Décalage

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Je flotte actuellement dans le décalage, comme si, de façon assez agréable, ma vie avait quitté le sol pour planer ; sensation assez curieuse à expliquer.

Les heures de mes journées tournent exclusivement autour d’un certain jeune homme, bien que sa fréquentation m’accable toujours autant ; j’attends que ça me passe. Auparavant, lesheures de travail s’achevaient tranquillement et ma spoirée commençait, toujours chargée d’activités diverses et plaisantes, plus ou moins harmonieusement réparties : deux fois le sport, ou bien la piscine en d’autres temps, un à deux ciné par semaine, un à deux café/apéro dans un lieu ou un autre, avec le transport dans Paris, une à trois soirées amicales ou amoureuses en bonne et due forme, plus l’intendance, la lessive que je fais à la laverie en bas, les courses (il y a des heures ou les magasins sont fermés, et je préfère acheter une heure avant la fermeture du magasin, vers les 20 heures, il y a moins de monde, ou la dimanche matin à 9 heures 15, il n’y a personne et les rues de Paris sont toutes vides et propres, encore faut il être en état de se lever le dimanche matin).

Mes soirées étaient en général bloquées, et les heures que je passe chez moi à traîner (j’aime aussi être chez moi à traîner) étaient celles du samedi, voire du dimanche matin (on considère que la matin a des durées flexibles ; en semaine, le matin s’achève à midi ; le week-end, il peut durer jusque 16 heures, mais en général, à 14h30, ce n’est plus le matin).

Quoiqu’il en soit, c’est fini. On est en phase : addiction. J’ai eu des périodes « amoureuses », ça y ressemble, mais quand on est amoureuse, on voit des zoizos partout. Là, pas d’oiseaux ; un impératif puissant, et irrésistible, que je n’analyse pas.

Les journées sont des comptes à rebours. J’ai énormément de mal à me concentrer. Je travaille beaucoup moins bien ; j’ai même du mal à feindre, à organiser mon non travail. A force de mal travailler, je n’ai plus la force de résister à la rigueur – je m’explique. Dans ce nouveau poste, une grande partie de mon activité consiste à m’organiser de telle sorte que j’ai toujours l’air de travailler, que j’ai toujours un max de truc prêts en avance, de façon à ne jamais me retrouver à la bourre par ma faute, ni par celle des autres (si je planifie super bien mon boulot, je peux gérer au mieux les arrivées intempestives de travail). Je fais tout cela avec l’air débordé, pour n’en laisser rien voir. Je tiens depuis 9 mois, alors qu’avant, venait toujours un moment où, prise d’une crise de confiance envers une chef ou une collègue, je lui montrais que j’avais du temps, que telle relecture ou correction était achevée ; deux mois après, tout le monde me prenait pour une fumiste. Aujourd’hui, je m’agite beaucoup en soupirant et en fronçant les sourcils et tout le monde loue mon professionnalisme.

Mais là, je n’arrive plus à prendre de l’avance en douce ; je ne parviens pas à faire semblant de bosser : je bosse pour de bon, sinon je me déconcentre. Je laisse traîner mes trucs sur le bureau, résultat en passant la Diva a jeté un oeil et constaté que j’avais fini le dossier truc, car je l’avais laissé ouvert à la vue de tous. Je m’empresse de préciser qu’elle ne m’en a pas du tout félicité, on n’est pas à l’école ; le truc doit être fini pour vendredi, j’ai finalisé hier, et je voulais relire mercredi, et faire la présentation jeudi, entre autres boulots ; alterner les tâches me permet de les aborder tête reposée, et de mieux repérer mes erreurs. Quand je suis enterrée dans un truc, à la fin j’en ai marre et je pourrais bâcler pour en finir. Quand elle a vu rapidos où ça en était, elle m’a demandé de finir pour aujourd’hui, j’ai refusé, je me suis fait engueuler. Complètement ailleurs, j’ai perdu l’intégralité de ma présence d’esprit ; je n’avais pas envie de débattre, ni de ferrailler avec elle. J’ai fini le dossier hier, un peu n’importe comment, du coup je n’ai pas attaqué d’autres trucs, donc je n’ai pas pu alterner les tâches et j’ai l’impression d’avoir trois montagnes à escalader.

