
Affaire Kouchner / Pierre Péan.
Jeanne, nous nous en souvenons, évoquait sur son blog le fait que dans certains milieux, la réussite matérielle et financière soit mieux perçue qu’un travail plus humble, plus fondamental, dans l’humanitaire ou le social, ou même qu’une attitude retenue par rapport à la réussite purement matérielle.
Aujourd’hui, je suis heureuse de suggérer à Jeanne (si ça l’intéresse) un processus de réussite sociale qui permet de combiner habilement les deux.
Affaire Kouchner / Pierre Péan.
Dans un premier temps, s’investir dans l’humanitaire ; le bien ; l’autre. Ne pas hésiter. Porter des sacs de riz, être sur tous les fronts,bosser, soigner, tout en veillant à ce qu’une caméra ne soit jamais trop loin. (Je t’explique le truc, Jeanne : pas la peine de passer des plombes sur les zones de guerre : une petite semaine, pour s’imprégner d’horreur et rentrer le regard tout plein d’émotion, mais la petite semaine, avec journaliste ; le bien qu’on ne voit pas, c’est pas du vrai bien ; ne pas oublier non plus d’être du bon côté, du côté des victimes).
Dans un deuxième temps, épouser une journaliste, ce qui assure une couverture médiatique facile. Je veux dire, c’est plus pratique : on peut murmurer des infos sur l’oreiller. Gain de temps, et en plus, on peut gaudrioler en informant, ce qui n’est pas nécessairement désagréable.
Dans un troisième temps, accepter, le regard levé vers le ciel (Dieu et les hommes) et la mâchoire crispée en raison de l’importance de la chose, des fonctions publiques ; la main sur le coeur, éventuellement douter d’en être digne ; mais se faire prier, et finalement accepter. Il est difficile de quitter le terrain, son âpreté mais aussi ses joies, mais l’on s’y fait. Aux ors de la république, qui semble-t-il, en ont déjà troublé plus d’un, on s’y fait aussi. Mais vu le passé qu’on s’est fabriqué à la force du poignet au milieu de populations démunies (et donc forcément reconnaissantes), sous les appareils photos et caméras françaises, voire avec le discret soutien du gouvernement, on a du stock de coeur, de belle âme, de regard bleu, de bonté, tout ça. C’est bon, c’est beau et ça fait vendre.
Dans un quatrième temps, aimer le gout un peu trouble, douceâtre, mais finalement enivrant, du pouvoir ; le vrai ; les regards des gens, encore plus empressés qu’avant. Les petits choses qui vont de plus en plus vite, les mille petites facilités, portes sociales qui ne grincent plus, et même s’ouvrent toutes grandes, avantages, factures qui s’envolent et disparaissent. Ceux pour qui l’on travaille sont si agaçants ; ils ne se rendent pas toujours compte ; il faut parfois tant d’effort pour si peu de chose. Mais le pouvoir donne une grisante illusion de puissance. Le beau-père de Jeanne, et tant d’autres, serait épaté. Comme du mariage d’une roturière pauvre avec un noble, nous pourrions dire, avec la mère de Proust : C’est la récompense de la vertu. C’est un mariage à la fin d’un roman de Mme Sand , pour rectifier avec le narrateur : C’est le prix du vice, c’est un mariage à la fin d’un roman de Balzac .
Dans un cinquième temps, pour tirer profit d’une structure interétatique que l’on a mise en place, créer des entreprises privées qui permettront de réaliser les changements préconisés par la dite structure : comme les anglo-saxons, pourquoi le Bien ne devrait-il pas enrichir celui qui le pratique? (Hein? ça c’est du débat). D’ailleurs la main gauche ignore ce que fait la main droite. Enfin, enfin, ça commence à payer, ces aller -et-retour médiatiques dans tous les coins !
Dans un sixième temps, pris dans une spirale ascensionnelle folle, renier ses anciens amis (est-ce qu’on a des amis en politique?) et accepter un porte-feuille. Caser sa femme à un poste qui va bien, et profiter de la vie, des logements de fonctions, etc. Se faire payer les dettes des chefs d’Etat africains (après tout, si ça va pas dans la poche des sociétés européennes, ça va aller où, hein?).
Dans un septième temps… mais on attend la suite.
Affaire Kouchner / Pierre Péan.
Pas mal, ma méthode, je trouve, non?
Il s’agit naturellement d’un schéma global ; non d’une analyse précise.
Il paraît qu’un livre sort pour nous expliquer bien en détail comme un monsieur a mis tout cela en pratique : Le monde selon K., de Pierre Péan.
Edit : Stéphane Guillon sur le sujet… Sublime. Là. Je suis archi-fan.
