
Oui, bon, elle a perdu, et j’en ai parlé, j’ai dit que c’était une enfant gâtée. Bon, voilà. Mais gâtée ou pas, qu’elle ne retourne pas avec Philippe Lucas !!! Tout ce que j’ai lu sur ses rapports avec son entraîneur me donne envie de frémir (je ne mets pas de liens ; pas la peine).
Le rapport entre l’entraîneur et l’entraînée, même si je ne le connais pas, et même si je ne parle que d’après quelques déclarations dans une presse tendance poubelle, qui déforme à loisir les propos, ou les infléchit, je peux tout de même l’imaginer. Une personne ne se développe qu’en luttant contre elle-même, en s’obligeant, en se contraignant, en bossant. Le miracle du génie n’existe pas, et s’il existe, il n’est qu’éphémère. Aussi douée que Laure Manaudou ait été, elle a du assurément travailler pour réussir.
Et travailler sous la vigilance terrible de Philippe Lucas : elle lui a donné son potentiel, il lui a donné sa force et sa personnalité. Je veux bien ne pas juger sur la mine, mais on me fera difficilement admettre qu’un petit oiseau des îles se dissimule en Philippe Lucas. Sans me permettre de porter de jugement moral sur lui, je pense qu’on peut dire qu’il a une personnalité extrêmement forte, et les personnalités extrêmement fortes, c’est pesant. S’il l’a mené au succès, il l’a couvé, protégée, il l’a tenue en laisse, il lui a expliqué ce qu’elle devait faire, en fait il a été son Jimmy Criket, mais en plus brutal. Un peu comme les méthodes de gouvernement chinoise : quand ça marche, ça marche, mais quand ça pète, plus rien ne tient, c’est dévastateur.
Philippe Lucas a plusieurs fois expliqué la vie à Laure, par médias interposés (et j’imagine bien qu’auparavant il le faisait au bord de la piscine), mais il lui doit autant qu’à elle : OK, il l’a mené à la victoire, mais c’est qu’elle était douée : je me souviens d’avoir lu quelque part qu’il pouvait transformer n’importe quelle nageuse en championne ; c’est là la lourde vanité de certains hommes, lourde vanité déjà perceptible dans la mise modeste et le maintien discret du monsieur. Laure lui a permis de montrer ses muscles et ses taouages d’entraîneur non conformiste, de proférer, en y croyant, ce genre d’âneries, et de parader, comme elle, dans les médias : on dit merci Laure.
En fait, il aurait fallu qu’en elle-même, Laure Manaudou trouve son Philippe Lucas. Mais elle ne doit pas en avoir le courage, pas la force, elle doit avoir un caractère trop léger au fond.
Mais le jeu n’en vaut pas la chandelle, personne ne doit retourner se soumettre à une personnalité aussi prégnante et que j’imagine si dévorante (qui donne autant qu’elle prend) juste pour nager vite. Je suis contente de lire qu’elle n’a pas l’intention de retourner avec lui : elle ne gagnerait pas, pas plus, ce serait pitoyable, il me semble, un peu comme le film "Qu’est-il arrivé à Baby Jane?" (on me dira : aucun rapport avec la choucroute et je dirais si je vois un rapport, je le vois et pis c’est tout !!).
Non, ce qui serait souhaitable (il est vrai que je suis une personne mesurée et plan-plan – trop – sauf pour les tongs roses, mais il ne s’agit guère d’une si folle entreprise, hein), c’est qu’elle se trouve un entraîneur plus classique, qu’elle se plie elle-même à une discipline (déverrouillage du Philippe Lucas interne), qu’elle gagne encore un coup, pour dire "je vous emmerde", à tout le monde, et puis qu’elle finisse ministre dans 20 ans – pourquoi pas.
En tout cas, on ne craque pas, on ne retourne pas avec Philippe Lucas. Et ce type ferait mieux de se taire, il tire sur l’ambulance alors qu’elle l’a rendu célèbre, aucune élégance, aucune classe, aucune empathie, rien.
(Pour le film – mais c’est pas gai



