Un autre monde

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Il ne s’agit pas uniquement de quelque chose de sexuel, quoique ça rentre en ligne de compte. Avec Tim j’ai découvert un chemin, en moi-même, dont j’ignorais l’existence, jusqu’à une sorte de néant fleuri, ou verdoyant. Hm. Rien n’a d’importance pour lui, absolument rien. Sauf écouter de la musique, absorber, sans aucune finesse, le minimum d’éléments nutritifs nécessaire à la survie, et réactiver constamment une sensualité aussi basique qu’enivrante. Avant-hier Dyns a parlé de dessous dans un post, les dessous impliquent pleins de choses, une préméditation, une réflexion, une abstraction. Rouge ou gris? Dentelles? fleurs? Guêpière? Porte jarretelles? Quand on part pour en acheter, on a une idée derrière la tête, au moins celle de sentir sexy pour soi, faire des effets devant Jacques ou Denis, épater sa copine parce qu’on est tellement mode. On peut discuter de l’opportunité d’associer un sentiment de beauté intérieure, ou extérieure, au sexe, on peut se dire que la seule beauté est intérieure, qu’on a pas besoin de ça, ou alors que si, il faut pimenter la vie affective, sexuelle, tout essayer… On peut dire des tas de trucs, mais on prémédite, donc on pense, quand on achète de jolis dessous.

Il n’y a rien de pensé ou de prémédité avec Tim. C’est comme si on était au début du monde, dans la jardin d’Eden, et que la vie déborde autour de nous. On ne sait pas très bien où l’un de nous deux commence, où l’autre finit. On écoute de la musique comme si nous n’étions qu’une seule personne, dans un sorte de Nirvana flottant, pré-orgasmique, en dormant à moitié, et parfois de l’émotivité affleure en l’un de nous (mais nous ne faisons qu’un) et alors nous gérons au mieux cette émotivité. Au bout d’un certain temps, c’est la matin et il faut que j’aille travailler, et quand j’ai passé la nuit avec lui, j’ai énormément de mal à me rappeller de ce qu’est conceptuellement, le travail : d’abord on se lève, ensuite on descend des escaliers, puis on marche à côté des voitures, puis un rentre dans un tuyau sous le sol, on rentre dans un wagon, on sort à l’air libre à côté d’autres voitures, et on arrive à un grand bâtiment, très semblables aux autres, on rentre et au fond de la cour il y a une grande pièce, une table, des gens, qui ne flottent pas du tout dans aucun nirvana, ils sont dans la vraie vie, soit : un autre univers, un ordinateur sur la table et je dois taper sur le clavier. Quand j’ai tapé en harmonie avec des impératifs extérieurs pendant un certain temps, je refais le chemin inverse et je reflotte dans un Nirvana musical préorgasmique. A la fin du mois, on me donne de l’argent avec lequel je peux acheter de quoi manger et m’habiller. Comme vous le voyez, rien de tout cela n’a vraiment d’importance. Le mieux, c’est le Nirvana, non?

Mais bon, ça va. La gourmandise me sauvera. J’avoue j’aime bien cet état second, même si ça ne peut pas durer. C’est comme des vacances. Mais Tim se fiche même du foie gras, du champagne, de la salade de mâche, des sushis. Non, parce que dans le système que je vous dis, on ne goûte pas la nourriture : on ingère des éléments organiques sans se prendre le chou.

Plusieurs commentateurs (dont je loue la prévenance) constatent cet état endehors du monde et me conseillent de fuir. Ils ont raison. D’autres me suggèrent de profiter de la situation : ils ont raison aussi.

Personne ne me connaît en fait, sauf moi. Ecrire le post d’hier et celui d’aujourd’hui m’a permis de prendre de la distance par rapport aux évènements. L’était d’esprit que je décris est potentiellement dangereux. Je pourrais, en continuant, basculer hors de la société ; tout lâcher, basculer dans ce néant exotique, mendier, et remonter le soir dans la chambre de bonne de Tim ; il est probable que le ban et l’arrière-ban de ma nombreuse parentèle débarquerait par vagues pour m’arracher à cette horrible situation ; je bénéficierai même peut-être d’un petit stage chez tata Etiennette (mon rêve) pour me réapprendre la vie petite-bourgeoise : les heures bienséantes du lever, laver, déjeuner, coucher, sans oublier la session prime-time de la télé le soir ; toutes les règles du bon petit soldat de la société de consommation.

