le journal de Fanette

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Amis

octobre 7, 2008 · 16 commentaires

Euh, non, je ne vais pas parler du film.

Ce week end, chez Ben, avec LUI, puis sans Lui.

Le bonheur. On s’est retrouvé, on a parlé, rien fait de spécial, parlé ; harmonie totale. Moment parfait. Que s’est-il passsé?

Puis Lui est parti, je suis resté avec Ben ; j’avais peur que ça casse, que ça retombe ; Ben a proposé une sortie avec des copains à lui, que je connaissais vaguement ; dans une boîte à la mode vers le 13ème : le truc qui me fait fuir.

J’y suis allée, uniquement pour la magie du moment, je n’aime pas ça en général.

La boîte club à la mode fait aussi resto. Tous ces gens à l’aise, agités, mondains, enfin pas mondains, mais qui se donnent de l’importance : pour une fois, je ne les ai même pas vus, ils ne m’ont donc pas gênés, j’étais juste euphorique.

Ok, j’avais bu un verre de vin, un seul, chez Ben, puis deux là bas.

Mais je flottais, tout flottait d’ailleurs, j’étais en phase avec les mecs.

L’un d’eux a retrouvé une copine, j’ai adoré la copine.

On y a passé la nuit.

C’était bien.

Normalement je n’aime pas ça.

?

?

Non, je ne comprends rien.

Catégories : Ma vie quotidienne
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Ophélie

mars 27, 2008 · 22 commentaires

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La question du jour : quel est le rapport entre cette illustration et le post d’aujourd’hui?

Résumé de l’épisode précédent : Fanette, étudiante débarquée de province, sympathise avec un groupe de jeunes gens farfelus. Mais, après les examens, le groupe peine à se reformer. Fanette discute avec Ophélie.

- Tu vois souvent Laurent? venait juste de me demander Ophélie.

Et il y avait une lueur dans ses yeux, que je décidai d’ignorer. Non, elle ne faisait que poser la question, peut-être s’était-elle sentie un peu mise de côté? la pauvre – et en plus elle avait raté ses examens.

- Euh, parfois, enfin depuis les exams je l’ai vu deux fois.

- Hm, fit Ophélie d’un air lourd de signification. En tout cas, méfie-toi de Leena.

Après cette conversation, je me dis que notre groupe était foutu, mais je décidai de ne pas me laisser abattre. J’avais passé une trop bonne année. Je voulais repasser une autre super année ; pas question de me laisser abattre par des considérations contingentes -merde. Ophélie était probablement vexée par son échec, et il ne fallait pas laisser ce genre de sentiments nous séparer. Je téléphonai deux ou trois fois à Ophélie, pourtant abbatue, et tentai d’être follement guillerette avec elle.

Mirabelle m’appela deux ou trois jours après, en me demandant si Ophélie lui faisait la gueule. En effet, elle avait tenté d’avoir plusieurs conversations téléphoniques avec elle, en vain, Ophélie était fatiguée, malade,pressée – impossible à atteindre par des mots. “Elle est super mal, dis-je, d’un air dégagé, en essayant aussi de prendre des airs mystérieux et avertis. “Il faut lui laisser un peu de temps. “Je commençais à mieux maîtriser la terminologie. Il fallait emplyer des mots lourds de sens et toujours laisser entendre que les gens éprouvaient des sentiments très lourds et très encombrants. très douloureux aussi. On pouvait forcer facile sur le dramatique. Mais Mirabelle était encore trop pharisienne ; elle appelait un chat un chat. Quelle horreur.

- Ben, elle a rien foutu, me dit-elle. Après elle s’étonne qu’elle se plante. Elle va pas faire la gueule aux autres parce qu’elle fout rien?

- Mais si, elle a travaillé, dis-je, je me sentais obligée de défendre Ophélie. Elle avait un si poétique appartement.

- Arrête !!! rigola Mirabelle. Bon, enfin moi je m’en fous. On se fait une bouffe chez Auré?

(je n’ai pas parlé d’Auré, je ne peux pas parler de tout le monde).

Va pour la bouffe chez Auré ; Ophélie vint, drapée dans sa douleur. Il y avait Philippe; qui fut charmant avec elle. Les affaires reprenaient. A la fin de la soirée, Ophélie parlait presque avec animation ; l’ambiance des jours passés revenaient.

