La semaine de Nicolas Sarkozy

Qu’a donc fait cette semaine notre ex-bouillant Président ?

   2500 personnes se sont rendues samedi 23 mai dans la salle des fêtes de la bourgade de Rillieux-la-Pape, pour voir Nicolas Sarkozy et l’encourager, selon le site de l’UMP.

Précédemment, Nicolas Sarkozy avait rencontré ce que je suppose être la jeune garde de son parti dans le coin. A savoir :

  • Laurent Wauquiez, tête de liste de la campagne régionale Rhône-Alpes-Auvergne de décembre prochain
  • Christophe Guilloteau, député, président UMP du conseil départemental depuis peu
  • Philippe Cochet, maire de Caluire-et-Cuire et  président de la fédération UMP du Rhône,
  • Michel Forissier, maire de Meyzieu et secrétaire départemental,
  • Damien Abad, nouveau président du conseil général de l’Ain
  • Tous les élus et cadres UMP du Rhône et des départements voisins
  • Alexandre Vincendet, le maire récemment élu de Rillieux-la-Pape.

Selon l’auteur de l’article, ils ont évoqué le Congrès fondateur du 30 mai qui permettra à leur famille politique de « retrouver la passion, l’énergie et la joie de partager ». Ils se parlent comme ça entre eux, à l’UMP.

Ils se sont dit des trucs épatants, comme : « Les socialistes défendent le socialisme, nous nous défendons la République », (dixit Laurent Wauquiez, secrétaire général de l’UMP). Ou : « Les socialistes n’ont eu de cesse d’abîmer notre région. Elle est sans souffle, sans progrès, sans visibilité. Mais qu’ont fait les socialistes hormis les impôts et le gaspillage de l’argent public » (idem).

Nicolas Sarkozy a fustigé la réforme du collège : « ce dogmatisme, cette prétention, cette arrogance, ce mépris » « honte au regard de l’histoire », « Si l’école de la République ne propose pas l’excellence et le mérite à ses enfants, alors qui leur proposera », « Aujourd’hui,  il y a tant de mensonges, tant de doutes. C’est pourquoi le mensonge doit être absent de tous nos discours et de tous nos programmes. Je ne veux pas d’ambiguïté entre nous, je veux la confiance. S’il y  a la confiance entre nous, il y aura la confiance avec les Français ».

D’après la recension qui en est faite, Nicolas Sarkozy n’a pas abandonné son amour du « on », ni des phrases courtes. L’article (qui provient du site de l’UMP) s’achève avec les mots « amour de la France ».

  Le 22 mai, Sarkozy appelle à sauver Palmyre. (je ne commente pas, mon cœur saigne, je ne veux même pas y penser).

  Le 21 mai, jeudi, Nicolas Sarkozy rencontrait Madeleine, une électrice de l’UMP passée au FN, dans son bureau, au siège de son parti. Il entend reconquérir toutes les madeleines de France. Selon le Figaro.

Le 21 mai, encore, deux journalistes rappellent que ce que fait Hollande (passage en force de la réforme du collège), en fait c’est du Sarkozy. Les journalistes utilisent un vocabulaire ironique et dépréciatif pour faire passer leur message : Sarkozy couine – chouine, l’article est par ailleurs tentée d’une ironie un peu facile (en particulier avec Madeleine, il faut dire que c’est tentant : ce soir j’attends Madeleine…).

Sinon, liste des passages en force de Sarkozy dans ses grandes heures : réforme des retraites ; celle des universités ; l’accueil des enfants pendant les grèves d’enseignants ; le fameux Traité de Lisbonne que les Français avaient repoussé par référendum et qu’il a imposé, déni de démocratie, via l’Assemblée Nationale ; réforme de la carte judiciaire.

 

Gérard Depardieu embrasse Isabelle Huppert, aujourdhui, 22 mai, à Cannes

Aujourd’hui, 22 mai, à Cannes, Gérard Depardieu embrasse Isabelle Huppert, qui lui tend la joue, mais il ne veut pas de sa joue : elle est belle, c’est une femme, il a envie de lui rouler un patin mondial, il lui roule un patin mondial, manquerait plus qu’elle dise non.

