le journal de Fanette

Entrée de janvier 2008

My own private Idaho

janvier 31, 2008 · 21 commentaires

Comment commencer? Je vais faire un petit parallèle de ce film et de ma vie actuelle. Un peu acrobatique, mais ça me vient comme ça.

J’ai vu ce film il y a longtemps, et je n’ai rien compris ; pourtant, il avait quelque chose… Oui : il avait Keanu Reeves.

Keanu Reeves, c’est pas Brad Pitt, mais on peut se consoler avec, non?

Et il y avait aussi River Phoenix. Paix à son âme.

J’ai revu ce film il y a deux ou trois ans, et là je l’ai compris. Le seul truc qui me paraissait curieux dans ce film, je l’ai compris en faisant une petite recherche fissa pour préparer mon post, à savoir que le rôle de Keanu Reeves, assez dramatique (mon père est maire de la ville, je le rejette et je vis parmi les marginaux, position dramatique, sympathique certes, mais hyper curieuse dans un film américain, même de Gus Van Sant – quand les américains font originaux ils font soit …bon, Woody Allen, mais il n’est pas américain, il est de New York, soit ils mettent du deuxième degré dans la violence ou dans autre chose, mais là, pas de deuxième degré, du théâtral bizarre) a été inspiré par un personnage de Shakespeare, aaaah, tout s’explique pourquoi ça fait théâtral.

C’est quand que Gus Van Sant adapte Lorenzaccio, mmmm? Ou Tarentino? Si c’est pas du théâtral, ça. Lorenzaccio veut tuer le méchant monsieur qui a pris le pouvoir et il joue les amis du méchant, le lâche et le dégénéré pour ne pas être soupçonné, alors tout le monde croit que c’est un pourri mais en fait non, c’est un mec super et, à la fin, si je ne m’abuse, il meurt. Seule une jeune fille pure et charmante croit en lui. Imagine avec … non, mais tiens, ça une autre fois. Imagine avec. Là je m’égare. Bon, ça se passe à Florence au 16ème siècle mais on peut toujours s’arranger avec ces trucs là.

Oui, My Own Private Idaho, donc on sait que Gus Van Sant lit Shakespeare. Pourtant, Shakespeare, c’est plein de sang…

Bon, alors le pitch, l’idée du film.

Keanu Reeves et River Phoenix vivent dans les bas-fond de Seattle. Ils se droguent et se prostituent pour vivre. C’est assez cradoc. De temps en temps, ils se retrouvent chez des riches bourgeois de la ville, seuls ou à plusieurs.

River Phoenix est narcoleptique, c’est à dire que ponctuellement il s’endort. Surtout quand il est stressé.

Ils sont fort copains avec un sorte d’apôtre de la déchéance et de la loose (Pidgeon), pas très sympathique, et dont Keanu Reeves se dit le fils spirituel.

L’histoire étant assez incohérente, il s’avère que les deux héros, tous deux charmants, je le précise, enfin pour moi, je n’oblige personne, se retrouvent en dehors de la ville, dorment dehors, autour d’un feu de camp, et là, River Phoenix avoue à Keanu Reeves qu’il l’aime. Rien que pour ça, le film vaut le coup. Je voudrais bien revoir cette scène, d’ailleurs avec un peu de bol elle est sur You Tube. Mais bon, You Tube c’est juste comme ça, c’est mieux au cinéma.

Cette scène est géniale, on a envie d’aller faire un calin à River Phoenix parce que il est tout triste, l’autre l’aime peu probablement, en plus il lui dit ça d’une façon qui évoque vraiment celle d’un garçon de la rue qui ne sait pas dire des mots d’amour, du moins, dans mon esprit à moi, qui ait par ailleurs peu expérimenté les paumés, mais je suppose qu’ils ne sont pas tous très littéraire. Il est maladroit et Keanu Reeves l’écoute sans broncher.

Mais ça tourne mal pour River Phoenix. En effet, les deux héros partent en Italie rejoindre, précisément je crois, le gourou crade. Keanu Reeves est un paumé friqué, rappelons-le, donc no soucy pour le billet d’avion.

Mais là en Italie Keanu rencontre une fille !!! pas de bol pour River Phoenix, qui s’étiole visiblement, mais reste là, tout mignon, que je lui ferais bien des calins pour le consoler. Mais il s’en fout puisqu’il aime Keanu Reeves. Je le comprends, moi aussi j’aime Keanu Reeves.

Et Keaunu se tire avec la fille (elle est mignonne, travailleuse et bien élevée, bien quelle sorte de la campagne italienne, pas du tout la cicciollina). Il plante River Phoenix en lui laissant du fric et un billet d’avion.

River se prostitue un peu en Italie, puis rentre et retourne à Seattle.

Et à la fin, un soir, alors qu’il zone avec des potes, il voit descendre Keanu et sa femme, tout beaux, tout propres, tout bien habillés, plus du tout ni zonard ni paysanne, d’une grosse voiture et ils vont dans un restaurant.

Pauvre River Phoenix.

Le vieux cradoc père spirituel de Keanu se dit : tiens, je vais aller le voir, il m’a toujours dit que quand il aurait hérité de son père (oui, entretemps le vrai père de Keanu est mort en lui léguant sa fortune, c’est pas à moi que ça arriverait) il le partagerait avec moi.

Donc il entre dans le restau, où il n’est pas vraiment dans le look. Là, de dos, Keanu lui sort un discours assez incompréhensible, mais ça doit être Shakespeare, sur le thème, comme je t’aime plus que moi-même, va te faire voir.

Et le vieux clodo sort et il meurt d’une crise cardiaque.

Et les zonards l’enterrent dans le même cimetière que le vrai père de Keanu, en même temps (il y a un parallèle).

Et River Phoenix part tout seul. Il fait une crise de narcolepsie sur une route déserte avec une montagne au loin qu’on voit tout le temps dans le film, il se fait dépouiller pendant qu’il dort.

Il n’a plus rien.

J’ai raconté ce film comme une sagouine, je suis pas dedans, c’est nul. Je n’aime pas trop ce film, mais il y a des éléments merveilleux. La relation entre les deux garçons. J’adore, c’est touchant et poétique. La scène où River Phoenix exprime, laborieusement, son amour pour Keanu Reeves. La distance qui s’installe entre eux quand Keanu tombe amoureuse de la fille.

Ce qui m’avait touché dans ce film à l’époque, c’était l’amitié, ou l’amour, entre les deux personnages, ça ma rappelait des trucs perso, et puis l’évolution, quand ils partagent quelque chose, des moments, même si ces moments sont glauques, River Phoenix suit Keanu Reeves quoiqu’il advienne, et puis la fin, le moment où la relation s’atténue, disparaît, et où l’un des deux lâche l’autre, et celui qui aime se retrouve seul, avec tout ce que cette solitude peut avoir d’amer et de dépréciatif pour soi-même (River Phoenix est vraiment paumé, et Keanu Reeves joue avec ça. Parfois on rêve que l’autre vous tire de la merde… c’est ce que ça m’évoque, en fonction de ce que j’ai pu connaître…). Keanu Reeves avait le rôle du salaud, mais du salaud plein de charme.

Je vois les choses différemment aujourd’hui.

Keanu Reeves et River Phoenix sont hors du monde, dans l’univers “off” de la ville, de la société. River y est, il ne peut en sortir. Keanu fait ça pour emmerder son père, il ne fait que s’y promener. Dès qu’il trouve une bonne raison, il quitte ce monde et revient dans la vraie vie, avec sa copine, il tient à merveille son rôle de bon jeune homme. Avant, je m’identifiais à River, que je trouve encore touchant. Maintenant, je vois bien que Keanu n’avait pas le choix. Entraîner quelqu’un dans l’envers du monde, c’est peut-être une pose littéraire, un choix peut-être pour certains, mais tout le monde veut faire partie de l’endroit, non? Du monde réel? C’est pour ça qu’on a élu Sarko, non? On veut tous être riche, des battants, avec des Rollex, du fric, des copains riches qui nous prêtent des bâteaux et des avions? On veut épouser de belles étrangères avec bijoux, cultivées, élégantes et qui posent nues à l’occasion dans des journaux après avoir séduit la Jet-Set artistico-musicale occidentale, mais qui n’avaient pas de président dans le tableaux de chasse (quel talent, Carla !!).