Mais il y eut les vacances ; je partis pour mon pélérinage marathon familial annuel ; faire le tour de ma famille, version longue, me prenait deux mois. Mais la rentrée finit par arriver, et je revins à Paris.

Début septembre, donc. Les débuts d’années sont toujours fouillis. On cherche ses cours, ses heures, son emploi du temps, les TD sont remplis, on en trouve d’autres, les salles de cours s’annihilent, reparaissent ailleurs, etc.

D’ailleurs, transformée par mes vacances, je me sentais moins proches des autres. Que je revis aux inscriptions. Nous nous lançâmes des “Salut!!!”, ” ça va???” accompagnés de bisous assez hypocrites. Je me souvenais avec une mélancolie rageuse de l’année précédente ; qu’elles fassent la gueule, si elles voulaient, après tout.

Mais j’étais à côté de la plaque.

Mirabelle entamait une triomphante deuxième année. Avec Auré : moins triomphante, mais en deuxième année. Avec Leena : moins triomphante aussi. Avec moi : vexée de mon médiocre score.

Ophélie ne pouvait pas nous laisser tomber. On aurait pu la croire jalouse. Alors que pas du tout.

Il y eut diverses invitations, réinvitations, soirées pétillants (l’oncle d’Ophélie produisait, fort opportunément, un petit vin qui n’avait pas l’appellation, mais que l’on appelait joyeusement “Pétillant de Touraine” ; ça pétillait violemment; j’en ai gardé un souvenir plus qu’ému ; le pétillant nature; le pétillant cassis, et le pétillant mûre, on a même tenté le pétillant avec tous les fonds d’alcool, c’était affreux et imbuvable, mais on l’a bu, comme des cons, avant de s’entasser, pour d’obscures raisons, à 7 dans une deux chevaux conduite par un garçon à qui on venait de retirer le permis de conduite ; je n’ai pas un souvenir net de la soirée, comme si j’avais eu un bandeau sur les yeux tout le temps ; mais la deux chevaux roulait très lentement, et on n’a pas été loin , et il était tard, il n’y avait pas de circulation ; on a été du 15 ème au 7 ème – en se perdant, je crois – et ne poussant des hurlements de veaux en passant devant le dôme des Invalides – je dis ça tant qu’il est encore à peu près licite de picoler).

Bref, j’étais contente. J’avais retrouvé mes copains. Tout était super.

To be continued.

PS n’ayant rien à voir avec la choucroute :

Aujourd’hui, j’ai vu tous d’un coup les stats monter dans l’après midi, et des gens venir d’un site que je ne connaissais pas, Epidémik. J’y suis couru, et ils critiquaient le blog de Fanette, dans les comm d’un post sur un autre blog. Je n’ai pas eu le temps de tout lire bien en détail, c’est deuxième degré donc j’ai pas tout saisi mais marrant. Résultat ils ont fait monter mes stats. C’est merveilleux. Cette note est nulle parce que j’ai encore picolé et que je suis appelé par des amis pour voir un film alors que je leur casse les pieds à poster. Alors j’y vais. (Mais ce soir, je n’ai pas mangé de fromage, je tiens à le préciser).

N’oubliez pas de répondre à la question du jour. Il n’y a rien à gagner.

Catégories : le feuilleton du jeudi
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Ophélie (le feuilleton du jeudi).

mars 6, 2008 · 15 commentaires

 

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Résumé de l’épisode précédent : Fanette, étudiante débarquée de province, sympathise avec un groupe de jeunes gens farfelus. Parmi eux, Arnaud, Laurent, Leena. Et d’autres.

Dans cette histoire, si tant est qu’il y ait une histoire, vu qu’il ne s’est rien passé, tout est intérieur, si je puis dire, il y a eu trois ou quatre années. La première année fut celle de la rencontre et de l’établissement d’un certains types de rapports, empathiques, protéiformes, dont j’ai déjà parlé. La deuxième année fut celle de la modification de ces rapports et de cet équilibre, pour aboutir à un deuxième type de rapport, qui empiétèrent sur la troisième année. En fin de troisième année, la situation se modifia encore, pour se résoudre la quatrième année.

