Début de semaine.

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Pourquoi il n’y a rien qui allait ? Parce que j’étais malade, genre nausée et ce qui va avec ; je suis une petite nature et peu résistante ; le primperan me fait dormir comme une masse ; quand je ne mange pas, j’ai des vertiges, je vois des nuages blancs et je flotte dans un brume cotonneuse ; aucun problème si l’on reste chez soi, et quand on est en arrêt maladie, OK. Mais ma tante Marie-Rose devait venir à Paris ce week-end avec Montane. Evènement historique. La capitale les terrorise ; des bus et des métros partout, on ne sait jamais lequel prendre, il y a plein de gens, ils ne sont pas toujours désagréables, mais ils ont du mal à cerner la psychologie du provincial (dire : « Ah ! Mais c’est à Saint –Augustin ! » n’aide pas, pas plus que « Ben, pourquoi vous changez pas à Opéra ? »). Suite à diverses conversations avec des parisiens, Marie-Rose est persuadée qu’il faut changer à Opéra. C’est cosmique, tu es dans le métro, et soit tu vois Opéra, et tu dégringoles de ton siège quoiqu’il advienne toutes affaires cessantes, soit, pire, il n’y a pas Opéra sur ta ligne alors tu t’es trompée. Dans le métro, je le supplie de me suivre sans commentaires. Elle a du mal. Elle veut comprendre. Elle demeure persuadée que Paris est intelligible, ce dont nul ne doute, mais l’est-il pour elle ? Après une période d’adaptation, probablement.

Montane est muettement réprobatrice devant Paris. C’est trop grand, les immeubles bouchent la vue et il n’y pas de pré. Paris est faible en pré, il faut le reconnaître. « Tu ne peux pas avoir de chevaux, là ». Non, Montane, on ne peut pas, et si on essayait, soyons fou, de penser à AUTRE CHOSE pendant deux jours, hein ? En fait elle effectue une comparaison constante, sur des points qui l’intéressent. Paris perd, forcément. J’ai essayé de l’amener à réfléchir sur les intérêts autres et nouveaux que Paris pourrait avoir : les magasins, les musées, les théâtres, les cinémas. Elle se moque des magasins, les musées seraient mieux là où il y a de la place (cet argument me démonte), les théâtres eh bien il y a des pièces qui vont en province elle en a vu, et le cinéma il y a le satellite. Et les sorties entre copains ? là, Montane n’a pas le concept, elle rentre chez elle épuisée, vers sept ou huit heures, et avec la ferme intention d’y rester, de cuisiner un bon petit repas avec son mari, et de passer une petite soirée à deux avec lui ; parfois, les parents de l’un ou l’autre viennent ; c’est la teuf ; ils jouent au tarot (Montane est une championne) ou au cluedo.On pourrait croire que je me moque ; bon, allez, je me moque ; mais j’aime beaucoup Montane, elle est toujours gentille avec moi (et pourtant je ne décroche pas de Paris, j’ai des horaires bizarres et je suis totalement étrangère à cette mienne famille, après quinze ans de fréquentation). Sa vie, pendant deux jours, me paraît merveilleuse (notez que je digresse totalement, je sais, mais quand je pars je ne m’arrête plus). Quand je passe la journée au haras avec elle je suis fourbue d’une vraie fatigue (et je pense à chaque fois au personnage de True North, qui s’abrutit de fatigue pour ne pas penser à sa famille, à chaque fois je me dis que Jim Harrison a du expérimenter l’épuisement physique pour avoir écrit ça) et j’ai faim. Avec une magie qu’elle tient de sa mère, Montane prépare des trucs idiots comme des patates, une salade, un truc poêlée, son mari sort du vin et du fromage, ils préparent une table au milieu de leur grande cuisine, ils ne parlent pas beaucoup, on s’assied et on mange, et, je ne comprends pas pourquoi, c’est meilleur que la plupart des repas que je prends. Quand on a fini on regarde la télé, mais bien que ce soit les mêmes émissions débiles que je déteste, je fais un effort pour Montane, et l’émission devient intéressante, j’abdique tout esprit critique et je crois le monsieur de la télé, Montane a un rapport distant mais affectif avec la télé, elle aime celui-là, et le regarde avec un plaisir de petite fille, parce qu’elle l’aime bien. Mon esprit critique ne trouve pas à s’alimenter dans tout ce premier degré. Il suffoque dans un coin de moi, ou alors c’est le vin ? Il cuve. Quand on regarde un film américain, je ne dis pas à Montane, au début du film : « Tu sais quoi ? le mec, à la fin, il gagne. », si je le faisais je me trouverais un peu méchante, alors je suis les aventures du héros, avec juste un petit « Oh, là, il a vraiment affaire à des méchants, hein ? » et Montane me dit, sans rire « Oui, enfin c’est un film, tu sais ». Avec un peu de chance, je lui réponds : « Oui, c’est vrai » et c’est tout. Je vais dormir à dix heures complètement moulue et j’ouvre péniblement un œil à six heures le lendemain, alors que Montane est debout, tout habillée, a nettoyé la salle de bain (parce que le soir elle pas le temps), et que l’odeur du café et du pain grillé flotte dans toute la maison.Le deuxième jour c’est encore bien, et le troisième ça va, sauf si je fais des visites, mais le quatrième j’en ai marre. La vie de Montane me fait fantasmer – à Paris. Quand je mets un pied dedans c’est fichu. C’est bien pour des vacances : en plus, je suis aussi contente de partir que d’arriver. Pff à l’origine je voulais parler de ma tante et ma cousine à Paris…Demain.