Bref, on ne veut pas être des paumés. On en a peur. River Phoenix nous brise le coeur, mais on se sauve en courant, il va nous entraîner avec lui, on dormira sous des papiers journaux, nooon…

C’est pareil avec Tim. Bon, Tim a le chauffage, maman y veille, et je viens de découvrir (attention charmante) que maman envoie Hélia, une femme de ménage fort probablement africaine, pour nettoyer ponctuellement l’antre du jeune homme. Hélia a du reste trouvé les draps propres. Tim était au café d’en bas, grommelant qu’elle fout toujours le bazar dans ses branchements. Le fait est que quand je suis arrivée dans la chambre, et que je l’ai vue, on s’est regardé avec surprise toutes les deux, on ne s’attendait pas à se voir, et elle avait écarté avec décision une brassée de fil. “C’est vous qui avez lavé les draps? m’a-t-elle dit avec assurance. J’ai rougi et murmuré un truc. “Oh, je ferais le reste, j’ai l’habitude. Il est au café en bas. Je fais le gros, j’en ai pour deux heures.” Du coup je suis redescendue, chamboulée. C’est là que Tim m’a grommelé qu’elle fichait le bazar dans ses fils et que sa mère le faisait suer. Je lui ai suggéré de ne pas accepter. Il ne peut pas, elle lui coupe les vivres s’il n’accepte pas la femme de ménage. Mais tout ça l’emmerde. Tout ça quoi?

- Tout, quoi, dit-il en haussant les épaules.

Je vois. On voit tous. Moi aussi, je m’appelle Keanu Reeves, et lui ne s’appelle pas River Phoenix. Un jour, je regagnerai le vrai monde, dont, n’exagérons rien, je ne suis qu’à un pas.

Et on a bu des cafés.

(j’appelle les personnages du nom des acteurs, oui, c’est comme ça, je n’y crois pas aux personnages).

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Un autre monde

janvier 30, 2008 · 25 commentaires

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Il ne s’agit pas uniquement de quelque chose de sexuel, quoique ça rentre en ligne de compte. Avec Tim j’ai découvert un chemin, en moi-même, dont j’ignorais l’existence, jusqu’à une sorte de néant fleuri, ou verdoyant. Hm. Rien n’a d’importance pour lui, absolument rien. Sauf écouter de la musique, absorber, sans aucune finesse, le minimum d’éléments nutritifs nécessaire à la survie, et réactiver constamment une sensualité aussi basique qu’enivrante. Avant-hier Dyns a parlé de dessous dans un post, les dessous impliquent pleins de choses, une préméditation, une réflexion, une abstraction. Rouge ou gris? Dentelles? fleurs? Guêpière? Porte jarretelles? Quand on part pour en acheter, on a une idée derrière la tête, au moins celle de sentir sexy pour soi, faire des effets devant Jacques ou Denis, épater sa copine parce qu’on est tellement mode. On peut discuter de l’opportunité d’associer un sentiment de beauté intérieure, ou extérieure, au sexe, on peut se dire que la seule beauté est intérieure, qu’on a pas besoin de ça, ou alors que si, il faut pimenter la vie affective, sexuelle, tout essayer… On peut dire des tas de trucs, mais on prémédite, donc on pense, quand on achète de jolis dessous.

Il n’y a rien de pensé ou de prémédité avec Tim. C’est comme si on était au début du monde, dans la jardin d’Eden, et que la vie déborde autour de nous. On ne sait pas très bien où l’un de nous deux commence, où l’autre finit. On écoute de la musique comme si nous n’étions qu’une seule personne, dans un sorte de Nirvana flottant, pré-orgasmique, en dormant à moitié, et parfois de l’émotivité affleure en l’un de nous (mais nous ne faisons qu’un) et alors nous gérons au mieux cette émotivité. Au bout d’un certain temps, c’est la matin et il faut que j’aille travailler, et quand j’ai passé la nuit avec lui, j’ai énormément de mal à me rappeller de ce qu’est conceptuellement, le travail : d’abord on se lève, ensuite on descend des escaliers, puis on marche à côté des voitures, puis un rentre dans un tuyau sous le sol, on rentre dans un wagon, on sort à l’air libre à côté d’autres voitures, et on arrive à un grand bâtiment, très semblables aux autres, on rentre et au fond de la cour il y a une grande pièce, une table, des gens, qui ne flottent pas du tout dans aucun nirvana, ils sont dans la vraie vie, soit : un autre univers, un ordinateur sur la table et je dois taper sur le clavier. Quand j’ai tapé en harmonie avec des impératifs extérieurs pendant un certain temps, je refais le chemin inverse et je reflotte dans un Nirvana musical préorgasmique. A la fin du mois, on me donne de l’argent avec lequel je peux acheter de quoi manger et m’habiller. Comme vous le voyez, rien de tout cela n’a vraiment d’importance. Le mieux, c’est le Nirvana, non?

Mais bon, ça va. La gourmandise me sauvera. J’avoue j’aime bien cet état second, même si ça ne peut pas durer. C’est comme des vacances. Mais Tim se fiche même du foie gras, du champagne, de la salade de mâche, des sushis. Non, parce que dans le système que je vous dis, on ne goûte pas la nourriture : on ingère des éléments organiques sans se prendre le chou.

Plusieurs commentateurs (dont je loue la prévenance) constatent cet état endehors du monde et me conseillent de fuir. Ils ont raison. D’autres me suggèrent de profiter de la situation : ils ont raison aussi.

Personne ne me connaît en fait, sauf moi. Ecrire le post d’hier et celui d’aujourd’hui m’a permis de prendre de la distance par rapport aux évènements. L’était d’esprit que je décris est potentiellement dangereux. Je pourrais, en continuant, basculer hors de la société ; tout lâcher, basculer dans ce néant exotique, mendier, et remonter le soir dans la chambre de bonne de Tim ; il est probable que le ban et l’arrière-ban de ma nombreuse parentèle débarquerait par vagues pour m’arracher à cette horrible situation ; je bénéficierai même peut-être d’un petit stage chez tata Etiennette (mon rêve) pour me réapprendre la vie petite-bourgeoise : les heures bienséantes du lever, laver, déjeuner, coucher, sans oublier la session prime-time de la télé le soir ; toutes les règles du bon petit soldat de la société de consommation.

Ils n’auront pas besoin de le faire, je vous rassure, je suis un petit soldat légèrement déserteur, mais si peu. Je m’envole dans un monde parallèle, mais je ne perds pas de vue le vrai monde. Pas folle, pas si folle ; ça me rappelle un film, tiens.

Oui, je disais qu’ici, je suis la seule à me connaître. Je sais jusqu’où je vais dériver. C’est une dérive fort agréable. La gourmandise au moins (et probablement, Yoyo le seul le vrai l’unique le clairvoyant, la fatigue des lessives, j’ai déjà assez de mal avec les miennes) me ramènera dans le vrai monde, celui où les gens ont des horaires bien fixés, comme j’en avais moi-même, et où les journées de bureau peuvent se terminer par des lessives des courses au Monop’ des cafés ou apéro pris dans des bars ou restos concrets, avec des paroles échangées qui raisonnent dans un air réel, et des aliments non virtuels que l’on apprécie en société (seuls, c’est moins bien).

Mais pour l’instant je flotte, je voyage jusqu’à l’aube du monde… Je n’avais jamais réalisé jusqu’à présent à quel point ce que nous désignons petitement par le vocable de sexe était à ce point le pivot de tout. C’est probablement dû au mot lui-même, réducteur.

Tiens, ça me rappelle un autre film. Chouette, je vais effectuer des incursions dans la monde semi-réel de la virtualité webesque pour faire un topo là-dessus.

(Aucun des deux films n’a de rapport avec le sexe).

Catégories : Tim
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Décalage

janvier 29, 2008 · 23 commentaires

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Je flotte actuellement dans le décalage, comme si, de façon assez agréable, ma vie avait quitté le sol pour planer ; sensation assez curieuse à expliquer.

