Retour à Paris

19_22_6-winter-frost_web.jpgMardi midi, repas, concocté par Marie-Rose chez Guillaume. Guillaume, le chef de famille, hein. Guillaume et sa femme de ménage, Loli, ont tout arrangé question place (il y a un truc entre Guillaume et Loli, qui déteste cordialement Marie-Rose, et vice versa ; je les soupçonne d’être amants, mais ce qui est bizarre, c’est que Loli disparaît, et d’un air pas du tout contraint, dès que Marie-Rose ou Montane surgit ; en fait je ne connais pas Loli ; j’ai juste assusté à une scène mardi).

Voilà, digression : j’ai trop de chose à dire !

En fait mardi midi, avec Montane on est retournée aux écuries, puis je suis allée chez Guillaume, tandisqu’elle rentrait chez elle.

Je veux dire, j’avais pas mis un pied chez mon oncle depuis mon arrivée, sauf en groupe; je sentais que cela faisait comme si je lui faisais la gueule. C’était bien le cas. Je suis rancunière. Mais lucide. Guillaume a toujours été correct, et même plus que correct parce que je me sens en famille chez lui et Marie-Rose, avec moi. Donc, je monte les trois marches qui mènent à la cuisine/salle principale salon, je frappe. Guillaume et Loli sont dedans, ils mettent le couvert. Loli, jean, bottes, pull, fichu, un visage noble, beau et ironique, m’ouvre en me disant : « Tiens ! la Parisienne! »

« Ah! » me dit Guillaume. « Bonjour. Joyeux Noël. »

Joyeux Noël ,dis-je. Et je reste là plantée, entrain de me débarasser de mes couches de vêtments, avant de me dire que tant qu’à faire, je vais mettre la table avec eux.

Quand Guillaume et Loli se parlent, ils se tutoient et le font avec une familiarité plein de sous-entendus. Loli demande où se mettra Marie-Rose, qu’elle appelle ironiquement « ta soeur », ou madame Humbert (son nom d’épouse). Ils se sont servi du champagne et du foie gras, et m’en offrent – il est 11h30. Je décline. Je demande à Loli ce qu’elle a fait pour le réveillon. Sa fille l’a invitée, me dit-elle, et après elle va chez son fils. Le silence de Guillaume a presque un sens; Loli fait la vaisselle en disant : « Monsieur Guillaume Guyon dans sa famille, Madame Dolores Hernandez dans la sienne ».

Guillaume sort, et je dis à Loli qui essuie des gouttes d’eau imaginaires sur le plan de travail, c’est vrai on ne t’a jamais invité à Noël mais depuis le temps tu fais partie de la famille.

Loli se marre. « Que va ! j’ai mes enfants. »

Elle s’en va ensuite, après m’avoir embrassé et fêté un Joyeux Noël.

Guillaume revient peu après son départ. Je l’aide à mettre en place le foie gras, puis à chauffer les plats au four ; c’est lui qui le prépare. La familiarité revient entre nous.

Tout le monde arrive vers une heure et demie. Rebouffe.

Cool. Malgré les idiots, c’est vraiment un bon moment, et surtout, bien que l’on soit axé sur la mangeaille, d’abord on ne l’est pas sur les cadeaux en tant que tels, et ensuite le repas est traditionnel, Marie-Rose a tout fait, avec Montane ou son mari ou Guillaume, je veux dire que c’est authentique et moi, j’aime ça.

A cinq heures, Montane me ramène chez sa mère, je prends mon sac que je remplis en hâte et direction la gare.

Le train est un endroit hors du temps, mais quand je me retrouve sur le quai de la gare, puis en train de marcher vers le métro j’ai un vertige ; je change de monde. Là, je redevient progressivement mon moi de Paris. Là-bas, même si c’est beau, je ne suis pas moi : il faut d’abord que j’écarte la vision de moi que les autres ont, et qui m’écrase, sans que je sache pourquoi. Ensuite il faut que j’écarte le passé, mon adolescence, même si c’était bien, c’est fini, mais là-bas elle me colle à la peau. Là-bas, en plus, je suis un élément du groupe, ici je suis indépendante.

