Retour de week-end

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Un petit mot vite parce que j’ai pas le moral.

Je suis rentré chez moi très tard, enfin trop tard, fatigué. Trainé mon sac dans l’escalier plus que je ne l’ai porté. Mon studio glacé m’a accueilli, j’avais laissé une fenêtre entrouverte pour aérer, je suis obsédée par l’humidité. Faim, pas envie de faire à manger, mais soupe parce que froid, ouais c’est nul mais ça réchauffe. Thé maintenant : plus élégant, mais bon.

J’ai mis le chauffage, mais je me sens glacée, je suis dans ma couverture, j’adore m’enrouler dans ma couverture quand il fait froid.

J’ai pas le moral à cause de ma famille. En même temps c’est nul d’écrire ça, comme s’il fallait mettre tout le monde dans le même sac, mais là j’ai envie de les mettre tous dans le même sac.

C’est juste une personne qui m’a mise mal à l’aise. Mon oncle – le frère aîné de ma mère, Guillaume, un type bien pourtant mais bon, d’une autre époque, d’un autre monde.

Pour faire court, Guillaume, de 14 ans plus vieux que ma mère (ma vraie, ma biologique), l’a élevé, ou quasi, vu que leur mère est morte jeune. Avec sa soeur aîné, ma tante Marie-Rose (ça ne s’invente pas, hein?), ils ont élevé les quatre plus jeunes. Ce sont des gens bien, sérieux, travailleurs, quoique Marie-Rose ait des côtés quand même fantaisistes. Guillaume est un personnage, je l’aime bien, il est éleveur, agriculteur quoi, mais il est hyper cultivé, il a fait une école d’ingénieur, il lit, c’est un type inclassable.

Guillaume aurait voulu, je crois, m’élever – c’est compliqué. En tout cas, ma mère, sa soeur, Véronique, a toujours été un souci pour eux, ce que je comprends (c’est un souci pour moi aussi). Dans cette famille, Véronique est la maudite, la réprouvée, la méchante, tout ce qu’on veut. Elle ne les revoit jamais (ou quasi). C’est compliqué à expliquer parce qu’il faudrait donner plus de détail, ma mère c’est un cas. Marie-Rose regrette beaucoup de ne pas avoir revu ma mère, ou quasiment pas, depuis 1975. Je comprends bien Marie-Rose. Elle avait 15 ans quand sa mère et morte, elle a assumé tous les gosses, et il y en a une qui ne revient jamais. Par exemple, ils ont appris mon existence quand j’avais trois ou quatre ans, et ils ont mis un an à me trouver. Et après, encore deux ans à convaincre mon père qu’il m’amène chez eux. Ils sont hyper famille (c’est bien, et parfois c’est gonflant) – alors louper la fille de Véronique, ils ne pouvaient pas imaginer.

Bref, vous ne devez rien comprendre et on s’en fout, l’important à comprendre c’est que dans leur esprit je fais partie de la famille, et ma mère aussi même si c’est une traîtresse, et si elle est mal vue.

Guillaume, ce week end, m’a dit, ce matin, dimanche matin, comme je débarquais dans la salle, une grande pièce cuisine salle-à-manger qui n’a pas changé depuis la première fois que j’y suis entrée :

– Tu commences à prendre les habitudes de ta mère.

Je l’ai regardé sans capter, il a précisé :

– Il est dix heures.

Comment expliquer, ça m’a foudroyé. Chez Guillaume on se lève tôt. Il s’est toujours levé tôt, j’aimais cela, il aime tous les moments de la journée, et c’est vrai que quand j’étais ado j’ai eu une période « retour à la nature » où je me levais tôt avec lui, et le matin à ses côtés n’est pas ordinaire. Bon, OK. C’est fini, ça, j’habite en ville, à Paris, je suis crevée et d’arriver à la campagne, de me taper un repas à 30 et de boire du vin avec le repas et le pousse-café et tout ça… Je suis pas habituée, je dors.

Mais c’est pas ça le truc, c’est la référence à ma mère. « Tu commences à ressembler à ta mère ». D’abord, il paraît déjà que je lui ressemble, mais, si vous voulez, en moins jolie… Enfin ce n’est pas le problème d’être moins jolie, mon père m’en avait longuement parlé, il paraît (d’écrire ça me fige le sang dans les veines) que quand un homme voit ma mère il ne peut que tomber amoureux (moi pas, pas du tout, sinon vous pensez que j’aurais utilisé cet atout indéniable pour le jeune homme dont j’ai parlé). D’ailleurs ma mère a visité plein d’endroits comme ça avec des monsieurs qui la voyaient et pouf. Donc, cette caractéristique intéressante de ma maman m’a déjà valu des remarques du genre que vous imaginez, de la part de personnes de la famille. Oh, elles avaient pas vu que j’étais là. Bon. Je résiste assez bien, curieusement, parce que finalement j’ai été bien élevée (par pas elle).