J’espère que ça lui a plu, à Isabelle Huppert, d’être embrassée par surprise devant les journalistes du monde entier par Gérard Depardieu, dont les prestations récentes se sont caractérisées par beaucoup de subtilité et d’élégance.

Ce n’est pas non plus comme si elle avait eu le choix. Et si elle avait eu le choix de sa réaction, qu’aurait-elle fait ? Et si elle avait décidé qu’elle n’aimait pas, et qu’elle lui en avait retourné une, parce qu’elle n’avait pas envie qu’on l’embrasse devant tout le monde, au motif qu’elle était belle ? Et si elle avait fait cela, qu’aurait-on retenu ?

Mais elle ne l’a pas fait. Elle ne l’a pas fait.

Elle a reculé, il a avancé, il l’a embrassé. Elle est belle, elle est élégante ; les actrices belles et élégantes se comportent avec beauté et élégance, pas comme d’horribles femmes frustrées qui réagiraient avec inélégance en protestant.

Les photos montrent bienIsabelle Huppert qui, hm, recule, évite, voudrait bien que, …,  non, mais hm, c’est Depardieu, il y a les photographes, on est à Cannes.

Alors Isabelle Hupert n’a pas d’autre choix que de réagir avec le sourire et avec élégance. Quelle pitié que d’oberver d’aussi près les lèvres de Depardieu, dans un  pathétique bisou, et le non moins pathétique recul surpris d’Isabelle Huppert.

Je n’ai pas pu m’empêcher de voir et j’ai eu honte.

Je mets le lien ? Bon Ok, allez, je le mets. Pour montrer que je ne rêve pas. Et d’ailleurs, le photographe est sûrement ravi.

Et ils dansèrent joue contre joue….

Barack et Michelle Obama dansent joue contre joue, c’est beau.

Oui, si, je trouve ça beau. C’est un couple, et mine de rien, le gars a tout de même réussi à se faire élire deux fois président des Etats-Unis. Performance remarquable. Et il n’y serait peut être arrivé sans elle, qui bosse aussi – et sans ses filles non plus. Avec son petit look élégant à l’américaine, avec sa façon d’être là, Michelle y est tout de même pour beaucoup dans l’image d’Obama, le couple uni, l’épouse impeccable, les petites jeunes filles bien élevées, la famille idéale.
 
 

Donc, la petite danse joue contre joue, c’est bien vu. Pas très présidentiel, car, si l’on réfléchit deux secondes, que diable la vue d’un couple présidentiel peut nous faire, à nous, Français ? C’est mélanger le glam et la politique, ce qui est aberrant. Et pourtant, bien qu’aberrant, cela se pratique, ô combien. Et qu’est-ce que cela peut faire, à un Américain ? Là, je ne me rends plus compte.

L’Américain moyen est peut être tout heureux de constater qu’il a un vrai beau couple hétérosexuel à la tête de son pays. Une sorte de garantie de l’ordre rassurant que doivent avoir les choses. C’est une sorte de très ancien message, aussi peu démocratique que possible, mais si humain, je suppose : l’identification du prince et du pays. Celui qui dirige est le pays qu’il dirige. Quand Arthur est blessé, tout tourne de travers dans son royaume et les Chevaliers doivent trouver le Graal pour guérir le roi et le royaume.

Si Barack fait danser Michelle, alors leur couple est beau et fonctionne heureusement. Si leur couple est beau et fonctionne heureusement, alors le pays fonctionnera aussi bien qu’eux. Et tout ira pour le mieux dans le plus américain des monde.

Oh, mais que fais-je ? Dans une minute, je vais déplorer que d’aussi archaïques ficelles marketing nous soient servies sans broncher ni sourciller par médias anciens et modernes. Ce n’était pas dans mes intentions, je voulais être tout glam.  Disons seulement que la danse était bien venue, une façon de remercier sa co-équipière dans l’histoire et à la face du monde, avec la petite glam touch en plus.
 
 

Combien de fois fera-t-on mourir Delarue ?