Un autre truc que je ne comprends pas : prenons ma tante Etiennette. Tout se passe comme si elle avait chez elle un livre sur les règles de la vie : l’âge auquel on se marie, celui auquel on a des enfants, l’heure à laquelle on se couche le soir, le menu du dimanche midi. Pour elle, la vie semble codifiée, et elle est très choquée et perturbée si on ne suit pas le code. Elle ne se dit pas : tiens, voilà quelqu’un qui ne vit pas comme moi. Elle semble se dire : mais on ne peut pas faire ça !

Difficile à expliquer ; je n’ai pas suivi toute sa conversation, mais elle a évoqué les enfants de ses voisins ; le fils de ses voisins a 19 ans ; un samedi, il est sorti, vers 19 heures, et rentré chez ses parents vers 23 heures ; elle a parlé longuement pur expliquer qu’il n’est pas normal qu’un jeune homme rentre si tôt un samedi soir. Le samedi soir quand on a 19 ans, on sort jusque tard, deux heures je suppose. C’est obligatoire ; elle en a développé toute une théorie comme quoi les enfants de ses voisins étaient frustrés. Ma cousine Vanessa lui a dit qu’il était peut-être allé chez son copain pour bricoler l’ordi en panne, et donc revenu pas très tard. Pas normal pour ma tante : le samedi soir, on ne va pas dépanner les ordi des copains : on sort. C’est fait pour ça les samedis soir. C’est cosmique. Il y a eu un petit débat, certains n’étant pas d’accord avec elle, sur le thème du samedi soir, de ce que l’on fait le samedi soir, et est-ce que on peut réparer l’ordinateur d’un copain le samedi soir (pour ma tante, un ordinateur se répare le lundi matin, ou si l’on travaille, le lundi soir, après le boulot). Que l’on puisse débattre d’un point aussi insignifiant me stupéfie, mais aussi que pour ma tante et pour d’autres personnes, les conventions sociales aillent aussi loin. J’ai pris l’exemple du samedi soir, mais j’aurais pu en prendre un autre : par exemple, ma tante Etiennette ne peut concevoir faire des courses après six heures et demie du soir. On fait ses courses entre neuf heures et demi et onze heures le matin, ou quatre heures et six heures et demie le soir. C’est cosmique aussi. Il ne s’agit pas d’habitudes qu’elle s’impose, mais de règles : je donne cet exemple parce qu’il y a deux ans, j’étais en week-end chez Guillaume, et tout d’un coup le samedi à six heures 20 j’ai réalisé que j’avais dit que j’allais faire de la tapenade à l’apéro et que je n’étais pas sortie acheter des olives, donc j’y suis allée avec Montane et Etiennette a passé une heure à s’ébaudir de mes moeurs parisiennes et débauchées : sortir à six heures 25 pour aller faire des courses ; avait-on jamais vu ça?

Est-ce que c’est seulement chez ces gens ou il y en a d’autres comme ça? (je ne connais qu’eux pour être comme ça).

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14 réponses à “Retour à Paris

  1. Je confirme, t’es vraiment bavarde!
    Bye!

  2. Ecoute, c’est de pire en pire, mais je me suis juré de faire court à partir de demain. C’est un challenge.

  3. Elle est TROP FORTE, tata Etiennette !!
    Deja, son prenom, c’est tout un truc mais il faut absolument ecrire un livre contenant toutes ses regles : c’est GENIAAAAAAL !!!
    Je ne connais personne comme ca, sauf peut-etre un peu ma grand-mere maternelle : elle a toujours une idee precise sur la facon dont les gens devraient vivre leur vie mais c’est rien compare a cette sacree Etiennette !
    Trop forte…

  4. Ouais, mais le pire c’est qu’elle parle ! j’ai pas eu beaucoup de réponses… Je crains fort que ce genre de cas ne soit l’apanage de ma famille. Pas de bol.

