J’avais dit que je reparlerai de Tim… Alors voilà.
Il faut savoir que notre relation a été si bizarre qu’il n’a pas mon numéro de téléphone à la maison ni mon adresse. Il connaît ma station de métro, mais je ne lui ai pas dit mon adresse précise. Et presque tout de suite, on est allé chez lui. Et on ne s’est pas tellement penché sur le problème des adresses. De toute façon j’étais chez lui presque tous les soirs. Donc bon.
Et puis je suis sortie du rêve. Pas si vite que ça mais un peu quand même.
Un jour en rentrant dans sa chambre, je me suis aperçue que malgré le passage de la femme de ménage, c’était salle, ça sentait le renfermé et la chaussette sale. Certes, j’aérai dès mon arrivée. Certes, il me suffisait de m’asseoir près de lui pour qu’un sorte d’état second s’empare de moi. ça, c’est une drôle de sensation. J’arrive, c’est crade, je vais vers la fenêtre pour l’ouvrir, ça m’agace. Tim qui rentrait en même temps que moi (je pense à un jour précis) me prend dans ses bras avec une sorte de tendresse déconnectée dont il est spécialiste. L’effet est instantanée, je fond intérieurement, mais dans ma fusion, il y a une sorte de mini-fanette, genre gimini criquet, qui crie, vers moi : “Eh !! Eh !!! Réveille-toi !!!” mais blurp, elle fond.
(J’espère suggérer une visualisation précise).
Je fonds, donc, nous fondons même un peu ensemble, on ne sait plus très bien où je commence et où il finit et on s’endort suite à la fusion, un peu emmêlés. Je dors toujours extrêmement bien, j’ai déjà dit que dormir était un truc que j’adorais, mais j’ai parfois des insomnies, rares, mais terribles. Et là, voilà : à quatre heures je m’éveille avec la sensation que je connais bien, d’avoir une lampe allumée dans le cerveau. Cling. Impossible de me rendormir. Chez moi, en général je me lève et range la maison : je ne dors pas, de toute façon alors autant ranger, me fatiguer et le lendemain je serais fatiguée et je dormirais (je ne suis pas du tout une grande insomniaque, je n’ai eu qu’une période d’insomnies suivies dans ma vie ; c’est d’ailleurs cette période qui m’a permis d’apprécier le sommeil ; je ne crois pas me tromper en affirmant que l’insomnie est une souffrance atroce ; j’ai eu une semaine d’insomnie dans ma vie, j’avais l’impression d’être un cerveau en guenille, qui partait en petit morceaux ; le sommeil est un bien, le plus simple et le plus grand, après le ventre plein ; il faut savoir apprécier les choses simples ).
Me voilà encore en train de digresser, revenons à notre sujet, je m’éveille et je sais que mon insomnie durera, comme toujours, deux heures. Il est quatre heures, je dois me lever à sept, et je sais que je ne vais pas dormir pendant deux heures.
Du coup je me lève et je m’habille, et je pars. Traverser Paris en pleine nuit c’est mon karma, un hobby chez moi, je me retrouve toujours en train de faire ça. C’est incroyable le nombre de fois où je l’ai fait.
Je marche et en marchant je pense ; c’est incroyable ce qu’on pense en marchant. Et puis il y a cet état de la nuit et de l’insomnie, cet état où on a le cerveau qui tourne et qui carbure, et le lendemain tout est fini, évaporé. j’écoute de la musique en même temps, et je pleure, vous savez, je suis sûre que tout le monde fait ça, on se met en boucle une chanson qui fait pleurer, on est triste, et puis on est encore plus triste, et et on a petit à petit les nerfs à vif, pour rien, juste parce qu’on a écouté 15 fois de suite Avec le temps ou Drouot.
J’arrive chez moi en larmes à 5 heures 20(mais ce n’est pas une vraie tristesse, c’est juste un agacement nerveux). café, un peu de rangement et encore envie de dormir. mais je ne dors pas, je vais travailler ensuite, crevée, mal d ans les jambes, les muscles douloureux, la tête à l’envers, fatiguée et ivre d’avoir peu dormi et trop pleuré. Je passe une drôle de journée cotonneuse et je rentre chez moi désireuse d’être seule, seule seule. J’écoute encore des trucs qui font pleurer, je pleure, je me sens mal, mais bien, chez moi, et moi, quoi.
Et lui ?
Lui, rien. Ce soir là, il ne m’appelle pas (il a mon portable et il y a MSN).
Le lendemain il appelle. Je me sens bizarre : je vais lui dire quoi ?
C’est pour me dire qu’il va dîner chez sa mère et qu’il ne sera pas chez lui.