Debut de semaine (dernière…) suite

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Donc, Montane et Marie-Rose à Paris. Arrivée un peu angoissée à la gare : serais-je là? j’aurais bien envie d’être ailleurs, mais je ne peux pas leur faire ça. Leurs visages s’éclairent quand elles me voient. Au fond, elles ont toujours peur de, devenue parisienne et obéissant à des pulsions inexpliquées, je n’arrive en retard ou je ne les plante brutalement en plein milieu d’une ligne de métro où il n’y aurait même pas Opéra.

Embrassades, commentaires : je suis pâle. Et maigre. Montane me sourit en plissant la bouche. Entourée d’un sympathique embonpoint qui lui permet d’affronter l’hiver, Marie-Rose, femme des années cinquante (spirituellement), trouve tout le monde maigre, à commencer par sa fille. On a tous compris, Paris c’est affreux, etc. On se lance dans le métro – c’est à dire qu’il faut y accéder, en zigzaguant entre les voyageurs sur le quai. Marie-Rose vérifie qu’elle se souvient de la ligne. Elle s’en souvient. Victoire. Elle est contente. Paris, elle va y arriver. C’est une sorte de revanche de principe sur Etiennette, qui pousse des cris quand on lui dit Paris (même « Francilienne » – et on évite « périph », ils se sont paumés sur le périph, il n’allait pas dans le bon sens – le périph- et ils ont fait tout le tour – je leur ai dit que de toute façon, on fait toujours plus ou moins le tour, mais non, là, ce n’était pas le bon tour, ce qui fait que naturellement ils sont sortis, puisqu’ils allaient dans la mauvaise direction, et sont partis en banlieue, no comment, avant de réaliser et de refaire demi tour, de reprendre le périph, en se trompant parce que panique – bref). Mais Marie-Rose vaincra. Je lui ai déjà fait un petit topo sur le concept de périph, en l’appelant rocade, et là, elle a compris, sauf qu’elle a trouvé que si le périph était une rocade, c’était bien encore un truc de parisien qui se la pète d’appeler périph, un nom qui trouble, une bête rocade que tout le monde sait ce que sait. Delanoë, à toi de jouer, débaptise.

De toute façon, Marie-Rose est top puisqu’elle, méprisant le périph, elle prend le métro, et le métro, c’est un vrai truc de parisien. Elle est superconcentrée sur le chemin que nous faions, alors que Montane me suit tête baissée, et note que ce n’est pas le même que le dernière fois. Pourquoi je ne la fais pas aller par le même chemin? Je lui dis que je suis les panneaux métro, c’est tout. Je ne cherche pas à faire le même. Si. Le même c’est mieux elle se repèrera. On s’arrête et on essaie de se souvenir. Ah, c’est par là. Ok, on y go. Je veux bien que ça soit par là, on prend la direction, portillon, machins pour contrôler les billets, j’ai acheter des tickets, mais il lui en reste de la dernière fois. Allons-y, hop, et là, problème, elle s’arrête pour trouver la direction, trouve la ligne, mais hésite sur le direction, puis par déduction – elle a du passer la journée précédente à étudier Paris et son plan de métro – trouve la direction, on y rego, les couloirs, le quai, attente, ouf l’heure de pointe est fini, entrée dans le wagon, Marie-Rose s’excuse auprès des gens, et explique que ce n’est pas facile de venir de province, sous les regard impavides d’un jeune homme en slim, blouson de cuir, un millimètre de cheveux sur le crâne, un crâne tout rond plutôt mignon d’ailleurs mais bon, et casque sur les oreilles, et d’ une jeune étudiante enveloppée dans des keffieh, pull et écharpes, et une mamie maghrébine qui se marre et lui dit « Ah oui Paris pas facile, hé? », ce qui calme Marie-Rose, elle a toujours un peu peur des Zarabes, avec tout ce qu’on dit, et puis chez elle c’est rare et exotique alors ça lui fait peur. Montane dit à sa mère de se taire, à Paris on ne parle pas aux gens. Marie-Rose lui dit que partout on peut trouver de bonnes personnes. Montane fait Pfff, la mamie se marre, et me dit « Elles arrivent du bled, hein? » ce qui me déclenche un fou rire, mais je dois me tourner pour ne pas qu’elles me voient, je vais les vexer.

« heu là eh ben y a pas de honte à dire qu’on sait pas, hein, fait Marie-Rose à la cantonade, laquelle cantonade, à l’exception de la mamie morte de rire, regarde ailleurs. Tout à l’heure ils vont tous partir, on aura le wagon pour nous toutes seules.