C’est bien simple, je n’ose plus passer sur Yahoo. Toutes les semaines, dirait-on, une nouvelle news calamito-répugnante sort sur ce pauvre garçon, à la mémoire duquel rien n’est épargné. Cette semaine, il semble que le sujet soit du type message d’outre-tombe.

La semaine dernière, nous avions l’enfant cachée. Avant encore, nous avions les interrogations du papa, et la conversion (ou non ; je n’ai pas très bien saisi) à l’Islam, le tout sur fond de conflit entre la veuve et la famille. D’un classique ! C’était Dallas, pour de bon.

Il faut dire que Delarue était un bon client. Il y a eu le couplet sur le surdoué, le prodige ; puis, pour faire contrepoids, l’inévitable « descente aux enfers ». Décrire une vie selon ce shéma dialectique permet de lui donner du relief, une dramatisation qui la rend plus intéressante. Le surdoué, tel Icare, ne tardera pas à choir du haut du ciel ; sinon à quoi bon monter, hein ?

En tout cas, depuis trois semaines, le niveau baisse ; les turpitudes familiales n’étaient pas très élégantes, mais le message d’outre tombe est vraiment téléphoné. Je n’arrive pas à comprendre qu’on puisse faire ça à un mort.

On me dira : mais où as-tu lu ça ? Change de lecture ! Et c’est bien là que le bas blesse. J’ai lu ça sur yahoo, alors que j’accédais à mes mails. Or, depuis pas mal de temps, je m’attire pas mal de remarques relatives à mon mail. Comment puis-je utiliser encore Yahoo ? Comment ? Et ceci, de la part de personnes dont je crains qu’elles ne perdent tout respect pour moi en constatant qu’envers et contre tous je m’accroche à mon vieux mail.
Décidée à ne pas me laisser influencer par le snobisme geek de certains, j’ai décidé de m’accrocher à Yahoo ; la position ne me semble pas sans noblesse. Seulement, voilà. En arrivant sur la page d’accueil, je ne peux échapper aux turpitudes delaruesiennes.

Dès lors, que faire ? J’en appelle aux gens de chez Yahoo, pourriez-vous vous abstenir de mettre en Une des News aussi frelatées ? Est-ce qu’on pourrait trouver chez vous, je ne dirais pas de l’élégance – soyons lucide – mais de la décence ? Delarue pourrait-il enfin dormir en paix ? Merci, hein. Je n’ai pas envie de changer d’adresse mail, moi.

Lendemain d’élections

Evidemment, je ne parlerai pas de Marine Le Pen, ça me démoralise trop, je ne veux même pas en entendre parler, j l’ignore, d’autres personnes font ça très bien.
Non, moi, mon gros sujet de réjouissance, c’est que Sarko s’est pris une pelle. On avait beau s’en douter – et on est bien d’accord, que, comme disait brel, « il y a la manière », et lui il ne l’a pas, et avec Hollande, nos vies n’en seront pas transformées. Sauf, bien entendu, si on s’appelle Françoise Hardy ou Liliane B. Mais il n’y en a pas dans ma famille.

On avait beau s’en douter, certains n’y croyaient pas. Ils sont de droite dans ma famille, par principe, parce que c’est comme ça, ou parce que les socialisses c’est des méchants, responsables de tous les maux de la France (tous, tous)(même si la droite est au gourvenement depuis 2002, c’est la gauche qui a tout fait mal, il faudrait que je note certaines réflexions).

Ils n’y croyaient pas, et pour certains, ils trouvent que Sarko, même s’il n’a pas trop la manière, il se donne du mal. Parfois, on a un peu l’impression qu’ils vont lui envoyer des chocolats pour le remercier de tout ce travail qu’il fait à l’élysée. Ils me font penser aux militants qui disent sans rigoler que sans lui, c’est le chaos qui va s’installer.

Eh bien, ce matin (j’ai passé deux trois coups de fils inquisiteurs) (en parlant d’autre chose), c’était tristesse et désolation. Pas les chars russes, non, mais la fin de la France, la dégringolade économique, la crise, des étrangers partout partout, l’Islam, les valeurs de la France piétinées, bref, la fin du monde.