J’essaie de ne pas penser à Timothée en travaillant, ce qui est extrêmement difficile ; je suppose que l’on peut considérer ce qui m’arrive comme une intéressante expérience. Il apparaît que les sentiments humains sont complexes. Je voudrais bien être amoureuse : à chaque fois que je l’ai été, j’étais très gaie et tout me paraissait enchanté. Le seul mot qui explique ce qui m’arrive, c’est l’envoûtement : je suis tombée sous le charme d’un enfant gâté dont je suis le jouet et qui ne joue avec moi qu’à un seul jeu. Il ne va pas à l’école, ne voit plus ses copains, je m’attends à ce que quelqu’un vienne me reprocher de l’accaparer, car il m’accueille en fin de journée après avoir dormi comme un loir dans son antre en me disant : je n’ai fait que t’attendre (ce qui est faux ; il a chatté sur internet, aussi).

Je n’ai plus de vie sociale, je ne vois plus personne sauf Coco pour le sport où je n’ai plus envie d’aller. Ma vie a pris les dimensions d’une chambre d’étudiant bordélique de 21 m2 avec un matelas par terre et un ordinateur avec enceintes, table de mixage et autres machins musicaux. J’ai fait la lessive des draps ce week-end, avec fatalité, non que je me sente investie de la mission sacrée de m’occuper de lui, mais je voulais dormir dans un truc propre, très basiquement (ça ne l’a pas gêné).

Je ne suis pas amoureuse, je répète, d’aillleurs je ne vois pas comment je pourrais l’être. Je l’ai dit, ça passe par le système nerveux central, ça ne monte pas jusqu’au cerveau.

Même quand je regarde Lui, il me semble le voir flotter dans un brouillard lointain et s’éloigner de moi. Ben et Sandrine aussi ; je n’ai plus envie de les voir. Je flotte comme une ombre dans ma vie, et le soir, je vais dans le 17ème et je grimpe au sixième étage d’un immeuble cossu.

Gaël m’a appelé, j’ai décliné sa proposition de cinéma.

Je suppose que ça va s’arrêter. J’attends.

Je vais tout de même essayer de trouver les mots pour exprimer ce que je ressens. J’y réfléchis aujourd’hui.

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23 réponses à “Décalage

  1. Le 17ème, c’est chez moi ça… Si ça se trouve, je suis la voisine de Tim.

    Si tu restes lucide sur ton changement de train de vie et que tu n’apprécies pas, y a pas de raison pour que ça ne revienne pas à la normale bientôt… Même en continuant avec lui.

  2. Profites de ce plaisir … et puis ça passera …

  3. tout pareil que ZestedeCitron… profite de cet état dans lequel tu ne te sens pas si mal en fin de compte… tout s’apaisera plus vite que ca n’est venu. c’est bon, profite. un jour ca sera moins bon, et tu sauras que c’est fini!
    mais c’etait pet etre trop facile, hein, c’est ca, avoues!!!

  4. t’as raison, c’est pas de l’amour, c’est de la dépendance, tu décris tous les symptômes de l’alcoolique ou du drogué qui ne vit que pour aller retrouver sa dose…
    j’espère me tromper et ne m’en veux d’être un peu trop franche mais j’ai franchement l’impression que ce gars ne te fait aucun bien que du contraire, fuis comme tu peux, fais la morte, ne réponds plus à ses appels, déménage au pôle nord, ne rentre pas dans ce cercle vicieux…

    en tout cas, la lecture de ce billet me fait froid dans le dos…

  5. C’est juste une phase, ça va passer … mais comme disent les autres, profites en attendant et attéris après.

  6. Mais tout le monde parle de sport là?! QUé pacho??

  7. Moi je suis aussi d’avis qu’il faut en profiter. Ca fait du bien des états seconds de temps en temps… Et la roue tourne !

