le journal de Fanette

la tante de Pierre Henri, suite.

septembre 21, 2009 · 13 commentaires

Donc, disais-je il y a longtemps, l’autre un jour ce fut moi. C’était un samedi après midi normal, et j’avais retrouvé Pierre-Henri sans idée préconçue sur le déroulement de l’après-midi (preuve que nos relations évoluaient, nous nous retrouvions parce que c’était comme ça, et non plus sous le prétexte d’un film ou d’une sortie).
Je dois passer chez ma tante, me dit Pierre-Henri : et je ne me méfiai pas : je pensais aux miens, surtout Marie-Hélène, son cardigan, ses jupes droites sous le genou, je m’attendais seulement à être passé au scanner du regard d’une « dame bien », mais j’ai l’habitude, et y vois l’occasion de ressortir mon numéro de jeune fille bien, ce qu’à l’occasion j’aime assez.

Et puis je me suis retrouvé face à l’Île Saint Louis, ce qui m’a fait tout drôle ; personne n’habite là, sauf des gens que je ne côtoierai jamais (mais évidemment, me suis-je dit, Pierre-Henri peut côtoyer ce genre de personne). Une entrée d’hôtel particulier à me ratatiner au fond de mes chaussettes ; je suis d’un naturel positif, et ne jalouse personne : du moins le croyais-je avant d’avoir vu l’entrée de l’immeuble d’Eglantine. Depuis, je sais que j’en veux à une certaine catégorie de personnes : les riches qui habitent par là bas. Porte cochère, entrée d’immeuble, petite porte, deuxième entrée, jardinet, escalier en bois qui tourne dans une jolie montée d’escalier bien refaite ; porte double au premier étage ; la morsure de la jalousie me dévore, pourquoi des gens ont-ils le droit d’habiter là ET PAS MOI ? Hein? Bon. Je me contiens (à grand peine).
Une jeune fille asiatique ouvre la porte, vêtue en soubrette ; deuxième choc, je ne savais pas que ça existait encore.  Petite jupe et petit tablier blanc avec noeud. Je n’entends pas ce qu’elle dit, mais des phrases d’accueil aimables et stéréotypée, peut-être je vais chercher madame ou un truc comme ça. Survient un grand homme, crâne rasé, boucle d’oreille à une oreille, grand sourire :
- Salut Pierrot !
LE surnom que je n’aurais jamais donné à Pierre-Henri, mais bon ; on est peut-être toujours le Pierrot de quelqu’un. Le regard du grand bonhomme glisse sur moi et me scanne, mais pas façon Marie-Hélène (j’aurais préféré, je connais le résultat du scanner, dans ce cas), puis il me sourit.
- Vous devez être Fanette ! Enfin !
Idéal pour me mettre à l’aise. Je rougis comme une élève de sixième. Survient le phénomène évoqué antérieurement, dans des nuances de vert et de mordorée, fluide, gazeuse, exquise : Eglantine évolue dans ma direction.
-Pierre-Henri ! (Hululé).
Puis, changement de ton, très sèche la dame : « Mai Ly mon petit, ne restez pas là !
Mai Ly, qui avait la tête ailleurs, reprend ses esprits et s’évapore.
Rechangement de ton :
- Faaaaaaanette ! (Hululé extatique, voire gémi, vous situez?)
L’apparition avance de quelques pas, me contemple avec attendrissement (je dois en effet avoir l’air terrifié), me prend par les épaules et m’enlace. Une terrible odeur de parfum me saisit aux narines, je vais éternuer. Attention, on ne me fait pas dire ce que je n’ai pas dit, ça sent bon, mais c’est hyper fort et puis je ne sais pas, ça pique le nez. Pétrifiée, je me fige pour éternuer, instinctivement je me contrôle mais je fais quand même : « Tchi ! », et je redoute qu’elle ne le prenne mal, mais pas du tout :
- Oh, ce temps ! s’écrie-t-elle, et une expression horrifiée se peint sur son visage. Cette pollution : Paris est dramatique !
Elle se tourne vers son mari, le géant au crâne rasé et à la boucle d’oreille, et lui dit :
- Tu vois (on sent qu’il y a eu antérieurement débat). La petite aussi.

J’ai peur. Je le jure, j’ai peur.
Car le géant entraîne Pierre-Henri, et je me retrouve seule avec le nuage vert mordoré vaporeux.