Bon. Dans la première année, avant Noël, je me réjouissais de ce groupe d’amis, et d’autres que je me faisais dans des contextes autres que le contexte de mes études (j’étais étudiante, mais je travaillais aussi, et je rencontrais d’autres étudiants dans mes petits boulots). Après Noël, la qualité particulière de ces relations-là, et le fait qu’il s’agisse d’un groupe, m’amena à lui donner, dans ma vie, plus de temps et plus de valeurs ; les amis que je me faisais dans les petits boulots étaient mus par des impératifs respectables mais qui les empêchaient de se vouer totalement à la relation amicale, si je puis dire : nous aimions nous retrouver, mais pour des moments précis, un film, un concert, une sortie, une après-midi à papoter, mais ensuite ils retournaient dans leur vie et dans leur objectif, réussir tel concours, ou tel exam, etc.

Au contraire, avec la bande de Laurent, l’osmose se faisait. Plus l’année avançait, plus nous devenions dépendants les uns des autres. Pour ma part, j’étais très attachée à Laurent, Philippe, Arnaud, et quelques filles, avec lesquelles j’avais de longues conversations et des fous rires.

La plus intéressante à mes yeux était la plus originale, et elle appréciait peu Leena, ce qui était réciproque. Elle se nommait Ophélie, s’habillait tout en noir, avec des vêtements longs, larges et vaporeux. Elle appelait Leena : Barbi-Co (diminutif de Barbie de Mexico). Elle faisait énormément de cinéma, mais je la trouvais formidable. Avec elle, tout était extraordinaire. Quand elle se disait fatiguée, elle avait des mimiques si expressives pour exprimer sa fatigue, que je me sentais fatiguée pour elle, et que je m’abstenais de penser qu’elle n’était vraiment pas résistante. Comme elle habitait non loin d’une autre fille du groupe, mais seule, alors que l’autre vivait chez ses parents, elles se retrouvaient souvent chez elles, et passant de longues soirées à discuter en buvant du vin. Peu à peu, je fus conviée à ces soirées, que je trouvais merveilleuses, et d’un exotisme délirant : chez moi, en buvant, on grignotait des cacahuètes et du saucisson (et des fruits secs chez ma belle-mère). Il y avait du saucisson chez Ophélie, mais ce n’était pas tout : du guacamole, du fromage coupé en tranchettes et saupoudré de piments ou d’herbes diverses, des légumes crus, des apéritifs chinois. Tout cela lui semblait parfaitement naturel, mais je voyageais rien qu’en regardant la table des apéritifs. Son petit appartement (une cuisine assez grande, une pièce et une salle de bain) était décoré de tissus indiens ou indonésiens, qui pendouillaient un peu partout, toujours dans le style fluide. Les portes étaient masquées par des tissus (de ces tissus émanait une odeur d’humidité poussiéreuse, mais qu’importait). Des lampes en papiers japonais dégoulinaient en guirlandes du plafond, et s’entassait dans les coins. Le soir, elle allumait des bougies et faisait bruler de l’encens… Ophélie avait quelques idées de décoration (d’ailleurs une amie lui avait dit qu’elle avait un vrai talent et voulait qu’elle travaille avec elle dans sa boîte, mais Ophélie hésitait…). Les rideaux étaient des rideaux de théâtres, en velours rouge. Il était d’usage de se récrier sur les rideaux, surtout le soir, et en particulier sur telle petite lampe XVIIIème ou supposée telle, dont la lumière, se reflétant sur le rouge des rideaux, créait une ambiance chaleureuse.

Nous buvions beaucoup et disions beaucoup de bêtises ; cette façon de gâcher son temps me paraissait merveilleuse et plein de charme. Comme si le temps était une denrée dont nous disposions en surabondance, et qu’avec indifférence nous pouvions gaspiller.

