On est revenue deux jours après et c’était le cours de CAF.
Vous connaissez CAF? C’est cuisse-abdo-fessiers.
Approprié, non? Vous me direz, j’ai pas un si gros cul, mais tout cela est très mou. Pas de ventre, ou peu, mais la cuisse momolle, et la fesse aussi.
Donc on entre.
Un petit jeune homme souriant, svelte, légèrement barbichu (barbichu bien, façon Vincent Cassel) nous accueille. Il accueille aussi une sylphide (la même que l’autre?) de l’os, du muscle et une peau presque plastique toute bronzée orange, et des filles plus rondelettes ou plus sportives. Toutes les rondeurs ne sont pas jolies, et là je me dis que ma Coco rondounette n’est pas os-muscle, mais mimi quand même. Par contre, il y a de la folle de son corps dans l’air : à part la sylphide, presque inquiétante, deux ou trois jeunes femmes ne rigolent visiblement pas avec l’entretien physique : concentration, mine soucieuse, etc.
Bon. On prend des poids, une barre de cinq kilos (c’est le petit jeune homme qui me dit : mais allez! alors je prends) et on va se chercher un petit tremplin, pour les steps, et un petit tapis, pour je sais pas quoi. Le jeune homme, qui répond au doux nom de Steve (tout le monde ne peut pas s’appeler Pierre-Henri) met de la musique boum-boum.
Coco se retourne vers moi avec une grimace.
Tout le monde se met en place, nous suivons le mouvement. Et puis, alors que Steve crie, deux, trois, on se met à monter et deseendre sur les steps. J’explique. Un, deux, on monte du pied droit, trois quatre, on redescend, un deux on monte du pied gauche, trois quatre, on resdescend (et ce n’est que le début) mais quand on resdescend après être monté du pied droit, on recule avec le pied gauche et c’est le pied droit à nouveau qui est en place pour remonter mais non ! Il faut changer de pied, pour remonter du pied gauche, et reculer, et changer de pied pour remonter du pied droit, etc.
Argh. Moi et la coordination psycho-motrice. Horreur. Je sautille lamentablement pour me remettre sur le bon pied mais je perds le rythme, alors pendant que les autres montent je descends, donc j’arrête, je regarde tout le monde et j’essaie de reprendre en rythme, un deux non loupé, j’ai mis le mauvais pied, et je suis décalée.
Je commence à me trouver rigolote mais je reste concentrée. Le problème, c’est qu’entre temps le mouvement s’est compliqué.
On monte sur la step du pied gauche, on pose le pied droit sur le sol en basculant le corps à droite et en levant la jambe gauche très haut, puis on bascule à gauche et on pose le pied droit par terre, en reculant, après on change de pied, et on pose le pied droit sur la step, bref on s’en fout mais il y a plus de mouvement, la jambe droite à gauche, la jambe gauche à droite, avant, arrière, après trois fois d’un côté, changez, trois fois de l’autre, bref je bouge dans tous les sens mais pas en rythme, perdu.
La sylphide ne me regarde pas, perdue dans son truc. Elle suit comme une mécanique. C’est impressionnant. Coco est mdr lol.
Ceci pendant quinze minutes. Après on arrête. Tout le monde transpire.
A quatre pattes par terre sur le petit tapis. Les coudes sur la step. On lève les jambes en arrière, toujours en rythme. Là, question coordination neuro musculaire, je suis. Il s’agit de lever la jambe. Un coup tendue (40 fois). Un coup pliée, le pied au plafond (re-40 fois). Un coup sur le côté, genre crapaud (40 fois). Steve est impitoyable. Mes muscles se tétanisent. Je m’effondre en pouffant de rire sur la step. Je suis dans une salle avec la zique à donf’, à quatre pattes, avec vingt nanas, et je lève une jambe en l’air en rythme. Il y a des gens qui gagnent leur vie comme ça. Je me ressaisis, je change de jambe. Rebelote.
Après on se tapote les cuisses. ça fait du bien. J’avais jamais réalisé à quel point on a des muscles partout.
Après : les abdos. Mains sous la nuque. Une trentaine. Puis on plie les genoux. Puis on tend un coude vers le genou opposé. On croise les jambes et je ne sais même plus ce qu’on fait. J’ai des muscles là aussi, dis donc, et ils crient.
Ah oui. La jambe sur la step, l’autre derrière, et une barre genre monsieur muscle mais sans les poids posée sur les épaules, on fait des genuflexions, d’abord un peu, puis un peu plus, jusqu’à toucher le genou par terre. Celui-là, de mouvement, je le connais, la première fois que je l’ai fait j’ai pas monté d’escaliers pendant trois jours, SAUF QUE MAINTENANT J’AI SIX ETAGES A MONTER A PIED, MOI, STEVE, tu le sais pas mais c’est incroyable tous les muscles qu’on utilise quand on monte six étages à pied ! L’horreur. Des couteaux dans les jambes. Plus le fou-rire quand je fais une pause au troisième étage et quand je croise le fameux vieux monsieur.
Quand on fait nos mouvements, le petit barbichu les fait aussi, et il crie pour maintenir notre rythme et pour couvrir le son de la musique (alors que Pilates c’est plutôt : tu te concetres dans la colonne d’air dans ton corps).
On fait donc tout nos mouvements avec des un, deux, trois hurlé par Steve. J’ai l’impression d’être dans un film américain quand les jeunes recrues de Marines s’entraînent avec des instructeurs sadiques. Dans un sens, j’ai du bol : le petit Steve est plutôt mignon dans le style instructeur. Il a d’ailleurs raison de hurler un deux trois car des qu’il arrête, on se ramollit toutes sur le rythme, les gambettes partent dans tous les sens, c’est carrément désordonné.
ça dure une heure, enfin 55 minutes. Je surveille l’heure sur la pendule. Coco souffle et fait Pffff en se retournant vers moi.
- T’es sûre? me dit-elle tandis qu’on se traîne, haletantes, et suantes, vers les vestiaires.
Je ne faiblis pas dans ma résolution. Du coup Coco est requinquée.
On fait ça depuis un mois.
Bilan : déjà, je n’ai plus de courbatures le lendemain.
J’ai l’intérieur des cuisses moins mou (c’est hyper important, l’intérieur des cuisses, ou alors c’est moi, que je peut-être mal foutue de l’intérieur des cuisses, mais chez moi ça fait vite mou gélatineux).
Je suis hyper fière de moi.

