le journal de Fanette

Dans quel état j’erre

mai 18, 2008 · 16 commentaires

On fait la fête.

On est avec des gens et l’on s’amuse : vous savez ce que c’est, non ?

Parfois j’ai l’impression que ma vie existe en deux temps, disons trois : le travail, les fêtes et Fanette chez elle qui dort.

Le travail on connaît, Fanette qui se repose, on imagine (il faut que je nettoie ma salle de bain, c’est une honte), mais la fête ?

C’est quoi ? ça veut dire quoi ? ça va où ?

On se prépare, on s’habille, on se pomponne, on cherche la tenue idéale. Certaines, je crois, se focalisent sur les mecs, je crois ça d’après des trucs que j’ai entendu dire à des amies à moi, moi jamais, je ne suis pas sexy, pas charmante rien, juste je rigole et je dis des conneries et je rencontre toujours des gens en général et des mecs entre autres donc je ne cherche pas.

On se maquille, et on y va, en y allant je me jure de rentrer tôt ça me fait chier, demain je veux me réveiller correctement, me dis-je, pour une fois, et ne pas avoir dormi deux heures ou traversé tout Paris à pied parce qu’aucune compagnie de taxi ne répond ou parce que le bus de nuit : zut. Une nuit normale, bourgeoise. Je passe boire un verre, quasi.

On arrive, bisous, machin, truc, bidule, ça présente à tout va, au bout de la quatrième personne je ne suis plus, je n’arrive plus, je n’enregistre plus, d’ailleurs quelle importance? Quand j’appelle les gens, je les appelle par leur couleur de fringue ou je fais une périphrase et les gens rient. Ex : « hey ! Toi, je ne me rappelle plus ton nom mais je n’ai pas la mémoire des noms ni des visages d’ailleurs (NDA : c’est vrai) mais je sais que tu viens de Nice et que tu es la frère de François je ne sais pas qui est François mais c’est ton frère. » Le mec rigole. J’enchaîne en lui demandant un verre et ça y est, il va me coller, d’ailleurs maintenant je ne parle plus qu’aux filles.

Je veux m’en aller, je ne pense qu’à ça. Mais je parle : c’est compulsif. A machin. Je rigole. A truc. Je rigole aussi. Pour peu que machin et truc me disent des trucs compatibles, je hurle à travers la pièce : machin !!! j’ai trouvé ton âme sœur !!!!! Rebelote, ça rigole. On se marre on se marre et là tout d’un coup ? que se passe-t-il ? ça devient calme. Je regarde l’heure : trois heures. Ce n’est pas possible. Je suis arrivé il y a une heure à tout casser.

A ce stade j’ai généralement bu et je me jette sur celui qui invite pour l’engueuler et lui demander pourquoi le temps ne passe pas chez lui normalement. Il dit que si, le temps passe pareil chez lui. Je lui dis non, tu te fous de moi, je suis arrivé à neuf heures et là il est trois heures alors qu’une heure à tout casser s’est écoulé. Deux, si on veut, mais pas plus. Il dit non, t’es bourrée mais ça fait six heures que t’es là. Je l’engueule. J’ aime pas les gens qui me parlent du temps. Six heures non mais oh. Je m’énerve et je crie. Quelqu’un, mais ils sont plusieurs, me dit qu’on n’a qu’aller boire un verre quelque part. C’est ça tiens. Alors quelque part. Ou le temps passe normalement.

On sort, marche, cause, on arrive dans un bar on commande. Tout va bien, les évènements s’enchaînent, on parle. Pourtant, j’ai toujours l’impression de vivre les choses deux ou trois fois. Le bar est différent, mais en fait c’est le même. Les types avec moi sont différents mais ils ressemblent tellement à d’autres. Je dis à un type qu’il est Grégoire. Il dément et prétend être Xavier. Ça semble plausible si l’on consièdère, avec formalisme, que Xavier est brun et Grégoire blond. Mais il pu se teindre les cheveux. Il ressemble terriblement à Grégoire et il me trouve absolument formidable, comme lui. J’explique à Xavier qu’à une certaine heure, tous les mecs me trouvent super. Mais pas moi. Je veux dire, l’heure n’influence pas mon jugement. Il dit que non que lui il me trouve VRAIMENT super. Fou rire. Il se rapproche et essaie de me convaincre avec des arguments rapprochés. Je n’ai rien contre les arguments rapprochés : sauf le mensonge, le truc que je suis super. Ou plus exactement, je le suis, nul n’en doute, mais il ne peut raisonnablement pas le savoir. Il dit que si. Je me marre tellement qu’il trouve ça moyen. Je lui demande où il réside et : pas loin. Grégoire non plus n’habitait pas loin. Personne n’habite loin. Il s’avère que bien que nous ayons quitté la soirée avec accélérateur temporel à cinq personnes, nous ne sommes plus que deux, une dimension parallèle ayant probablement absorbé discrètement le surplus. Xavier n’habite pas loin en effet, et ça n’est pas comme chez Grégoire. Donc il avait raison : Xavier n’est pas Grégoire. Pourtant, ça aurait pu être lui. Lui, ou un autre. Quand je m’en vais, il est six heures, je ne me coucherai pas tôt et je m’interroge : est-ce que tout ça en vaut la peine ? Et tout ça, quoi, d’ailleurs ?

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