Néanmoins Marie-Rose est formidable, assise toute droite sur son strapontin, coiffée de frais, imperméable à notre plissement pincé des lèvres (intérieur) parisien. Elle a raison, au fond, même si je voudrais bien être ailleurs.

On change, Paris c’est le bonheur, heureusement elles ont peu de bagages, couloir, escaliers, couloirs. Pour le retour on prend un taxi. On fera l’étude du métro sans bagages.

Puis on arrive.

Elles vont loger dans les beaux quartiers, oui, dans les chambres de bonnes d’un appart d’un cousin, vive la famille. Ils ont des chambres de bonnes qu’ils ne louent pas, on ne sait pas à qui on loue, hein, c’est eux aussi qui ont mon studio. Il y a un ascenseur. On débarque. ça fait plus grenier que chambre de bonne, mais ne chipotons pas. Il y a des draps sur les lits. On fait les lits. On boit un thé, il y a aussi une bouilloire électrique, un peu pleine de calcaire.

Bon, en buvant le thé on parle. Le voyage est stratégique. Je m’en doutais. Montane va se marier. Pas tout de suite, hein, on n’est plus au Moyen Age. On installe la maison. Le gros des travaux est fini, je l’ai vu, l’essentiel est habitable, le reste se fera petit à petit, mais pas dans trop longtemps, car Montane fera gîte comme Marie-Rose. Je me demande comment elle va faire, véto dans un cabinet, plus le haras, plus le gîte, mais Montane est de ces femmes des années cinquante, voire d’avant, comme on n’en fait plus, née pour travailler, du matin au soir. On s’assied quand on est malade. On se couche quand on meurt. Plusieurs commentateurs du précédent billet ont souligné l’ennui de la campagne. Cet ennui tient aux modes de vie différents des parisiens et des autres, je ne parlerais pas de tous les provinciaux, car il y a des citadins, qui vivent autrement, et des gens de la campagne qui ont un autre rythme. Mais Montane vit dans une sorte de bulle temporelle (c’est comme cela que je me le représente : l’influence de la SF) et d’ailleurs c’est mieux comme ça. Attention : Montane, dans sa bulle temporelle, veut absolument une plaque à induction. Elle me tue avec ça. Pour l’instant, elle a un réchaud au gaz, ça lui va bien je trouve, je me disais qu’elle allait se lancer dans le four à bois (je ne me moque pas ; c’est pour aller avec ses cheveux, ses pulls, et son air d’aller élever des chèvres dans le Larzac) mais pas du tout, Montane y tient, plaque à induction.

Bon, je digresse. De toute façon la plaque à induction, c’est pour plus tard et elle ne vient pas à Paris pour l’acheter. Elle veut voir des trucs de déco, les monuments, le marché Saint Pierre (mais QUI LUI A PARLE DU MARCHE SAINT PIERRE????? ça grimpe tout le temps) et d’autres magasins. Elle a la sensation qu’elle est dans un trou, petit trou qu’elle ne tient pas à quitter, pas folle la guêpe, mais là, il lui faut un peu du vivifiant air parisien. Sa grande ville ne lui suffit pas. (Ce n’est pas une grande ville, c’est une moyenne). Elle me murmure qu’elle veut voir des trucs comme moi, que moi je suis heu, enfin elle veut voir quoi. Elle ne trouve pas un seul mot, mais j’ai saisi : je suis devenue une sorte d’icône familiale de la parisianitude !!! ça me remonte complètement, je n’ai presque plus mal au coeur. Chère Montane. Je l’adore. En fait elle veut battre les filles d’Etiennette en mode. Montane on the cutting edge. J’adore. En plus, vu le niveau, avec trois bricoles Ikea et deux trucs des chinois du 13ème, ça va faire jaser dix ans là-bas.

Je lui demande qui lui a parlé du Marché Saint Pierre.

C’est moi. Il y a longtemps. Bon, c’est pas grave, on ira voir le Christ kitch du Sacré Coeur. On se fera Amélie Poulain.

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15 réponses à “Debut de semaine (dernière…) suite