Ça m’a fait de la peine. J’ai tenté de raisonner. Tante Marie Hélène tremble, dans son 106 m2 vue sur Seine. Elle tremble au premier degré, elle est persuadée qu’elle va mourir des impots. Sera-t-elle obligée de vendre sa maison de Touraine ? J’y ai dit que non, mais elle a un doute. J’ai tenté de faire remarquer que même avec Mitterrand (haï tout particulièrement), personne la lui avait prise, sa maison de Touraine, voyons. Mais là c’est pire ! C’est la crise ! Ils vont vendre nos maisons pour donner aux banques ! Bon. J’ai pas bien tout compris la cohérence. Mais j’ai pouffé, je dois dire. C’est pas charitable envers une dame qui m’invite à deguster des tartes au citron super bonnes. Je vais lui rapporter des chocolats pour apaiser ma conscience la prochaine fois.

Mon oncle Guillaume faisait la gueule aussi. Il exècre tout ce qui est socialiste, sauf le mari de ma tante Marie-Rose, qui a une sorte de dérogation (il est prof, selon mon oncle, à qui les idées reçues ne font pas peur) (et il est con, toujours selon mon oncle, mais bon, on l’aime bien quand même). Sa détestation des socialistes se borne à relater les frasques politico-administratives des élus locaux de gauche. Il a donc soupiré en me disant : Tu es contente, hein ?
– Oui, lui ai-je répondu.
– Faut dire aussi. Il a merdé une semaine ! s’est-il écrié, vibrant. Une semaine ! Il l’a payé 5 ans (ton accablé, force du destin, etc).
– Oh, tout de même. Plus d’une semaine.
– Mais non ! Mais non ! C’est là que tout le monde se trompe ! Et maintenant, on va retomber dans les griffes des Enarques !
Mon oncle n’aime pas les Enarques.

Il m’a fait de la peine.

En revanche, côté copains, c’était plus gai. J’étais chez Faustine (réconciliée avec Brani), avec Hana. On a bu du pétillant de Touriane en poussant des cris de joie. Brani, après plusieurs verres de pétillant, nous a informé avec émotion qu’il retrouvait la France dans ce vote. Le pauvre ne comprend rien du tout, ou alors c’était du 2ème degré (ça m’étonnerait tout de même), avec l’autre à quasi 20, je me demande avec des sueurs froides quelle France il croyait retrouver. C’était aussi une façon d’être aimable. Hana nous a informé que le Français n’était pas raciste. Bon. Elle nous a fait une brillante analyse de ce vote que l’on déteste tant. (celle qu’on peut lire partout, le vote merde, le vote ras le bol, et la frustration légitime de plein de gens, elle pensait à ses parents – d’origine, justement, étrangère – ou amis de ses parents).
On a quand même failli s’engueuler, parce que cette bobo de Faustine, drapée dans une dignité qu’elle sort un fois par an, nous a informé que le racisme c’était mal. Et que les votes FN sont des votes de facho qui devraient tous rougir, etc. On a été obligé de s’en tenir là, tant la conversation menaçait de mener dans le fossé, et en rentrant avec Hana, elle m’a dit qu’entre la xénophobie populaire et le paternalisme pontifiant des bobos, elle ne savait pas ce qui lui donnait le plus envie de vomir.

Il va falloir s’empêcher fort de basculer dans cette vison manichéenne et conne des choses, les gentils contre les méchants. Supporter des grosses têtes qui font faire en plus sirupeux une politique similaire à celle de Sarkozy. Et bien penser au yacht, à la rolex, et au Fouquet’s, pour savoir contre qui, à défaut de pour qui, on vote.

Amour et autres interrogations

Au cours d’une grande discussion avec Hana, je me suis posé plein de questions.

Hana prétend qu’elle tombe amoureuse maintenant, à près de 30 ans, comme quand elle avait 15 ans. Or moi, pas du tout. je tombe amoureuse avec tellement de précaution maintenant que c’est à se demander si je tombe amoureuse.