Tout de même, j’avais été élevée (à mon corps défendant, bien sûr) dans l’idée qu’il fallait être sérieuse et je ne me sentais pas très à l’aise avec Ophélie lorsque je pensais à Marie-Rose, par exemple, qui, lorsqu’elle m’appelait, m’exhortait à bien travailler, comme si j’avais huit ans. Est-ce que mes profs étaient contents de moi ? voulait-elle savoir. J’essayais de m’en débarrasser en lui disant que sur le nombre d’élèves, ils ne me connaissait pas. Mais Marie-Rose était tenace, et je ne pouvais pas lui mentir (je veux dire que lui mentir m’aurait empêché de dormir, j’aurais, à l’époque, VOULU mentir, comprenez-moi bien, mais je ne pivais pas, ça me faisait trop de peine pour elle). Alors, le matin, je travaillais, en me cachant un peu, en bibliothèque ou chez moi, pour apprendre tout et ne pas avoir de problème avec ma conscience, je pouvais ainsi (en bouillant intérieurement et me sentant l’âme d’une misérable petite provinciale) dire à Marie-Rose « Oui tata j’ai des bonnes notes » sans mentir ; et puis en fin d’après-midi, je m’essayais également à prendre des airs fluides et détachés, à murmurer comme Ophélie, « Oooooh… Aujourd’hui j’ai glandé mais c’était boooooonnn… » (ma conscience me torturait très peu quand je mentais à Ophélie).

Laurent trouvait Ophélie affectée, mais Arnaud l’aimait bien. En revanche, Philippe la trouvait idiote. Un jour, enfin une fin d’après-midi au café, où j’entrais de très bonne humeur parce que j’avais fini de mettre en fiche un bouquin sur un sujet qui m’avait, à le commencer, parut fastidieux et difficile, je réussis à dire sur un ton suffisamment détaché et ophéliesque : « Aaaaaahhh… Auhourd’hui je me suis levée taaaard… c’était bieeeeeen…. » En fait, je me levais vers six heures tous les jours, et ce jour-là, l’absence d’un prof m’avait permis de m’octroyer deux heures de sommeil de plus, avant de venir bosser en bibliothèque, ce qui m’avait permis de lancer ma remarque, histoire d’avoir aussi détachée des contongences matéreilles qu’Ophélie. Philippe, qui se trouvait là, et ne voyait pas du tout clair dans mon jeu (bosser en ayant l’air de ne pas y toucher), me regarda d’un air furieux et se mit à me faire de virulents reproches. Trouvais-je cela drôle ? A quoi jouais-je ? Que ferais-je lors des examens ? Que diraient mes parents ? Ophélie s’amusa beaucoup de ces remarques et se mit à rire. Du coup, Philippe détourna vers elle son discours et ils se disputèrent. Elle le trouvait philistin et ennuyeux, lui la trouvait prétentieuse et ne voyait pas l’intérêt de s’inscrire à une fac pour ne rien faire. « Pfff , faisait Ophélie, mais on est jeune, quoi… Faut qu’on profite, quoi… Tu parles comme mon père… » . J’aimais bien Philippe, mais je trouvais qu’elle avait raison. Il était trop sérieux.

Et voilà. Malgré tout j’étais bien. J’avais bien un peu honte de travailler avec une ardeur aussi philistine que dissimulée, comme si tout cela avait quelque importance, alors que nous savions tous bien que nous étions intelligents, jeunes et beaux et que l’avenir nous souriait, et que nous flottions vers lui avec bienveillance, et qu’il aurait du être bien content, l’avenir, que des êtres aussi merveilleux que nous daignent ne serait-ce que flotter vers lui. Je me consolais en me disant que je partageais ce travail avec Montane qui bûchait ses études avec un imperturbable sérieux, sauf qu’elle les finissait, mais Montane était sérieuse. Moi, la fille de Véronique, et le fille de Jean, j’avais un énorme potentiel génétique de n’importe quoi, mais il n’y avait pas de sérieux dans ce potentiel (du moins le pensai-je : c’était idiot : mon père avait été plus fêtard et meilleur étudiant que moi). Malgré ma honte, petite concession à des gens chers à mon cœur, j’adorais cette ambiance de farniente, ces soirées à boire, ces retrouvailles dans des cafés ou des bars où, lorsque le groupe était enfin là, nous nous sentions Nous, comme une seule personne.