Les heures de mes journées tournent exclusivement autour d’un certain jeune homme, bien que sa fréquentation m’accable toujours autant ; j’attends que ça me passe. Auparavant, lesheures de travail s’achevaient tranquillement et ma spoirée commençait, toujours chargée d’activités diverses et plaisantes, plus ou moins harmonieusement réparties : deux fois le sport, ou bien la piscine en d’autres temps, un à deux ciné par semaine, un à deux café/apéro dans un lieu ou un autre, avec le transport dans Paris, une à trois soirées amicales ou amoureuses en bonne et due forme, plus l’intendance, la lessive que je fais à la laverie en bas, les courses (il y a des heures ou les magasins sont fermés, et je préfère acheter une heure avant la fermeture du magasin, vers les 20 heures, il y a moins de monde, ou la dimanche matin à 9 heures 15, il n’y a personne et les rues de Paris sont toutes vides et propres, encore faut il être en état de se lever le dimanche matin).

Mes soirées étaient en général bloquées, et les heures que je passe chez moi à traîner (j’aime aussi être chez moi à traîner) étaient celles du samedi, voire du dimanche matin (on considère que la matin a des durées flexibles ; en semaine, le matin s’achève à midi ; le week-end, il peut durer jusque 16 heures, mais en général, à 14h30, ce n’est plus le matin).

Quoiqu’il en soit, c’est fini. On est en phase : addiction. J’ai eu des périodes “amoureuses”, ça y ressemble, mais quand on est amoureuse, on voit des zoizos partout. Là, pas d’oiseaux ; un impératif puissant, et irrésistible, que je n’analyse pas.

Les journées sont des comptes à rebours. J’ai énormément de mal à me concentrer. Je travaille beaucoup moins bien ; j’ai même du mal à feindre, à organiser mon non travail. A force de mal travailler, je n’ai plus la force de résister à la rigueur – je m’explique. Dans ce nouveau poste, une grande partie de mon activité consiste à m’organiser de telle sorte que j’ai toujours l’air de travailler, que j’ai toujours un max de truc prêts en avance, de façon à ne jamais me retrouver à la bourre par ma faute, ni par celle des autres (si je planifie super bien mon boulot, je peux gérer au mieux les arrivées intempestives de travail). Je fais tout cela avec l’air débordé, pour n’en laisser rien voir. Je tiens depuis 9 mois, alors qu’avant, venait toujours un moment où, prise d’une crise de confiance envers une chef ou une collègue, je lui montrais que j’avais du temps, que telle relecture ou correction était achevée ; deux mois après, tout le monde me prenait pour une fumiste. Aujourd’hui, je m’agite beaucoup en soupirant et en fronçant les sourcils et tout le monde loue mon professionnalisme.

Mais là, je n’arrive plus à prendre de l’avance en douce ; je ne parviens pas à faire semblant de bosser : je bosse pour de bon, sinon je me déconcentre. Je laisse traîner mes trucs sur le bureau, résultat en passant la Diva a jeté un oeil et constaté que j’avais fini le dossier truc, car je l’avais laissé ouvert à la vue de tous. Je m’empresse de préciser qu’elle ne m’en a pas du tout félicité, on n’est pas à l’école ; le truc doit être fini pour vendredi, j’ai finalisé hier, et je voulais relire mercredi, et faire la présentation jeudi, entre autres boulots ; alterner les tâches me permet de les aborder tête reposée, et de mieux repérer mes erreurs. Quand je suis enterrée dans un truc, à la fin j’en ai marre et je pourrais bâcler pour en finir. Quand elle a vu rapidos où ça en était, elle m’a demandé de finir pour aujourd’hui, j’ai refusé, je me suis fait engueuler. Complètement ailleurs, j’ai perdu l’intégralité de ma présence d’esprit ; je n’avais pas envie de débattre, ni de ferrailler avec elle. J’ai fini le dossier hier, un peu n’importe comment, du coup je n’ai pas attaqué d’autres trucs, donc je n’ai pas pu alterner les tâches et j’ai l’impression d’avoir trois montagnes à escalader.

J’essaie de ne pas penser à Timothée en travaillant, ce qui est extrêmement difficile ; je suppose que l’on peut considérer ce qui m’arrive comme une intéressante expérience. Il apparaît que les sentiments humains sont complexes. Je voudrais bien être amoureuse : à chaque fois que je l’ai été, j’étais très gaie et tout me paraissait enchanté. Le seul mot qui explique ce qui m’arrive, c’est l’envoûtement : je suis tombée sous le charme d’un enfant gâté dont je suis le jouet et qui ne joue avec moi qu’à un seul jeu. Il ne va pas à l’école, ne voit plus ses copains, je m’attends à ce que quelqu’un vienne me reprocher de l’accaparer, car il m’accueille en fin de journée après avoir dormi comme un loir dans son antre en me disant : je n’ai fait que t’attendre (ce qui est faux ; il a chatté sur internet, aussi).

Je n’ai plus de vie sociale, je ne vois plus personne sauf Coco pour le sport où je n’ai plus envie d’aller. Ma vie a pris les dimensions d’une chambre d’étudiant bordélique de 21 m2 avec un matelas par terre et un ordinateur avec enceintes, table de mixage et autres machins musicaux. J’ai fait la lessive des draps ce week-end, avec fatalité, non que je me sente investie de la mission sacrée de m’occuper de lui, mais je voulais dormir dans un truc propre, très basiquement (ça ne l’a pas gêné).

Je ne suis pas amoureuse, je répète, d’aillleurs je ne vois pas comment je pourrais l’être. Je l’ai dit, ça passe par le système nerveux central, ça ne monte pas jusqu’au cerveau.

Même quand je regarde Lui, il me semble le voir flotter dans un brouillard lointain et s’éloigner de moi. Ben et Sandrine aussi ; je n’ai plus envie de les voir. Je flotte comme une ombre dans ma vie, et le soir, je vais dans le 17ème et je grimpe au sixième étage d’un immeuble cossu.

Gaël m’a appelé, j’ai décliné sa proposition de cinéma.

Je suppose que ça va s’arrêter. J’attends.

Je vais tout de même essayer de trouver les mots pour exprimer ce que je ressens. J’y réfléchis aujourd’hui.

Catégories : Mes amours
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Patrick ou Maurice?

janvier 28, 2008 · 28 commentaires

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(J’ai ramé pour trouver vite une photo où il sourit comme il faut. Ouais j’ai pas retourné le Web faut pas pousser. Beaucoup de ses photos sont protégées, prudent le Patrick, il a raison, avec tous ces gens qui écrivent que des conneries il a raison)

Alors là, je vais parler d’un monsieur qui s’appellerait en fait Maurice, mais qui se fait appeler Patrick, ce en quoi il a bien raison.

Maurice Benguigui, qu’i disent, sur Wikipedia, et en fait on le connaît sous le nom de Patrick Bruel. Ouf. Maurice Benguigui, ça le fait pas : ce qui est une preuve (il en faut) du goût et d’un certain discernement chez le monsieur.

Pourquoi je parle de Patrick/ Maurice? En fait j’ai eu une insomnie samedi soir et j’ai pensé à lui (curieux, j’avoue). Pour moi, Patrick ça commence comme Brad Pitt mais ça finit pas pareil. Alors que je suis bon public, franchement, je suis pas difficile.

D’abord, positivons, parce qu’il le faut. La première fois que j’ai vu un film avec Maurice, je suis tombée amoureuse de l’autre acteur – c’est contradictoire, mais quand même, j’ai eu un bon feeling sur Maurice. Et pourquoi? A cause de son sourire. Le truc chez Maurice, Patrick je veux dire, c’est le sourire. Je vote pour que tous les mecs sourient comme lui. Petite lumière dans l’oeil, légère inflexion des lèvres, complice… rêveuse, puis inflexion plus prononcée… Voilà. Chaque fois que je vais chez des gens dans ma famille et que Maurice/Patrick passe à la télé, il est trop mignon quand le présentateur l’interview.

Donc, je ne savais pas qu’il était chanteur, je n’avais pas fait le lien entre certaines chansons et le sourire en question.

Et cependant, il chante. Ouais, d’une côté on peut pas avoir tout bon : c’est bien aussi un homme qui qui a un point faible.

Et il fait d’autres films, pas toujours extra.

D’un côté, si il sent qu’il faut qu’il joue dans des films, il faut qu’il se réalise. Peut-être qu’il aurait pas ce petit air mignon quand il sourit si il avait pas joué dans des films. Il lui resterait une petite frustration qui donnerait un truc crispé à son sourire.

