
Amour ou pas, je n’en sais rien, obsession sûrement.
Les choses évoluent favorablement selon moi.
En fait, tout est différent. Sa rupture, ou semi-rupture avec Sandrine a transformé Lui. Il voit le monde extérieur, et surtout il me voit. Avant, il avait toujours l’air plongé dans ses soucis, pensées, là il a le même air, mais avec un oeil ouvert sur le monde.
Et le monde, c’est moi.
Enfin j’exagère…
Ce qui change, aussi, c’est moi, et ça n’est pas anodin. j’en suis assez contente, et je me demande comment l’expliquer. L’année dernière, j’étais timide, enfin, timide dans mon comportement, je ne savais jamais quoi dire et le boulot me plaisait, mais les gens me déplaisaient. je ne savais pas comment me positionner par rapport à eux.
Je suis restée dans une position bizarre, mi-”je rentre dans le jeu”, mi-”je suis hors du jeu”, et au final, ça a payé – ça a payé en moi : je me sens extérieure au boulot, mais je suis dedans quand même.
Est-ce que ce que je dis est clair? Je joue le jeu, je parle, je bouge, mais à l’intérieur je suis différente.
Soyons plus imagée : le monde extérieur, c’est le bureau, la cour intérieure, la vigne vierge, la machine à café. Mais dans ma tête, je suis ailleurs, et j’y avais quand je veux : je pense parfois à tous les matins du monde ; parfois à Dune, au Palais de Leto I ; parfois je suis à Combray. Quand je regarde les gens de mon open space, je reviens de si loin qu’ils me paraissent bizarres.
Cet état d’esprit m’a donné de l’assurance ; j’ai changé mon look, j’ai des tenues toutes prêtes dans mon placard ; je les ai listée ; si je ne réfléchis pas à ma façon de m’habiller, je vais arriver au boulot en pyjama. J’ai donc fait des listes strictes, tel pantalon avec telle jupe etc.
Un soir dans la rue, j’allais à un vernissage, j’avais réfléchi à ma façon de m’habiller, et plein de gens m’ont regardé dans la rue. Du coup je me suis regardée aussi, dans les vitrines ; je n’arrivais pas à savoir si j’étais ridicule ou pas. Mais au vernissage, où le champagne n’était pas bon et les petits fours secs, ce qui n’a pas compensé les croûtes, la fille qui m’invitait a dit que j’avais un super look (ce qui ne me rassure qu’à moitié car elle était habillée très bizarrement) ; disons que ça passait dans le contexte.
Donc, à force de renforcement positifs, je me suis sentie plus forte.
Je ne traverse pas la cour du même pas qu’avant.
Je n’entre plus dans le bureau de Ben et Lui comme avant.
Maintenant Lui enlève ses lunettes et boit un café avec nous.
Nous dialoguons. Je veux dire que je n’assiste pas au dialogue Ben-Lui.
Donc, du mieux.
Enfin, je me sens mieux.
Lui déménage, vu qu’il vivait chez Sandrine, il a trouvé un appart en coloc. Un coloc qui, selon lui, n’est jamais là. Quelle chance. L’appart est immense (il y en a qui ont du bol), une chambre immense, une cuisine immense, un salon immense.
Et là, vive la confiance en soi. En fait, quand il me dit ça, je suis dans son bureau, et il m’explique :
- Ah, tu sais, je croyais que j’allais laisser le bureau, mais peut-être je vais encore venir travailler ici.
- Ah oui?
- Ouais, j’ai trouvé une coloc d’enfer, je ne peux pas louper ça, mais je ne peux pas mettre mon bureau chez moi comme je voulais.
- Aaaaaahhh… (je prends l’air navré).
(Il me décrit l’appart).
- Mais ça a l’air génial !!! (je pousse des cris)
- Oui, et puis c’est un appart ancien, mais le type à refait la salle de bain, enfait il a fait un truc délire, il a cassé une chambre pour refaire la salle de bain, donc il a une salle de bain immense… Et la chambre a au moins 4 mètres de plafond… J’ai vu ça, j’ai craqué. Il faut que je vive là.
- Je veux voir ça, je veux le voir !!! J’adore les vieux appart !!
- Ben, passe ce soir, si tu veux.
(Moi, essayant de ne pas m’étrangler)
- Ah, ben… ouais, OK.
Ce soir.
Juste, il faut que j’annule Pierre-Henri.
j’ai annulé.
Mais ce qui est génial, c’est (vous me permettrez, ici, de m’en réjouir comme une petite fille, d’accord?) que je n’ai même pas réfléchi ; avant, j’aurais écouté, et je n’aurais pas osé dire “oh, je voudrais voir ça”, par des principes de je ne sais même pas quoi à la con, je ne le connais pas assez, enfin, non, ce n’est même pas ça : il y a des gens qui me bloquent et d’autres pas, mais lui, me bloquait. Sauf qu’avec mon assurance qui m’est venue, je ne pense plus à cela, je ne me retrouve plus dans cette situation conne où, au moment où j’ouvre la bouche pour dire un truc, je me dis “mais peut-être qu’il ne faut pas que je dise ça?” et du coup, je referme la bouche, bredouille et passe pour une gourde. Du coup, avec les gens avec qui j’étais à l’aise, pas de souci, je pouvais dire ce que je voulais ; mais avec tout une série d’autres personnes, je me retrouvais à vouloir parler, hésiter, sortir une phrase, puis m’interrompre, ou bafouiller “Euh, non, non, rien” en me maudissant.
Ce n’est pas la confiance totale ; si j’avais confiance, je ne remarquerai pas ce que je vous dis là, vous saisissez? mais il y a un mieux. Je n’ai pas eu l’air de dire “oh, s’il te plaît, je veux aller chez toi”, comme une petite sotte. J’ai poussé des cris sur les appart anciens et.. voilà.
Donc, je vais aller chez lui….
Et je vais vous raconter mais pas tout de suite.
Pas tout de suite.
Vous verrez, ça évolue… pas trop mal, mais il y a un mais.