Dans quel état j’erre

On fait la fête.

On est avec des gens et l’on s’amuse : vous savez ce que c’est, non ?

Parfois j’ai l’impression que ma vie existe en deux temps, disons trois : le travail, les fêtes et Fanette chez elle qui dort.

Le travail on connaît, Fanette qui se repose, on imagine (il faut que je nettoie ma salle de bain, c’est une honte), mais la fête ?

C’est quoi ? ça veut dire quoi ? ça va où ?

On se prépare, on s’habille, on se pomponne, on cherche la tenue idéale. Certaines, je crois, se focalisent sur les mecs, je crois ça d’après des trucs que j’ai entendu dire à des amies à moi, moi jamais, je ne suis pas sexy, pas charmante rien, juste je rigole et je dis des conneries et je rencontre toujours des gens en général et des mecs entre autres donc je ne cherche pas.

On se maquille, et on y va, en y allant je me jure de rentrer tôt ça me fait chier, demain je veux me réveiller correctement, me dis-je, pour une fois, et ne pas avoir dormi deux heures ou traversé tout Paris à pied parce qu’aucune compagnie de taxi ne répond ou parce que le bus de nuit : zut. Une nuit normale, bourgeoise. Je passe boire un verre, quasi.

On arrive, bisous, machin, truc, bidule, ça présente à tout va, au bout de la quatrième personne je ne suis plus, je n’arrive plus, je n’enregistre plus, d’ailleurs quelle importance? Quand j’appelle les gens, je les appelle par leur couleur de fringue ou je fais une périphrase et les gens rient. Ex : « hey ! Toi, je ne me rappelle plus ton nom mais je n’ai pas la mémoire des noms ni des visages d’ailleurs (NDA : c’est vrai) mais je sais que tu viens de Nice et que tu es la frère de François je ne sais pas qui est François mais c’est ton frère. » Le mec rigole. J’enchaîne en lui demandant un verre et ça y est, il va me coller, d’ailleurs maintenant je ne parle plus qu’aux filles.

Je veux m’en aller, je ne pense qu’à ça. Mais je parle : c’est compulsif. A machin. Je rigole. A truc. Je rigole aussi. Pour peu que machin et truc me disent des trucs compatibles, je hurle à travers la pièce : machin !!! j’ai trouvé ton âme sœur !!!!! Rebelote, ça rigole. On se marre on se marre et là tout d’un coup ? que se passe-t-il ? ça devient calme. Je regarde l’heure : trois heures. Ce n’est pas possible. Je suis arrivé il y a une heure à tout casser.

A ce stade j’ai généralement bu et je me jette sur celui qui invite pour l’engueuler et lui demander pourquoi le temps ne passe pas chez lui normalement. Il dit que si, le temps passe pareil chez lui. Je lui dis non, tu te fous de moi, je suis arrivé à neuf heures et là il est trois heures alors qu’une heure à tout casser s’est écoulé. Deux, si on veut, mais pas plus. Il dit non, t’es bourrée mais ça fait six heures que t’es là. Je l’engueule. J’ aime pas les gens qui me parlent du temps. Six heures non mais oh. Je m’énerve et je crie. Quelqu’un, mais ils sont plusieurs, me dit qu’on n’a qu’aller boire un verre quelque part. C’est ça tiens. Alors quelque part. Ou le temps passe normalement.

On sort, marche, cause, on arrive dans un bar on commande. Tout va bien, les évènements s’enchaînent, on parle. Pourtant, j’ai toujours l’impression de vivre les choses deux ou trois fois. Le bar est différent, mais en fait c’est le même. Les types avec moi sont différents mais ils ressemblent tellement à d’autres. Je dis à un type qu’il est Grégoire. Il dément et prétend être Xavier. Ça semble plausible si l’on consièdère, avec formalisme, que Xavier est brun et Grégoire blond. Mais il pu se teindre les cheveux. Il ressemble terriblement à Grégoire et il me trouve absolument formidable, comme lui. J’explique à Xavier qu’à une certaine heure, tous les mecs me trouvent super. Mais pas moi. Je veux dire, l’heure n’influence pas mon jugement. Il dit que non que lui il me trouve VRAIMENT super. Fou rire. Il se rapproche et essaie de me convaincre avec des arguments rapprochés. Je n’ai rien contre les arguments rapprochés : sauf le mensonge, le truc que je suis super. Ou plus exactement, je le suis, nul n’en doute, mais il ne peut raisonnablement pas le savoir. Il dit que si. Je me marre tellement qu’il trouve ça moyen. Je lui demande où il réside et : pas loin. Grégoire non plus n’habitait pas loin. Personne n’habite loin. Il s’avère que bien que nous ayons quitté la soirée avec accélérateur temporel à cinq personnes, nous ne sommes plus que deux, une dimension parallèle ayant probablement absorbé discrètement le surplus. Xavier n’habite pas loin en effet, et ça n’est pas comme chez Grégoire. Donc il avait raison : Xavier n’est pas Grégoire. Pourtant, ça aurait pu être lui. Lui, ou un autre. Quand je m’en vais, il est six heures, je ne me coucherai pas tôt et je m’interroge : est-ce que tout ça en vaut la peine ? Et tout ça, quoi, d’ailleurs ?