Mais plus généralement, quand j’étais plus jeune, je m’enamourais de plein de garçons pour des tas de raisons futiles mais formidables. Un regard, une inclinaison de la tête, un sourire. D’un autre côté, si un contre regard, une contre inclinaison, un contre sourire annulait le truc, je me désamourais in petto. Mais ma vie était somme toute papillonnante.

Et puis la raison m’est venue et il me faut une collection de regard, de sourires, d’inclinaison de la tête, de poignets (j’ai un faible pour les poignets – qu’est-ce que ça veut dire ?), de cous, pour que je trouve du charme. Après, j’observe, j’analyse. Des fois, tellement, que l’occasion passe.

Hana pas du tout, me dit-elle. Un regard, elle fond, elle flanche, elle résiste un peu et paf ! C’est la Religieuse partugaise. Résultat, elle est malheureuse comme les pierres (ou comme la Religieuse).

Tout ceci est fort ennuyeux, mais au delà de ça, j’ai l’impression que peu de filles autour de moi sont amoureuses comme quand on avait 15 ans.

Je ne sais absolument pas quoi penser de tout ça.

Suis-je trop matérialiste après avoir été trop folatre ? Hana est-elle une victime de l’amour ? Mes amies ou collègues sont-elles trop intéressées ?

Sexe, adultère et meurtre chez les crevettes – c’est Futura Science qui le dit

Vous imaginez bien que lorsque j’ai lu ça sur le site de Futura Science, mon sang n’a fait qu’un tour. (1)

De quoi s’agit-il ? Ce sont encore des scientifiques qui ont soumis les malheureuses crevettes, qui ne demandaient rien à personne, à d’effroyables expériences. Sachez que la crevette dont il est question dans cette étude s’appelle Lysmata amboinensis, se nourrit des déchets et des parasites accrochés sur les poissons, est un crustacé hermaphrodite simultané, équipé, si je puis dire, d’organes sexuels mâles et femelles.

Ces crevettes peuvent s’accoupler en tant que femelle dans les heures qui suivent la mue de leur exosqulette, puis en tant que mâle ensuite, alors même qu’elles incubent des oeufs. Cependant, la crevette ne peut pas s’autofertiliser, donc elles vivent généralement en couple et sont monogames.

Revenons sur l’étude réalisée par, nous dit-on, des chercheurs de l’Université de Tübingen.

Permettez moi, pour assouplir l’aridité scientifique du sujet, de contextualiser un chouïa l’étude et de donner des noms et des personnalités fictives aux chercheurs de l’Université de Tübingen.

Soit une équipe de trois chercheurs, dans une faculté de science allemande, un peu perdue dans la grissaile d’une grande ville, hérissée d’immeubles soviétiques :

–       Lucy Wong, brillante sino australienne, quadrilingue (chinois, anglais, allemand et espagnol), venue en Allemagne pour étudier la crevette nettoyeuse.

–       Uma Torjman, stagiaire suédoise, bien formée, mais à qui il ne faut pas trop en demander, ici après une sieste de milieu d’après midi.

–       Brad Pitters, ici lors de ses vacances à Punta Cana en 2004. Scientifique, il sait aussi se montrer folâtre et n’a pas son pareil pour obtenir des crédits auprès des autorités adhoc de l’Union Européenne.

Observons ces trois scientifiques dans leur labo où règne une odeur vaguement fétide, parce qu’il faut chauffer l’eau pour les aquariums des crevettes et qu’elles sont des habituées des récifs coralliens. Or, le récif corallien, à ma connaissance, est en eau tiède. Donc, poisson + eau tiédasse, ça fait une odeur de piscine municipale, sans le chlore mais avec les bébêtes.

Uma dit en papillonnant autour de Brad : – Alors, on va répartir des crevettes par groupes ?

Brad rétorque doctement : Oui, Uma ! Nous allions les répartir par groupes de deux, trois et quatre crevettes dans des aquariums.

– Oh ! fait Uma, exprimant une admiration muette.

Lucy Wong lui jette un regard noir. Les airs de sirène palpitante de Uma l’agacent.