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30 réponses à “Début de semaine.

  1. Le décalage est complet.
    Mais je comprends tout à fait le décalage de mentalité entre métropole et campagne (campagne profonde telle que tu la décris d’ailleurs).
    C’est une vie proche de la nature, saine, simple, qui peut paraître enviable à un parisien de souche. Mais en fait, moi je ne supporterais pas !
    Je trouve qu’en dépit de tout le stress, la pollution, la promiscuité etc… des métropoles, on y a un confort, un niveau de vie tellement plus élevé.

  2. Belle description, encore et toujours, Fanette… Je sentais même l’odeur du pain grillé…
    Ca a l’air trop chouette où vit Montane?… faut pas que ma Julie te lise, elle qui rêve de vivre dans le même ranch que Redford dans « l’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux »…. (je sais pas pourquoi, j’ai pensé à ce film en te lisant…)
    Pour la partie parisienne, je reconnais bien mes provinciaux de parents, étourdis, fourbus, paumés, pendant nos dix années parisiennes… Mais moi j’aime Paris, plus que tout. Si j’avais les moyens (vite c’est vendredi, un euromillion!!!), j’y achèterai un pied-à-terre en plein 12ème, mon fief,… près de la Bastille… où carrément vers Bercy village, là où j’allais faire courir les filles, sur les longues pelouses… près des jolies fleurs…
    Ah que de bons souvenirs…
    Bon allez, j’arrête mon délire , j’avais qu’à pas en partir, de ma capitale chérie!!!! (pourquoi le « vert » manque après dix ans de Paris????… seule raison de notre fuite…)
    bisous!

  3. Han !!! T’es enceinte!!!
    C’est comme ça que ça commence …
    LOL 😀

  4. Bonjour Fanette.
    Pareil que Miss Brownie. T’es sûre que t’es pas enceinte ? Moi, je ferais un test.
    Excellente journée et bon week end !

  5. J’aime beaucoup ta description de la campagne, cela me rappelle ma grand-mère et mes tantes, qui vient comme ça. Ta description est sympathique, ou alors c’est parce que tu n’y restes pas longtemps, parce qu’en réalité, cet univers est très vite pesant et ennuyeux.

  6. Tout le monde ne peut pas compter Paris parmi ces deux amours… Et je respecte totalement cet état des choses, car il y a déjà beaucoup trop de parisiens!
    Quant au test de grossesse… Je pense également que tu devrais…

  7. Ouais, c’est comme ça la campagne… on est loin, très loin des préoccupations de la vie parisienne…
    Mais remarques, pas besoin d’aller jusqu’à Paris pour avoir l’impression d’être totalement décalée…Moi, y a des jours où, je me sent décalée, chez moi, hein?

  8. Stop !!!! Stop !!! je ne suis pas enceinte non mais !!! Vous avez vu qui serait le père? Ah non, la génétique j’y tiens. J’attends un Brad Pitt cultivé. Ou musicien. Ou peintre (mais le white spirit ça sent pas bon). Pas un enfant gâté. D’ailleurs ça fait longtemps que j’ai pas parlé de lui, tiens.

  9. Miss Canthus : Oui, il existe des gens qui vivent à la campagne et qui n’ont pas le mode de vie de ma cousine (dites moi que vous avez compris que je l’aimais, ma cousine).

    Sheily : Oui, c’est vrai, plus de parisiens ce serait trop. D’ailleurs, je critique tout le temps Paris, pour décourager.

    Joséphine : Si, si, je le sais, ça me rase aussi, mais trois jours c’est bon.

    Véro : Oui, le 12ème c’est bien… Tout est bien, d’ailleurs.. Enfin le 8ème le soir c’est pas fun.

  10. ah bon t’es enceinte ??! cool

    je rigole pas taper pas taper

  11. Ah on ne peu pas aimer les grands espaces verts, le calme et Paris… C’est pas compatible 😉

  12. Hello
    3eme fois que j essaie de commenter j’espere que ca va marcher…
    Je voulais donc te dire bravo pour ton blog a la fois leger et plein de substance et te remercier pour tes commentaires sur le mien. Je ne suis plus trop niveau lecture commentaires et posts depuis que je suis a Londres mais je rentre bientot dc ca devrait s arranger.
    Bonne continuation

    Ju

  13. Oui Fanette, on a compris que tu l’aimais ta cousine ;o)
    Ton billet était très « tendre » genre famille et très bien écrit. Ben oui, ça arrive, des gens qu’on aime beaucoup mais avec lesquels on n’a pas forcément énormément de choses en commun … ça empèche pas …
    Très bonne journée !