  8. Prends des vacances 😉

  9. Purée mais qu’est ce qu’il t’a fait ce gamin? Il t’a marabouté???

  10. Chère Fanette (j’adore ton prénom, mais passons), merci pour ton coucou sur mon blog, je viens de me délecter de lire le tien. J’ai du boulot, faut que je ressitue ton histoire… à très vite Chère Fanette… Sophie

  11. et ben ça a pas l’air simple tout cela

  12. yoyo le seul le vrai

    meme avis qu’Annick, casse toi !!!!!!

    C’est nul ce genre de relation, c’est pas un sex friend comme Gael, c’est juste un truc qui est en train de te pomper l’energie.

    Tu commences a faire son linge… hum hum…

  13. Profites, profites et profites encore.
    Cet état n’est au final pas si mal.
    C’est bon parfois de se laisser porter par la vie. Ne t’inquiètes donc pas. L’atterissage fini toujours par arriver!

  14. De toute façon pour l’instant je n’ai pas l’énergie de m’arracher ; un jour le contre courant va arriver. Pas dans dix ans. Pour l’instant je flotte…

  15. Oui, je crois qu’il faut que tu t’écartes le plus vite possible de ce garçon. Il ne te fait pas du bien. Tu le dis toi-même : pas de vie sociale. remarque, tu n’es pas plus bête qu’une autre, tu peux rester avec lui tant que ça vaut le coup, mais à un moment, il va falloir partir…

  16. Bonjour Fanette.
    1- Le boulot. Reprends-toi et renoue avec ton « professionalisme » applaudi de tous. Le boulot, c’est ça qui te nourrit !!! C’est le plus important.
    2- Maintiens à tous prix un minimum (alimentation, propreté et santé), mais ça a l’air d’être le cas …
    3- Procède par étapes. semaine 1 : tu te dé-scotche 1 soir (tu implores des amis en qui tu as confiance de venir te cherche à la sortie du bureau et de t’obliger à faire quelque chose avec eux …). Semaine 2 : 2 soirs … Jusqu’à retrouver une forme d’équilibre.
    4- Si ça dure plus de deux mois ton intoxication, songe à consulter un professionnel à qui tu pourras parler, et qui te posera les bonnes questions.
    La réponse est : OUI, tu as raison, tu n’es sans doute pas amoureuse de lui, il y a juste quelque chose en lui qui entre en résonnance avec un manque inconscient chez toi. C’est mauvais en général ces choses là … Celà dit, pour l’instant, il n’y a rien de trop grave non plus ;o)
    Allez, pense à toi, prends soin de toi et très bonne soirée.

  17. Ouh là là Fanette, j’ai tellement de lecture en retard, j’aperçois l’inégalable PH, de la nouveauté en la personne de Tim, Patriiiiick, de la soupette…je rattrape mon retard dès ce soir! Au plaisir de te lire, vite vite, vite!!!

  18. et si c’était lui qui devenait dépendant pour changer? puisque tout le monde y va de son conseil, voici le mien : essaye d’inverser les rôles, c’est mieux d’être le maître du jeu.

  19. c’est bô ce que tu nous décrit !! cet état qui te permet de flotter entre rêve et réalité, mais attention à l’atterissage …
    bonne soirée Fanette
    bises

  20. Moi je trouve ça beau ! C’est vrai, ça change du train train quotidien … Un état de flottement où tu ne maitrises rien …
    Mais comment peux tu être sûre que ce n’est pas de l’amour ? !

  21. ça peut quand même durer quelques mois ce genre de sensation…bah…on a connu pire 🙂

  22. tant que ça ne dure pas trop longtemps… profite, c’est tellement beau de se laisser envahir comme ça =) !

  23. Hello,
    C’est la premièe fois que je passe sur ton blog et je trouve tes articles très bien écris. Tim me fait penser à Lui, mon ancien amoureux. Il vivait comme un petit garçon, sans boulot, sans école, juste pour voir tous ses potes encore et encore pendant que moi je me tuais à la tâche. Les autres ont raison, ça fait du bien de se laisser porter, mais reste lucide pour pouvoir te poser une barrière au moment venu. Biz