Nikita Mikhalkov

Il y a quelque temps je parlais de mon cinéaste préféré, en faisant un teasing d’enfer. Le genre qui fait flop puisque je ne travaille pas le teasing.

Mon cinéaste préféré, allez, je vais dire qui c’est, ça pourrait être Atom Egoyan et d’ailleurs… j’en ai plusieurs.

Mais ce lui-là c’est spécial, et hélas personne ne le connaît. Même sur Youtube ou Dailymotion, pour trouver un truc, ça craint.

Avant de dire son nom, je veux expliquer exactement pourquoi je l’aime.

C’est essentiellement à cause des images et de la façon dont il met en scène les sentiments.

L’un de ses films commence avec l’image d’un petit garçon qui s’éveille, un adorable petit garçon. Il s’éveille, dans une magnifique lumière, et il pense à sa maman, qui était en voyage et a du revenir aujourd’hui. Il se lève tout content et appelle sa mère. La bonne le fait taire, il se tait, mais il reste tout content, car c’est un enfant et il baigne dans le temps et la lumière merveilleuse de l’enfance, il se contente d’attendre sa maman et ces quelques images donnent une impression indicible de bonheur a-temporel.

Puis le film commence. Le temps a passé ; le héros est adulte, et il traîne dans la vie, il ne réussit pas à s’insérer dans la vie. Ce film se déroule dans un pays étranger et dans le passé, mais il est étonnamment actuel. Le héros fait maints efforts pour rentrer dans la vie, mais il n’y parvient pas. Il y a toujours en lui ces images de bonheur lumineux de son enfance, mais il ne parvient pas à vivre dedans. Je pense à la fin du poème de Lucie Delarue- MArdrus « mais qui donc a jamais guéri de son enfance ? » Un ami du héros se met en tête de le faire rentrer dans la vie, mais le héros traîne et n’y parvient pas, toute la fausseté de la vie sociale le dégoûte, et, en même temps, il ne parvient pas à jouer le jeu.

Ce film s’appelle « Une journée de la vie d’Ilia Ilitch Oblomov ».

Un autre film. Il s’agit de riches personnes, l’été, à la campagne, qui s’ennuient et passent le temps, le tuent, littéralement, dans une oisiveté luxueuse. Deux anciens amants se retrouvent par hasard, et du temps de leur jeunesse ils avaient de grands projets, de nobles idéaux, des théories sur la vie… Puis ils se sont séparés, la fille a laissé tomber le garçon. Ils se retrouvent, et découvrent qu’ils ont tout deux des vies très ordinaires. Au tour d’eux, la médiocrité règne. Ceux qui les entourent s’amusent un peu à jouer avec leurs sentiments froissés. Il ne reste rien de leurs rêves. A la toute fin du film, alors que le héros rate son suicide, sa femme, une nigaude qu’il méprise, lui tient un discours extraordinaire et il s’avère que c’est elle, un peu l’idiote que tout le monde regarde avec condescendance, qui est peut-être la plus simple et la plus vraie de tous ces inutiles …

Ce film s’appelle « Partition inachevée pour piano mécanique ».

Le film qui a loupé la palme d’or devrait être plus controversé (il l’est peut-être ; je ne suis pas du tout l’actualité de l’auteur). Il s’agit de Soleil Trompeur. Le héros est un général stalinien, en vacances dans sa datcha avec sa famille. C’est un privilégié du régime. Les images du film sont magnifiques…Mais arrive un mystérieux personnage, un acteur que j’ai revu plus tard, d’ailleurs, et ce mystérieux personnages est envoyé par Staline, dans le cadre des purges de 36, pour mettre fin à tout cela. Le soleil qui illumine ces fabuleuses journées de repas du général est trompeur, car il va être arrêté, tabassé, sa famille sera déportée…mais ce n’est pas ce que le film nous montre : il ne nous montre qu’une journée de bonheur parfait, familial, troublée seulement par l’arrivée de l’agent stalinien. Durant toute cette journée, merveilleuse, la présence de la menace imminente qui plane sur la famille donne une tension dramatique à toutes les images, et pourtant, ce qui me gêne, c’est tout de même que le héros est un général stalinien… un tueur… Un lien (assez pénible à charger, sur un site chinois).

Ce cinéaste, c’est Nikita Mikhalkov.

Dans la plupart des film de Mikhalkov, un bonheur merveilleux et un désespoir total sont soigneusement rapproché, placé en exergue l’un de l’autre, et je ne peux tout simplement pas y résister, ça me touche infiniment, cette façon, muette, sans parole de placer les choses en perspective. Le réveil du petit garçon heureux, dans le soleil, qui va devenir un homme triste, solitaire, hors du monde ; l’extraordinaire journée d’été des riches oisifs, rendue ridicule et vaine par le souvenir de la jeunesse idéaliste des deux héros ; le bonheur de la famille du général, bonheur qui va se transformer en cauchemar le lendemain même…

Les films de Mikhalkov sont lents, pleins de poésie, d’images, visuels. Je suppose qu’à notre époque ils ne vont pas assez vite. Tarentino a eu la palme d’or, et j’aime Tarentino. Mais je trouve que Mikhalkov la méritait plus que lui.