On pourrait dire aussi qu’il aurait pu laisser un autre acteur jouer : oui, mais bon plus personne sait que tu t’appelles Maurice Benguigui (ça y fait, il y a des noms qui le font pas ; d’un autre côté, Gérard Lenormand… mais il a moyen fini sa carrière), tout le monde te prend pour Patrick Bruel, les gens t’aiment, tu souris super bien, les producteurs te veulent pour un film… Tu fais quoi? Hein?

Donc, retour sur sa carrière.

Au début il a fait, je suppose (j’ai pas suivi tout le début) : je suis mignon, je souris et je chante. Pourquoi pas, hein, il souriait quand même bien.

Après, il a a fait : ” Je sais aussi jouer du piano (vive les études classiques, y a que ça de vrai) et chanter en prenant l’air douloureux (piano = toujours un peu Chopin et Chopin = se faire plaquer par George Sand, donc piano = douleur, mais de l’âme, hein)”. Là, dans Wikipédia, ils disent qu’un autre public l’a découvert. Chouette, non?

Après, il a fait : “Patrick Bruel connait les vieilles chansons françaises et sait chanter avec un béret.” (Je suis pas trop sûre pour le bérêt, mais il me semble, non? Mais il n’avait pas de baguette, par contre, ça gêne pour le piano).

Après il a fait : “je travaille pour le ministère du Tourisme tunisien”, une meeeerveilleuse chanson, la seule que je connaisse vraiment de lui (j’ai honte un peu, avec tous les beaux trucs qu’il a chanté, quand même, mais bon) : Café des délices.

Bon, voilà pour sa carrière de chanteur.

Après, les films.

Je n’en ai pas vu beaucoup, mais je me souviens, j’avais 13 ans et j’ai vu L’union sacrée et je suis tombé amoureuse de Richard Berry. Après j’ai loué le film et je l’ai regardé en boucle. Ah, c’était bien. Donc, je ne me souviens même plus qu’il y avait Patrick Bruel dedans. Mais en fait si.

Ses films, j’en ai vu aucun, en tout cas au cinéma (c’est pas contre Maurice, mais si je paie pour voir quelqu’un sourire, mon choix se portera plutôt sur Brad Pitt). Mais j’ai vu à la télé la Maison assassinée ; d’après un roman de Pierre Magnan, que je recommande (le roman).

La première fois, j’ai vu surtout les vieilles pierres, j’aime beaucoup les vieilles pierres, et la campagne. La deuxième fois, j’ai vraiment trouvé qu’il jouait fabuleusement mal. Il ne sourit pas, ou pas beaucoup, alors que c’est quand même ce qu’il fait de mieux, non? Mais alors, c’est peut-être moi mais il joue à côté tout le long du film. Pourtant, j’essaie, je fais comme avec Brad Pitt, je me mets en mode “ahahahahah”, je suis bon public, j’aime tout. Mais alors que Brad Pitt je me sens toute drôle et je vois des étoiles partout, pas l’ombre d’une étoile ne survient quand je regarde Patrick(Maurice). Mince alors. ça sonne faux. Tout le film sonne faux. C’est pas Anne Brochet qui rattrape, hein. Pourtant j’ai rien contre la viole de gambe.

Alors voilà, ça me navre d’avoir à dire ça, j’ai honte vraiment, et je répète : il sourit bien. En plus si ça se trouve il est super fort au poker. Ah, voilà, ça c’est extra cool, un jouer de poker qui sourit. Mais pitié qu’il ne chante pas et ne joue pas la comédie.

Autre suggestion : il pourrait faire présentateur télé : on ne chante pas, on ne joue pas la comédie (enfin dans des proportions raisonnables) et on peut sourire d’un air gentil aux invités.

Bon, alors j’ai une question, enfin non, deux.

Mais d’abord une mise en garde.

Attention, ce blog pratique le respect de l’autre. On ne se moque pas des gens qui essaient d’être acteur ou chanteur. Tout le monde a le droit d’être nul. En plus lui il est super mignon. On compatit. Je veux dire, déjà il est nul, si en plus on se moque, c’est salaud. Donc tolérance, amour, respect, empathie. Même si vous adorez, vous pouvez venir me dire pourquoi, après, si je l’aime aussi, séduite par vosarguments, je verrais des étoiles si je le vois dans un film (parfois quand je vais dans ma famille, on se retrouve tous le soir pour regarder les navets à la télé ; c’est affreux ; mais si je vois des étoiles en regardant Patrick, ça fera un navet qui passera mieux ; oui, je regarde des navets en famille, je monte pas en faisant la gueule dès neuf heures, je les vois jamais, je fais du social).

Alors mes questions : primo, Patrick Bruel avait-il un bérêt en chantant les vieilles chansons françaises? Jouait-il du piano ou pas en même temps?

Deuxio, est-il pire chanteur ou acteur?

Tertio, est-ce que quelqu’un (des fois) trouve qu’il joue bien, et pourquoi?

Catégories : Non classé

Vive la soupe

janvier 26, 2008 · 12 commentaires

soupe1.jpg 

Voilà, tiens, je vais faire un post sur la soupe parce que ça faisait longtemps que je voulais parler de nourriture.

Je vais m’attacher pour ne pas dériver, et je ne parle que de soupe.

J’adore la soupe. Bon, d’abord, j’adore manger.

Mais manger c’est subtil. Selon moi. cela dépasse le simple aspect alimentaire.

Parfois, manger, c’est une fonction du corps : pour ne pas mourir de faim, enfin pour absorber de l’énergie.

Parfois c’est de la gourmandise.

Parfois c’est un plaisir ou une fête.

Parfois c’est une obligation.

Non, non, je ne parle que de soupe, le reste une autre fois.

Soupe, soupe.

Je fais, par exemple, de la soupe au vin. Mmmmm. Faire fondre le lard, quand il y a plein de gras dans la casserole, mettre les oignons et l’ail à blondir.

Déjà, ça sent bon.

Mettre d’autres légumes si vous voulez.

Couvrir, et les légumes s’imbibent de gras et deviennent tout mous, ça prend 10 minutes. Là vous mettez le vin, un bon verre. Vous laissez réduire à feu un chouia vif. Ça sent toujours bon.

Puis vous mettez le bouillon, ou l’eau. J’ai souvent du bouillon maison, non que je sois si cuisinière mais le bouillon tout prêt je déteste.

J’utilise du pain rassis pour épaissir ma soupe, oui, farpaitement, et comme ça je recycle, car la vie est dure et je préfère faire toutes les économies que je peux faire, et me payer un restau si l’occase se présente.

Ça fait pauvre, mais ça fait une super soupe.

Parce que quand je dis soupe, vous pensez peut-être un truc tristoune, mais non. C’est juste que la soupe, quand on la réchauffe au boulot, elle ne perd ni saveur ni qualité. Je veux dire, le micro onde dessèche, etc, donc les plat sont altérés, mais pas la soupe.

Quand je dis que la soupe est une nourriture spirituelle, il y a en a qui se marrent. Mais non. Pas rire. Si elle est bonne, et parce qu’elle est simple, elle nourrit, elle ne prend pas la tête, elle est totalement en dehors de la société de consommation.

Tim boit du coca et mange des chips. Parfait. Je n’ai rien contre un coca ponctuel, ni contre les chips. Mais le sucre, le gras et le sel, au delà de leurs implications hygiéniques, satisfont quelques besoins organiques tout en en créant d’autres. Comment expliquer? La vision d’un paquet de chips appelle en moi une autre vision, celles d’un monde occidental avec de plus en plus d’obèse, et ce n’est pas le surpoids qui me préoccupe, c’est que qu’il y a derrière, le geste de facilité, tendre la main, boire coca, picorer chips, c’est quoi, ça? Une fois de temps en temps, d’accord, mais régulièrement? S’asseoir au restau, communion sociale illusoire? Facilité trompeuse. Bon, là je dévie, c’est vrai.

La soupe, humble, bête, paysanne, archaïque, gouteuse, savoureuse, douce, modeste, me rappelle que je ne dois pas tout céder à mon ventre, qu’il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger, m’évite l’indécence du restaurant devant les SDF – voilà. Quand je fais une soupe, je mange un truc simple, pas sophistiqué, je dis non à de fausses conventions sociales qui nous emmènent tous à des restaurants où l’on n’a pas forcément envie d’aller.

