Fêtes d’hiver

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Dans mon dernier message, un truc bizarre s’est passé.

La fin n’a pas été enregistrée ; j’ai donc réécrit la fin, mais à nouveau elle n’a pas été enregistrée.

Deux fois de suite, j’expliquais que Noël chez Marie-Rose allait être bien, et deux fois de suite, je n’ai pu le faire, laissant le message avec une conclusion orientée sur Guillaume, ce qui m’a occasionné des commentaires sympa mais pas du tout en relation avec mes sentiments réels sur Guillaume et Marie-Rose : encore une fois, décalage entre ce que je veux dire et ce que je dis !

Donc, je vais essayer, à tout hasard, de mettre des liens au cas où les lecteurs voudraient comprendre, pour qu’ils retournent sur les articles précédents. Sinon, tant pis. Ces commentaires décalés sont étranges, parce qu’ils me donnent des idées, ou me font voir les choses autrement… Il faudrait faire un message rien que là dessus.

Mais là, quelques mots sur mon début de séjour.

Arrivée samedi, fin d’après-midi. Temps beurk, gris, froid,sombre, humide.

Montane venue me chercher à la gare dans sa voiture pourrie.

Ma cousine Montane : grande, sportive, nature, cheveux longs et fins qu’elle attache mais ils se détachent sans cesses et volètent autour de sa figure : éternelle décoiffée ; longues mains fortes et un peu rouges, habituées au travail dans le froid (écuyère et vétérinaire) ; sourire, toujours, et peu de mots. On voit quand même qu’elle est contente de me voir. Et contente que je dorme chez sa mère.

Je monte dans la voiture, je pose des questions, ses réponses souriantes sont laconiques malgré ses efforts ; elle me demande de parler de Paris, elle m’écoute avec une stupéfaction amusée.

Routes de campagnes émouvantes, arbres dénudés, solitude, on se sent proche du monde, du vrai monde, j’ai toujours les larmes aux yeux et le coeur exalté à la campagne (et après quatre jours je m’emmerde… ).

Arrivée chez ma tante. Maison de village avec chemin sur le côté, déjà pris par voiture des parents, donc Montane se gare devant la maison, volets fermés, secrète, muette ; on descend, elle prend ma valise (j’ai l’impression d’être un hôte de marque), ouvre la porte ; la maison de ma tante : petite entrée carrée, escaliers en face, une porte à gauche : salon, une porte à droite : autre couloir, cuisine à droite toute, salle à manger plus loin.

Vous connaissez la chanson de Renaud : la mère à Titi? Ben chez Marie-Rose, c’est un peu le style. Pour accrocher les clefs, c’est un machin avec des cornes de cerfs (en plastoc) : des fausses, en plus, alors qu’ils sont chasseurs – enfin, non, pas eux, sacrilège. Enfin il y a des chasseurs dans le coin et dans la famille, et des dix-cors dans tous les coins (sur tous les murs).

Son salon, c’est un canapé marronasse (je dis ça avec amour) et des fauteuils affreux, avec une sorte de broderie, marrons sur fond vert foncé, et des repose-tête au crochet fait par une amie. Au mur il y a des photos de campagne, vous savez, un peu brillantes.

Ce que je préfère, c’est une étagère intégrée au mur, avec deux portes à croisillons en bois ; dedans, toutes sortes de bibelots d’un kitch fascinant : des dauphins, des poissons, une danseuse en procelaine, des bergers espagnols. Et des articles de journaux sur des courses gagnées par des chevaux entrainés par Guillaume, un peu le héros de ma tante (son frère, quoi !).

Des lampes partout, avec des petits machins qui pendouillent, genre pompons, et quelques unes plus modernes, l’ensemble dépourvu de toute unité, mais Marie-Rose s’en fout.

Venue de l’extérieur froid et gris, j’avance dans cette chaleur rouge, kitch et pelucheuse ; Marie-Rose me prend dans ses bras, puis son mari Fred (pantalon de velours côtelé, pull informe, barbe : baba cool après l’heure). Avec eux pour Noël il y a des Allemands gigantesques, que je connais un peu : en fait Marie-Rose fait gîte rural depuis des lustres, et ces Allemands sont des habitués que j’ai déjà croisés chez elle ou chez Guillaume : ils sont quatre, parents et enfants, tous gigantesques, et sympas : Albrecht, Judith, Barbara, Günther . Le copain de Montane, Didier, est là aussi : lui, je suis amoureuse, mais il est trop gentil, et totalement amoureux de Montane. Charmant, des yeux de porcelaine translucide, le crane rasé, jean et pull Saint James, poli, serviable. Plus les chiens, inévitables, qui s’agitent partout.

