Un café chez Ben et Lui

Je suis allée boire mon café chez Ben et Lui. Je me suis assise sur une de leurs chaises toutes pourrites et on a papoté (à propos des MIB).

– T’as vu le look? ça c’est des vrais. Tu devrais t’habiller comme ça, Ben (je parle à Ben ; Lui, ne m’ayant pas encore apprécié dans mon déguisement de Working Woman, ne me voit pas toujours ; sale con ; et pourquoi il est beau comme ça et il me traite comme une merde ou quasi?????? L’exaspération monte en moi).

– c’est ça, fait Ben, tripotant son ordinateur.

– Au fait, vous pourriez changer les chaises, non? C’est de pire en pire.

– Nos clients s’en foutent, des chaises, dit Lui.

– Oui, pour eux, une chaise, c ‘est conceptuel. Mais dans la cour d’à côté, ils se débarrassent de leur vieux mobilier, vous devriez vous servir, ce ne serait pas pire.

Tête de Lui. Je flippe : je l’ai vexé. Zut : je ne veux pas le vexer. Détail que je n’ai pas dit : les sous de la boîte, c’est le papa de Sandrine. Donc, la boîte marche (le papa n’investit qu’à bon escient ; par ailleurs, Sandrine ne saurait épouser un chef d’entreprise raté ; encore moins un non- chef d’entreprise ; d’ailleurs, Enron est là pour nous le rappeler : pour être un grand chef d’entreprise, il suffit d’y croire, et on finit par persuader ses investisseurs ; je pressens que Lui a parfois du mal ; mais je suis méchante).

Ben me fait remarquer, non sans pertinence, que je viens m’asseoir trois fois par jour sur les chaises pourries ; je lui réponds que je ne viens pas pour les chaises, et je perds le point, parce que je n’ai aucune répartie, et c’est ce que Lui avait dit à propos des clients.

Un silence désagréable règne, et je fais un truc tout simple, une méthode que j’apprécie de plus en plus : je dis la vérité.

– Je vous ai blessé, dis-je d’un air digne, mais ennuyé (je suis en effet digne, mais ennuyé d’avoir cassé l’ambiance). Je suis désolée. Vraiment.

Cela me permet de constater que certaines personnes (une certaine catégorie de personnes, en fait) ne peuvent résister à l’expression d’une contrition sincère, même s’ils ne peuvent pas être certains qu’elle est sincère. Ben en fait partie.

– C’est pas grave, dit-il, et il me jette un regard du type « j’ai un truc à te dire mais je te le dirais plus tard ».

Débarque la secrétaire d’Hichem, Rosalie. C’est la nièce de Catherine (la femme d’Hichem). C’est l’unique raison pour laquelle elle « travaille » là. Elle est à peine croyable : blonde décolorée, elle se fait les ongles, mais elle les rate (ça déborde). Quand on a dit ça, on croit que c’est une bimbo, hein? Eh bien elle est en jean, avec d’affreux t-shirt. Elle rit tout le temps, et elle a un cul et des seins énormes. Et une peau toute pourrie, avec des boutons. J’ai tenté de lui suggérer un soin, mais même le concept de soin, elle ne l’a pas.

– C’est qui, eux????? dit -elle.

– On sait pas, dit Lui avec humeur.

Elle va visiblement rester là à fumer sa clope sur le pas de la porte, donc je pars.

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19 réponses à “Un café chez Ben et Lui

  1. Ben moi, je les récupérerais bien les chaises d’à côté !!

  2. Et moi j’aime bien le style même si je vous retourne le compliment au niveau de la compréhension 🙂

  3. J’aime bien ta manière d’écrire…merveilleuse et vrai par bien des côtés…bravo et ne change rien…cela change du bon chic, bon genre…En tous cas j’ai passé un super moment à sourire et ça c’est génial…que du bonheur….

  4. Encore une nouvelle copine la Rosalie…!

  5. Toujours aussi chouette, ici !

    Ahhhh, Lui.

  6. tu as au moins reussi à attirer son attention avec ton commentaire sur les chaises pourries sans te decolorer en blonde

  7. J’adore Rosalie !

  8. Quel boulet, la Rosalie !!! ça va devenir mon cauchemar.

  9. atta atta Fanette. Si je suis tout ce que tu dis… tu voudrais que LUI quitte Sandrine pour tomber dans tes bras (dans yun monde parfait hein)…
    mais c’est le papa de Sandrine qui tient les sous de la boite?

    bein si tes reves se réalisent vous serez tout les deux au chomage hein…

    bon des fois vaut mieux ca aussi…

    Rosalie rosalie OH – Rosalie rosalie Ah
    (pardon)

  10. J’adore Fanette, moi !

  11. Julie : Oui, c’est ça, mais en fait je ne travaille pas dans la même boîte que lui, c’est juste que les locaux donnent dans la même cour. Je devrais faire une mise au point. Mais non, il retrouvera du boulot, ou il refera une boîte, il n’a qu’à demander à Paaat, il crée des boîtes tout le temps et après elles font faillite mais l’activité reprend sous un autre nom… faut être débrouillard, quoi…

  12. Excellent le dessin d’hugues !
    il est trop fort !

  13. ahhhh d’accord j’avais pas compris!

    bein oui paaat il est trop fort pour faire des boites!

  14. J’ai rien compris mais j’ai bien aimé : ça doit etre ça le talent !

  15. Aaaaaaah!!!!
    Le retour de Lui!
    j’adore, j’adore !

  16. en bref si on vire les chaises et tous les pistonés, il ne reste plus que toi dans la boîte, Fanette!

  17. « Certaines personnes ne peuvent résister à l’expression d’une contrition sincère, même s’ils ne peuvent pas être certains qu’elle est sincère », et aussi le coup du « je fais un truc tout simple, une méthode que j’apprécie de plus en plus : je dis la vérité », j’adhère, j’adore ! Ces fines observations, c’est du velours à lire…

  18. Gggrrrrr mais il te faut un homme qui te regarde, pas un goujeat !!

  19. les aventures reprennent cool
    biz