Mais n’en déduisez pas que je n’aime pas les restaurant, surtout pas, j’aime tout, tout, j’aime boire, j’aime manger. Le jour où j’ai authentiquememt envie d’y aller, avec des amis, pour rigoler, là, c’est tout autre chose : c’est un choix, et ça devient un plaisir.

Mais j’aime la mesure.

Oui, vous me direz qu’en ce moment, je ne suis pas mesurée : Tim me chamboule, raison de plus pour rester mesurée dans certains domaines.

Je me demande si ce n’est pas une idée bizarre de parler de soupe, mais curieusement, ça me trottait dans la tête depuis un bout de temps. Comme de la nourriture au sens large , j’y viendrai.

Catégories : Fanette philosophe

Il ne se passe rien sauf que je mange de la soupe

janvier 25, 2008 · 24 commentaires

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Mais non, c’est pas cool que Pierre-Henri rappelle. Je fais déjà une connerie en sortant avec un ado gâté immature, je vais pas multiplier les âneries non plus. En plus il ne me fait aucun effet. Quand j’entends sa voix je me dis “Ah non pas lui pfff je l’avais oublié”.

Je l’éconduis, ce coup-ci, je lui dis que ce week-end non, la semaine prochaine non plus, non, je suis over, overbookée.

Voix pleine de regret. Ce que c’est bon d’être une femme de rêve – mais non, c’est pas bon, tu verrais Pierre-Henri  tu comprendrais,  en fait je n’attire que les nuls.

Rien, donc, sauf que je me réveille plus lucide et que je me sens plus distante de Tim (plus, mais pas totalement).

Je vais sur My Space pour retrouver les musiciens dont je me souviens et je mets les liens, je ne les connaissais pas, ou juste comme ça.

Billy Bragg.

Milosh.

Jehro.

Bon, voilà,  je bosse normal, j’essaie de ne pas espionner Lui, j’ai décidé de rester zen et de ne pas me faire de film, d’ailleurs à propos de film je vais au ciné ce soir, voir probablement Je suis une légende parce que j’aime bien Will Smith.

Je me fais des soupes avant de partir le matin, c’est glam, hein? Et je vais au boulot avec ma thermos de soupe.

Oui, la soupe me permet de manger zen et de tendre à une certaine austérité intérieure.

Toute relative.

Parce que je négocie avec moi-même et mon envie d’envoyer des messages à Tim.

A midi, après la soupe, je mange un rocher au chocolat.

On ne peut pas avoir la zénitude absolue.

Donc soupe + rocher.

Bon, je m’explique là-dessus, en fait je ne fais pas de régime, mais j’en ai marre de bouffer au restau des salades nulles, avec des gens que j’ai pas toujours envie de voir. La soupe me permet de manger des trucs bons (mes soupes sont bonnes), c’est facile à faire et à transporter, je mange ça toute seule, un peu d’intimité, et j’ai la sensation agréable de ne pas me gaver.

Je vais au restau une fois par semaine. Vous savez ces restaus tout petits où on se glisse en rassemblant contre soi son manteau son sac parce que d’autres sont déjà installés et entre le chinois, l’indien, le kebab, ça sent toujours le graillon et dès qu’on tape au dessus c’est cher et souvent lourds.

Je hais cette obligation d’aller manger dans ces trucs pourris où on n’a même pas le plaisir de la sortie. Attention, j’aime tous les restaus, même les kebabs, c’est la répétition, tous les midis où est-ce qu’on bouffe, que je déteste.

La soupe, dans sa simplicité, nourrit mon corps et ne surcharge pas mon âme de stress inutiles.

Oui, je suis un peu triste, négative, perturbée, c’est la musique, c’est Tim, faut que j’arrête, bon.

Un bon petit week-end chez Tata Etiennette, avec des heures réglées comme du papier à musique,  toutes les obligations de la vie qui se suivent bien en ordre, comme des petits soldats dans un défilé militaire, et pas ce laisser-aller dans le n’importe quoi et l’émotivité pure…

ça ira mieux demain, ou après demain, ou lundi.

Catégories : Fanette hésite
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Tout se complique

janvier 24, 2008 · 19 commentaires

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Bon alors traitons les choses avec méthode.

D’abord, je vais essayer d’arrêter de parler de Tim, c’est pas sérieux. je vais attendre que ça me passe. On va dire qu’il n’y a pas de Tim, ou alors j’en reparlerai quand j’aurai eu l’occasion d’avoir avec lui une conversation sur l’art, la littérature, la politique intérieure de la France, le monde du travail, etc.

Traduisez : pas tout de suite.

Quelqu’un me trouve difficile? J’aime les garçons normaux, c’est tout. Pas les types en Ray-ban qui me parlent des caratéristiques techniques de leur voiture/portable/Mac. Pas les adolescents attardés qui écoutent de la musique(même si elle est bien).

Je peux néanmoins avoir des faiblesses inexplicables, ou alors des blocages inexplicables.

Mais à part ça, j’aime les garçons normaux, comme Brad Pitt par exemple.

Bref.

Donc.

Je vais au cinéma avec Sandrine.

Je récapitule Sandrine. Gentille, mignonne, elle sort avec le plus joli garçon des 30m2 qui entourent mon bureau.

Il se trouve que je suis extrèmement attirée par ce jeune homme, et ce depuis longtemps ce qui prouve ma constance. Or, avant hier, je l’ai vu sortir dans la rue, suivi de ma chef. Etait-ce mon état de stress, ou la fatigue, ou une preuve de mon mauvais esprit, je me suis posé des questions. Donc mardi soir, ciné avec Sandrine.

Je suis fatiguée, et je me demande ce que je dois faire. Je lui dis? Je lui dis pas? Et surtout je lui dis quoi? C’est léger, quand même, ils n’ont rien fait d’autres que de sortir de l’immeuble, mais pas ensemble…?

Après le ciné on va manger une salade. Juste une salade, bon avec du pain, mais je vais prendre de la soupe toute la semaine, promis.

On parle. C’est la première fois qu’on parle toutes les deux seules.

Elle est très amoureuse de Lui (normal).

Elle est heureuse. Ils s’aiment, c’est beau et tout.

Ils vivent ensemble depuis peu dans son appart (le luxe : 29 m2).

Elle vient juste de trouver un boulot, elle commence début février.

Des fois elle a des angoisses mais elle sait pas pourquoi.

Parfois elle se demande si….

Je blêmis intérieurement.

Si quoi?

Si le bonheur c’est possible pour de bon et si ils sont faits l’un pour l’autre.

Et moi?

Moi j’ai deux possibilités : soit j’assume mon célibat soit je dis que je cherche l’âme soeur. En fait j’ai rien contre l’âme soeur, je la prends si elle vient, mais le célibat, là, ça me va, même si âme-soeur il y a (célibat + pochette je dors chez mon mec – je peux aussi donner dans le style j’ai une vie de dingue surtout le soir, au boulot, mais c’est pas bon, les gens vont le percevoir négatif, il faut être casée ou bonne soeur).

Donc je baratine et en fait le moyen terme me donne des airs de femme qui assume et qui a une vie de dingue – c’est le résultat que l’on obtient quand on laisse subtilement planer un voile de pudeur sur sa vie perso : je n’ai pas le choix : je ne veux pas lui parler de l’effet dévastateur que je fais aux fils de propriétaires de yacht sur les balcons ni aux grands garçons à maman qui sente le mustela et qui me font écouter Billy Bragg – ni de mon copain Gaël. C’est pour quand l’amant richissime qui m’emmène en WE à Londres ou Amsterdam? Un comme ça, au moins, je pourrais d’un air négligé le laisser tomber dans la conversation.

Donc Sandrine m’écoute et me dit que, aaaaahhh, j’ai vraiment une vie super et je m’assume et aaaaahhh c’est génial.

Je ne dis rien, je n’ose pas lui dire la vérité sur mes amours flamboyantes, ça fait con.

Je ne rentre pas trop tard, je veux, encore, faire une lessive, c’est à dire me lever très tôt de main, vers six heures, pour descendre à la laverie, lancer une lessive, remonter chez moi, me préparer, retourner chercher la lessive, la mettre à sécher sur mon sèche-linge, le tout avant sept heures quarante-cinq, ensuite partir bosser. Donc je dois me lever tôt, ne pas me coucher tard (oui : j’aime dormir), et à dix heures je suis chez moi.

Objectif : me pieuter avec un livre.

