le journal de Fanette

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Des jours simples

février 1, 2008 · 29 commentaires

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Je sors d’un brouillard.

Hier, Ben est venu m’inviter à déjeuner avec eux, Sandrine et Lui ; il m’a semblé qu’il venait de très loin et j’ai accepté, trouvant la chose étonnante et exotique ; je suis allé deux fois les rejoindre le soir mais je n’ai jamais mangé avec eux à midi. J’avais ma soupe, mais je l’ai laissé dans le frigo (pour aujourd’hui).

On s’est retrouvé dehors à midi, avec Catherine, la femme du type de l’agence de voyage dont l’arrière donne aussi sur la cour, mais juste par une petite porte ; c’est-à-dire que comme je les vois moins, car la porte n’est pas vitrée, je me sens moins proche d’eux que de Ben et Lui, dont les locaux n’ouvrent pas du tout sur la rue, maus uniquement sur le cour, comme nous.

Mes rapports avec Ben, Lui et Sandrine, quoique superficiels en ce moment, m’ont fait ressentir Catherine comme une intruse ; d’autant qu’elle n’a pas du tout notre âge, elle a plutôt sur les 40 ans, à vue de nez, elle s’habille bizarrement, parle d’une voix aigues et fait partie de ces femmes plus jeunes qui parlent et se comportent comme des petites filles. Elle ne cesse de répéter qu’on a de la chance d’être jeunes, c’est un peu crispant, il y a beaucoup à dire là-dessus, la boîte de son mari tourne bien mais bizarrement, elle pouvait peut-être chosir un truc plus conventionnel (avant il avait une agence immobilière, maintenant il a une agence de voyage, et là il dit qu’il va faire du référencement - un peu bizarre).

Mais la vérité c’est que je me sentais dans ma bulle, fatiguée, et que je n’avais pas envie de nouvelles têtes (Catherine n’est pas une nouvelle tête, mais je ne la connais pas bien).

Le début du repas s’est donc déroulé sans moi, je ne parlais pas beaucoup, pourtant j’étais contente d’être là car nous sommes allées dans un indien vu que c’était la première fois que nous mangions ensemble à l’extérieur. Néanmoins l’atmosphère du groupe a fini par m’envahir et je me suis rendue compte que Catherine, malgré ses rires aigus et nerveux agaçants, son débit de parole ultra rapide et ses airs gamins, était drôle et assez sympa, fatigante, mais en fait, pas affectée et compliquée comme je l’avais pensé. J’ai parlé avec Ben, avec Lui, avec Sandrine. Ben a proposé une journée Star Wars, parce qu’on aime tous ces films (sauf Catherine) mais qu’on ne les a pas vu depuis des lustres, urtout les vieux, pourquoi ne pas se les regarder tous d’un coup, pas les six mais trois au moins? Sandrine n’était pas très chaude mais lui oui. Et moi aussi. Sauf que… il en parlait pour samedi.

Je me suis avérée incapable de donner une réponse. Samedi, oui, samedi non?

Je n’ai rien dit à Tim hier, nous n’avons pas prévu de passer le week-end ensemble, pas du tout, mais c’est en quelque sorte évident… Il est clair que je ne suis pas sensée passer tout mon temps avec lui, clair que je me suis fait happer, que je dois au moins m’extirper un peu du truc. A force d’y penser j’ai stressé et décidé de ne rien dire. Je vais faire comme lui. Chaque seconde fait vivre la suivante.

Donc là je vais leur dire OK pour samedi.

On verra ce que ça va donner. Samedi, j’irai peut-être, ou pas, chez Ben.

Pour l’instant je suis le chat de Shrödinger. Je ne suis ni chez Ben, ni chezTim. Samedi à 11 heures, je saurais où je suis. D’ici là, je ne fais rien, je ne pense rien, je flotte.

Par la baie vitrée qui me sépare de la cour, je vois des arbres et des plantes en pots. De l’herbe pousse entre les pavés. Des graviers ça et là gisent sur le sol. Toute une vie végétale et minérale, antérieure au monde moderne, à la ville, aux voitures, aux va-et-vient des hommes modernes et pressés, discrète, mais persistante, modeste, mais impavide, se tient devant moi, et dans son silence lourd de sens, me dit, comme certain empereur assassiné, mais j’arrête avec les références littéraires, “je suis toujours vivant(e, en l’occurence)”.

Moi aussi, je suis toujours vivante. Demain, peut-être, je dirais non, mais sans parole.

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Mon copain Gaël

décembre 10, 2007 · 15 commentaires

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J’ai vu samedi mon copain Gaël pour me sentir tonique, dynamique, et tout ça.

Parce que sinon j’ai l’impression que je me dessèche comme une plante pas arrosée. Je me dessèche pas mais je piétine j’avance pas quoi.

Gaël est mon copain depuis la seconde. Il y a eu un moment où on s’est fait la gueule car il a un odieux caractère mais on s’est réconcilié. En fait avant il était copain avec ma meilleure amie de quand j’avais 15 ans, qui n’est plus ma meilleure amie, elle a tourné bizarrement (études d’anglais, boulot de secrétaire, elle plaque tout pour un paumé dans l’est de la France, d’où chômage, ANPE, HLM, puis boulot, merdique, mariage merdique, deux enfants divorce et que des galères, elle se plaint tout le temps mais on lui avait dit que le mec était nul, il voulait pas qu’elle nous voit - merde, on se téléphone mais plus beaucoup, je lui en veux, il lui en veut, c’est la merde et j’ai toujours pas compris ce qui lui avait pris - stratégie de l’échec?).