Donc, moi, mon problème, c’est d’être, ou de ne pas être semblable à ma mère. J’ai une crispation, mécanique, sur le sujet, que j’évite systématiquement, mais en famille c’est dur. Elle a les yeux de Véronique. Réponse : Si elle n’a pas le reste. Ou : les yeux, c’est pas le pire.

Vous saisissez?

J’ai du mal à en parler – non. Je n’ai pas de mal à en parler : je ne peux pas en parler.

D’ailleurs là je l’écris.

Donc, dimanche matin, je me suis assise à la table de la salle à manger – détruite, épuisée, foutue. Guillaume est parti voir ses chevaux, j’ai bu mon café en essayant de me dire qu’il n’avait pas voulu être désagréable.

Le pire c’est que j’aime aller chez Guillaume. Du moins j’aimais jusqu’à maintenant – pour l’instant je suis retournée. Sa maison est géniale, son mode de vie est merveilleux, simple, mais confortable. Il a une bibliothèque, un salon où il fait bon être quand il fait froid. On fait des balades extra dans la campagne à côté. Lui qui est si « nature », il s’est mis depuis longtemps à l’informatique, il n’est pas bloqué du tout par les trucs modernes.

J’ai toujours été accueillie chez lui, je suis « la fille de Véronique », c’est sacré, je ne suis pas l' »étrangère », et je sais de quoi je parle parce que je suis plus proche de ces cousins que de ceux du côté de mon père.

Un jour, l’un de mes cousins avait commencé à chanter une petite chanson sur ma mère, imaginez laquelle, Véronique,… – et Guillaume lui avait retourné une énorme paire de claques. J’avais adoré cette réaction, car c’est assez affreux de se prendre des remarques et des airs rigolards à cause des agissements d’une autre.

Mais là. J’entends encore sa voix. « Tu commences à prendre les habitudes de ta mère. »

Hou…

Je vais lire quelques blogs et dormir. J’avais dit un petit mot vite. Tu parles.

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10 réponses à “Retour de week-end

  1. Peut -être que tu devrais leur dire gentiment et simplement?

  2. Les histoires de famille sont toujours bien compliquées. On est capable de s’entendre dire des choses que l’on ne supporterait pas de la part d’étrangers.

  3. A ta place je serais déjà partie de chez eux. C’est peut être une façon radicale pour leur expliquer que tu ne supporte plus ces remarques.
    Ou tu devrais leur dire ce que tu as dans le coeur simplement.Je pense que ton respect pour Guillaume te force à tout garder en toi.

  4. Ah ta famille a l’air compliquée, mais c’est vrai que dans chaque famille c’est compliqué !
    Mais c’est vrai tu devrais peut être lui en parler …
    Courage !

  5. On ne choisit pas sa famille… Mais tu sais les phrases jaillissent de la bouche de certaines personnes sans qu’ils ne réfléchissent à l’impact de ces dernières…

  6. Coucou Fanette!
    Je viens de lire tout ça.. arf! ça ne doit pas être facil pour toi!! J’imagine que c’est dur..
    ma pauvre… j’aimerai pouvoir t’aider..
    mais je sais pas trop comment.. en tout cas, bon courage!
    J’ai pas du tout la meme situation, alors je vais pas mettre des « Je te comprends »alors que je vis pas ça. ça serai malhonnete..
    mais en tout cas, je pense très très fort à toi!!
    bon courage plus loin!
    groooooooos bec!

  7. Merci de vos commentaires… je pense que Guillaume ne l’a pas fait vraiment exprès, car ce n’est vraiment pas dans ses habitudes. A moins qu’il ne m’en veuille parce que je ne viens plus beaucoup les voir, ce qui est stupide de ma part car j’adore aller chez eux. En tout cas, il faut d’abord que je me calme et que je réussisse à surmonter mon stress si je veux leur en parler sans piquer une crise. Ou alors je ne vais plus du tout les voir, mais je ne veux pas….

  8. Les histoires de famille c’est ce qu’il y a de plus difficile à gérer et à supporter…

    Courage.

  9. Je viens de découvrir ton blogue et je l’ai lu en entier. Bravo 😉 J’aime sa saveur parisienne 🙂

    Ce que tu as raconté dans ce billet me touche un peu car j’ai vécu quelque chose de sensiblement identique : Me faire comparer à mon irresponsable de père alors que je suis tout ce qu’il y a de différent. C’est ma mère qui pendant les nombreuses années qui ont suivi son divorce n’arrêtait pas de me piquer avec des « té pareil com’ ton pére » (y a pas de fautes, prononcez le ainsi). J’ai fait une crise, j’ai éclaté et remis les choses à sa place. J’ai la paix depuis quelques années et je me sens respecté. Franchement… j’y ai mis du temps mais je suis content de l’avoir fait.

    Être respecté(e), c’est aussi s’affirmer quand une remarque nous blesse. S’affirmer, c’est aussi se respecter soit même.

  10. Oui, c’est vrai, il faut dire quand quelque chose nous blesse, mais là, d’un autre côté, mon oncle n’est pas toujours si indélicat.