Mais voilà : le téléphone sonne.

Je vais vous dire qui c’est : pour ne pas créer un suspens artificiel. Mais je ne rentre pas dans les détails, j’ai déjà parlé de plusieurs trucs aujourd’hui, c’est un peu fourre-tout comme billet. Le reste on verra demain.

Au téléphone c’est Pierre-Henri.

Catégories : Mes amours · Non classé

Tourneboulée

janvier 23, 2008 · 24 commentaires

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Du coup, hier, j’étais toute tourneboulée ; loin de Tim, je ne me souvenais, à part mon envoûtement, que des cheveux et de la barbe mal taillée, de l’enthousiasme juvénile, du côté enfant gâté. C’était bien la peine d’ironiser sur Pierre-Henri, qui ne me faisait aucun effet, mais qui essayait d’être poli. Tim a le côté tête à claque des jeunes gens intelligents adorés par leur maman.

Ah, j’ai oublié d’évoquer ma clef remplie à craquer de musiques géniales, ça, tout de même, c’est le bon côté.

Oublié un truc : Pierre-Henri m’a appellé samedi, pour savoir ce que je faisais le soir ; pendant la préparation technique du final du spectacle pour Fabienne. Je lui ai expliqué que j’étais occupée, et il m’a annoncé qu’il me rappellerait dans la semaine. Le téléphone sonne pendant que je suis au chinois avec Viviane, il a l’air prêt à discuter, je lui fais comprendre que c’est pas trop le moment, et il enchaîne : que dirais-tu d’un café ce soir après le boulot?

Enfer et damnation. Pas cette semaine je lui dis.

Reculer pour mieux sauter.

Hier après-midi, Sandrine.

J’ai dit déjà je crois que Sandrine, la copine de Lui que je vise obstinément, est charmante et semble vouloir sympathiser avec moi.

Elle passe parfois voir Lui et manque rarement de me faire un coucou.

D’où vient, me dira-t-on, que je la trouve sympa?

Elle est généralement de bonne humeur et souriante, elle aime parler de musique et de cinéma, elle m’a prêté un bouquin, tiens il faut que j’en parle.

Elle aime bien Jane Austen et moi aussi, et ce n’est pas si courant. Moi j’aime aussi les Hauts de Hurlevent, elle pas, mais on en a parlé et elle va le relire.

Elle passe ses partiels en ce moment, elle fait des stages, mais j’ai encore un peu l’impression d’être étudiante et de m’intéresser à des trucs culturels, alors qu’au boulot, l’ambiance c’est plutôt je rentre chez moi aussi sec faut faire à bouffer aux gosses.

Donc, j’aime bien.

La semaine dernière elle voulait qu’on se fasse un ciné ; mais j’ai fini tard, et puis les contraintes de la vie on eu raison de moi. Lundi soir une lessive à faire à la laverie (pas poétique du tout mais sans petites culottes propres on est peu de chose), mardi Gaël, un pot dans un café avec des amis à lui, mercredi elle pouvait pas, jeudi je devais aller boire un verre avec Coco parce que son mari était en RTT le jeudi, oui, bizarre mais bon, et il pouvait s’occuper des enfants alors, et vendredi Val m’invite pour le week-end chez une copine à elle, il fallait y aller, et ce week-end – voilà.

Donc je prévois un ciné avec Sandrine, qui me force presque la main, hier soir, parce que je me sens malhonnête : je l’aime bien, mais Lui aussi, il me fait toujours de l’effet, et même plus que jamais. Je devrais être jalouse. Je devrais la détester. Je ne sais pas pourquoi je n’y parviens pas. Mais je devrais au moins la fuir. Au lieu de ça, je cède à un penchant inexplicable, je lui parle, je me montre dispo, et tout en la trouvant charmante je ne pense qu’à Lui.

Ciné après le boulot, j’essaie de finir tôt. Vers 5 heures et demi, ma chère chef passe devant mon bureau, sort dans la cour, s’arrête, reste là, et repart. Viviane et moi nous nous regardons.

Environ cinq minutes après, Lui sort de son bureau, Ben est juste derrière lui, ils parlent, Lui s’en va, Ben le rappelle, lui montre sa montre, Lui fait un geste pour dire qu’il revient vite et il s’en va.

Je suis pétrifiée. Là, tout de même, ça m’inspire des conclusions. Mon téléphone vibre. Normalement je ne réponds pas, je regarde qui appelle. Mais là, complètement perturbée je décroche, et..

… c’est Tim.

Qui ne rigole pas. Il faut qu’il me voit.

Alors, là, essayons de résumer. Je ne veux pas le voir, je veux réfléchir, penser à lui, à moi, à Sandrine, à Lui, à la Diva.

Mais sa voix sent le Mustela.

Je suis lamentable au téléphone, je bredouille. Il insiste. Je me reprend. Je dis demain (et je fais mes lessives quand, moi?) Il dit c’est pas possible, il faut qu’il me voit, là, il a besoin de moi.

Mais, non, je dis non, il a très bien vécu sans moi jusqu’à maintenant, tout de même, n’en rajoutons pas.

Sans moi il n’existe pas. (qu’il dit).

Là, voyez, ce genre de déclaration, je ne me dis pas oh il m’aime, je me dis qu’il est dingue. (C’est peut-être aussi son intonation impérative). Mais l’effet Mustela joue à plein. Rien que de l’entendre , ça recommence. Je commence à me construire une soirée. Tout va bien, je vais au cinéma jusque disons 21 heurs et je le retrouve après.

Je vais pour dire oui, d’accord, et là, tout de même, j’ai un truc qui part du fond de moi et je dis, en essayant de ne pas montrer que ma voix s’étrangle : Demain si tu veux mais ce soir non.

Il crie : Mais demain je ne peux pas.

Son intonation, heureusement, me remet en contact avec la réalité : un gamin gâté. Il veut jouer à son jeu maintenant mais pas après. Je reste ferme, avec peu de mots, parce que je le verrais bien ce soir-là, moi.

Annule ta soirée de demain, dis-je avec fiel (un fiel léger).

Il peut pas. Très bien. Mais moi, je dois jeter mon bonnet par dessus les moulins pour lui.

Son insistance devient gonflante et je coupe.

Mais j’ai les mains qui tremblent.

Le téléphone re vibre. Je le cache dans mon sac.

Il arrête de vibrer, puis recommence. J’éteins le vibreur.

Un mouvement dans la cour. Sur les nerfs, je sursaute. Ce n’est que Lui. Pas content.

Cinq minutes après, la Diva revient. Souriante.

Dois-je en tirer des conclusions?

Naturellement, il m’est impossible de travailler. Je ne peux plus me concentrer. Mes idées se télescopent.

A 18 heures, alors que je tape lettre par lettre un rapport parce que j’ai décidé que ça ne se pouvait pas d’être aussi nulle et tournenboulée, je change radicalement d’avis : j’ envoie un SMS à Sandrine pour reporter le ciné à demain, ce que je trouve d’une grossièreté insigne. Je rappelle Tim, rendez-vous, il a un studio dans le 17ème, c’est pas loin, j’y suis à 19 heures.

Inutile d’attendre le prochain post (yoyo) pour avoir la suite ; la suite, c’est que j’ai très peu dormi, que je ne suis pas douchée chez moi, que je n’ai pas changé de vêtements (j’envisage une pochette à slip propre pour les urgences, mais je ne suis pas comme ça, normalement, je suis pondérée et tout), pas fait ma lessive et qu’hier soir, en culpabilisant, j’ai passé la soirée avec Sandrine, en pensant à Tim tout le temps.

Catégories : Ma vie quotidienne · Mes amours

Régressif?

janvier 22, 2008 · 29 commentaires

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Transportée, transportée mais transportée où?

Donc on est sur son lit, allongé, on regarde le plafond et on écoute de la musique. Génial. Communion spirituelle. Le genre de communion spirituelle de deux heures du matin. On a l’impression de se connaître depuis toujours. On devient super tendres. Bon, de temps en temps il faut chercher un autre fichier. Il bidouille son ordinateur, en m’expliquant, je comprends rien mais je m’en fous.

