Quand j’essayais d’être un elfe loyal bon… (mais ça marchait pas)

Illustration de Hugues Hausman

Résumé des épisodes précédents : pfff. Cliquez sur le feuilleton du jeudi.

Bon, alors tout le monde a compris pour les jeux de rôles.

De toute façon, moi j’ai compris approximativement.

Donc, j’étais copine avec Laurent et Philippe et il advint qu’ils parlèrent de plus en plus souvent d’elfes, de créatures magiques, d’orques (mais j’aime pas les orques), etc.

Or, j’aime les créatures magiques, avec un faible prononcé pour les elfes. Je suis amoureuse de Legolas depuis DES ANNEES. J’avais lu trois fois le Seigneur des anneaux qu’ils apprenaient tout juste son existence. Et lire trois fois le Seigneur des Anneaux, crois qu’il faut s’accrocher. Le mec, les 16 ans qu’il a passé à l’écrire, entre ses cours, on les sent bien à la lecture. C’est bien, mais léger comme du pudding anglais. Et qu’on ne fasse pas semblant de croire que je n’aime pas. Mais c’est lourd.

Bref, donc, au café, les petites conversations sur les dés à dix faces, huit faces, ou je ne sais combien de faces finirent pas attirer mon attention et je réclamai des explications. Qu’on me donna. Un maître du donjon, une aventure, des héros virevoltant sur des capes :le pied, me sembla-t-il. Je voulus participer. Ils étaient entrain de finir un aventure, mais bientôt ils en commenceraient une. En attendant, je pouvais toujours venir.

Bon, alors je vins. Un ami de Laurent habitait dans le 18ème un appart gigantesque déserté par ses parents. Il y avait une immense table de salle à manger, et un canapé et une télé, et entre autres meubles. Laurent était le Maître du Donjon, et je me rendis vite compte que ça n’allait pas être si sympa que ça (je ne jouais pas).

Sur les six types présents, deux au moins étaient à fond dans le truc ; les retards et le manque de sérieux les énervaient. Il s’agissait de Benedict et Mad Martigan. En début de jeu, histoire de me faire voir, ils se décrivirent ; j’eus un mal de chien à garder mon sérieux. Je n’ai jamais vu des filles se comporter comme ça, sauf dans les films américains, et puis j’ai toujours des copines cool. Benedict y était à fond. Il décrivait son personnage comme grand noble, royal (il s’interrompit pour me demander si j’avais lu les Princes d’Ambre ;oui, dis-je ; il crut utile de préciser l’auteur, dès fois que je connaisse d’autres Princes d’Ambre, ou que je capte pas le bon Benedict ; il s’agit de personnage dans un jeu, mais j’ai souvent retrouvé ce type de comportement chez des chefs, si on ne dit pas oui de la bonne façon, si un air un peu trop fantaissite donne l’impression qu’on ne maîtrise pas le sujet ; je n’avais visiblement pas une tête à avoir lu les Princes d’Ambre ; comme si ce roman s’adressait à un type très étroit de public). Il décrivait par le menu ses vêtmemnts, plus oui moins brillants et dorés, son casque, son épée, son armure. Le casque venait de chez les meilleurs forgerons de telle région imaginaire, et de même l’épée et l’armure ; de même probablement son PC, son jean, et tout ce qu’il avait. par ailleurs c’était un garçon assez sympathique, mais la vanité de sa description était à se tordre ; mais je ne pouvais pas rire sous peine de le vexer.

Mad Martigan était le catholique alcoolique. (Il était chaotique bon, et même dans la vie). Il commençait à jouer en ayant déjà bu énormément de bières, depuis le matin. Son personnage était donc alcoolique, fou et désespéré, tendance Arme fatale. Les entendre tous les deux ne me plongeait pas du tout dans un univers d’héroïc fantasy, comme je l’avais imaginé : en fait, leurs fantasmes étaient assez forts (une supériorité invincible pour Benedict et une violence désespérée au service d’une noble cause pour Mad Martigan) et le jeu prenait une tournure inattendue, avec de surcroît l’influence des autres joueurs et de Laurent, qui ne faisait pas l’unanimité comme maître du Donjons car ils s’engueulaient à chaque pause. En fait, le monde imaginaire était une projection de l’imagination de Laurent (qui était obsédé, à titre privé, par l’avancée du mal dans le monde) et des deux autres. Il y avait une sorte de lutte psychologique entre eux pour, si je puis dire, prendre le contrôle du jeu. benedict s’opposait à laurent, et mad martigan favorisait tantôt l’un et tantôt l’autre. c’était intéressant, mais pas comme prévu.

La partie durait des heures, ils étaient totalement imergés dans le jeu et je finis par aller dormir dans le canapé, aux cris de « c’est Brendan qui devait retenir les Orques! », « Il nous a trahi! » (et ils ne rigolaient pas du tout, au cours d’une partie, l’un d’eux trahit les autres pour gagner, Benedict accusa le Maître du Donjon de l’avoir su et laissé faire, et il fit la gueule à tout le monde pendant deux mois).