  5. elle a quel age Etienette?
    elle me fait aussi un peu penser à ma grand mère, qui a deja bien vecu, et pour qui il semble que le monde, la vie se soient figés, ou presque, d’où cette impression de règles, de vérités absolues…

  6. Tout d’abord Joyeux Noel Fanette, un peu en retard desole… Apres les familiarites d’usages (ta tante Etiennette n’aprouverait peut etre pas que je te souhaite un Joyeux Noel le 27 a 10h01 du matin) je trouve que tu ne devrais rien changer a tes posts, tu ecris bien, d’une maniere peu courante sur la blogosphere ce qui apporte un interet supplementaire. Et puis, mieux vaut ca que d’aller chez un psy…

  7. Chrisos : Etiennette a 50 ou 51 ans, je ne connais pas l’année exacte de sa naissance, dis donc.
    Yoyo : merci ! J’écris d’une manière peu courante? c’est sympa. J’espère que c’est une bonne chose. Tu as bien raison : c’est mille fois plus cool que d’aller chez un psy.

  8. je ne connais pas d’étiennette par contre je suis un peu étiennette parfois…. exemple samedi on allait au resto pour l’annif d’un pote, le pote en question avait réservé pour 21h, je me suis « insurgée » genre « quoi? 21h? mais ça veut dire qu’on ne mange avant 22h, c’est plus mon heure ça, pfff ». vous avez dit psychorigide?

  9. Je crois que nous sommes nombreux à avoir, de facon plus ou moins forte, ce genre de réflexe, non? Une de mes copines, c’est « ne jamais rester seule chez soi un vendredi soir ». Une autre « ne jamais aller seule au cinéma ». Etc… Nous avons des habitudes, dont nous pouvons ne pas être conscients.
    Peut-être que les Etiennette sont attachées à leurs principes car cela les sécurise?
    En tout cas, la conversation devait être assez surprenante, si j’en juge par ce que tu en rapportes. :+)

  10. Le « on ne peut pas faire ça » ou alors le « Il faut absolument faire ceci ou absolument visiter (aller) là » m’avais complètement sidéré lors de mon premier voyage en France. Est-ce typiquement français ? Je ne le crois pas mais bon… J’aime faire le contraire de ces fausses conventions 🙂 Je fais ce que je veux…

  11. Je découvre ton blog après être passée chez Maijo…. je suis morte de rire depuis tout à l’heure…Le post sur ton chef et la diva… et alors les étiennettes….. mdr… et oui… j’en connais moi aussi….allez je file… continuer à te lire…. à bientôt!!!!

  12. bonjour fanette, je me souviens avoir découvert ton blog autour de Noël, suite à un très gentil comment que tu avais laissé sur le mien… mais à ce moment là j’étais coupée du net et suivais tes aventures depuis mon tél portable qui ne me permettait pas de te laisser des comments… car j’avais voulu compatir à cette famille à la campagne, te dire que des étiennettes j’en connaissais aussi, que ma mère devenait pour moi de plus en plus absente, coups de gueule sur coups de gueule et que finalement il fallait savoir se construire sa petite vie, celle qu’on voulait qu’elle nous ressemble. Bref j’avais été très touchée. Reconnectée à la web-civilization, mais ayant laissé mon blog végéter par manque d’envie, par ce sentiment qu’il ne me ressemble plus trop, que j’y passe mon temps à m’y plaindre, je n’avais plus le coeur. Et puis ce matin ce post sur ta rencontre certes virtuelle mais rencontre quand même avec cet illustrateur me permet de me souvenir que moi aussi quand même j’ai fait de très jolies rencontres durant toute cette année. Alors c’est décidé je reviens!!! Tant pis pour mon ego, tant pis si je me sens un peu redondante, l’écriture fait du bien. Merci !!

  13. euh… pas tout lu (trop tard, là…et tombé sur ce blog par hasard)… mais…. le guillaume guyon mentionné… c’est qqu’un de réel? parce que je recherche justement UN guillaume Guyon…. alors? mythe ou réalité? :o)

  14. c’est un personnage réel, mais ce n’est pas son nom… désolée…