C’est comme ça qu’en écoutant Moments in Love je me rends compte que je suis dans le lit du petit frère de Fab et qu’on s’embrasse follement. Mais bon tout de même, les communions spirituelles de trois heures du matin, le lendemain ça le fait pas. Il n’est certes pas si cracra, il sent le mustela, mais justement, entre le mustela et son amour pour la musique, un truc me dit que ça va pas le faire. Techniquement, c’est vrai, je plane, mais je sens l’atterrissage moyen.

Ce qui ne m’empêche pas de faire une connerie. J’aurais du me lever dire que tout cela n’était pas raisonnable et partir ; certes ; mais je ne l’ai pas fait. Il aurait fallu que je me lève, que je parle, que je m’arrache à ce charme certes trompeur, mais non moins réel. par ailleurs, les mânes d’Oscar Wilde s’éveillent (elles choisissent curieusement leur moment?) et me murmurent avec à-propos : les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais. Au moment où je ne suis plus guère couverte que par ma pudeur (qui vous fera grâce des détails), je me dis, avec une lucidité de quatre heures du matin : Oscar Wilde a dit folies; coucher avec un gamin qui aime la musique n’est pas une folie, de nos jours, tu retardes, c’est seulement une connerie. Mais il est trop tard. Les évènements suivent un cours assez classique, fort agréable, mais il faut voir les choses en face : le mustela c’est régressif.

Les ours en peluche aussi. Damned.

Vers six heures, je déménage car il me gêne, j’ai l’habitude de dormir seule et je regagne le lit et la chambre qu’on m’avait attribuée.

Le lendemain, je me débrouille pour squatter la bande de potes : fuir le petit frère ; au moment où j’émerge, Fab a sudggéré d’aller sur le marché et nous partons presque tous. Le marché est fabuleux, j’ai l’impression d’être à la campagne. Je me demande ce que les autochtones ont pensé de cette bande de jeunes gens en extase devant chaque pomme et morceau de lard. J’en profite pour acheter du miel de ferme. S’il y a du foie gras de soir, au cas où il ne serait pas terrible (ce qui est envisageable, je suis habituée au foie gras mi-cuit de ma tante) , je le mangerais avec du miel, là je ne sais pas si c’est régressif mais c’est comme ça que je mange les mauvais foie gras (oui parce que le bon foie gras est meilleur que le mauvais ; mais le mauvais avec du bon miel, c’est meilleur que le mauvais sans miel).

Au retour, je croise Tim (parce que je lui dis Tim, il m’a autorisé, ça lui va bien, je pense Tim Burton et je trouve qu’il ressemble à Edouard ou à M. Jack) qui me jette un regard qui me fait craindre le pire. Ma main à couper qu’il est amoureux. Mais moi pas. Horreur. Je le savais.

Qu’est-ce que je fais????

Après le repas de midi, les autres invités commencent à arriver et il va falloir préparer un truc. Les amis de Fab (l’association des amis de Fab) lui ont préparé un petit spectacle retraçant sa vie sur le mode humoristique et tout le monde doit participer au final.

ça a l’air bien, hein? Les choses sont prises en main par une Florence, un grand cheval bien en chair qui ne rigole pas. C’est la meilleure amie de Fab, une institution quand on connaît Fab. (Il paraît ; le fait est que j’ai entendu parler). On se réunit avec des airs de conspirateurs dans une pièce, tandis que d’autres déjà dans le petit spectacle “occupent ” Fab et vont chez le traiteur (on se rapproche du foie gras). Fab est actuellement assistante du directeur financier d’une boîte de produit pharmaceutique et l’idée du final, c’est qu’on soit déguisé en boîte de médicaments et qu’on se range en ligne pour la laisser passer.

Mais Florence ne sait pas comment nous déguiser vite et facilement en boîte de médicament et comme elle porte totalement la fête à bout de bras et qu’elle est épuisée parce que quand même Fab a d’autres amies qui…enfin elle dirait rien parce que bon mais elle se tape tout et tout de même.

Une autre nana intervient et dit que quand même il y a des problèmes qui devront se régler parce que Flo fait tout sans dire à personne et que après elle se plaint (etc, etc, vous voyez le débat) mais bon elle veut bien participer parce que si on est là au fond c’est pour Fab, hein, tout de même ne l’oublions pas et faisons taire nos rancoeurs personnelles.

Regards assassins échangés.

Et elle a une idée on pourrait se déguiser en pilules parce qu’avec des trucs de couleurs ça va et il reste des papiers de couleurs pour faire des pilules.

S’ensuit un débat : boîtes de médoc ou pilules? devant le matériel : boîtes en cartons, papier de couleurs, feutres, peinture, maquillage. C’est là où on se ressert de compétences acquises en petite et moyenne section.
Je suggère (en me marrant, ce qui fait que Flo fronce les sourcils, putain les gens qui ne s’investissent pas à fond c’est relou, hein?) qu’on se déguise en flacon de sirop parce qu’on a du carton qu’on peut découper et qu’une bouteille de sirop c’est parlant, à l’aide de quelques décorations.

Débat : tout le monde trouve l’idée pas mal sauf Flo qui ne l’a pas eu. Chaque fois qu’elle me parle je pouffe, ce qui est terrible (nerveux).

On décide de découper des bouteilles de sirop, et je me tire après avoir découpé la mienne pour rejoindre Tim (Impulsion Irrésistible).

Alors là, il m’arrive un truc : on re tourne dans sa chambre, et ferme la porte et hop.

Hop. ça va pas du tout. Je me laisse aller. Je devais être ferme.

Pourtant c’est foireux je le sens. Mais tant pis, de toute façon au point où j’en suis, je sombre dans l’instant, et au diable les jours qui viennent. Je débarque dans la soirée à neuf heures du soir juste à temps pour la fresque reconstituant le parcours fascinant de Fab. Il n’est pas exagéré de dire que je me suis arraché des bras de Tim. Je suis à peine maquillée c’est n’importe quoi. Je n’ose pas regarder Val. Mais en fait, c’est le bordel, personne ne voit rien, la seule qui m’a repéré c’est Florence (et pas pour Tim). Elle vient me demander de “ne pas tout faire foirer”. Nouveau fou-rire. Avec sa manie de tout prendre au sérieux, celle-là, elle est incroyable. Mais pour moi et Tim personne n’est au courant. La honte. Il a 23 ans. Il a l’air d’en avoir 18. C’est complètement régressif.

Le spectacle c’est du grand n’importe quoi, mais pas à cause de moi. Tout le monde rigole et oublie son texte ; Fab est pétée de rire. Flo est sur les nerfs. A la fin elle a les larmes aux yeux et vient dire à Fab : “Mais c’est tout raté, tu comprends ma Fab j’ai voulu faire un truc bien pour tes 25 ans… ” Et Fab lui dit en la prenant dans ses bras : “Mais noooooonnn, c’est suuuper, j’adoooore, c’est génial ça me touche vachement, etc” et elles ont les larmes aux yeux et Flo dit que Fab est une fille exceptionnelle est merveilleuse et qu’on a de la chance de l’avoir pour amie, Grand Moment D’Emotion, et tout le monde applaudit, y en a bien une ou deux qui pleurent, et Tim surgit derrière moi en me disant : “Tu viens? c’est fini, là y a plus rien”.

Il est de mauvaise foi, il y a le buffet. Je lui dis qu’il est obsédé (il me répond non je suis fou de toi ; c’est très agréable à entendre, mais je répète : quand je fais une connerie je sais que je fais une connerie). Je lui dis que j’ai faim. Il me regarde les yeux brillants et me dit : on va se faire un plateau dans la chambre. Foie gras, saumon, je lui dis. Il s’en va en faisant des gestes sois tranquille.

Je vais quand même chercher une flûte et du foie gras (on n’est jamais si bien servi que par soi-même). Je croise Fab qui me prend dans ses bras en me disant: “J’ai été très touchée, tu sais, trèèèèès.”Je ne lui demande pas pourquoi, ça pourrait être vexant parce que pour elle ça semble clair. Ma prestation? Ma participation? Que je sois venue? Sais pas.

Je l’embrasse aussi. On s’aime, tout ça, c’est beau.

Retour de Tim que je suis dans sa chambre. Il a préparé un super plateau et même trouvé du miel. On mange et après on ne mange plus.

