So long, and thanks for all the fish

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Voilà ce que je vais faire.

Je vais raconter un truc qui remonte à presque dix ans, qui me tient à coeur. J’y pense de puis pas mal de temps. Je vais le faire par phase, par tranches, en fait par épisodes. Peut-être n’arriverai-je pas au bout, si je sens que j’emmerde, ou si je perds le fil, ou le feeling.

Je procéderai par petites étapes.

Il y a presque 10 ans, je commençais mes études, dans une fac à Paris. Je venais de province et j’étais contente et perdue.

Le détail de mon contentement et de ma perte, on s’en fout, toujours est-il que j’ai rencontré plusieurs personnes à ce moment, dans les premières semaines de cours ; j’en revois certains, toujours, d’autres pas.

Les deux dont je veux parler sont Laurent et Philippe.

Comment les ai-je rencontré? Laurent était un ami de lycée d’une fille avec qui j’ai sympathisé pendant les inscriptions et qui avait eu la bonté de me prendre en pitié et de me guider dans le labyrinthe de la fac. Je ne sais quel hasard nous avait fait nous croiser à chaque fois que, munie d’un papier, j’errais avec égarement à la recherche de la salle C 56 ou E 632. Lorsque les cours commencèrent, je la repérai (c’était, finalement, ma seule « connaissance » dans la jungle de la fac) et cela me soulagea. Je la suivis au distributeur de café pour lui parler, décidée à me constituer des mais sur Paris, et à commencer par elle, puisque c’était en quelque sorte déjà en cours ; elle était flanqué d’un grand garçon à la mine plutôt revêche, muet visiblement. Elle était très critique par rapport à la fac, se plaignait beaucoup, de ses parents, de la fac, des profs, du lycée, de tout, je ne voyais pas la fin de ses plaintes et de ses critiques, mais je leur collais aux basques pendant plusieurs semaines, me disant que ça devait être parisien, et quand elle cessa progressivement de venir aux cours je restai en relation avec ce garçon, sans plus, le saluant seulement, mais le saluant tout de même, pour entretenir, par principe, le peu de relation qui existait entre nous.

Un jour nous nous trouvâmes dans une fille d’attente, pour un TD je crois, à proximité l’un de l’autre, entouré de quelqu’autres étudiants, et notre attente, très longue, nous permit de faire véritablement connaissance. En fait il était de ces garçons, comme je connaissais à cette période (il faut croire qu’un fil invisible me menaient tout droit à eux) fan de certains jeux et romans de SF, pas nécessairement les mêmes que moi, mais les fans de SF sont généralement assez contents de tomber sur d’autres fans, et une sorte de liens invisible se tisse quasi instantanément entre eux. Les gens qui ne vous regardent pas avec un écoeurement attristé quand vous leur parlez d’extra terestres sont rares. Maintenant, je ne vois pour comparer que les fans de jeux de type Wow, mais il s’agit de quelque chose de tout à fait différent.

Moi, je lisais un peu de tout, avec une prédilection pour John Brunner, Frank Herbert et Philip Dick (Philip Dick est un incontournable ; il y a deux sortes de personnes : ceux qui le connaissent ; et les autres ; même moi, que les Pan Spechi egostasés ne fascinent plus comme auparavant, je ne peux que garder un souvenir ému des romans très particuliers de cet auteur ; alors que John Brunner me gonfle, maintenant ; pourtant il était un peu visionnaire ; enfin il faudrait que je relise tout).

J’explique tout cela car je suis persuadée que la plupart de mes lecteurs ne saisissent pas la qualité particulière d’émotion qui saisit ce type de personne lorsque dans une foule il s’aperçoit qu’il est tombé sur quelqu’un qui partage ses goûts. Le reste du monde cesse alors quasi instantanément d’exister (pour, je vous rassure, se rematérialiser quelque temps après).

Donc, nous parlions de voyage à l’étranger, sujet que je n’aimais pas car tout le monde, sauf moi, avait toujours été quelque part et pouvait le raconter à grand renfort d’anecdotes croustillantes, et quelqu’un parla de Guide du routard (peu importe comment cela se fait, mais je ne connaissais que par ouï-dire l’existence d’un collection intitulée « guide du routard ») et je ne sais quelle inspiration me fit dire quelque chose comme « Ah, moi je ne connais pas, à part le guide du routard galactique, mais ça ne doit pas être ça », ce qui, à mes yeux, était une ultra private joke, je savais par avance que personne ne connaissait le guide du routard galactique. C’est pourquoi je mets un lien (attristé).

Mais c’était une erreur. Les yeux de Laurent se fixèrent sur moi, et je devins instantanément la plus visible des personnes présentes. Son visage s’éclaira et il me dit avec enthousiasme :

– Mais alors, tu connais la réponse à la grande question sur la vie, l’univers et le reste?