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16 réponses à “Dans quel état j’erre

  1. euh…. si à chaque fois c’est comme, ca arrete de sortir… rien ne vaut une soirée télé dans son canap avec une tite couverture!!!c’est moins prise de tete

  2. Oui mais bon, les soirées canapé, on s’y encroûte, on finit par ne rien faire d’autre parce qu’on a la flemme et on n’a plus de vie sociale. Moralité, on boit. Et on finit exactement comme après une fête : à se demander si ça en vaut la peine.

  3. unefilleordinaire

    Ah ouais, tu t’es poses des questions. Moi aussi je m’embête souvent en soirée, enfin surtout quand il y a des gens que je connais pas, je suis pas à l’aise et l’heure passe lentementtttt. J’ai un peu l’impression de me reconnaitre là!

  4. Pour éviter de rester trop longtemps pour X ou Y raisons … je te conseille de prendre un chaperon … une personne en qui tu as confiance et qui saura te raisonner quand il sera temps de rentrer … mais bon en même temps t’as plus 15 ans =) … et tu auras le temps de prendre ta retraite des fêtes …

  5. on ne sait jamais de quoi sera fait une soirée des fois on y reste 2 heures et d’autres jusqu’au matin

  6. J’adore tes soirées et ta manière de les raconter.

  7. Tant que tu t’amuses et que tu ne regrettes rien, que tu n’erres pas dans un état proche de l’Ohio, j’imagine que  »tout ça » en vaut la peine.

    Essaye de passer une soirée sans boire… Le temps s’écoule plus lentement. Les gens paraissent moins drôles et moins beaux. Ce qui réconcilie avec les soirées tranquilles entre amis connus et rappelle le pourquoi de l’alcool en soirée !

  8. L’idéal, ca reste quand même de trouver le mec qui justement ne laissera aucun doute quant à son prénom, qui a lui seul fera de la soirée une fête et ne qui d’ailleurs t’évitera de te poser ce genre de questions lors de nécéssaires soirées où il ne sera pas présent.

    Après j’ai pas dit que ca existait forcément, j’ai parlé d’idéal …

    Ca finit toujours par passer ce genre de période, heureusement (ou malheureusement).

  9. Moi aussi je ne parle qu’au fille !
    et j’adore me pomponner, choisir ma tenue et me faire des yeux de biche !

  10. Tu es le genre de fille que je rêve d’inviter dans une fête que j’organise !

    Spontanée, vive, marrante, excessive, extravertie….
    Tu es capable de mettre de l’ambiance, de donner du rythme, de faire rire…

    Avec ton excès habituel dans ton billet, je le trouve inénarrable !

    J’adore ! (même si ce commentaire n’a ni queue ni tête !)

  11. Quelle dévotion fanette ! tu te donnes corps et âme toi quand tu es invitée à une soirée. Tu m’étonnes que tu sois crevée le lendemain matin.

  12. moi je me la joue quasi tjs bourgoise, je sors et je rentre pas tard ! (suizune vieille c’est sans doute pour ça) SAUF si je dors sur place il va de soi 🙂

  13. Mouais, moi aussi, je me demande cela souvent … Et je le demande aussi beaucoup à mon homme

  14. Bon sang mais moi c’est pareil.
    Est-ce que toi aussi des fois, tu as l’impression que la semaine sert à se reposer du ouikène ou bien?!

  15. Ah, ça doit être la jeunesse !!! ça m’a fait ça à une époque et depuis, je sors très peu, j’ai une vie d’ancêtre… T’inquiète pas, profite. Et repose toi la semaine.

  16. tout ceci est sans doute grace à l’alcool, ca permet de planer un peu, de prendre la vie au second degré, que du onheur quoi, enfin presque, plutot de l’ireel et de l’impalpable mais bon, c’est vraiment si mal? et puis moi aussi je suis souvent celle qui fait rire les hommes et c’est d’ailleurs aussi pour ça que je parle aux femmes maintenant 🙂