  14. Au risque de passer pour une pauvre provinciale, je dois avouer que je n’aime pas trop Paris (en plus, je suis un peu claustrophobe, alors le métro…). Ceci étant, la vie à la campagne ne m’attire pas plus (un pré, à part s’y prélasser l’été…). Du coup, je reste dans ma ville de 150 000 habitants en province (qui me paraît un bon compromis).
    Bonne journée !

  15. C’est vrai que Paris faut s’y habituer….ça fais 5 ans que j’y vais et maintenant je ne peux plus m’en passer!!!
    belle description en tout cas

  16. Ca me rappelle que « certains » les appellent « la France d’en-bas ». Grrr.

    Y a pas *trop* de Parisiens, ils sont juste très mal répartis !! J’aimerais bien qu’il y ait un peu plus de monde dans mon quartier, parfois…

    T’as essayé de faire prendre le bus à Marie-Rose ? Ça peut être plus commode que le métro – et plus facile pour l’adaptation (et en plus le plan est souvent beaucoup plus explicite !)

  17. Lili : Si, je vais taper.

    Cécile : il y a bien le bois de Boulogne, le jour…

    Juliette : merci de tes compliments…

    Catherine : Eh oui, ça arrive… Le monde est varié..

    Laure : Attends demain, j’écris la suite..

    connasseee : Parfois, je me dis que Paris est une mauvaise habitude.

    Lauren : Je comprends bien que l’on n’aime pas Paris. Du moins pas pour y vivre. mais comme je le dis, c’est une habitude.

  18. Attends le Cluedo c’est super t’abuses.
    Alors sinon de mon côté le cliché sur Paris, c’est « il fait toujours froid, y a jamais de soleil comment tu fais? » oui ma famille est du sud. Maintenant je réponds plus ou alors je dis que j’enfile ma combi de ski, et ils doivent le croire!!!

  19. J’aime le scrabble mais surtout les échecs! Paris, j’ai hate d’arriver à y retourner! Ma maman est enterrée là-bas, j’avais 9 ans et, depuis, je n’ai jamais y retourner, je n’ai donc jamis pu faire mon deuil, j’ai voulu garder Paris, ma maman intacte de souvenirs et de vie avec elle. Voilà pourquoi je suis si attachée au blog des parisiens et des parisiennes. Merci Fanette et les autres bien évidemment de continuer à me faire vivre Paris à travers les métros, les tatas, les cousines et les musées avec décalage géographique mais du coeur! C’est à Montmartres, c’est à Lautrec aussi auquel je repense, voilà tout, j’espère un jour pouvoir revenir à Paris avec le courage de tourner la page.bisoux!

  20. Attention : j’adore le cluedo, le scrabble, la belote, les dames (les échecs du pauvre du cerveau) et… le Trivial Pursuit. J’adore et quand j’y joue chez ma cousine, c’est encore mieux. Mais bon.

  21. génial ton post !!!! ça me fait penser à ma belle-famille qui débarque bientôt !!! Tu les vois sous un jour positif, ça me fait du bien, j’ai tendance à être trop négative avec eux. Paris et la ville me manquent… Et moi aussi j’aime bien le cluedo!

  22. Ah, la province !!! pas toujours sympa…

  23. un Brad Pitt cultive… pffff … ok je sors

  24. Sympa cette petite histoire…

  25. Finalement,ce qu’on aime tous, c’est les mauvaises odeurs et la crasse: celle du métro et celle du fumier: y a que là qu’on adore se retrouver !!!
    et le test clearblue, il dit quoi, au fait ;o)
    amicus certus in re incerta cernitur…

  26. Reflexion sur le monde de la mode:
    http://monbodrapo.wordpress.com/

  27. Je savais pas où le dire donc je le dis là … C’est un super blog et je voulais te remercier fanette car tu es ma première posteuse de commentaire … Ca ma remonté le moral …
    Clemsi

  28. il est clair que le decalage est complet.. j’avoue etre un peu (pas totalement quand meme!) comme ta tante face à paris. Moi, le metro, je m’en sors mais les bus, je panique! trop compliqué!!!:)
    mais adapte un parisien à la campagne : c’est infaisable!!!

  29. très belle prose ne tout cas !! continue comme ça s’il te plait !!!

  30. ah la la j’aime quand tu parles de ce sujet, je ressens la même chose dès que je pars à la campagne chez mon père, à peine le pied dans la voiture direction le fief, je le dis qu’une fois encore j’ai eu cette idée débile de penser que quelques jours au vert me feraient du bien, la froideur de cette maison au milieu des vignes, le vide permanent, l’inactivité… brrrrrrrr