le journal de Fanette

Quitter Pierre-Henri – la tante

août 9, 2009 · 22 commentaires

Oui. Question toujours d’actu.

Si on vit vraiment pour de bon avec une personne, on doit fréquenter un peu sa famille, non? Or, dans sa famille, il y a une tante ; il y en a plusieurs, mais là je pense à une. Une tante mariée, avec une fille.

Description de la tante : il me faut tenter d’en donner une idée, ça vaut carrément le déplacement.

Tout d’abord, la peau de la tante : couleur poulet rôti à la broche. ça me fait toujours tout drôle quand je la vois. Elle a la couleur caractéristique des gens qui font des UV ou qui prennent des trucs à la carotte. Bronzée, mais avec un fond orange. Ensuite, cuite – il n’y pas à dire, ça me fait penser à la peau d’un poulet rôti, ça fait sec et tendu. Il n’est pas impossible qu’elle ait eu recours à la chirurgie esthétique, ce qui peut-être explique la côté tendu.

Après, il y a le sourire. Pas n’importe quel sourire. Un sourire toujours prêt, mais de convenance. A la moindre occasion, tout le système maxillo-facial est prêt et hop ! ça sourit. En même temps que les lèvres s’incurvent et que les dents apparaissent (d’impeccables dents blanches), les sourcils se haussent progressivement. Vous voyez le mouvement ou pas? En phase ultime, les sourcils sont haussés, les yeux écarquillés (on suppose qu’il s’agit d’exprimer l’émerveillement, le contentement, ou la surprise, ou les trois, ou deux sur les trois), les lèvres remontées jusqu’aux oreilles et les dents s’entrouvrent pour laisser passer quelque chose comme :

- Chris !

ou :

- Enfin vous êtes là !

ou :

- Nous commencions à nous inquiéter !

(avec un regard ultra rapide mais foudroyant à mon encontre, je suis la supposée cause du retard – j’avoue).

Bon.

Continuons. Sous le visage, nous avons :

- Un corps anguleux et musclé, précédé d’un cou maigre entourés de colliers ;

- des bras tendus de muscles peu développés, mais de muscles uniquement, pas de chair, donc pas de gras, mais ça fait sec – mais bon ;

- au bout des bras, des mains aux doigts longs, fins et osseux, pleins de bagues ; bracelets aux poignets ; couteux ;

- des jambes dans le genre des bras, avec pieds minces, longs et osseux, le plus souvent visibles à travers des sandales de type ethnique, ou des bottes basses, vaguement médiévales. Pas d’escarpin, de la ballerines plate.

Le style de la tante consiste à se glisser dans des sortes de tubulures en tissus, qui plissent et sont empilées diversement. Par ex : une jupe tube verte longue(mais chic, pas de la fringue qui pendouille) ;  une longue tunique blanche ultra moulante qui plisse ; une veste longue qui plisse sur les bras et descend moins bas que la tunique dont je me demande d’ailleurs si dans un autre contexte elle ne pourrait pas être une robe. L’ensemble est terriblement vertical.

Les poignets cliquètent de bijoux, le cou de colliers souvent ethniques.

La tante se déplace comme si elle essayait de passer entre deux dimensions ; elle tente d’occuper le moins d’espace possible. On a l’impression qu’elle n’a que deux dimensions ; on a envie de se porter sur la droite ou la gauche pour la voir de face. Elle ponctue ses phrases, ses soupirs, ses regards,  avec ses avants-bras.

Elle se nomme Eglantine.

Mais en fait non.

En fait elle s’appelle Evelyne.

Mais elle n’aime pas.

Et quand elle a rencontré son mari, il l’a appelé Eglantine ; une impulsion, un instinct, une vision ; il a nommé la femme qu’il a vu en elle et qui s’est mise à exister depuis lors.

C’est comme l’art moderne. La signification est dans l’oeil de l’observateur. Eh bien son mari, en voyant Evelyne,  a immédiatement discerné son potentiel en Eglantine.

Avouons-le, elle est plus convaincante en Eglantine.

Eglantine, ça se prononce un peu Eglanteene, voire Eglantheene, voyez, en faisant un demi th de that. Le “glan” doit être un peu du fond de la gorge aussi. Comme si on gémissait, tel le voyageur assoiffé parcourant le désert et tout d’un coup découvrant Celle Qui Sera Sa Source – vous voyez ?

Oui, parce que quand vous la rencontrez, ça doit être de type révélatif. Vous la voyez et – aaaaaaah, vous l’aimez vous l’idôlatrez elle est merveilleuse. Une passion nait entre vous et elle. Elle vous adore. Vous l’adorez aussi. Car elle est jeune, elle est créative, elle est passionnée. Surtout par l’Autre.

Et un jour, forcément, l’Autre, ça a été moi.

Catégories : Pierre-Henri

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