Ils n’auront pas besoin de le faire, je vous rassure, je suis un petit soldat légèrement déserteur, mais si peu. Je m’envole dans un monde parallèle, mais je ne perds pas de vue le vrai monde. Pas folle, pas si folle ; ça me rappelle un film, tiens.

Oui, je disais qu’ici, je suis la seule à me connaître. Je sais jusqu’où je vais dériver. C’est une dérive fort agréable. La gourmandise au moins (et probablement, Yoyo le seul le vrai l’unique le clairvoyant, la fatigue des lessives, j’ai déjà assez de mal avec les miennes) me ramènera dans le vrai monde, celui où les gens ont des horaires bien fixés, comme j’en avais moi-même, et où les journées de bureau peuvent se terminer par des lessives des courses au Monop’ des cafés ou apéro pris dans des bars ou restos concrets, avec des paroles échangées qui raisonnent dans un air réel, et des aliments non virtuels que l’on apprécie en société (seuls, c’est moins bien).

Mais pour l’instant je flotte, je voyage jusqu’à l’aube du monde… Je n’avais jamais réalisé jusqu’à présent à quel point ce que nous désignons petitement par le vocable de sexe était à ce point le pivot de tout. C’est probablement dû au mot lui-même, réducteur.

Tiens, ça me rappelle un autre film. Chouette, je vais effectuer des incursions dans la monde semi-réel de la virtualité webesque pour faire un topo là-dessus.

(Aucun des deux films n’a de rapport avec le sexe).

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25 réponses à “Un autre monde

  1. mais pour qu’il te fasse planer aussi loin aussi vite, c’est bien qu’il y a qqch… je dis aps que tu es amoureuse, je dis juste que son mode de vie si … différent, quelque part, doit te faire envie… tu as pt etre besoin de déconnecter quelques temps jsutement de cet vie de boulot, de soirées, de bars et de lessives. Son avantage, et peut etre ce dont il se sert pour te seduire tellement, c’est ce monde en dehors du monde justement…

    Pffff c’etait ma minute psy… me demandez plus rien aujourd’hui, ca m’a crevé!

  2. évidemment que toi seule te connais, toi seule sait ce qui est bien pour toi et toi seule saura quand il sera temps de refaire surface… tu vois ce billet-ci me fait moins peur que celui d’hier, tout est histoire de subjectivité dans la lecture des billets…

    ah tiens, nirvana à la radio juste au moment où j’écris ces mots 😉

  3. Je suis assez d’accord avec Julie … je crois que le fait qu’il arrive à te faire déconnecter de ton monde le rend un peu plus prince que charmant ou l’inverse =) … en tout cas l’effet qu’il suscite chez toi n’es pas négatif si tu restes consciente de ce qui se passe … même en flottant en dehors de ton monde …

  4. ‘Tain mais vous l’avez garé où votre soucoupe volante ? Le voyage vers Auroville est prévue pour quand ?..faudrait peut-être prévoir un parachute.;)..je taquine.
    j’ai bien aimé  » puis on marche à côté des voitures ».cette phrase exprime parfaitement ton état d’esprit. La musique que vous écoutez c’est ravi shankar ou bien ?

  5. puisque le monde réel n’est pas loin, et que tu connais encore le chemin ( à coté des voitures), je crois que tu devrais profiter à fond de cette bulle hors du temps…

    Le Tim a l’air d’être une drogue dure, on dirait pourtant ;D

  6. Comme les autres! Vu que tu as encore conscience que le monde réel existe, pourquoi te priver? La gourmandise est un bien joli défaut parfois;-)

  7. Cet état second, cette impression de coton quand on est à l’extérieur, c’est drôlement bon, profitons profitons!
    Quand ces sensations s’en vont… ça fait mal…

  8. Ahh les premiers temps….on en redemanderait encore et encore…mais au final, comme me disait un ami medecin, heureusement que ça s’arrete sinon on mourrait d’epuisement…

  9. …profite de chaque instant….