Inévitable apéritif, repas copieux, exposé du programme des fêtes ; repas tous les jours, naturellement : demain midi chez Guillaume, pas le choix mais bon, demain soir chez une cousine, lundi midi chez Etiennette, ma tante (une autre tante ; ma mère a deux frères et deux soeurs : dans l’ordre : Marie-Rose,Guillaume, Etiennette, ma mère, Jean-Louis – qui habite en Alsace et qu’on voit rarement). Lundi soir chez Marie-Rose, le réveillon, mardi midi chez Guillaume (mais c’est Marie-Rose qui s’y colle). Je repars le mardi en fin d’aprèm. Avec des conserves.

On dirait que le temps ne passe plus ou que je suis retournée en arrière ; envolé Paris, les 16 m2, ma salle de bains au murs humides, les courants d’air de la fenêtre et mon quotidien habituel. Cléo? Lui? Marc? Rien de tout cela n’existe ! Je suis dans le monde de mes seize ans, et rien n’a changé.

Dimanche je me lève tard : Montane n’a pas osé me réveiller, mais elle m’attendait : on discute un peu pendant que je bois le café, mais il faut aller chez Guillaume. Chez Guillaume, plein de monde, il m’invite à dormir en me faisant remarquer que Marie-Rose a « bien assez de travail ». Je dis que non, Montane dit que c’est super que je sois là, chez eux, Guillaume ne dit rien. Son regard flotte sur moi ; ai-je dit que j’étais rancunière?

Repas (foie gras en entrée; rouelle au four-pomme de terre – fromages-tarte au pommes- café-goutte). On rentre, à pied, vers quatre heures, chez Marie-Rose. Montane va soigner un cheval, revient vers cinq heures. M’emmène voir sa maison, car elle s’installe avec Didier. Emprunt, tout ça, mais il y a des travaux à faire. On regarde la maison dans le noir, j’ai un peu de mal à suivre : le terrain est vaste, mais bordélique, la maison grande, mais sale et vieillote. Montane me montre ses plans, ses projets. Sur le très long terme, parce que vétérinaire, ça va, mais Didier est employé, et il n’aime pas son job; et l’élevage des chevaux, c’est pas le moyen de devenir milliardaire. Je veux dire, on ne commence pas de zéro. Pour l’instant, elle est employé par Guillaume et il est radin.

Le repas chez la cousine qui veut que je lui parle de ma mère et qui répète à l’envie que c’est super bizarre que je n’ai pas de nouvelles – pénible, mais Montane la muette s’enflamme et explique que tous les enfants et les parents n’ont pas toujours des rapports simples et que c’est comme ça – Montane qui parle surpend tellement tout le monde que la cousine, avec ses enfants grandis dans des jolies petites cases qui suivent le jeu de l’oie de la vie (ils en sont aux cases mariages et grossesse, je leur souhaiterais presque des trucs – non, je ne peux pas vouloir des trucs pas cools à des bébés même pas nés, quoique déjà les pauvres, les parents qu’ils vont se taper c’est assez de malheur – Noël, Noël). Quoiqu’il en soit la cousine exaspérante se tait.

Lundi, aujourd’hui je me suis levé assez tôt, pas envie de dormir, je descends dans la cuisine ou je trouve Montane et nous partons ensemble soigner fissa les chevaux. Pour le coup, j’ai 14 ans ! Sauf qu’à 14 ans, elle ne conduisait pas, on nous menait en voiture. Sa petite voiture, récupérée de sa mère, est pourrie, et glacée, autour des écuries on gadouille dans la boue mais c’est bon de retrouver sa jeunesse. Je l’aide, nous ne parlons pas mais on bosse et une familiarité nous rassemble; tandis que je nettoie, je me demande ce que je fais à Paris, finalement…?