  1. Trop marrant… cette facilité à nous plonger dans ton univers!… la gare, le métro, la famille qui débarque… tant de souvenirs reviennent en moi… (ma mère qui parle fort dans le métro, alors que personne ne fait attention à elle… qui trouve Paris bien « exotique »… et qui demande toutes les deux secondes : c’est où qu’on descend????)… ahlala, Paris… ça m’a fait rire que tu parles du Sacré Coeur, du marché Saint-Pierre, J’avais une copine qui passait sa vie là-bas!! Elle faisait ses nappes, ses rideaux… moi la couture, je déteste!!! Vive le tout fait chez Ikea!!!!… (enfin, c’est parce que j’suis pas douée!)… par là, c’est le quartier où vit mon frère… où on tournait des heures pour garer la voiture… où on rigolait de voir Julie, si petite, nous dire « Pourquoi la dame elle est toujours sur le trottoir devant chez Tonton quand on vient, maman??… la « dame » (qui n’en était pas une) souriait… on la connaissait bien (très gentille la « dame »)… j’adore Montmartre…
    Bon allez, j’arrête mes flashbacks d’ex-parisienne frustrée… faut assumer ses choix dans la vie!!!! (sauf quand ils sont un peu imposés, genre : La poste vend son parc locatif. Votre loyer était de 4800francs, on le passe à 8500 où vous achetez carrément l’appart!!!! »… bon bah on va peut-être choisir la mutation finalement…)
    Merci de me balader dans Paris avec toi, Fanette..
    Ca fait du bien…
    Bisous
    Et pardon pour la longueur du com..

  2. J’aime beaucoup la façon que tu as de raconter la visite de ta famille…Quand je viens à Paris, moi j’arrive d’une autre capitale, mais carrément plus contemplative, voire assoupie. Et faut avouer que le metro et le rythme des gens me fait un peu flipper du coup.

  3. Ce n’est pas du tout la façon dont j’ai découvert Paris (étant une vraie citadine pure et dure), mais je m’imagine quand même très bien à la place de ces deux personnes qui tentent d’apprivoiser cette ville, de déchiffrer ses codes et sa logique et de comprendre pourquoi tous ces gens veulent vivre là-bas et en quoi cette ville est si importante.

    Bravo pour cette retranscription réussie de l’incompréhension (réciproque) entre les milieux rural et urbain.

  4. bon dimanche ! j’ai l’impression que tu vas quand même aimer cette petite balade

  5. J’aurais adoré la voir parler aux gens dans le métro quand meme !

  6. Courage et longueur de marches, font mieux que pleurs et salle de gym!!!!!

  7. Photo = couloirs de la stations St Michel ?

    Si tu n’as pas encore joué à Amélie Poulain, surtout n’allez pas dans le café du film ! Il est horriiible !

    Et, heu, Fanette… C’est quoi une rocade ????

  8. Question super con Fanette : les prénoms sont changés n’est ce pas ?

  9. j’ai rattrapé les qq posts que j’avais en retard (mes qq jours de coups calgon m’ont fait me détacher malgré moi de la blogosphère) et je retrouve avec plaisir ton style qui me transporte et m’hypnotise (c’est le pouvoir qu’a sur moi une écriture prenante), avec une préférence pour le feuilleton rétrospectif avec ta bande de pote.
    Non seulement ça me rappelle ce que je ressentais quand j’étais étudiante : époque d’esprit de groupe où je redoutais même d’être en couple de peur qu’un lien privilégié m’empêche de me sentir comme faisant partie d’un groupe plus large.
    Aujourd’hui la vie de couple m’apparaît comme prioritaire et j’observe ses ambiances fusionnelles ave mélancolie (j’ai encore un tempérament fusionnel mais mon attachement n’est plus aussi éparpillé).
    je ne m’excuse pas de mon long commentaire : j’ai l’assurance qu’il te distrait (comme la volubilité de tes posts distrait tes lecteurs : on vit ta vie le temps d’un billet).

  10. Grenadine : tu n’as pas à t’excuser de ton long commentaire, au contraire !!! Moi, parfois, j’ai du mal à être longue, je ne sais pas quoi dire, mais chaque fois que je peux, que je suis inspirée, je commente plus longuement, il me semble que les auteurs de blogs aiment ça? En tout cas moi j’aime !!

    Suffragette : Les prénoms – oui!

    Laure : Une rocade c’est une sorte d’autoroute qui permet le contournement d’une ville, plus rapide que sa traversée.

    Sheily : Si tu veux dire que le métro c’est un sport? je suis d’accord !!

    Lili : Mais oui, j’adore voir Paris avec d’autres yeux.

    Lila : la pauvre…

    Lu’ et la Princesse : Si tu viens d’une ville, évidemment tu ne vois pas Paris pareil. C’est clair.

    Véro : je suis sûre que pour tes enfants, la campagne c’est mieux. Tu pourras revenir à Paris après, non?

  11. laure : Oui, la photo c’est Saint Michel.

  12. J’imagine le cauchemar… Je me retrouve toute seule dans le métro parisien… l’angoisse 😉

  13. Quel tableau… c’est joliment décrit en tout cas 😉

  14. tu m as fait peur avec ton hisoire de travailler la fente ! Si je te jure !

  15. Pingback: Les chaussures végétariennes « le journal de Fanette