Catégories : Pierre-Henri

13 réponses jusqu'à présent ↓

  • Miss Nahn // septembre 21, 2009 à 1:50 | Répondre

    OMG!
    Le coup des immeubles et des apparts de malade j’ai arrêté de trop regarder, à Paris c’est no limit.
    Par contre la petite demoiselle habillée en soubrette, tu rigoles??? J’imagine très bien ta tête, j’ai dû faire la même en te lisant.

    Comme toujours c’est extrêmement bien écrit, je visualise la scène au fur et à mesure de ton récit.
    La suite !!!!! (parce que te laisser là comme ça avec les vapeurs mordorées c’est pas possible)

  • charles // septembre 21, 2009 à 2:18 | Répondre

    ça ressemble beaucoup au paris que j’ai connu et fréquenté… je ne sui sdonc pas le seul à redécouvrir des choses surrannées

  • fanette // septembre 21, 2009 à 2:43 | Répondre

    Oh la la, vous avez vite réagi, dites donc ! c’est vraiment gentil. Je suis toujours sur le Post, hein, mais pas pour ce genre d’histoire.

    Miss Nahn : ce que je ne sais pas, c’est si c’est archi fréquent ou pas, les soubrettes à l’ancienne. Mais ça existe encore.

    Charles : oui, c’est vrai que ça ressemble à ce que tu racontes… C’est un univers qui m’effraie, d’ailleurs, je ne sais trop pourquoi…

  • willykean // septembre 21, 2009 à 3:41 | Répondre

    Ah te revoilà enfin, Fanette!
    COntente de te retrouver.

  • isabelle // septembre 22, 2009 à 6:54 | Répondre

    Contente de te retrouver!!!
    Comme le dit Miss Nahn, nous sommes en attente de la suite !!!
    (sinon, pour les soubrettes à l’ancienne, ou les majordomes, c’est un genre qui se pratique encore à Monaco…)

  • miss400 // septembre 22, 2009 à 3:24 | Répondre

    tu écris trop peu
    il faut rattraper ce retard, on est en manque

  • misssfw // septembre 24, 2009 à 9:38 | Répondre

    Quand je pense que Balzac n’est plus là pour faire de tata Eglantine un roman. L’injustice de ce siècle me terrasse.

  • Soledad // septembre 25, 2009 à 6:40 | Répondre

    Tu devrais écrire un livre il aurait beaucoup e succès… Tu me fais toujours rire avec ton Pierre Henri… Ben oui, les soubrettes ça existe encore et bien plus que tu ne peux l’imaginer, je me demande même si cela ne revient pas à la mode… Un signe extérieur de richesses!!!! Enfi, je te rassures, je n’en n’ai pas à la maison non plus la soubrette, c’est moi…LOLBon vendredi. Bisous

  • Oparachake // septembre 29, 2009 à 10:42 | Répondre

    Alors la suite ? Elle t’a parlé de quoi, de qui ?
    Ce Paris entre deux mondes a toujours quelque chose de surprenant.
    Pauvre “soubrette”, c’est vraiment le point fortement négatif. Beurk.
    Reviens plus souvent… Tes billets me manquent ;-) )

  • Laure // septembre 29, 2009 à 7:12 | Répondre

    Gniiii, seule avec le nuage vert mordoré… Ça me fait penser à Chihiro restant seule avec la grande sorcière !!

    D’après ta description j’ai l’impression que le nuage et le crâne chauve forment un couple assez mal assorti…

  • jean-philippe // octobre 6, 2009 à 10:19 | Répondre

    bonsoir Fanette ! tes aventures me font penser illico à un petit film avec dans le role phare Pierre Henri , la soubrette , Eglantine et toi en naratrice et héroine …qu’en penses tu ?

    je t’offre cette chanson de mon petit répertoire et te souhaite une douce nuitée étoilée :
    http://www.wat.tv/audio/jerry-ox-pendant-ce-temps-1psq0_11shc_.html

  • Galstar // octobre 31, 2009 à 7:29 | Répondre

    Tu évoques un univers que la plupart des gens ne connaissent que croqué dans les films. A QUAND LA SUITE??? (je sais que j’utilise sans leur licence la propriété intellectuelle de plusieurs autres commentateurs mais bon…) :)

  • isabelle // novembre 12, 2009 à 2:42 | Répondre

    Que deviens-tu ?… Et la suite?

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