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Le feuilleton du jeudi : où Fanette parle de Franck et des groupes d’amis

février 28, 2008 · 35 commentaires

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(Image n’ayant qu’un vague rapport avec le sujet ; il s’agit d’une illustration d’un roman de Lovecraft ; si un jour vous êtes en forme et que vous voulez être terrifié : lisez Lovecraft, surtout les histoires de Ch’thulhu – je dis ça je dis rien).

Résumé de l’épisode précédent : Fanette, étudiante débarquée de province, sympathise avec un groupe de jeunes gens farfelus. Parmi eux, Arnaud, Laurent, Leena.

Et Franck.

Franck n’était pas étudiant, mais informaticien et passionné de musique. Il était très ami avec Laurent, la première année, mais ne prêtait guère attention à la petite étudiante que j’étais (mocassins et veste bleu marine ; dans le courant de l’année j’ai récupéré une parka de Montane, ma cousine, et décidé d’aller en cours avec des chaussures de sport). Assis avec Laurent au café, ils parlaient de trucs qui me passaient totalement au dessus de la tête et, dans le meilleur des cas, Franck me saluait, le plus souvent m’ignorait. C’est une situation que j’ai souvent rencontré avec des mecs : ils ne s’intéressent pas aux filles en tant que telles. Bien qu’il n’ait pas beaucoup de sympathie pour Leena, elle était moins invisible que moi. Cette situation me mortifiait beaucoup, mais je ne savais pas comment y remédier. J’ai trouvé la solution beaucoup plus tard, en fait. C’est une question, si je puis dire, de marketing personnel.

Pourtant, moi, j’aimais bien Franck, en fait il faisait partie du groupe, et comme j’aimais bien le groupe, on ne pouvait pas en détacher Franck. Il était en quelque sorte le technicien. Un peu plus vieux que nous, il avait déjà plus vécu et voyagé, ce que je trouvais fascinant (Leena était à moitié mexicaine, et lui avait voyagé aux Etats-Unis, en Suisse et en Inde, dans son enfance et après). Dans la conversation, il pouvait dire : “Oui, j’ai déjà vu ça à Bombay” – ce qui avait une autre touche que “il paraît qu’ils font ça aux Etats-Unis.

Après venait Aymeric. Lui aussi faisait partie de la bande mais je ne l’aimais pas : avec Philippe et Arnaud, parfois avec Laurent, ils buvaient énormément, au café où chez eux, et parfois semblaient n’accorder d’importance à rien d’autre qu’à cela. Philippe était loufoque, Arnaud aussi, mais Aymeric pas du tout, il était hyper sérieux, même son physique me répugnait, curieusement, et c’est à cause de lui que j’ai changé de look, en le regardant je voyais en quelque sorte mon pendant masculin. Il portait des jeans, mais à part cela, toujours des chaussures en cuir noir, à lacets, une chemise, une cravate et une veste. Il étudiait, allait en cours et en bibliothèque, puis allait rejoindre les autres et buvait. Il n’était pas farfelu, et ne prônait que le travail et l’étude. De temps en temps la présence des autres le dégelait un peu, mais trop peu.

Restaient Arnaud et Philippe.

J’ai parlé des questionnaires d’Arnaud, mais il avait une autre caractéristique : il lisait beaucoup de livres fantastiques (fan des princes d’Ambres, et surtout de Lovecraft, le seul auteur qui m’ait mise en panique en pleine journée) et prétendait toujours être un loup garou ou un démon, parfois un extra-terrestre. Les autres essayaient de le piéger, mais il avait réponse à tout, et s’en tirait systématiquement.

Restait Philippe. Philippe était plus classique : il étudiait assez sérieusement, lisait beaucoup et de tout, écoutait de la musique, ne possédait aucune excentricité particulière, mais tout le monde l’aimait beaucoup, moi y compris.

Au fur et à mesure que l’année avançait, nous passions de plus en plus de temps ensemble. D’abord à la fac, dans les couloirs, puis au café, au cinéma, puis chez l’un ou l’autre. Avec Leena, Astrid, dont je parlerai, Hélène, Sophie. Peu importe ce que nous faisions, parler, rire, boire, jouer, l’important était la relation qui nous liait et qui était extraordinaire : nous étions comme une bande de frères et de soeurs, nous nous consolions, nous nous prenions dans les bras des autres, comme si nous n’étions qu’une seule entité protéiforme. Quelqu’un ou quelqu’un était amoureu(se), nous en parlions longuement en nous interrogeant sur les motivations des uns, des autres, et les possibilités d’évolution. Quand l’un ou l’une sortait vraiment avec un autre, extérieur au groupe, nous suivions cela de près avec une sorte de curiosité finalement très indiscrète, et nous parlions pendant des heures de tel ou telle, comme s’il était un objet d’étude.