Un peu, que je la connaissais.

Bon, la suite plus tard, mais je serais curieuse de savoir qui a une idée (je vous aide, tout de même).

Je note tout de même quelque chose : j’ai un sentiment curieux en écrivant cette note. Peut-être que je ne continuerai pas. On verra.

Pour ceux que ça intéresse, il y a un film du Routard galactique, mais pas très connu, moins bien que le livre, certes, mais bon (j’aime bien ce film, indépendamment du livre).

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27 réponses à “So long, and thanks for all the fish

  1. J’ai vu le film (avec mon homme fan de WoW, ceci explique cela), ça m’a bien fait rire !

  2. alors la suite..euh…vous vous êtes faits prendre pour des « beuhbeuh » dans cette file d’attente, à vous extasier en parlant de tel film, tel livre, tel personnage… et à force de parler bein vous avez loupé le TD!

    qqch du genre, en plus développé, c’est ca?

  3. marrant, ça, j’avais aussi des amis fan de ce bouquin que je n’ai jamais lu et que je j’ai toujours trouvé trop loufoque. C’est drôle de lire un truc la dessus sur un blog.

  4. le guide du routard galactique ?? j’ai peur de cliquer sur le lien quand meme

  5. pas vraiment aimé le film, et, d’une façon générale, pas plus fan de livres de SF que ça.
    Par contre c’est vrai qu’il y a une communauté de geeks/nerds SF, pas toujours facile à aborder…

  6. Franck Herbert : j’adore ! Un de mes auteurs favoris, culte même !
    Philip K Dick : excellent aussi…
    Par contre, John Brunne, je ne connais pas : Quel livre conseillerais-tu pour le découvrir ?

    Sinon, ton histoire commence plutôt comme une belle histoire d’amour, non ? J’espère pas de celles qui « se finissent mal, en général »…

  7. Alors alors la suite la suite (ton criant et main brandissant des panneaux revendicant une suite immédiate)
    Moi je dis :
    – vous êtes mariés aujourd’hui
    – en fait, c’était ton jumeau caché
    – ce n’était qu’un sale menteur mythomane qui ne connaissait pas un brin du routard galactique
    – c’était la réincarnation de ton chat que tu avais perdu un mois auparavant
    – c’était un droïde

    (je continue ou j’ai gagné le concours)

  8. Ha ben avec le 42 du début…. 😉 hihi

  9. je vais essayer de ne pas oublier ma serviette de bain lors de mes prochains voyages^^

  10. Heu moi je suis un peu largué … mais cela dit je veux bien connaitre la suite quand même !

  11. Didou : Curieusement, j’ai un souvenir plutôt négatif et pessimiste de John Brunner, mais je crois que Tous à Zanzibar ou le troupeau aveugle (sur la pollution) peuvent être bien. le titre d’un chapitre du troupeau aveugle était : « mes doigts sont verts et quelquefois ils tombent ».
    Chrisos : oUi, je suppose que les fans de SF ne sont pas toujours faciles à aborder, moi je m’en souviens comme davoir vécu dans un autre monde, enfin en allant dans ces groupes, on était dedans, ou dehors, mais il n’y avait pas d’alternative.

    nea et tribulanne : je suppose qu’on se comprend, et c’est vrai que ça fait happy few (ou private joke).

    Alors, ce n’était pas un droïde et nous ne sommes pas mariés, on n’a pas loupé le Td, je ne loupe aucun TD, moi, ultra sérieuse, enfin surtout en début d’année, en fait on ne se voit plus. j’aurais du dire que je vais raconter cette histoire seulement les jeudis, par exemple, ça me fait tout drôle d’en parler. Je remue le passé, ouch, je me trouble moi-même.

  12. ne me dis pas que c’était en fait un Alien perdu qui avait besoin du Guide du Routard afin de retrouver le chemin qui mène à sa planète ?

  13. mais qu’est-ce que c’est que cette passion soudaine de tout le monde pour le Guide du Routard Galactique ?!!!

    je n’en avais jamais entendu parler, et voilà qu’on m’en parle 5 fois en 2 semaines ! J’ai même eu une présentation dessus en cours d’anglais !

    enfin, je veux bien savoir la suite aussi 😀

  14. Excellent post, vivement la suite.
    Bizettes.

  15. Vivement la suite… 😉

    Le routard galactique je l’ai vu (même si j’suis plus vieille 😉 dans les + de 30 hein ) et dans mon sac j’ai un Richard Matheson … Mon mari (à peine +vieux) est un adepte de la secte Wow…
    Bon, et nous ne sommes pas des extra-terrestres :))

    Mais c’est un peu vrai pour cette conivence entre personnes adeptes de SF ou pas…

    Tu penses que ça vient de quoi ?