Mon récit n’est peut-être pas très clair, parce que dès que je me rendis compte qu’il s’agissait d’une sorte de lutte de volonté entre eux, et qu’une proportion importante de joueur prenait le jeu totalement au sérieux, je n’eus plus du tout envie de jouer, et je m’en désintéressai. Mais, durant la période où Benedict faisait la gueule, Laurent proposa de me créer une petite aventure parallèle, le temps que mon personnage prenne des forces (plus on joue, plus on est fort). J’acceptai, plus trop emballée, mais pourquoi pas.

Comme je l’ai dit, il essaya trois fois, et je mourus trois fois. Je crois que je n’avais pas la fibre joueuse. Je m’en foutais. Laurent fomentait des aventures complexes, avec des personnages mystérieux surgissant dans la nuit sombre, et je ne me méfiais de rien. Mais c’est pas possible d’être poire comme ça, s’écrait-il énervé (alors que dans la vie il était plutôt pacifique). Les méchants étaient répérables à de petits signes que je ne repérais pas du tout. Je me faisais avoir en beauté.

Voilà, c’est ainsi qu’une grande carrière d’elfe loyale bonne ne s’ouvrit jamais à moi. Pourtant j’étais motivée (au début). Mais je garde un très bon souvenir de cette période : pendant qu’ils jouaient en s’engueulant, je regardais des films de SF à la télé, en m’endormant à moitié dans le canapé.

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24 réponses à “Quand j’essayais d’être un elfe loyal bon… (mais ça marchait pas)

  1. Je n’ai jamais été branchée par les jeux de rôles, ça me fait peur même.

  2. Euh, j’avoue que moi aussi ça me fait peur!

  3. ben tant mieux pour toi, je dirais, si tu n’as pas ce genre de « fibre joueuse ».
    (les jeux de role, c’est peut-etre un préjugé de ma part, mais il me vient toujours cette pensée à propos des gens qui y passent leurs nuits : quand on a une vie de m… c’est pas en s’en inventant une imaginaire que ça va s’améliorer.)

  4. Ils étaient curieux, tes copains, non? Ils ne prenaient pas ça un peu trop au sérieux?

  5. Holala, oui, c’est vraiment des préjugés !
    Un jeu de rôle, c’est jouer un rôle !
    C’est incarner un personnage, point barre. Alors bien sûr, le personnage peut parfois être inspiré parce que l’on souhaiterait être, mais la plupart des gens savent faire la différence hein.
    Et d’où que ceux qui y joueraient n’auraient pas de vie sociale ? Sachant qu’il faut être plusieurs pour jouer…

    Perso, j’ai joué un prêtre décadent dans une sorte d’Europe du 17ème siècle, porté sur les armes et à l’évangélisation ad patres un peu facile, un noble espagnol destitué toujours dans le même contexte historico-géographique (là pour le coup, un peu à la Don Lope de « De Capes et de crocs »), une prostituée un peu faible et pas très sûre d’elle…

    Et pourtant je n’ai jamais poussé le mimétisme avec mes personnages jusqu’à adopter certains de leurs traits 🙂

  6. ouh là, je rejoins Will là, les préjugés, c’est dommage, c’est bien le jeu de rôles 😉
    Et ça n’empeche pas du tout la vie sociale. ( par contre, qu’est ce que ça mange les rôlistes !)

    Fanette a constaté quelque chose de très vrai : observer un groupe de rôliste opère comme une loupe, parfois déformante. Il y a des gens qui prennent ça trop au sérieux, et investissent énormément de leurs fantasmes, et de leurs aspirations dans leur personnage.

    Mais un jeu de rôle, ce n’est pas plus malsain que le théatre, comme loisir, le but est de simplement jouer un role…Là, je joue un cadet de famille noble qui court de jupons en jupons et lutine les servantes par dessus le marché.

    J’ai joué des méchants, des méchantes, des pas très clairs, j’ai dirigé des parties dans un monde inspiré d’Ambre justement, dans une ombre inspirée de Florence à la Renaissance..Le tout étant de ne pas prendre ça au serieux…

    Et des rolistes comme ton Bénédict qui nous ont plombé partie sur partie, j’ai eu ma dose aussi, alors je comprends tout à fait l’ennui que tu nous racontes.

  7. tu étais un elfe trop naif ou trop gentil !
    je savais pas que les elfes étaient machiavéliques !

    et qu’est ce qu’il est beau le grand blond du seigneur des agneaux !!!

  8. Excellent! Je n’ai jamais testé ça mais l’ex de ma meilleure amie était fan et se déguisait: MDR!

  9. « je mourus trois fois »
    N’importe quoi, l’autre !
    Je MOURIS trois fois ! (à recopier 100 fois, sans faire copier/coller).

  10. Pivoine et Poussinette : Bin voilà bin voilà. Quels sont ces préjugés? Dans la vie faut tout essayer.

    Tirui : Oui et non, ce n’est pas une question de vie de merde, c’est chouette les elfes et les magiciens et tout… Moi j’aime bien ma vie mais je voudrais être un elfe… (en alternance)

    Joséphine : je crois.

