Sexe, adultère et meurtre chez les crevettes – c’est Futura Science qui le dit

Vous imaginez bien que lorsque j’ai lu ça sur le site de Futura Science, mon sang n’a fait qu’un tour. (1)

De quoi s’agit-il ? Ce sont encore des scientifiques qui ont soumis les malheureuses crevettes, qui ne demandaient rien à personne, à d’effroyables expériences. Sachez que la crevette dont il est question dans cette étude s’appelle Lysmata amboinensis, se nourrit des déchets et des parasites accrochés sur les poissons, est un crustacé hermaphrodite simultané, équipé, si je puis dire, d’organes sexuels mâles et femelles.

Ces crevettes peuvent s’accoupler en tant que femelle dans les heures qui suivent la mue de leur exosqulette, puis en tant que mâle ensuite, alors même qu’elles incubent des oeufs. Cependant, la crevette ne peut pas s’autofertiliser, donc elles vivent généralement en couple et sont monogames.

Revenons sur l’étude réalisée par, nous dit-on, des chercheurs de l’Université de Tübingen.

Permettez moi, pour assouplir l’aridité scientifique du sujet, de contextualiser un chouïa l’étude et de donner des noms et des personnalités fictives aux chercheurs de l’Université de Tübingen.

Soit une équipe de trois chercheurs, dans une faculté de science allemande, un peu perdue dans la grissaile d’une grande ville, hérissée d’immeubles soviétiques :

-       Lucy Wong, brillante sino australienne, quadrilingue (chinois, anglais, allemand et espagnol), venue en Allemagne pour étudier la crevette nettoyeuse.

-       Uma Torjman, stagiaire suédoise, bien formée, mais à qui il ne faut pas trop en demander, ici après une sieste de milieu d’après midi.

-       Brad Pitters, ici lors de ses vacances à Punta Cana en 2004. Scientifique, il sait aussi se montrer folâtre et n’a pas son pareil pour obtenir des crédits auprès des autorités adhoc de l’Union Européenne.

Observons ces trois scientifiques dans leur labo où règne une odeur vaguement fétide, parce qu’il faut chauffer l’eau pour les aquariums des crevettes et qu’elles sont des habituées des récifs coralliens. Or, le récif corallien, à ma connaissance, est en eau tiède. Donc, poisson + eau tiédasse, ça fait une odeur de piscine municipale, sans le chlore mais avec les bébêtes.

Uma dit en papillonnant autour de Brad : – Alors, on va répartir des crevettes par groupes ?

Brad rétorque doctement : Oui, Uma ! Nous allions les répartir par groupes de deux, trois et quatre crevettes dans des aquariums.

- Oh ! fait Uma, exprimant une admiration muette.

Lucy Wong lui jette un regard noir. Les airs de sirène palpitante de Uma l’agacent.

- Nous allons, poursuit Brad très pédagogique, et regardant alternativement les deux femmes, leur donner de la nourriture.

- Et les laisser libre de mener un vie de félicité parfaite, s’exclame Uma toute contente en battant des mains (ou quasi). Les Suédoises sont proches de la nature.

Deuxième regard noir de Lucy.

L’expérience, qui va durer 42 jours, commence.

Le jour, tout se passe bien. Les crevettes restent tranquillement assises dans les aquariums, en s’ignorant mutuellement, méditant, dans une sorte de béatitude parfaite. Mais la nuit, ah, la nuit ! Les inoffensifs crustacés révèlent alors, aux yeux de nos trois chercheurs bouleversés, une part insoupçonnable d’eux mêmes. Ils se métamorphosent alors, à la lumière des lampes infra rouge, en tueurs cannibales féroces.

- Les crevettes deviennent comme folles et chassent un individu isolé jusqu’à le tuer, dit Lucy à Brad, le matin du premier meurtre.

- Et le lendemain matin, constate avec horreur Uma, ils dévorent l’individu tué durant la nuit.

- Les salauds, s’exclame Brad (il se demande si « salopes » ne serait pas plus appropriées, mais il a un doute, vu la connotation sexuo-politique du mot, et puis, peut-on traiter une crevette de salope ?)

Ces agressions meurtrières ont toujours lieu juste après la mue de l’exosquelette, moment durant lesquels les crustacés sont particulièrement vulnérables. C’est une honte de profiter de ces moments d’extrême vulnérabilité.

- Il n’y a rien d’humains chez ces foutues crevettes, s’écrie Uma avec horreur.

- Dans les réservoirs de quatre individus, observe Lucy Wong qui ne se laisse pas dominer par les sentiments, la crevette qui mue en premier est éliminée en premier. La plus grande du trio restant s’attaque ensuite à la plus petite, qui est éliminée en second.

- Ce sont des meurtres cannibales ! commente Uma, outrée.

- Ils ont lieu jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul couple, qui peut alors mener une vie tranquille et ordinaire de crevette nettoyeuse.

Notre équipe de chercheur s’interroge : quelle explication donner à ce comportement cruel, et à cette monogamie tueuse, si l’on peut dire ? C’est Lucy qui trouve la réponse, pendant que Brad et Uma ont disparu dans un débarras à côté du labo, sous prétexte que le désordre n’était plus supportable et qu’il fallait le ranger. Lucy, qui a autre chose à faire que de s’enfermer dans les débarras, écrit dans son rapport :

"Lorsqu’elles sont en groupe de plus de deux, les crevettes s’accouplent un peu dans le désordre et la compétition sexuelle absorbe leur temps et leur énergie, ainsi que la compétition alimentaire ; la survie du groupe est donc menacée. En revanche, quand les crevettes sont en couple, la compétition sexuelle disparait, le couple collabore harmonieusement à la recherche de nourriture et dispose de tout le temps et l’énergie nécessaire pour s’occuper de la descendance."

Mais attention : même quand il y a largement assez de nourriture pour tout le monde, les crevettes s’entretuent selon ce shéma ; les meurtres entre crevettes n’ont donc rien à voir avec la quantité de ressources alimentaires, il s’agit vraiment d’un mode de vie en couple. Les crevettes sont programmées pour vivre dans la monogamie la plus féroce, si l’on peut dire.

Le lendemain, Uma disparu. Vraiment disparu. Personne ne l’a vu dans la résidence étudiante, et elle ne vient plus au labo.

- C’est bizarre qu’il n’y ait aucune trace d’elle, dit Brad.

- Elle s’est peut-être fait dévorer, dit Lucy facétieuse.

- Ah ah, très drôle, dit Brad, d’humeur légère. Par les crevettes ?

- Non, comme une crevette, dit Lucy. Ils pouffent.

- Bon, dit Brad. Si on retournait maintenant à notre collaboration tranquille et harmonieuse à deux ?

- Tu l’as dit, fait Lucy.

 

 

(1) Il n’a fait qu’un tour il y a deux mois, mais j’ai oublié de le publier ici.

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3 réponses à “Sexe, adultère et meurtre chez les crevettes – c’est Futura Science qui le dit

  1. Ha ! Ça se passe tout à fait comme ça, dans les labos de l’université. Chez nous (un institut de recherche), personne ne range jamais les débarras, par contre il arrive que des cris retentissent dans la nuit et que les feutres à tableau fusent.

  2. Je m’en doutais. Ça doit être torride.

  3. Ramzi Laroussi

    Cette histoire de crevette meurtrière me fait froid dans le dos… Et le pire c’est qu’on laisse des individus pareils se balader dans la nature. J’ai peur pour mes (futurs) enfants !

    Bien joué en tout cas ce papier ! (le coup du trio… chapeau ! ^^ )