Ma meilleure amie couchait avec plein de mecs ; elle était super drôle. Gaël ne couchait pas avec elle, justement, il disait que non, justement pas avec elle parce qu’il ne voulait pas sortir avec une fille qui couchait avec tout le monde ET être ami avec elle. Il couchait avec d’autres filles, mais pas elle. Et elle pareil. Ils parlaient tout le temps de leur amitié, exceptionnelle, merveilleuse, géniale. Un peu gonflant. J’étais jalouse. J’ai commencé à être amoureuse de Gaël, sans le savoir, donc bon.

Ensuite on est sorti ensemble, on a fait l’amour alors il a décrété qu’on ne pouvait plus parler avec moi parce qu’il ne pouvait pas avoir de sympathie avec une fille à qui il avait fait l’amour. Je me suis fachée, il me gonflait avec ses théories à la con.

Et puis on s’est revu, et il était devenu normal (ou presque). Moi j’étais amoureuse de quelqu’un d’autre, lui aussi, tout allait bien, et là on est vraiment devenu très amis. Très très. Difficile à expliquer. Il est très difficile à vivre, je plains toutes ses copines, je veux dire fiancées, qui du reste ne m’aiment pas parce qu’il leur dit d’emblée que je suis la fille la plus géniale qu’il connaisse. On s’engueule au moins une fois par semaine, il me raccroche au nez en m’insultant ou moi, et je me dis que c’est dingue ce que ce type peut-être con, je me le dis vraiment, je suis vraiment en rage, je le déteste. Ensuite, je le rappelle pour lui raconter un truc et on se marre comme des fous, sans enchaîner sur le dispute d’avant parce que sinon on recommence à s’engueuler.

Je ne me comprends pas. Mais je l’adore, il me semble que si j’avais un frère (j’en ai un, mais c’est très différent, on ne se connaît pas, il a vécu avec ma mère et moi avec mon père - on le même mère et pas le même père - c’est désordre), je l’aimerai comme ça, sauf que si je faisais avec mon frère tout ce que je fais avec Gaël, ce serait de l’inceste.

Bref, j’ai vu Gaël et je lui ai dit pour Lui. On était au restaurant, j’avais bu une margarita, j’étais bien et tout, et comme toujours dans ces moments-là, je me trompe et me laisse aller. Je sais comment est gaël, mais j’oublie et je lui dis des choses et il se marre sans pitié. Naturellement, il s’est foutu de moi. Il m’a dit de laisser tomber, que c’était nul, con, débile, que visiblement j’étais trop amoureuse, et que soit je le draguais à froid, soit je laissais tomber. On s’est engueulé, donc, je lui ai dit qu’il ne comprenais rien, on a du rester calme quand même parce que les gens nous regardaient bizarrement. J’étais furieuse. Ce type ne comprend rien. A l’en croire, soit je lui saute dessus dans son bureau, petite culotte à la main, soit je laisse tomber. Débile. Et ma crédibilité au boulot? je ne peux pas montrer mon arrière train à tout le monde. Ou alors il faut vraiment que je maigrisse. En plus je ne peux pas, si près d’un cadre professionnel, me comporter de cette façon. Enfin je peux peut-être, mais je le ferais pas. Je me sens bloquée. Après on arrêté et on est allé au cinéma. Au cinéma il faisait chaud, j’avais froid, je me suis rapproché de Gaël, je lui ai dit que j’étais triste, il m’a consolé, réchauffé, répété que l’autre était con (mais qu’est-ce qu’il en sait?), on a regardé tout le film dans les bras l’un de l’autre, et après on est sorti, et après humhum, je dis ça parce que comment dire? on est pas en bois et j’adore trop Gaël, que je ne supporte pas, et on s’est retrouvé chez lui, parce que chez lui c’est bien, grand, chic, dans le 7ème, chez papa, parce que papa a des sous, et n’est pas là, il habite ailleurs.

Nuit agitée, je cherche la façon élégante de décrire ça, mais en tout cas plaisante. Gaël est tonique. On a surtout dormi le matin. Il a été cherché des croissants, c’est chouette, non? Coco me suggère de me caser avec Gaël, je dis ça parce que vous pourriez penser que je dois laisser tomber Lui et me rabattre sur Gaël, riche, tonique et bien disposé, mais non. Je suis absolument sûre de moi. Gaël est - je ne sais pas comment le dire, mais infréquentable. Le seul truc qui fait que ça marche entre nous, c’est qu’on s’engueule. Il n’a pas de prise sur moi.

Le seul ami que j’ai et que j’aime vraiment, est odieux et ne me comprend pas. Pourquoi je l’aime autant? je ne sais pas. A qui je peux parler de Lui? Coco me dit que je dois conclure fissa (ou épouser Gaël) , tout le monde a du mal à comprendre que je sois paralysée, et si j’en parle à d’autres personnes de ma famille, des que j’aime bien, alors là la référence à ma mère, elle va sortir super vite. Pourtant ça n’a rien à voir. Ma mère aurait épousé Gaël, de toute façon il serait tombé amoureux d’elle, et l’aurait planté au bout d’un an, voire moins.

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