On prend des chevaux pour une balade éclair, on se retrouve dehors, dans la campagne grise et pâle, j’ai les doigts gelés, dans des gants trop grands. Silence, respiration des chevaux, arbres, champs, j’ai les larmes aux yeux, Montane qui est toute contente découvre que je pleure et me regarde avec stupéfaction, sans comprendre. Je me reprends et j’essaie de lui expliquer que ça me rappelle quand on était jeune, et ce que je ne lui dis pas c’est qu’à l’époque, je voulais passer le reste de ma vie là, avec Guillaume, Marie-Rose, dans cette partie de ma famille, qui me semblait douée de toutes les qualités. Puis les choses ont évoluées autrement et maintenant, loin de toutes mes familles (côté de ma mère, côté de mon père, côté de ma belle-mère qui m’a élevé), j’essaie d’organiser MA vie, mais la nostalgie c’est dur quand ça vous prend.

Bref. On rentre, Montane me ramène chez elle.

Chez Etiennette : RAS, il faudrait que je fasse un article sur ces gens, pas ma tante spécialement, mais cette catégorie de personnes, ceux qui ont des vies qu’ils essaient, dirait-on, d’avoir aussi plates que celle du voisin, tout en surveillant férocement le voisin pour vérifier qu’il fait tout comme cela doit être fait (il y a des règles cosmiques sur la façon dont on doit vivre). Naturellement, au milieu du repas, ma tante : Et tu as des nouvelles de ta mère? (Ouiiii, tata, là elle doit être sur une plage à Bali en train de boire du champagne – il y en a qui ont de la chance, hein, et même pas des qui bossent tout le temps, non des feignantes qui ont choisi la voie de la facilité).

Donc, là, la courbe ascendante de mon séjour à la campagne, ayant atteint son sommet, redescend. Boum. Vivement mardi soir qu’on se barre, hein? Vive Paris, ses 16 m2 et l’humidité de la salle de bain.

Lundi soir : réveillon ( 20 personnes dans le salon et la salle à manger de Marie-Rose, qui a fait une longue table en en rapprochant plusieurs). Je bosse avec Montane et Marie-Rose : préparation des canapés, des verres, etc. Pleins de gens sont là, peu importe qui, entre autres ceux qui me demandent des nouvelles de ma mère (on ne me laissera pas l’oublier, hien? – c’est eux, qui ont un problème avec elle, la tricheuse, ni moi ni elle n’en avons).

Entre Montane, son Didier aux petits soins, Marie-Rose et son prof de SVT de mari, Guillaume, anguleux mais sympa tout va bien ; les autres devraient tous être bannis. Je me demande (en écrivant je réponds à la question) s’ils ne sont pas jaloux- ils le sont : la fille de Véronique est à Paris, elle travaille, ça lui plaît, tout cela n’est pas normal, ou pas juste. Ils cherchent la petite bête, et comme ils sont bêtes, je les vois venir à dix kilomètres et ne leur offre aucune satisfaction : mon appart est sublime, mon job merveilleux, je n’ai pas une minute à moi, ma vie est trop géniale. Vive moi, vive Paris. Ben oui, quand j’avais 15 ans et qu’ils me voyaient ils pouvaient m’enfermer dans une pitié rassurante : la fille de Véronique est malheureuse, c’est normal, la pauvre : elle n’a pas eu beaucoup de stabilité dans la vie. Mais maintenant ça gâche tout : l’adolescente mal dans sa peau est devenue une jeune femme qui s’habille bien et que bosse dans la grande ville, quelqu’un qu’on ne peut plus enfermer dans les eaux tièdes et écoeurantes de la pitié. ça les énerve, ces cons.

Au moins, je sais pourquoi je ne suis pas restée là-bas.

Mais bon, Marie-Rose est formidable. Montane aussi. Après le plat, pendant que j’aide Montane et sa mère à débarrasser, Fred, qui ne sait pas parler plus que sa fille, me demande si ça va. Je lui dis que ça va, de toute façon quand bien même j’agoniserai, je le ferais en riant pour leur casser les pieds. Fred me presse l’épaule et grommelle : Te bile pas, ça n’a pas d’importance.

Non, enfin si. A Paris je suis légère comme une bulle, quand je dis « ma mère » cela ne signifie rien. Ici, mes parents (absents) pèsent sur moi comme une tâche qu’on ne me laissera pas oublier.

La fille d’Etiennette, assise à côté de moi, sur le canapé : « ça te fait pas drôle d’être la seule sans tes parents à Noël? »

Moi : Non, mais toi, ça te gêne, dis donc.

Vanessa : Ah bin oui quoi tu sais moi sans ma mère je peux pas.