Naturellement, les choses évoluèrent, se transformèrent et se gatèrent, mais il y eut un moment où ce fut merveilleux pour moi : je m’étais démultipliée en une dizaine de personnes, j’avais accès à leurs vies, leurs pensées, ils avaient des parcours et des histoires totalement différents des miens, ils se moquaient totalement de ma mère, de mon père, et de mon histoire, je n’étais plus la fille de Véronique, ou la fille de Jean, prise dans les filets irritants de l’histoire d’autres personnes, et prisonnière de ces filets : j’étais moi-même, absolument sans passé, absolument libre, absolument nouvelle, comme si le passé, d’un coup de baguette, avait disparu.

Je suis persuadée que les groupes de jeunes fonctionnent tous de la même façon ; que cette façon nouvelle et enivrante d’être soi-même est celle de tous les groupes, terroristes, résistants en France, ou autre. Je m’explique mal : on s’étonne parfois du courage des résistants : je suis convaincue, maintenant, qu’ils se retrouvèrent dans ce genre de situation, exaltante : le poids des parents disparaissait, et une amitié folle les liait, d’où ces souvenirs, ces associations, et le rapport très particulier qui leur reste avec ces années et ces gens, même si parfois les amis de jeunesse se transforment complètement, deviennent de vieux cons : mais ces années enchantées pèsent sur eux. De même, des révolutionnaires comme le Che, ou les jeunes des Farc, ou probablement même les terroristes islamistes, vivent quelque chose de semblable : après le carcan, vécu diversement, de la cellule familiale, la découverte de l’amitié d’un groupe peut-être dévastatrice pour la personnalité, et constituer des amitiés à la fois solides et manipulatrices. Il y a peut-être aussi de cela, avec l’impact d’une personnalité malfaisante, dans les sectes qui se suicident collectivement.
Car, entre nous, dans le groupe, il y avait une sorte de dilution de chacun d’entre nous. Je ne pensais pas à moi, ou peu, je pensais aux autres, très souvent, et les autres pensaient à moi. C’est difficile à expliquer ; cela peut même avoir l’air effrayant. C’était comme si je m’étais mise à aimer d’une sorte d’amour chaste et asexué, non pas une, non pas deux personnes, mais un groupe de dix personnes, à peu près. Le simple fait de se retrouver ensemble provoquait le déclic : nous étions ensemble, nous étions bien.

Une énergie folle coulait dans mes veines à ce moment ; je me sentais vivante, comme jamais. C’était formidable. Je révisais avec facilité. J’étais heureuse, très heureuse, la vie me semblait belle et formidable.

Bon, rassurez-vous, ça ne s’est pas fini en suicide collectif. Personne n’est mort.

Alors là, une question me taraude : suis-je la seule à avoir vécu un truc comme ça? Je pense que c’est quelque chose que les jeunes éprouvent, peut-être que c’est comme ça qu’on passe à l’âge adulte. Est-ce que ça vous dit quelque chose, ou pas, ce genre d’état d’esprit?

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La réponse à la grande question sur la vie, l’univers et le reste

février 14, 2008 · 18 commentaires

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(résumé de l’épisode précédent : Fanette, jeune étudiante venue de province et qui ne connaît pas grand monde dans la grande ville, se retrouve dans une file d’attente d’inscription à un TD avec Laurent, qu’elle ne connaît qu’un peu, et ils se découvrent par hasard une passion commune pour la SF, surtout le Guide du routard galactique).

Il me dit donc :

- Mais alors tu connais la réponse à la grande question sur la vie, l’univers et le reste?

Et je lui réponds avec enthousiasme :

- 42. (Don’t panic, j’ai mis un lien pour aider le néophyte).