En dernier lieu il y a Urga, qui n’est pas comme les autres films. Ce que j’aime dans Urga, c’est le côté brut du film. On y voit une ville de Mongolie ou de Chine dans les années 70. On y découvre un personnage assez renversant, Gombo, et sa famille. Les images de la steppe sont merveilleuses, et celles dans la boîte de nuit sont (dans ma vie à moi) cultes. Une boîte de nuit de province chinoise dans les années 70, c’est extraordinaire.

On retrouve cependant Mikhalkov dans une scène d’Urga. Le héros, russe, et un ami mongol, qui l’a aidé, se retrouve dans la boîte de nuit. Là, Serguei retrouve un vague ami, qui, constatant que Gombo a de l’argent, veut lui fourguer des pin’s et des bricoles à gogo. Seguei l’en empêche, car Gombo l’a aidé, accueilli et lui a tout donné.

- Il a une âme, lui, dit-il, et nous ? c’est quoi notre âme ? une âme à deux roubles ?

L’autre fait la tête.

- Il connaît le nom de son père et de son grand père, dit Serguei, en substance, à son « copain » russe. Tu les connais, toi ?

- Et toi ? lance l’autre, vexé, à Serguei.

L’image passe sur une église enneigée ; et sur une maison détruite. Telles sont les racines de Sergei… Du coup il se lève et chante, complètement bourré, une chanson, du temps de sa jeunesse, dont il s’est fait tatouer la partition dans le dos (les collines de Mandchourie). Or, moi, les souvenirs de jeunesse, je sais bien ce que c’est, et comme c’est indicible, et comme c’est triste.. Intutile de dire que j’adore cette scène…

Ce que j’écris là n’est en rien à la hauteur de l’œuvre de Mikhalkov, et j’en suis désolée. Mais si une ou deux personnes le découvrent et l’apprécient ensuite, je serais bien contente…

Note : Mikhalkov a fait d’autres films : les yeux noirs, la parentèle, cinq soirées, Urga, et le dernier, que j’ai détesté, mais que beaucoup de gens ont vu, je crois, « Le barbier de Sibérie ». De ce dernier film, je ne dirais pas un mot, à part quelques scènes, ce n’est pas du Mikhalkov.

Pour finir, la video des collines de Mandchourie : même si les images laissent sceptique(j’ai l’habitude hein… normalement quand je fais ma petite promo de Mikhalkov, les gens m’écoutent poliment genre ils m’aiment bien…), on aime la mélodie…

(impossible de mettre la video, je mets le lien).

11 réponses à “Nikita Mikhalkov

  1. Tu as vraiment le don de faire partager ton amour pour quelque chose. Là, tout de suite, je brûle de m’envoyer sa filmo !

  2. Connais pas… Mais ça me donne envie !

    Tu me fais me sentir inculte, comme quand j’ai lu « L’élégance du hérisson », où la concierge glorifiait le cinéaste japonais Ozu…

  3. tu me donnes envie de le découvrir – je ne connais que le titre de ces films mais je pense que son univers collera bien avec mon humeur mélancolique

  4. Ben je connais pas…

    Bon, je me la joue hypocrite ou pas ? Genre : Ah oui, je ne connaissais pas, mais maintenant j’ai vraiment envie de découvrir ! (désolé pour les commentaires d’avant, ça n’a rien à voir avec vous !)

    Allez, ici, je vais être honnête : tu décris superbement ce que tu aimes de ce cinéaste, et comment il te touche. Mais euh… je suis désolé, mais je n’adhère pas du tout, et je crains de n’avoir aucune envie de découvrir ces films…

    Il faut de tout pour faire un monde…

  5. Un joli univers que tu me donnes envie de découvrir…

  6. Je ne connais pas ce cinéaste mais c’est clair que tu sais mettre l’eau à la bouche!!!
    Je vais me mettre en recherche…
    bye!

  7. Intéressant ce cinéaste, je ne pense pas avoir vu un de ses films mais peut être qu’un jour je m’y arrêterai.

  8. Bonjour Fanette.
    Je ne connais pas les premiers dont tu parles, mais j’ai adoré Soleil trompeur. Les images de ce film sont d’une beauté rare, et la fin fatale qui est annoncée est d’autant plus révoltante. Tu me donnes envie d’en découvrir davantage ;o)

  9. ouiiiiiiiiiiiiiiiii. j’aime beaucoup aussi même si je n’ai vu que soleil trompeur (un de ces films dont je me rappelle plus des impressons qu’ils procurent que du déroulement de l’histoire): je me souviens l’avoir vu un soir d’été à la TV, j’étais chez mes paretns je suis sortie dans le jardin, ma petite soeur jouait, mes paretns arosaient les plantes et… c’était juste paisible et beau.
    l’agent stalinien c’est oleg menchikov.
    j’ai pas détesté le barbier de sibérie: il m’ a juste un peu déçu.
    J’ai envie de voir le reste de sa filmographie
    à la vue des autres commentaires tu as réussi à donner envie à d’autres personnes…
    Ce qui est drôle est que j’en parlais pas plus tard que ce week end avec ma petite soeur qui veut apprendre le russe: je lui ai dit qu’il fallait qu’elle voit des films de nikita mikhalkov…

  10. Moi j’ai adoré « les yeux noirs »

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