Suite d’hier : La crise américaine gagnera-t-elle l’Europe?

(Suite d’hier)

Vous savez, il y a un truc super dans les films américains, c’est quand après un plan suggestif, on retrouve le couple sagement sous les draps, avec juste les bras qui sortent ; et puis quand l’un des deux rejette les draps, la fille est en culotte et soutien gorge, jolies, hein, mais culotte et soutif (elle s’est rhabillé fissa sous les draps?). ça me fait toujours drôle, non?

Eh bien c’est ce qui m’est arrivé ! Ô lecteur, crois-moi : les draps se sont tout bien remis et j’étais en petite tenue très jolie, les bras qui sortaient des draps, comme une actrice américaine. J’ai repoussé les draps et foncé dans la salle de bain, plus vite que l’actrice américaine moyenne, puisque, faiblement pourvue en coach et ayant négligé (Gazelle j’ai honte) mes exercices, je ne voulais pas qu’on s’appesantisse sur mes excroissances graisseuses.

Mais la salle de bain c’était le genre tout en miroir. Une salle de bain de quelqu’un qu’aime pas les femmes ; et très claire ; le cauchemar. J’ai fait couler un bain les yeux fermés. J’ai juste ouvert un oeil en me glissant dans la baignoire : hou mes cuisses.

Mais dans le bain moussant on ne voit rien. Mmm, vive les bains moussants. Il faisait chaud et doux, c’était bien. Ça commençait pas mal comme week end.

J’ai ressurgi toute fraîche rose et fleurant bon, en me disant avec regret que le luxe, c’est mieux dans un petit manoir à la campagne que dans mon 16 m2 (en plus je n’ai qu’une douche avec un rideau de douche qui me colle quand je me douche).

Pierre-Henri est allé aussi se rafraîchir, et puis tout roses tout frais, fleurant bon les parfums, savons, afterhave et tout ça, on est descendus. Je me tâtais pour savoir si c’était moi : ça avait l’air moi. Mais moi au top.

L’apéritif : Claire annonce : sans façon. (I.e. : vin blanc, whisky, martini ; avec olives et cacahouettes ; basique)

J’adore quand les gens bien disent sans façon.

Cela dit, je prends tous les apéritifs, sans ou avec façons. Celui-là commence ennuyeux. M. KE parle de KE, enfin pas tout de go comme ça, plus technique, mais pontifier sur la crise… Alors déjà qu’on parle que de ça sur internet, si c’est pour entendre un pseudo spécialiste pontifier sur l ‘économie mondiale… Je cherche un moyen de m’en tirer. Une demi-heure sur le capitalisme et ses charmes, j’ai déjà fait ma bien élevée, non? Qui trouve ça intéressant? Stressant, oui, mais intéressant? De toute façon, j’ai pas de sous. Mon pouvoir d’achat va sûrement baisser, mais j’ai du mal à me plaindre, vu mon contexte familial. Je passerai toujours mes vacances quelque part. Et des gens me fileront toujours une ou deux bouteilles, du pied de porc, du cassoulet, de la saucisse ; et entre deux, je mange de la soupe (avec du pain). Je ne peux pas argumenter, je n’arrive jamais à trouver d’arguments qui fassent sérieux dans ce genre de discussion.

Je me lève et j’explore la pièce, pendant que KE pontifie. Des regards me suivent : il doit être dans les moeurs locales de laisser les hommes, surtout dans le genre de KE, pontifier, en hochant la tête d’un air convaincu et navré. Pierre-Henri participe d’ailleurs un peu, mais on voit qu’il est moins pointu que KE sur le capitalisme. Je regarde les livres et les disques. Ah, un disque. Ah, ah, Dieu de la culture, tu es avec moi, pas vrai? Petit coquinou. On n’est pas dans du vrai culturel, il n’y a que des bests of, et je tombe sur un best of de Pavarotti, avec, entre autre, E lucevan le stelle. Non seulement j’aime cet aria, mais il me semble infiniment plus harmonieux que l’économie américaine. L’opéra écrasera-t-il la crise?

Je me dresse, tel Champollion devant la Pierre de Rosette, et pousse un cri étranglé, dans lequel je laisse percer un certain bonheur. Puis je me fige dans la contemplation du CD. Le bonheur m’étouffe. Surprise du côté du cours d’éco.

Les subprimes ne doivent pas emmerder que moi, car Claire se lève vivement et vient près de moi en disant :

- Maman adoooore l’Opéra. (Visualisez intérieurement la scène : Anne Roumanof en pas drôle et plus mode, et : Maman adoooooore l’Opéra)

- Je vois, dis-je (du mal à rester dans l’émerveillement par rapport à Maman). Il y a plein de best of.

Claire fait une tête. « Il y a aussi des oeuvres intégrales », dit-elle. Et elle me montre. C’est vrai. Il y en a aussi. Maman adooooore la culture, c’est beau.