J’avais un peu le sentiment qu’un américain fuyant une prison afghane qui aurait rencontré au souk de Baghdad un diplomate anglais aurait eu ressentir. J’exagère. mais bon. Je sortais de six ans de vie chez mon oncle Guillaume, aux côtés des chevaux, pour lesquels mon amour s’était fortement tenté d’ennui l’année du bac, et je n’étais pas habitué à rencontrer des amateurs de SF, qui pour moi était un plaisir solitaire.

- Je ne comprends pas, disait mon oncle qui n’aurait jamais lu un roman, mais respectait silencieusement et de réputation tous les grands auteurs français. Comment peux-tu lire Balzac et ça?

J’essayais de lui expliquer qu’il y avait une ambiance SF dans certains poèmes de Victor Hugo, par exemple la conscience (une chute merveilleuse : Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre/ Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain/L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn.) mais Guillaume n’était pas convaincu qu’un amateur de Sf ait sommeillé en Victor Hugo. Donc là, tout à coup, hop, je rencontrais un garçon plutôt présentable (aucune excentricité extérieure clairement indentifiable, ni vestimentaire, ni capillaire) et pouf, on partait chez les Vogons.

Laurent avait un côté star, et il était en deuxième année (un redoublant, il avait raté plein d’UV). Il était entouré d’une nuée de petites jeunes filles toutes plus ou moins semblables, allant du bermuda bleu marine avec polo et carré Hermès pur et dur à des looks plus tendances (de l’époque), et qui s’appelaient de noms comme Astrid, Marie-Aurélie, Alexandriane, vous avez bien lu, mais on ne choisit pas ses parents, et c’est eux qui vous nomment, Ségolène, Aude, Marie-Christine, Marie-Hélène, et une redoutable Leena, hein, rien que le prénom, et qui ajoutait à ce prénom (plus redoutable à l’écrit qu’à l’oral, car ça sonnait Lina, platement) mais surtout franco-américaine, d’une mère américaine, donc mais d’origine mexicaine. Au milieu de toutes les petites filles, on ne voyait qu’elle, et elle me détesta, alors que je ne demandais qu’à être son amie (j’étais en mode fais-toi des copains/copines, mode dans lequel je peux sympathiser avec trois pensionnats, un équipage de marins polonais et deux ou trois BD). Et moi, j’aimais la Sf, ah aha ah. Et elle pas. Mieux, elle avait choisi l’option : “je vais te débarasser de tes goûts regressifs”, c’est moi qui dis régressif, mais elle trouvait que Laurent avait de mauvaises fréquentations et des goûts exécrables. Oh, tiens, je me demande s’ils sont ensemble. Oh tiens, Facebook pourrait m’aider? Plus tard. Rétrospectivement, je dirais qu’elle planifiait un mariage. Je ne l’ai pas vu du tout, attendu que même maintenant, je ne planifie aucun mariage. Donc à 18 ans, s’il vous plaît.

Donc, là, au milieu de tout ce monde, nos âmes se sont trouvées. Grâce à Arthur Dent (le routard galactique).

Alors, autant le dire, oui, j’ai été amoureuse, mais pas tout de suite. Je n’étais en mode amoureuse. J’avais un amour, à l’époque, et pas Laurent. Quand même, j’ai trouvé Laurent super, dans le genre dégingandé de mauvaise humeur. Un charme, vous savez, quand vous êtes jeune vous voyez vite du beau ténébreux, partout, enfin moi. Il n’était pas hyper beau, mais il avait un charme, et il était plus sombre que ténébreux. Mais bon, ça se rapprochait, c’était le concept. On s’est mis à parler à toute allure de pleins de trucs et on n’était aussi surpris l’un que l’autre. Malgré l’ironie mordante dont je fais preuve envers les Marie-Ségolène et Laure-Astrid (que je respecte complètement, car je suis devenu copine avec l’Astrid en question, une sorte de clone blond fin de race d’Anne Roumanoff), j’étais à l’époque vêtue d’un jean, ce qui pouvait faire vaguement négligé, mais j’avais un chemisier, une lavallière (c’était mon époque lavallière, en fait j’étais aussi fan de Rimbaud), et une veste – bleu marine – et – ah ah ah – des mocassins plats à glands.

