le journal de Fanette

Pour être chic, dépense du fric.

avril 13, 2008 · 35 commentaires

(Illustration de Hugues Hausman)

Dernièrement, j’ai voulu m’acheter des chaussures.

Pour ce faire, il convient de trouver un magasin. Non, je ne commande pas par correspondance. D’abord, je ne me sers pas de ma carte bleue dans la vie, alors encore moins sur internet (je suis parano - c’est triste, en fait). (j’ai une carte bleue qui me sert de carte de retrait. Alors pourquoi ne pas avoir de carte de retrait? parce que je veux pouvoir payer avec. Mais comme je la laisse tout le temps chez moi, ça ne marche pas. Enfin je la prends très ponctuellement, quand je veux vraiment acheter un truc).

Donc, j’ai pris ma carte bleue et trouvé un magasin. Habitée par l’envie d’acheter un truc bien.

Sortir de chez moi.

Marcher dans la rue.

Escaliers, métro, quai.

Dans le métro, je lis.

En lisant, je me dis que peut-être je pourrais appeler ma copine Coco ou Val pour qu’elle me rejoigne??? c’est con de faire les magasins seule. J’appelle, elles répondent pas, mon sac glisse, Val peut venir mais plus tard, c’est bête,, pourquoi je lui ai pas demandé plus tôt. On va se retrouver plus tard, oui, OK à plus.

Je vais à Opéra parce que je ne sais jamais où aller quand je veux m’acheter des trucs et je pars sur Chatelet. D’une pierre deux coups si je ne trouve pas de chaussures, au moins j’use les vieilles je me balade dans Paris. Pas dans les grands magasins, je ne supporte pas. Depuis que je lis des blogs, je note des adresses sur des bouts de papiers mais je perds les bouts de papiers. Oui je peux aussi noter sur mon merveilleux portable mais je ne le fais pas. Les boutons sont petits, et puis ça m’énerve, j’appuie trop vire, ça s’efface, enfin c’est énervant.

Donc je suis dans un quartier avec plein de magasins. J’ai mon sac à l’épaule, dedans il y a deux ou trois livres (au cas où je resterais coincée dans un métro ou dans un ascenseur, je suis phobique de m’ennuyer), une bouteille d’eau, un barre de chocolat cassée qui se planque au fond de mon sac, mon téléphone, toujours sous tout le contenu de mon sac, mon carnet d’adresse parce que j’ai peur de tout écrire sur mon tel alors j’ai un carnet d’adresse très mal écrit, ma boite à tampax, au cas où, mon porte monnaie, généralement vide (je suis donc obligée d’emprunter des sous aux gens, et j’ai honte et je leur dis et ils ne disent rien mais ils pensent des trucs……..et j’ai encore plus honte, personne ne peut croire que l’on peut être SI étourdie, ou alors ils le croient mais c’est grave, se disent-ils), une écharpe au cas où j’aurais froid au cou, du paracétamol, des trucs pour la gorge, et mon sac pèse sur mon épaule, tous les gens marchent vite et savent où ils vont et moi je vais dans un magasin un peu au hasard, oui, quand je suis dans la rue, je perds tout sens des repères, je vais juste devant moi, je pense à autre chose, parfois je ne vois pas les magasins devant lesquels je passe.

Je commence à être énervée parce que je déteste faire les magasins (je n’ai pas commencé). Des gens partout. Je rentre dans une boutique. Des chaussures partout alignées, dans une lumière électrique. C’est parfaitement normal, c’est un magasin de chaussures, respire, détends-toi. Une vendeuse vient me voir et si elle me demande ce que je veux je lui dis sur un ton désagréable : des chaussures ! Non mais je l’emmerde. Je déteste les vendeuses. Et aussi les clientes. Elles n’ont qu’à être ailleurs, pourquoi on a toute envie de s’acheter des pompes le samedi à cinq heures? Moi, je suis mal organisée, mais les autres non, pourquoi elles n’y vont pas avant? Je regarde les chaussures. J’en prends une. J’enlève ma chaussure, qui est toute pourrie, parce que je vais m’acheter des chaussures quand les autres tombent en ruine. Je suis en chaussettes. J’enlève la chaussette. Mon pied est rouge comme une saucisse bouillie. On est peu de chose. J’essaie de me penser intérieurement en femme fatale. J’essaie. J’essaie toujours. Je mets mon pied dans la chaussure. Il coince. J’ai pas le bon vêtement pour regarder la jambe que ça me fait. ça me fait mal. J’ai chaud. Une nana passe devant moi. Mon sac glisse. La chaussure est moche. Je la remets en place. Une autre. Pareil. Le pied saucisse, le sac qui glisse, la fille qui passe. Je hais les boutiques, les chaussures, les endroits plein de gens. Aucune chaussure ne va. Elles me font le pied con. Et j’aime pas. Surtout qu’elles sont à 45 euros, alors 45 euros pour un pied con.

Je suis dégoûtée.

Je vais dans un autre magasin, peu importe son nom, mais cher. Toutes les chaussures sont jolies. Je ne sais pas si ça mérite le nom de chaussures, parfois on se demande s’il ne faudrait pas les poser au milieu du salon pour les regarder, mais bon, elles sont jolies. Petites fleurs. Talons épais, le truc mode. Le prix. Salopes. Mais j’en ai marre. C’est à dire que des chaussures à la con à 5 euros, OK, mais à 40, non, alors du coup j’achète à très cher, enfin peut-être pas très cher pour d’autres, mais pour moi. Enfin non j’achète pas, je ressors énervée, je vais dans un autre magasin, j’essaie encore, avec mon sac qui glisse, je bois de l’eau parce que j’ai soif, chaussures qui coincent, pourquoi j’ai le pied à chaussures chères?

Je retourne dans le magasin cher, zut, demain je vais rue Machin là, près des Halles, où il y a de la pompe à 5 euros, et j’achète là. ça fera une moyenne avec celles d’aujourd’hui. Ah, j’aime pas acheter, j’aime pas m’habiller, mais j’en ai marre d’être un tas.

Donc, moralité, pour être chic, dépense du fric.


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