- E lucevan le stelle, dis-je.

Le regard de Claire indique une incompréhension visible. Je lui montre le CD et je continue dans l’extatique.

- Oh, fais-je. On peut le mettre? J’adooooore.

- Mais je t’en prie. (La culture !!! que ne ferait-on pas pour elle !! Inclinons nous!!!)

Elle m’indique le lecteur CD. Je m’approche et je glisse le disque dans un silence circonspect. KE s’est tu. Il n’en revient pas.

-maman adore l’opéra, dit Claire à KE.

- je ne savais pas que ça te plaisait, dit Pierre-Henri.

E lucevan le stelle se fait entendre. Je leur explique le contexte (encore, que, d’un côté, on ne sente pas le bonheur parfait ruisseler dans la mélodie). Un homme va mourir et il se souvient de la femme qu’il aimait, Tosca (alors que c’est une rude chieuse, mais passons). J’écoute avec adoration. Du coup, tout le monde prend l’air un peu couillon qu’on a quand on écoute un air d’opéra en faisant semblant d’aimer : peu, surtout dans le genre des personnes présentes, ont le courage de dire que ça les ennuie, ou pas dans ce contexte-là, si vous voulez. KE semble un peu égaré. Claire ferme les yeux (pour montrer qu’elle s’imbibe de musique). Pierre Henri regarde ses chaussures. Moi, je m’en fous, j’ai les larmes aux yeux et le coeur qui bat dès les premières notes, c’est mécanique. Je les bats tous en culture. La musique et la poésie : je pleure, c’est nerveux.

- C’est beau, hein, dis-je dans un souffle quand l’aria s’achève. Avec une vraie émotion. Ils sont impressionnés. Personne ne me contredit.

- On passe à table? suggère Claire.

Ça a marché. Opera vs crise américaine, c’est l’Opéra qui gagne. Normal, c’est la suprématie de l’Art. Ça coupe même le sifflet à KE pour le repas.

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17 réponses à “Suite d’hier : La crise américaine gagnera-t-elle l’Europe?

  1. Faudrait peut-être diffuser de l’opéra à Wall street?
    Je crois que j’aurais fait la même chose à ta place.

  2. bravo, faudra un jour que je m’intéresse à l’opéra… vu que la bourse m’indiffère.

  3. Ah, l’opéra contre la morosité et l’économie, excellent !!! je vote pour !

  4. Mais que c’est bôooooooooo!

  5. absolument génial ton compte-rendu! j’ai adoré de bout en bout! après le bain qui devait être si reposant, la conversation sur la bourse (bien fait pour eux!), et cet air d’opéra (que je ne connais pas, je l’avoue!)!
    merqui à toi d’avoir fait triomphé la culture sur le profit!!

  6. Bravo bravo!

    J’adooore moi aussi étaler ma culture aux yeux des KE&Co qui croient qu’ils sont les seuls à en avoir… Félicitations pour ta victoire! ; )

  7. Very well done Fanette!!
    Je crois que j’aurais fait la même chose que toi, la bourse et les capitalistes m’ennuient à mourir.

    Alors que l’opéra, les livres, et autres bonheurs culturels…

    Je crois que Aude a une vraie bonne idée: de l’opéra dans les places financières…ça leur adoucirait les manières et l’humeur!

  8. Moi c’est Chopin qui me met dans cet état…

  9. si certains traiders et autres actionnaires arretaient de jouer avec l’argent nous ne serions pas là !! j’éspère que ces gens là vont comprendre ce qu’ils ont fait !! et dans quel gachis ils nous plongent !!
    belle fin de semaine tout de meme !! allez relevons la tete !!

  10. T’es trop balèse fannette.
    Ce qui aurait été encore plus beau. C’est darriver au même résultat avec les Sex Pistols. Anarchy in the UK, par exemple. Fuck les capitalistes…

  11. Je me demande si ça marcherait avec mon prof de maths fi…

  12. Excellente stratégie que je note pour plus tard. Dommage qu’il n’y ait pas un seul cd diffusable chez ma mère.

  13. oups tu as disparu de mon Netvibes!
    et vive l’opéra!

  14. Partir en week-end pour se retrouver sur le plateau du Journal de l’Economie, c’est un concept. Condoléances sincères …

  15. On peut fort bien s’intéresser à l’actualité et à l’économie et en même temps apprécier l’opéra. Tosca, bien sûr, autant je n’apprécie pas Wagner autant j’aime l’opéra italien (Verdi, Puccini et Rossini pour l’essentiel, c’est une musique qui prend aux tripes) et aussi le baroque en général.
    sinon, il m’est arrivé trois fois de passer une soirée lamentable avec des gens (amis d’amis) avec qui je n’avais rien à dire. Pesant !

  16. Je vote pour l’idée de Bernie, un bon petit trust à fond les ballons aurait été très drôle vu le contexte…