  10. Quelqu’un qui aime Spike ne pas avoir QUE des défauts. J’ai donc suivi la trace de Fanette depuis la Jungle de Boggie et je tombe sur cet article.
    Que j’ai beaucoup apprécié. Difficile de dire plus et mieux.
    Merci d’écrire, continuez

  11. yoyo le seul le vrai

    … je voulais te dire que… ce n’est pas ce nirvana qu’il faut fuir… mais… vous n’etes pas vraiment dans le meme monde, il peut se permettre de ne pas etudier/bosser… toi par contre… que t’arriverait il si tu perdais … le truc qui te donne de l’argent a la fin du mois…

  12. C’est dément l’effet que vous vous faites !

  13. Le « trip » que tu décris est très palpable, même assise devant un écran, quelque part comme ici… j’suis pourtant à des années lumières de ce que tu vis… ça renvoit à des situations connues, vécues.. où un arrière-goût d’interdit gachait tout… car à côté y avait la vraie vie, comme tu dis, celle que tu vois le long des rues que tu arpentes…
    Reste à savoir ce dont tu as besoin, là, maintenant…
    La vraie vie, celle bien rangée comme tu dis, où l’on se marie et où on se mutilplie, où on mange à heures fixes et où on se met à la télé dès 20h45…elle finit toujours par arriver… et par combler les manques qu’on cherchait à remplir…
    Moi j’suis d’avis que tu vives à fond les choses comme tu le fais…
    Après toi la fin du monde…
    Très joli billet, Fanette, comme toujours…

  14. Je ne me souviens pas avoir un jour connu ce genre d’état second…
    T’es sûre qu’il ne te fait pas prendre de substances illégales sans ton consentement?? 😉
    Ou bien il t’a fait boire un filtre d’amour 🙂

  15. Toi seule te connait.
    C’est marrant quand tu décris ton état second, ça me fait penser à ce que je ressens quelques fois. Il m’arrive d’avoir l’impression de voir une scène de haut, et de me dire que tout le monde pense être dans le monde réel alors qu’en fait, ils jouent tous une pièce de théatre.
    J’arrive pas trop bien à décrire ce sentiment, mais bon voilà à quoi me fait penser ta description de ta journée.
    A bientôt! (ps : bienvenue dans mon blog! et merci pour ton premier com!)

  16. Et tu me link même pas?! Tu me fais du mal …

  17. J’ai repris le cours des choses, ai rattrapé mon retard avec délectation: je n’avais jamais pris le temps de constater que tu écrivais si bien. Te lire est un vrai plaisir! Te comprendre aussi: tu décris des mécanismes qui me sont familiers. Mais en langage soutenu…Et c’est bien là ton talent!

  18. C’est très beau ce que tu décris 🙂
    Ca me donne envie de flotter, moi aussi 🙂

  19. Dyns : ben, si, je t’ai linké?

    Eh bien oui, je plane… mais bon, je connais encore le chemin du retour !

  20. Salut Fanette, en grande amoureuse te lire me rappelle de très bons souvenirs…quelle périodes délicieuses que celles ou rien n’a plus d’importance que d’être en sa présence ou le moindre petit détail prend une importance formidable: une odeur, une regard, une façon de sourire…profites en bien de ces moments exceptionnels et rares…la réalité te rattrapera c’est sûr quand tu en auras envie ah je t’envierais presque 🙂 merci d’être passée chez moi j’adore ton écriture

  21. Il est beau ce billet.

    Mais c’est flippant cet état de flottement, non? Moi, ça m’effraie, mais j’aime, mais ça m’effraie, mais….

  22. oui jolie note … elle m’a transportée aussi dis donc !
    tu as bien su retranscrire je trouve!
    profite de cette paranthèse enchantée !!!

  23. Très bien écrit cet état second… ahh souvenirs, souvenirs 😉

  24. Whaou ca doit être génial d’être dans cet état même si cela engendre quelques petits désagréments, à priori c’est un état passager alors si tu te sens bien, autant en profiter ! 🙂

  25. J’adore !! du coup je flotte aussi tiens!