– Nous allons, poursuit Brad très pédagogique, et regardant alternativement les deux femmes, leur donner de la nourriture.

– Et les laisser libre de mener un vie de félicité parfaite, s’exclame Uma toute contente en battant des mains (ou quasi). Les Suédoises sont proches de la nature.

Deuxième regard noir de Lucy.

L’expérience, qui va durer 42 jours, commence.

Le jour, tout se passe bien. Les crevettes restent tranquillement assises dans les aquariums, en s’ignorant mutuellement, méditant, dans une sorte de béatitude parfaite. Mais la nuit, ah, la nuit ! Les inoffensifs crustacés révèlent alors, aux yeux de nos trois chercheurs bouleversés, une part insoupçonnable d’eux mêmes. Ils se métamorphosent alors, à la lumière des lampes infra rouge, en tueurs cannibales féroces.

– Les crevettes deviennent comme folles et chassent un individu isolé jusqu’à le tuer, dit Lucy à Brad, le matin du premier meurtre.

– Et le lendemain matin, constate avec horreur Uma, ils dévorent l’individu tué durant la nuit.

– Les salauds, s’exclame Brad (il se demande si « salopes » ne serait pas plus appropriées, mais il a un doute, vu la connotation sexuo-politique du mot, et puis, peut-on traiter une crevette de salope ?)

Ces agressions meurtrières ont toujours lieu juste après la mue de l’exosquelette, moment durant lesquels les crustacés sont particulièrement vulnérables. C’est une honte de profiter de ces moments d’extrême vulnérabilité.

– Il n’y a rien d’humains chez ces foutues crevettes, s’écrie Uma avec horreur.

– Dans les réservoirs de quatre individus, observe Lucy Wong qui ne se laisse pas dominer par les sentiments, la crevette qui mue en premier est éliminée en premier. La plus grande du trio restant s’attaque ensuite à la plus petite, qui est éliminée en second.

– Ce sont des meurtres cannibales ! commente Uma, outrée.

– Ils ont lieu jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul couple, qui peut alors mener une vie tranquille et ordinaire de crevette nettoyeuse.

Notre équipe de chercheur s’interroge : quelle explication donner à ce comportement cruel, et à cette monogamie tueuse, si l’on peut dire ? C’est Lucy qui trouve la réponse, pendant que Brad et Uma ont disparu dans un débarras à côté du labo, sous prétexte que le désordre n’était plus supportable et qu’il fallait le ranger. Lucy, qui a autre chose à faire que de s’enfermer dans les débarras, écrit dans son rapport :

« Lorsqu’elles sont en groupe de plus de deux, les crevettes s’accouplent un peu dans le désordre et la compétition sexuelle absorbe leur temps et leur énergie, ainsi que la compétition alimentaire ; la survie du groupe est donc menacée. En revanche, quand les crevettes sont en couple, la compétition sexuelle disparait, le couple collabore harmonieusement à la recherche de nourriture et dispose de tout le temps et l’énergie nécessaire pour s’occuper de la descendance. »

Mais attention : même quand il y a largement assez de nourriture pour tout le monde, les crevettes s’entretuent selon ce shéma ; les meurtres entre crevettes n’ont donc rien à voir avec la quantité de ressources alimentaires, il s’agit vraiment d’un mode de vie en couple. Les crevettes sont programmées pour vivre dans la monogamie la plus féroce, si l’on peut dire.

Le lendemain, Uma disparu. Vraiment disparu. Personne ne l’a vu dans la résidence étudiante, et elle ne vient plus au labo.

– C’est bizarre qu’il n’y ait aucune trace d’elle, dit Brad.

– Elle s’est peut-être fait dévorer, dit Lucy facétieuse.

– Ah ah, très drôle, dit Brad, d’humeur légère. Par les crevettes ?

– Non, comme une crevette, dit Lucy. Ils pouffent.

– Bon, dit Brad. Si on retournait maintenant à notre collaboration tranquille et harmonieuse à deux ?

– Tu l’as dit, fait Lucy.

 

 

(1) Il n’a fait qu’un tour il y a deux mois, mais j’ai oublié de le publier ici.