le journal de Fanette

Début de semaine.

mars 7, 2008 · 30 commentaires

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Pourquoi il n’y a rien qui allait ? Parce que j’étais malade, genre nausée et ce qui va avec ; je suis une petite nature et peu résistante ; le primperan me fait dormir comme une masse ; quand je ne mange pas, j’ai des vertiges, je vois des nuages blancs et je flotte dans un brume cotonneuse ; aucun problème si l’on reste chez soi, et quand on est en arrêt maladie, OK. Mais ma tante Marie-Rose devait venir à Paris ce week-end avec Montane. Evènement historique. La capitale les terrorise ; des bus et des métros partout, on ne sait jamais lequel prendre, il y a plein de gens, ils ne sont pas toujours désagréables, mais ils ont du mal à cerner la psychologie du provincial (dire : « Ah ! Mais c’est à Saint –Augustin ! » n’aide pas, pas plus que « Ben, pourquoi vous changez pas à Opéra ? »). Suite à diverses conversations avec des parisiens, Marie-Rose est persuadée qu’il faut changer à Opéra. C’est cosmique, tu es dans le métro, et soit tu vois Opéra, et tu dégringoles de ton siège quoiqu’il advienne toutes affaires cessantes, soit, pire, il n’y a pas Opéra sur ta ligne alors tu t’es trompée. Dans le métro, je le supplie de me suivre sans commentaires. Elle a du mal. Elle veut comprendre. Elle demeure persuadée que Paris est intelligible, ce dont nul ne doute, mais l’est-il pour elle ? Après une période d’adaptation, probablement.

Montane est muettement réprobatrice devant Paris. C’est trop grand, les immeubles bouchent la vue et il n’y pas de pré. Paris est faible en pré, il faut le reconnaître. « Tu ne peux pas avoir de chevaux, là ». Non, Montane, on ne peut pas, et si on essayait, soyons fou, de penser à AUTRE CHOSE pendant deux jours, hein ? En fait elle effectue une comparaison constante, sur des points qui l’intéressent. Paris perd, forcément. J’ai essayé de l’amener à réfléchir sur les intérêts autres et nouveaux que Paris pourrait avoir : les magasins, les musées, les théâtres, les cinémas. Elle se moque des magasins, les musées seraient mieux là où il y a de la place (cet argument me démonte), les théâtres eh bien il y a des pièces qui vont en province elle en a vu, et le cinéma il y a le satellite. Et les sorties entre copains ? là, Montane n’a pas le concept, elle rentre chez elle épuisée, vers sept ou huit heures, et avec la ferme intention d’y rester, de cuisiner un bon petit repas avec son mari, et de passer une petite soirée à deux avec lui ; parfois, les parents de l’un ou l’autre viennent ; c’est la teuf ; ils jouent au tarot (Montane est une championne) ou au cluedo.On pourrait croire que je me moque ; bon, allez, je me moque ; mais j’aime beaucoup Montane, elle est toujours gentille avec moi (et pourtant je ne décroche pas de Paris, j’ai des horaires bizarres et je suis totalement étrangère à cette mienne famille, après quinze ans de fréquentation). Sa vie, pendant deux jours, me paraît merveilleuse (notez que je digresse totalement, je sais, mais quand je pars je ne m’arrête plus). Quand je passe la journée au haras avec elle je suis fourbue d’une vraie fatigue (et je pense à chaque fois au personnage de True North, qui s’abrutit de fatigue pour ne pas penser à sa famille, à chaque fois je me dis que Jim Harrison a du expérimenter l’épuisement physique pour avoir écrit ça) et j’ai faim. Avec une magie qu’elle tient de sa mère, Montane prépare des trucs idiots comme des patates, une salade, un truc poêlée, son mari sort du vin et du fromage, ils préparent une table au milieu de leur grande cuisine, ils ne parlent pas beaucoup, on s’assied et on mange, et, je ne comprends pas pourquoi, c’est meilleur que la plupart des repas que je prends. Quand on a fini on regarde la télé, mais bien que ce soit les mêmes émissions débiles que je déteste, je fais un effort pour Montane, et l’émission devient intéressante, j’abdique tout esprit critique et je crois le monsieur de la télé, Montane a un rapport distant mais affectif avec la télé, elle aime celui-là, et le regarde avec un plaisir de petite fille, parce qu’elle l’aime bien. Mon esprit critique ne trouve pas à s’alimenter dans tout ce premier degré. Il suffoque dans un coin de moi, ou alors c’est le vin ? Il cuve. Quand on regarde un film américain, je ne dis pas à Montane, au début du film : « Tu sais quoi ? le mec, à la fin, il gagne. », si je le faisais je me trouverais un peu méchante, alors je suis les aventures du héros, avec juste un petit « Oh, là, il a vraiment affaire à des méchants, hein ? » et Montane me dit, sans rire « Oui, enfin c’est un film, tu sais ». Avec un peu de chance, je lui réponds : « Oui, c’est vrai » et c’est tout. Je vais dormir à dix heures complètement moulue et j’ouvre péniblement un œil à six heures le lendemain, alors que Montane est debout, tout habillée, a nettoyé la salle de bain (parce que le soir elle pas le temps), et que l’odeur du café et du pain grillé flotte dans toute la maison.Le deuxième jour c’est encore bien, et le troisième ça va, sauf si je fais des visites, mais le quatrième j’en ai marre. La vie de Montane me fait fantasmer - à Paris. Quand je mets un pied dedans c’est fichu. C’est bien pour des vacances : en plus, je suis aussi contente de partir que d’arriver. Pff à l’origine je voulais parler de ma tante et ma cousine à Paris…Demain.

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