  16. Je n’ai pas compris pour le 42 et je n’ose pas cliquer sur le lien galactique…

  17. cet espace…il prend du volume, elle est jolie ta plume…vraiment

  18. Hmm… J’ai des amis fans (mais genre méga-fans) de H2G2 et je ne connais toujours pas la Grande Question.
    (je ne vois que « quelleest ma pointure de pieds ? » ou « quel est l’âge du capitaine ? »)
    Par contre, la réponse, je la connais par coeur 🙂

  19. tu nous donnes la réponse, maintenant il nous manque toujours à quoi elle répond (quelle était la question : le sens de la vie c’est 42! Aîe on n’est pas plus avancé).
    J’adore la sciences fiction (les romans d’ anticipation de Orwell, Huxley, Bradbury, et comme toi Philip K. Dick (et mon copain joue à Warcraft, que de points comme moi). Et j’aime ta prose (tu ne peux pas interrompre ce récit en plein suspense, je n’en dormirais plus).

  20. Au-delà des clichés de combats spatiaux qui font #pitou-pitouuu#, la sf et l’anticipation décrivent avant tout des structures socio-politiques ou des pistes de réflexions philosophiques. Aux auteurs déjà cités, j’ajouterai en vrac Théodore Sturgeon, Poul Anderson, Ievgueni Zamiatine, Arthur C. Clarke, Van Vogt, même Asimov pour les plus anciens, bien que la liste de bons auteurs soit longue comme le bras d’un oligarque russe.

    Mais ce que je recherche maintenant chez un auteur moderne, c’est davantage l’excitation du constant renouvellement. Forcément, on devient plus exigeant en grandissant.
    Mes deux dernières grosses (mais grosses) claques seraient peut-être American Gods de Neil Gaiman et Ilium/Olympos de Dan Simmons. 2004, ça commence à dater quand même…
    OK, American Gods, c’est du fantastique délirant, pas de la sf, mais quelle aventure ! Et c’est très abordable, même pour un non initié.
    Ce n’est pas le cas de Ilium/Olympos, où le très documenté Dan Simmons réussit à sublimer un mythe éculé (la guerre de troie) avec des ingrédients que je ne trouvais pourtant pas du tout accrocheurs, mêlant Proust, dieux grecs, robots conspirateurs… dans un fourre-tout halluciné et baroque. Du très bon Dan Simmons.

    Allez, une citation de Théodore Sturgeon : « ninety percent of sf is crud, but then, ninety percent of everything is crud. »
    « 90% de la sf est à jeter, mais 90% de tout le reste l’est aussi. »

    Quand je pense que ma pointure est LA réponse à LA question !

  21. Ouhlala, ma petite Fanette, je suis larguée… Moi qui croyais avoir tout vu avec mon frère fan de SF, là je dis chapeau!!… C’est vrai, je ne suis que la petite soeur d’un fou de SF agé aujourd’hui de 44 ans… j’ai été baignée très jeune dans Cosmos 99 (oh la vache rien que de repenser à nos jeux où il était le commandant Koening, j’en rigole encore…)… j’ai suivi ses délires dans les séries « glorieuses » de notre époque comme l’age de cristal (oh purée j’ai le générique qui me revient en tête là, ouille!!)… Galactica… star trek (oh non pas Spoke!!!)… pfff…
    Star Wars lui est tombé dessus quand il était ado, je revois mon frère chialer au ciné… et je le revois chialer encore aujourd’hui… incroyable… l’émotion est intacte…
    Tous ses livres de SF sont intacts aussi… j’ai essayé Philippe K.dick, mais ça m’a fait le même effet que duTolkein (ça s’ecrit comment déjà???..) Je sais, je suis un peu feignasse….
    Mon frère est un vrai extra-terrestre à lui tout seul… je l’ai aussi suivi dans ses délires musicaux, fan de J.M Jarre… me tapant tous les concerts en plein air, le regard perdu dans le ciel étoilé… écoutant du Tangerine Dream dans sa chambre blindée de synthés….parcourant ses écrans fantastiques… je lui réclame d’ailleurs d’amener tous ses magazines à chaque fois qu’il descend me voir… pas complètement guérie je suis!!!!
    J’adore mon frère…
    J’adore la Sf…
    J’adore les fans de Sf…
    Fanette, j’ai encore raconté ma vie, ça va plus du tout st’histoire!!!… faut que j’arrête de replonger dans la SF avec toi…
    Et dire qu’après un frère branché Sf, je suis marié à un fan de Wow… je vais faire comment pour m’en sortir moi??????

  22. la suite, la suite…

  23. Hey ! Je suis justement en train de lire The Restaurant at the End of the Universe (en VO en plus, tu imagines la gravitude de ma situation).
    Merci, je me sens moins seule 🙂

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