Moi : Mais ça te fait pas drôle toi de rien pouvoir faire sans elle?

Vanessa : Bin c’est ma mère quoi.

Fin de la conversation, sinon j’aurais été méchante sur la mère, c’est-à-dire que se taper Etiennette pour mère –  il en faut, remarquez.

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10 réponses à “Fêtes d’hiver

  1. Comme je le dis souvent … il vaut mieux avoir un semblant de famille que ne pas en avoir du tout …
    Joyeux Noël à toi aussi =)

  2. Joyeux Noël à toi aussi, les joies de la famille et la corvée des repas de Noël, moi je ne m’y ferais pas, il y a toujours le moment où tu es content d’être là, et le moment où tu sens que la conversation va partir sur LA pente glissante, LE sujet à éviter, mais il y en a qui aime bien…^^
    Quoi qu’il en soit, je me dis que c’est toujours bien de ne pas être seule à Noël…
    Bonnes fêtes…

  3. hé bé ! à te lire, ça n’a pas eu l’air d’être l’extase familial ….. tu sais ce que l’on dit « on ne choisit pas sa famille ». Mais chacun d’entre eux doit avoir un bon côté, le tout est de le trouver et de ne pas être trop sévère en jugement. Après tout ils t’ont accueillis pour Noël et ont leur façon d’être.
    Si tu voyais de mon côté !! Cela m’a valu un silence profond et un Noël toute seule.
    ou plus exactement avec des amis qui sont pour mois comme une deuxième famille.
    Melodie a bien raisonn dans sa conclusion.
    Bonnes fêtes quand même ….

  4. un semblant de famille ok!! mais sincère et soudée alors!!avec de la lumière dans les coeurs

  5. Merry Christmas enchanté !!^^

  6. Fanette, je suis ton histoire tous les jours et c’est avec un grand plaisir que je te lis. Bon je n’ai pas tout lu ce matin parce que je dois aller bosser!
    Saches juste, qu’il vaut mieux avoir un semblant de famille que ne rien avoir du tout!
    Une famille qu’on aime et qui nous aime bien sûre! Oh mais rassure-toi il y aura toujours un petit con qui gâche tout. Tu ne seras pas la seule ! On ne choisit pas sa famille et puis toutes ces petites histoires pimentent ton quotidien!
    Je te souhaite d’avoir beaucoup d’enfant pour créer une vraie famille avec tant d’amour!
    Bises

  7. Merci pour vos commentaires… Je n’ai pas de problème avec ma famille, sauf avec les inévitables petits cons qui traînent en effet dans les coins, mais comme le dit Ithaa il y en a partout. Pour le reste, ceux qui comptent vraiment pour moi sont super et je sais être au final très chanceuse. Mélodie, les repas de famille ne sont pas une corvée, malgré, donc, les petits cons, car je suis rarement saturée de famille, donc je suis toujours curieuse et contente de revoir tout le monde. Je n’ai pas rendu justice au repas de Marie-Rose, absolument excellent. Mon Noël a été essentiellement convivial (malgré les cadeaux que j’ai reçu).
    Je ne sais pas si tout le monde a le même problème sur son blog, mais une fois que je commence à écrire je n’arrête plus, sauf brutalement, et donc je n’arrive pas à tout dire. j’ai donc développé les « petits cons » alors que ces remarques n’ont duré que quelques minutes sur les trois jours là-bas ; certes, c’est un sujet qui me touche, mais je logeais chez des gens qui m’ont entouré d’affection donc je n’ai pas été placée face à un désert d’égoïsme et d’étroitesse d’esprit.
    Bref, encore trop bavarde. Merci de vos commentaires très gentils!

  8. Joyeux noël toi aussi 🙂 Pleins de joie en fin cette d’année! Yeeepiiii. bizzz

  9. Merci merci merci, il n’y a pas que moi à avoir des petits cons dans ma famille. Heureusement que je ne les vois pas souvent …

    Enfin, joyeux noël quelque peu en retard, et merci de ta visite sur mon blog 🙂

  10. Y a pas à dire t’es une bavarde!
    Comme le disait l’autre (me demande pas qui c’est l’autre, j’en sais rien)
    On choisit ses amis pas sa famille…
    Mais à ce que je viens de lire, d’en l’ensemble au final, il c’est bien passé ce réveillon!?!?!!!
    Bye!