Le flottement ne s’estompe pas ; il demeure ; le truc, c’est qu’il y a tout de même évolution : je flotte plus gaie, moins glauque. L’effet jedi? On sait pas.
Procédons par ordre : curieusement, je n’ai pas envie de prendre de décision ; pourtant, au fond de moi, la décision a pris forme : Tim n’exige rien de moi, je ne lui ai parlé de rien, il n’a rien dit, cette sensation que j’ai de devoir rester dans son univers est (jusqu’à nouvel ordre) en moi (je dis jusqu’à nouvel ordre parce qu’il n’exige rien, puisque je suis là ; si je m’en vais, je suis sûre qu’il me courra après).
Dès vendredi j’ai eu des sentiments tourmentés ; car même si cela semble symbolique, aller voir Star Wars est une sorte de petite rupture ; quand on est dans une bulle, on ne peut en sortir sans la crever, n’est-ce pas? Par ailleurs, j’ai eu bien du mal à m’imaginer partir samedi matin, quittant cet autre monde qu’est Tim, pour débouler, sans douche, ou après une douche prise dans la salle de bains de Tim, sur laquelle je ne ferais pas plus de commentaires. La Fanette qui va aller, ou pas, regarder Star Wars, ne peut être celle qui squatte chez Tim.
C’est pourquoi sans y avoir réféchi, je me suis retrouvée debout, vendredi soir, au milieu du capharnaum de Tim, rassemblant mes affaires tandis qu’il dormait à moitié, et je me suis entendue dire, applaudissant à cette décision prise en quelque sorte en dehors de moi, que je rentrais chez moi pour faire des trucs, ce à quoi Tim n’a rien répondu sauf un OK laconique, assez agaçant par ailleurs. Je suis en effet rentrée chez moi, j’ai rangé un peu et le lendemain, au réveil, dans un état d’esprit beaucoup plus net et clair que si je m’étais réveillé chez lui, j’ai pu faire un peu de rangement, et finalement me rendre chez Ben comme prévu.
Voilà pour la façon dont j’ai pris la décision, intéressant dans la mesure où la décision s’est prise en quelque sorte en dehors de moi.
Je n’en dirais pas plus, j’ai l’impression de ne parler que de Tim sur ce blog, et je me demande quel intérêt ça peut avoir…
J’ai toujours aimé la saga de la Guerre des Etoiles ; pourtant elle n’est guère développée ; elle manque du sérieux et de l’imagination de la plupart des romans de science-fiction que je lisais auparavant. Seuls les derniers épisodes, que nous n’avons pas regardé ce week-end, étaient un peu plus développés et laissaient entrevoir une plus grande complexité.
Mais j’aime cette série qui a quelque chose de spontané et d’inventif ; certains effets spéciaux sont remarquables, non pas, je dirais d’un point de vue technique, que je ne sais pas évaluer, mais d’un point de vue imaginatif. J’adore les scènes relatives à l’étoile noire, il y a en elles quelque chose de vécu que je n’ai revu dans aucun autre film de SF ; je n’ai pas, par ailleurs, vu de façon exhaustive tous les films de SF qui soient sortis, mais en général, ce ne sont que des films d’action, mais dans l’espace (sauf, justement, depuis quelques années, avec Immortel, par exemple, ou Dune, ces deux films émanant par ailleurs de l’imagination de personnes qui ne sont pas des réalisateurs de films, et donc rompant un peu avec la monotonie usuelle; naturellement en écrivant ça je suis en train d’oublier Blade Runner, hors concours, mais qui manque vachement d’extraterrestres).
Même le côté culcul la praline de la philosophie Jedi ne m’exaspère pas ; je suis bon public et je voue à ce film une amitié pleine d’indulgence, à cause du vaisseau mal fichu de Han Solo, et des personnages tout simples qui le peuple.
Bref, j’ai passé un samedi enchanté. Enchanté : j’ai douze ans, peut-être treize, pendant huit heures. Par dessus le marché, on a mangé n’importe comment, mais comme on était deux filles deux garçons, on a évité la pizza et les bières. On a acheté des pizza pour les garçons, mais nous, êtres raffinés, on s’est acheté des trucs bien mais comme des petites filles : des blinis, du tarama, du cidre - dans le supermarché avec Sandrine nous avons crié comme des peites folles : “Oh !!! Oui !!! Du cidre!” et on s’est raconté des histoires de crêperies, de crêpes comme ci, de crêpes comme ça, treize ans, j’ai dit, n’est-ce pas? - des oeufs de lompes à la con, du saucisson des chips du guacamole des chips de mais et, et, et de la pâte à tartiner à la noisette, eeeeh oui, et on a mangé n’importe comment tout l’après midi.
(ne vous inquiétez pas, je reviendrai à la soupe, j’adore ça).
On a poussé des cris, on a dit qu’on était amoureuses de Han Solo, on l’a encouragé, on a crié pendant les combats, on a dit à Han Solo qu’il n’avait pas à être jaloux de Luke (mais il n’entendait pas). On a crié quand Luke voit son père : la totale, quoi, et c’était bien.
C’est mieux d’avoir 13 ans à 28 ans (et demi) qu’à 13 ans.
Après on a parlé.
Et là je me suis sentie déchirée : Tim ou eux? je restais ou je partais?
24 heures hors de la cinquième dimension.
Je suis partie. J’ai juste dit à Sandrine que j’avais un copain et que je devais le rejoindre, elle m’a dit que j’avais l’air bizarre, j’ai rien dit.
Mais mardi soir, je vais chez elle. Décidé. C’est elle qui l’a proposé, pour qu’on discute. Un moyen de m’arracher tout doucement.