Là, je voudrais me livrer à quelques explications : c’est la première fois que ça m’arrive ; j’ai déjà été éperdument amoureuse de garçons qui ne m’aimaient pas; éperdument pas amoureuse de garçons que je trouvais super sympa et avec qui je m’éclatais, mais là, le jeune homme undeground parfumé au mustela qui me fait tomber par terre en m’effleurant du bout du doigt, c’est la première fois. ça ne passe pas par le conscient, si vous voulez, ça reste au niveau du système nerveux central.

Résulat : j’ai passé le week-end à être de bonne humeur, à faire crac-crac et à me demander comment ça allait merder.

Retour dimanche dans la voiture de Val (qui n’a rien vu ou fait bien semblant). Je dors à moitié et elle me dit :

-Il est plutôt mignon, hein, le frère de Fab?

- Euh… fais-je. Mmmmfff.

- Mais il paraît qu’il est spécial.

Tiens donc. Je n’ose même pas lui demander pourquoi.

Toujours est-il que je dors à neuf heures dimanche soir, dans mon studio, entourée d’invisibles et suaves effluves de Mustela.

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Week-end à la campagne

janvier 21, 2008 · 25 commentaires

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Val a une copine, Fabienne ; Fabienne a des parents, comme pleins de gens, dépourvus de yacht, mais heureux propriétaire d’une maison au sud de Paris dans un coin mignon avec des maisons, des forêts , et un golf pas loin. Le genre d’endroit où il n’est pas désagréable de passer un moment.

Fabienne est cool… Quoique peut-être pas ; bon, je reformule : Fabienne m’aime bien, quoiqu’on ne se connaisse pas vraiment. Je n’ai pas fait de classe prépa, donc voyez, je ne suis pas dans l’élite de la France, mais j’aurais du (elle me le dit tout le temps : mais pourquoi t’as pas fait de prépa? t’aurais un meilleur boulot, merde, quand même. Intellectuellement, quand même, tu peux y arriver : vous voyez comme je fréquente des gens sympas, ils arrivent à reconnaître une intelligence à des gens si ordinaires qu’ils n’ont même pas fait de prépa. Au passage, je ne savais pas ce qu’était une prépa quand j’étais jeune, si, c’est vrai, et étudier beaucoup m’emmerde).

La maison des parents de Fabienne est assez grande, avec deux très grandes chambres pourvues de salle de bains en plus des quatre chambres des membres de la famille. Pourquoi ces deux grandes chambres? Ils ont d’eeeeexcelllllents amis qui vivent à l’étranger depuis toujours et quand ils viennent il faut les accueillir alors voilà.

Mais les parents de Fabienne utilisent peu leur maison, car, voyez-vous, ce n’est pas pratique en semaine ; bin non, car ils travaillent à Paris. Donc en semaine, appart dans le VIIIème, mais pas grand grand, c’est pour ça qu’il leur faut s’évader le week-end, vous comprenez. L’appartement fait à peine 100 m2, vous captez le cauchemar? c’est une misère mais ils n’ont pas le temps de chercher autre chose (le travail, le travail).

Et ce week-end, eh bien, ils s’évadaient pour se remettre de leurs boulots épuisants et ils étaient en long week-end au ski.

Parce qu’après, en février, il y a trop de monde et puis c’est trop mélangé. En janvier on est entre soi.

Bref, non, je n’ironise même pas, mais on s’en fout parce que du coup la Fabienne fête son anniv avec ses potes et invite Val et moi aussi.

Moi, si on me dit champagne et petits fours, je viens. On est peu de chose. Je suis gentille, j’ai un bon fond, pas snob, mais j’aime le champagne, le foie gras, le caviar et je n’en mange que chez les autres. Avec un peu de bol, des langoustine, ou du saumon, enfin bon.

En plus j’aime cette maison, elle a un côté moche des années 70 assez curieux.

Donc, départ en voiture sur les six heures, arrivée sur les sept, le groupe des Elus (ceux qui passent le WE, pas les ceusses qui viennent que le samedi) prépare une fondue savoyarde, ambiance pote.

J’aime aussi la fondue, ça tombe bien. J’aime moins l’ambiance on est tous super potes on prépare la fondue, soit les filles bossent les mecs aussi mais surtout picolent.

Avec un vin de pays, mais je t’en prie, ressers-moi.

Vers 10 heures du soir je vais prendre une douche : il y a quatre salle de bain chez Fabienne, mais je sais dans laquelle je prends ma douche : celle qui est gigantesque, avec les armoires en bois genre teck et un coin douche immense, carrelé, ça doit être un nouveau concept de salle de bains, c’est presque aussi bien que le champagne. Ils parlent tous, je suis peinard. Je pique les gels douche de marque de la mère, ils sont extra, je sens toute bon après.

Je redescend, j’écoute la conversation, c’est passionnant ; je rappelle que nous avons affaire à l’élite, ils ont fait des écoles de commerce ; donc ils parlent de la crise des sub primes et de Carla Bruni. Génial. Ils ont tous des théories, surtout un ou deux mecs, genre gros malins.

Vers minuit je me tire, je fais un tour dehors : c’est bien, ça sent bon la nuit, la campagne, l’humidité.

Oui, l’humidité, d’ailleurs après avoir fait le tour du jardin j’ai froid aux pieds et je vais pour rentrer lorsque j’entends une voix :

- Ils sont lourds, hein? (Voix dégoûtée)

oh, ça va. Le genre revenu de tout. Non, ils sont pas lourds, ils m’invitent dans leurs résidences secondaires. Lundi je mange au chinois avec ma collègue sénégalaise. Mais là je fais dans l’ultra conformisme social. La suradaptation. Sarko président, les pauvres ont tort, non?

- Non, je ne trouve pas, j’avais chaud.

Soupir. Je me demande lequel c’est, de toute la bande de potes.

- Heureusement qu’il y a Carla Bruni, dit-il.

Et là, je merde :

- On peut parler de Laure Manaudou, si tu veux.

Lui, surpris : Pourquoi?

Il doit pas se connecter des masses ; fou quand même. Je dis pour rien, je me sens nouille de lui expliquer. (Internet addict, et en plus fouille-merde).

Il insiste.

- Laure Manaudou, c’est celle qui joue du tennis?

Je rigole. C’est toujours agréable de rencontrer des gens à l’ouest, je trouve, moi ça me fait me sentir moins seule. Je lui dis qu’elle est nageuse. Je lui demande ce qu’il fait. Il étudie la théorie économique. Chouette. On discute un peu et on rentre, parce que j’ai froid.

A l’intérieur je constate qu’il est très mignon, en dépit d’un style curieux : des cheveux longs, une barbe pas taillée genre il a pas le temps (tendance négligée), un slim taille basse, un t-shirt noir avec un rapace et des gouttes de sang, un air tête à claque. Il me dit d’un air écoeuré qu’il ne supporte pas les amis de sa soeur.

- Bon, bin je m’en vais alors, dis-je.

Il est emmerdé : non non non pas toi. Toi t’es pas comme les autres.

- Oh ! super!

- Mais c’est vrai, dit-il d’un air vexé.

- Ah non mais c’est vrai, je ne suis réellement pas comme les autres.

Il va bouder.

- Je te jure, dis-je. J’ai même pas fait de prépa.

Il soupire.

- pff.

Puis son visage s’éclaire. C’est une enfant : une idée chasse l’autre.

- Tu connais Billy Bragg?

- Vaguement.

Il me propose de venir l’écouter. Je lui dis que j’ai envie de dormir, mais il a l’air plutôt sympa, enfin il a quelque chose, je vais dans sa chambre. Il m’informe qu’il s’appelle… Timothée. (C’est ma semaine : Pierre-Henri, Timothée… Je fais dans l’anecdotique) . Il ajoute qu’il n’est pas responsable du choix de ses parents.

Et alors là, que se passe-t-il? le slim? L’ambiance tardive, la fondue, le vin de pays? Les cheveux longs? Je me sens de venir toute… toute quoi? folle? molle? rêveuse? pré ado?
C’était bizarre, on s’est allongé sur son lit, il a mis la musique, et là, bon, je ne sais pas. On est parti dans un trip musical total. Il a énormément de matériel, et dès qu’il me mettait un truc, soit je connaissais et j’aimais, soit je ne connaissais pas et j’adorais. Moi j’ai un rapport à la musique tel que si j’aime un morceau je suis transportée et je pars dans un autre monde. Et là, comme ça, chez Fab, pas prévu, je me suis retrouvé, par la grâce du petit frère, transportée.

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