas, grommelant qu’elle fout toujours le bazar dans ses branchements. Le fait est que quand je suis arrivée dans la chambre, et que je l’ai vue, on s’est regardé avec surprise toutes les deux, on ne s’attendait pas à se voir, et elle avait écarté avec décision une brassée de fil. “C’est vous qui avez lavé les draps? m’a-t-elle dit avec assurance. J’ai rougi et murmuré un truc. “Oh, je ferais le reste, j’ai l’habitude. Il est au café en bas. Je fais le gros, j’en ai pour deux heures.” Du coup je suis redescendue, chamboulée. C’est là que Tim m’a grommelé qu’elle fichait le bazar dans ses fils et que sa mère le faisait suer. Je lui ai suggéré de ne pas accepter. Il ne peut pas, elle lui coupe les vivres s’il n’accepte pas la femme de ménage. Mais tout ça l’emmerde. Tout ça quoi?
- Tout, quoi, dit-il en haussant les épaules.
Je vois. On voit tous. Moi aussi, je m’appelle Keanu Reeves, et lui ne s’appelle pas River Phoenix. Un jour, je regagnerai le vrai monde, dont, n’exagérons rien, je ne suis qu’à un pas.
Et on a bu des cafés.
(j’appelle les personnages du nom des acteurs, oui, c’est comme ça, je n’y crois pas aux personnages).








