J’adore dormir.
Oui, c’est ça dont je veux parler ici depuis des mois mais à chaque fois il y a autre chose à dire qui me vient à l’idée, et même là, mais je me force.
Dormir. Je ne rencontre que des gens qui briment leur sommeil. Leur grande joie, c’est de ne dormir que cinq heures, ils s’en plaignent mais ne font rien contre, on sent que pour eux, dormir est secondaire alors que s’amuser ou voir des amis est prioritaire. Du coup ils sont crevés le matin et te tiennent au courant de l’état de leur résistance au sommeil durant la journée.
Isabelle est comme ça. Je pense à elle en écrivant ça, mais pas seulement. Essayer d’aller quelque part et de dire que vous aimez dormir????
Oui alors il faut aimer dormir tard : là, c’est autre chose. Moi je n’aime pas trop, et de moins en moins, dormir tard (sauf parfois, où ça m’arrive, je ne sais pas pourquoi). Quand je me lève à midi, ma journée est fichue, elle est déjà terminée, sauf si je pars tout de suite de la maison en laissant tout en plan pour rejoindre des amis. Le temps que je boive mon café et que je me douche :il est 1 heure, et si j’ai un rendez-vous vers 5 heures, il faut que je coure pour mes lessives, mon ménage ou mes courses, mes oblogations de la vie de tous les jours. Or j’ai souvent des rendez-vous vers 5 heures le samedi ou le dimanche, avant de faire un truc le soir, mais pas trop tôt pour savourer la journée, enfin j’ai aussi des rendez-vous plus tôt.
J’ai commencé à réfléchir au sommeil avec Ophélie. A l’époque, je partageais l’idée communément admise que dormir est un perte de temps. J’avais mille trucs à faire dans une journée, alors dormir en plus, c’était comme manger, j’aurais bien fait ça avec des pilules pour gagner du temps. Je voulais selon les jours travailler cinq à sept heures en bibliothèque, je faisais des baby sitting, j’étais caissière et je travaillais dans des instituts de sondages, et j’avais des amis, films, expo, musées à voir, des cafés à boire, des concerts à écouter, des livres à lire, 24 heures ça suffisait pas.
Et un jour la soeur d’Ophélie (elle avait une soeur), Justine, est apparu chez Ophélie, évanescente (Ophélie faisait dans le coloré, au niveau de son apprt, sa soeur faisait dans le noir et blanc : elle blanche, et ses vêtements noirs ; Ophélie l’imitait mais elle avait l’air gitane ; sa soeur, vampire ), Ophélie lui a demandé ce qu’elle avait fait aujourd’hui et Justine a exhalé (elle ne parlait pas, elle exhalait ; je me moque ; elle était dépressive ; mais elle exhalait) : “j’ai dormi……..”.
A l’époque, j’étais fascinée par Ophélie, ça me changeait de ma famille terre-à-terre. On a parlé d’autre chose ce soir-là, mais la réponse de Justine m’a stupéfié. Comment pouvait-on considérer le sommeil comme une occupation? j’avais une vie de puce hystérique et l’absence de mouvement me faisait penser au vide, au néant. C’était affreux de ne rien faire, me disais-je.
j’ai juste gardé ça, avec pleins de questions autour, sans rien faire.
Du temps a passé.
J’ai peu à peu remarqué comme l’était séparant le sommeil de la veille était agréable. J’ai remarqué ça en lisant Proust (je ne refais pas le coup de la citation). Mais Proust évoque très bien l’état dans lequel on est quand on se réveille et qu’on ne sait pas où on est. J’adore cet état. Quand je comprends que j’ai encore du temps, par exemple, et que je peux rester dans cet entre deux.
Et depuis deux ans, j’ai remarqué que pour créer, au mieux, cet état, il fallait avoir assez bien dormi, en tout cas ne pas manquer de sommeil. J’ai toujours du mal à tout faire dans mes journées, mais tout de même, et par exemple en ce moment où je suis fatiguée, j’ai plus envie de rentrer chez moi. Et j’essaie de me coucher tôt. C’est très difficile, j’ai tendance à rester debout tard. Mais j’ai réussi à plusieurs reprises de puis un an à me mettre au lit tôt, peu après neuf heures. Je range à peu près chez moi sinon la vaiselle sale à deux mètres de moi m’énerve. Je me couche et je lis. Bon, il y a le rsique je sois prise dans le livre et entrain de le finir frénétiquement à deux heures du matin. Mais mettons que je résiste (je vieillis, je résiste plus). A dix heures j’éteins. C’est tellement tôt que quand je pense à la nuit c’est comme un océan tout noir à traverser. J’ai aussi essayé de mettre une petite bougie pour faire ambiance le soir, vous voyez? il n’y qu’une toute petite lumière, je suis dans le noir, je vais dormir des heures… je m’endors lentement. Puis, parce que je n’ai pas l’haabitude d’autant de calme, mon corps s’agite. Mais je m’endors. Sous la couette. il fait chaud, on est bien, elle est remontée jusqu’à mon nez. Aaaaaaaah.
Je me réveille à moitié dans la nuit mais je me rendors. J’ai encore du temps… la nuit est longue… j’ai vraiment l’impression de faire une traversée.. Je pense à Philémon, je pense à une BD que je lisais quand j’étais petite, Nemo, pas le poisson, un petit garçon qui va dans un monde merveilleux quand il dort. C’est une vieille BD (américaine je crois?). A peine une BD, d’ailleurs, mais mes souvenirs sont confus. La nuit est longue comme un voyage. Puis j’ouvre un oeil vers le matin. il est très tôt. J’ai du temps. Je me dis que je vais me réveiller. Le sommeil me quitte. Je me lève. La nuit est encore noire en hiver, quel plaisir de se lever en plein nuit noire, et de faire le café!! et quand ça m’arrive en été, le ciel bleuit.
Voilà, je tenais à la dire, car on n’aime pas assez dormir, je crois. On aime s’agiter. Moi aussi, hein, ne rêvons pas !! Mais j’ai découvert depuis peu et je n’applique encore que peu ce plaisir pourtant simple, comme la soupe ou le beurre. parfois, il faut courir, parler, suatiller, pousser des cris et parfois il faut juste fermer les yeux et se laisser partir.