    Will : quelle sagesse. Mais elle n’engage que toi, cette sagesse….

    La princesse : en me relisant, je me dis que mes copains étaient zarb… D’ailleurs ils le disaient, et moi je ne voulais pas les croire…

    Lili : Ah oui hein? Legolas mon amûûûr….

    MissBrownie : J’y avais pensé, mais il eut fallu que je survécusse. Mais j’ai mouru.

    Nicolas : Tu crois? je me demande si t’es pas jaloux en fait. T’es même pas mort trois fois, toi, je parie.

  11. Cette sagesse n’engage pas que moi, je pense qu’elle engage tous ceux qui ont pratiqués/pratiquent le jeu de rôles comme une activité comme les autres, un moyen de passer du bon temps avec des amis… le côté théâtral en plus 🙂

    La princesse : 7th sea non ? (en tout cas le côté Florence et les ombres, ça m’y fait penser…)
    Pour un peu, j’entendrais une des amies à travers toi… Surtout pour le coup des rôlistes qui sont morfales (c’est comme ça qu’avec des amis on y est venus : elle nous a attirés avec les gâteaux au chocolat de sa môman le dimanche après-midi alors que nous étions de fougueux adolescents… Oui, bon, d’accord, on était déjà des geeks en fait.)

  12. Ils mangent des gâteaux au choclat les rôlistes? Moi mes copains c’était plutôt pizzas chips bières !!!

  13. Je n’ai jamais joué aux jeux de rôles, mais je comprends tout ç fait la fascination que l’on peut éprouver devant des univers virtuels.

  14. fanette : à 13 ans, je buvais pas de bières 😉 (vraiment hein !)

  15. J’ai cru comprendre que Legolas était mon futur gendre ??? (oui, le futur mari de ma fille aînée)… dommage…
    Ca y est on a acheté le petit jeu de rôle de Manon, le Loup-Garou… faut être huit. Faut que j’invite les copains et copines, pour faire une belle partie, pendant les vacances scolaires, youpi…
    Bon en attendant, on va aller voir les « Chroniques de Spiderwick » ce week-end… jouer à Mario Kart sur Wii… vu la superbe météo, y a que ça à faire….
    Bon week-end Fanette.

  16. Mais c’est dingue cette fascination !!! Je n’arrove pas à imaginer qu’on puisse jouer comme ça!!

  17. pardon : je n’arrive pas!!!

  18. Au moins tu auras goûté à la résurection!

  19. mdrrr tu as du t’amuser comme une folle !! Moi je n’en suis pas fan, mais je tenterais bien « pour voir ». Je ne pense pas en avoir l’occaz un jour et peut-être que ce n’est pas plus mal … ^^

  20. Ce ne sont pas des préjugés, ça ne m’intéresse pas et ça me fait peur ce genre de truc. point.
    J’ai peur des chiens et de l’avion aussi.
    Et personne vient dire que ce sont des préjugés là. 🙂

  21. Ah ah !! Gouté à la résurrection!!! Bravo Sheily !!!

  22. Les rolistes de mon époque, ils commençaient pas à 13 ans… Plutôt à 20 ans (c’étaient il y a bien longtemps, les débuts en France, mon frère avaient ramené des Etats Unis les premiers bouquins en VO de Gary Gygax…).

    C’était bon, à l’internat, on jouait toute la nuit, en sirotant nos bières tranquillement. Et quand on avait latté suffisament d’orques et d’ hobgobblings, on descendait au bar de la résidence, sur les coups de 5 h du mat’, se faire une soupe à l’oignons, gavée de fromage rapé. Mhhhuuuummm, une saveur incomparable.

    Mais le meilleur à mes yeux, c’était… « de se la jouer MD : grisant de construire l’univers, de tenir le sort des joueurs entre ses mains (pleines de dés) ». De toute façon, les dés, pour la plupart des MD, ne sont que des artifices pour tenir le suspense et les joueurs en haleine : tu les lances derrière le panneau, les joueurs ne voient pas le résultat, c’est surtout pour les mettre en tension, et créer une ambiance inquiétante.

    De temps en temps, je relie les vieux scénarios écrits pour l’occasion, on avait l’imagination fertile…

    Un jeu sympa aussi « Rêve de Dragon », de Denis GERFAUT, je crois (ou un nom dans le genre)

  23. Ah, les jeux de rôles.. je jouais à ça quand j’étais petite.. C’était bien…

  24. Pour côtoyer le monde virtuel des rôlistes en ce moment, je dirai qu’il y les joueurs réalistes, les modérés et les obsédés, les derniers sont à craindre car la frontiére entre réalité et fiction est très floue voire inexistante et croyez moi ça fait peur !

    Je me place dans la catégorie , réaliste. Mon personnage est une femme éprise de liberté sur fond de Rennaissance autant dire que c’est un défi en 1456. Cela m’oblige ( bien que cela fut un plaisir !) à lire des romans historiques coup sur coup pour étoffer mon personnage .

    C’est une expérience comme une autre. Celle ci est plutôt instrutive …