Ceci est un coming-out, enfin j’avoue, oui, j’étais super ring’, mais alors, de chez.

Je conserve d’ailleurs encore une vague tendresse pour ce look. Je peux vous dire par exemple que si je vais chez tante Etiennette comme ça, ça déchire à donf’, elle croit que je suis enfin secrétaire. Mais bon, chez tante Etiennete, c’est un autre monde, donc on ne peut rien dire.

Je voulais en venir là, je vais y arriver : mon look et mes conversations antérieures avec sa copine avec qui j’avais sympathisé lors des inscriptions ne l’avait pas amené à me suspecter d’accointances avec les Vogons. Ni avec les Woëvres. Ni les vers des sables. Je le comprends. Je ne me ressemblais pas.

Donc, nous avons sympathisé, follement, comme deux groupies. Il s’est avéré que je lisais également les Princes d’Ambre. Ah ! Que n’avais-je pas dit. Le problème, c’est que je les lisais dans le désordre (je les empruntais en bibliothèque et je n’avais pas la patience d’attendre pour lire chaque volume dans l’ordre), et que je me mélangeais dans les personnages, sans compter que le récit est fait par le père, Corwin, puis par le fils, Merlin, et que je n’aimais pas Merlin (je n’aime pas les changements ; le narrateur c’était Corwin et puis c’est tout ; je n’aime pas qu’on me change mon narrateur en plein milieu).

Donc folie, dialogue, passion.

Nous ne nous quittions plus, enfin si, un peu. Leena, la sirène aux cheveux châtains, ne nous quittait pas nos plus. Elle était extrêmement désagréable avec moi. Laurent ne s’en souciait pas. Il nous traînait derrière lui, avec deux ou trois autres, comme un prince sa cour, et la laissait me balancer des vannes que je comprenais le soir (je passais des nuits à remâcher ma rage). Ma chance, c’est qu’elle ne supportait réellement pas la Sf.

Laurent avait d’autres copains : Aymeric, catholique et alcoolique ; Philippe, artiste et accro aux jeux de rôle ; Olivier, le sérieux bon élève qui travaille mais qui devait aimer les farfelus ; Franck, le pilier du café d’à côté, en fait informaticien dans un boîte quelques rues plus loin ; Arnaud, qui alternait entre “je suis un démon” , “je suis un loup-garou” et “je suis une entité extra-terrestre”, buvait avec Aymeric et était en quatrième année de Deug (détail sympathique : il est devenu fonctionnaire dans je ne sais plus quelle administration).

En fait, ils voulaient tous plus ou moins coucher avec l’une ou l’autres des filles qui gravitaient autour de Laurent, surtout Leena. Il y avait aussi d’autres filles, mais si je donne les prénoms, ça va faire désordre. Plus tard.

Donc, grâce à Laurent et à ses fréquentations, ma vie est devenue charmante. J’allais en cours, seule, plus ou moins (je me suis aussi fait des copines). A part Olivier, et Aymeric par période, les garçons ne débarquaient en cours que vers 10 heures, voire onze. De plus, ils décrochaient vers quinze heures. Ils allaient au café. Franck allait au café vers une heure, restaient avec eux, revenait vers 15 heures trente, puis à 18 heures. Arnaud allait en cours au début, puis en janvier il commença à sécher et ce fut le début de la fin. En mai, il arriva en cours ivre mort avec Aymeric, ils vomirent tous les deux et je ne sais ce qui se passa (rien de grave).

Moi, j’allais indéfectiblement en cours et j’étudiais, avec mes vestes bleu marine et mes mocassins. Bon, mon look évolua. Je passai de la veste au blouson et du mocassin à la chaussures de sport. Ultérieurement, je découvris qu’on peut faire des effets de pull, d’écharpes et d’escarpins avec un jean. Hou, comme je devenais parisienne.

Je rejoignais la bande au café vers 16 heures, et je vivais des heures délicieuses. Nous ne faisions pas grand chose à part rire beaucoup, et fort, et des systèmes de quizz sexo-amoureux inventés par Arnaud et qui avaient beaucoup de succès.

To be continued on next thursday.

Catégories : Des amis · le feuilleton du jeudi
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