
J’aime pas les cartes bancaires. Ce sont des outils, non pas commodes pour les usagers, mais pour les banquiers. Si vous avez les poches vides, vous n’achèterez rien. Si vous avez une carte de crédit, ou même seulement de paiement, vous serez tenté d’acheter. Et votre banquier videra votre compte, en vous demandant de lui dire merci. Car il vous vend de l’argent, il vous vend les moyens de dépenser plus, et il faut lui dire merci.
Certaines personnes arrivent à résister à la tentation, peut-être n’éprouvent-ils pas de tentation. Pour ma part, je laisse ma carte à la maison, le plus souvent (c’est très pratique). (j’ai une carte pour les fois où je dois louer des voitures, et le fait est que ma carte a quatre mois, c’est dire…)
Si je n’aime pas les cartes, c’est vraiment en raison de leur place dans ce système que je voudrais pas détruire par la force, car je ne suis pas une révolutionnaire du tout, et puis la force, il faut crier, se battre, pas mon style, mais que je n’aime pas.
C’est un instrument, mais je crains que l’instrument ne parasite l’usager. J’ai vu chez des amis de Pierre-Henri des concours de carte bleue. Et au boulot aussi, avec Paat et Marc. Car il y a du degré dans la carte bleue. Il y a la carte bleue du pauvre, et celle du riche. Bon, moi, on oublie; c’est une carte de retrait (la loose). Dans ma logique à moi, dans ma famille où certains sont discutables, l’argent c’est pas mal (je confirme : ça a de gros avantages annexes), mais l’argent réel, l’argent qu’on a, le vrai. Pas les potentialités argentières. Par exemple, moi j’en ai peu, mais j’ai la chance de bénéficier de temps en temps des retombées de celui des autres. Je garde donc un silence courtois sur l’argent, je serai malvenue de cracher dans la soupe (et si quelqu’un veut me donner un bol plus grand, je prends). D’ailleurs, dans ma famille, ils font aussi des concours de carte bleue, mais plus discrètement (style catholique, avec des airs de vieille fille ; je sais que c’est hypocrite, mais le truc c’est que ça me fait rire).
En tout cas Pierre-Henri a une carte bleue de très riche. Paaaat aussi, mais pas Marc. C’est pourquoi je préfère Marc. Marc préfère ne pas avoir une autorisation de dépenser trop grande. Imaginez la ringardise du truc !!!! Dans deux secondes, il va parler de prudence. Voire (bouchez vous les oreilles) d’économies, vous savez, le bas de laine. Argh. La négation du système actuel. Le cochon rose (moi j’en ai un ; l’étendue de ma ringardise : je mets des pièces ou des billets, en début de mois les billets, dans mon cochon et je l’ouvre en fin de mois pour aller au restau ; j’ai honte ; mais ça marche ; je sors toute gaite et je vais au restau avec une copine et un copain avec mes petits sous économisés ; et pas mécontente car il y en a qui n’ont pas de petits sous économisés).
Ouais. Et je mange du pain beurré et de la soupe. C’est horrible. Heureusement que j’ai un blog. A qui, dans le monde réel, pourrais-je confesser des tares aussi atroces?
Bon, mais comment fais-je pour dépenser des sous quand j’en ai plus? Car je sors toujours avec dix ou vingt euros, j’oublie de prendre plus. Je ne pense jamais à l’argent : eh bien, j’emprunte des sous aux gens avec qui je sors. Ce qui ne m’oblige à dépenser des sous qu’avec des gens sympas : une bonne politique.
(Quand je vais au restau et que c’est un mois à sous, je bois du vin ; dernièrement du Brouilly Vieilles Vignes ; parfois j’achète du saumon et du champagne et j’invite des gens chez moi : vive le cochon rose).
(Et d’ailleurs, j’ai raison de ne pas croire dans le système ; je me demande si je ne vais pas mettre mes sous dans une chaussette dans mon armoire : vu ce que les banquiers en font… et si j’achetais des pièces d’or pour ma chaussette?)