Apéro du soir, espoir ou désespoir?

Terrasse dallée, petites marches menant à un jardin arboré, herbeux, fleuri, comme dans les livres, puits à margelle fleurie, chevre-feuille. Bassin à poisson rouge et fontaine, donc glou-glou d’eau. Bruissement de vent dans les arbres ; quelques cui-cui. Au loin le ronron d’une moissonneuse batteuse (souvenir d’été).

Le soir envisage de tomber. Bruits de vaisselle venant de la cuisine. Voix. Dont la mienne. Nous mettons familialement la table. Fred (mon oncle) a fait de la sangria, c’est sa spécialité. J’ai fait de la tapenade, c’est la mienne (olives noires + huile d’olive + quelques anchois + ail + mixeur). Ensuite barbecue salade. Puis tarte aux poires. Du vin, quand on aura terminé la sangria. (Et puis 1 litre d’eau pour moi, car dormir après avoir bu du vin me donne une soif terrible).

La phase préparatif achevée, table mise, tous assis autour de la table. Marie-Rose (ma tante) est la dernière : il manque toujours un truc, oublié à la cuisine.

La conversation, qui porte sur des infos d’uns et d’autres qui me sont plus ou moins inconnus, les achats de véhicules passés, actuels et à venir, et les ambitions politiques des élus locaux, avec ragots et potins (ça c’est la partie marrante), m’ennuie, comme toujours. Je songe que je vais trop manger, c’est pour ça qu’ils sont tous costaud dans ma famille, ils n’ont que ça  à faire : manger. Comment est-il possible que, dès que je franchis le seuil de leur porte, je sois prise dans un vortex de l’espace et du temps qui fasse que manger devient une activité??? A Paris, avec une tapenade, du pain et une salade, je n’ai plus faim : d’ailleurs, en général, je rentre d’un endroit trop tard pour manger plus, ou alors je repars précipitamment ailleurs.

D’ailleurs ça ne loupe pas : pendant qu’on me raconte que la fille d’un élu de droite fait la folle dans les boîtes du coin (la pauvre – les boîtes du coin sont pitoyables), je me tartine furieusement de la tapenade : ben oui, on est assis là, l’air doux nous environne, la viande cuit sur le barbecue pas loin, ça sent bon, on parle, Montane (ma cousine, zut, je n’en ai pas parlé dans mon récapitulatif) a l’air content, son copain lui tient la main et la regarde (si c’était pas ma cousine, que j’aime, je les trouverais idiots, à avoir l’air bêtement amoureux comme ça), je suis remplie d’une sollicitude furieuse et inutile pour elle, elle s’éloigne de moi tout doucement en se construisant une vie qui la rend heureuse et que je trouve horrible, mais je ne dois pas juger alors ne juge pas, si elle est heureuse en s’occupant de chevaux et des bestioles, avec un mari limite niais coupe militaire qui lui tient la main en la regardant, et moi dans 16 m2 sous la pluie parisienne, et d’ailleurs suis-je heureuse??? En tout cas j’ai envie de l’embrasser et je voudrais bien avoir 12 ans, qu’on joue à cache cache à l’étage, qu’on rigole et qu’on se raconte nos trucs…

Après la tapenade je me gave de viange grillée, moi qui adorerais être végétarienne, j’adore la viande, c’est affreux, et de salade (le coeur léger). Je ne préfère pas évoquer la tarte aux poires, avec la chantilly maison de Marie-Rose. Celle-ci me regarde avec inquiétude et me demande si je mange, à Paris (chez les fous?) . je lui dis qu’évidemment, nul là bas ne peut égaler sa cuisine et donc forcément je mange moins.

La lumière a décliné, doucement, et finalement Marie-Rose a allumé les bougies, et nous restons dans la noir à parler. Je ne m’ennuie plus, le vin a fait son effet… Je m’interroge quand même sur cette convivialité. A jeun, je m’ennuie chez eux, et pourtant j’aimerai tant être exactement comme eux et vivre comme eux en ne m’ennuyant pas. Quel gène me rend différente? D’où vient que je ne peux pas rester? Ce serait si bon d’être en harmonie avec eux tous et de vivre, au premier degré, comme ça, tout le temps.

Est-ce que vous la connaissez, cette ambiance que je peine à raconter? Qui la vit? Qui la prend au premier degré? Et en est heureux? Qui est comme moi, et craque au bout de quelques jours, et qui peut m’expliquer pourquoi?

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26 réponses à “Apéro du soir, espoir ou désespoir?

  1. C’est la famille … c’est un sentiment de sécurité … de plénnitude … et ça ne s’explique pas … ça se vit ^^ …

  2. Même si on s’y ennui parfois…on y trouve toujours du réconfort mais surtout des racines inamovibles.
    Et ces racines te permettent de te souvenir pourquoi et comment tu as fait ton propre chemin.
    Si plus de glouglou…Paris te paraitrait peut être un enfer.

  3. Mais je comprends parfaitement ce que tu ressens. Un sentiment d’appartenance très fort, et en même temps…. du détachement. Envie d’être là, et pas là.

  4. on aime bien sa famille.. mais on s’y sent toujours un peu … à part, détaché!
    car finalement on est tous un peu unique, avec nos goûts persos, et on n’a souvent rien à voir avec eux! c’est l’ambivalence!
    c’est pour ça qu’on se sent plus proche des amis car eux on les choisit parce qu’il nous ressemble!

  5. Je me sens souvent en décalage avec ma famille. Je les aime mais je n’ai pas envie de vivre comme eux et ils ont du mal à comprendre mon mode de vie.

  6. Trouve toi un mec lol

  7. J’aime bien ce que tu racontes. C’est comme moi. Je pense ça aussi parfois.

  8. Trouve toi un mec lol !!!
    Ah le lourd !

  9. Ah j’adore cette ambiance… le jardin, l’odeur des fleurs, le vent dans les bambous, le barbecue qui donne faim… la sangria… et mon régal, des tartines frottées à l’huile d’olive et à la tomate, avec un anchoix…
    Je recherche cette plénitude maintenant que j’ai l’âge que j’ai… que j’ai beosin de me poset le soir pour me vider la tête…
    Plus jeune, je m’y ennuyais aussi, dans ces soirées. Je me demandais si j’arriverais à apprécier ces moments, un jour… et puis il y avait la timidté, l’impression de ne pas avoir d’avis politique sur rien, d’être un électron libre… tout ça est parti avec la maternité, les années, l’assurance…. et bien sûr, le fait d’avoir un mec!!!!!! :-))))

  10. Oh oui alors, je connais ! Je me demande si je me serais mise à inventer des histoires si je connaissais pas…

  11. Je pense qu’on aime tous sa famille, enfin plus ou moins suivant les cas.
    Mais quand on fait sa vie, on s’éloigne, c’est normal car on a autre chose à vivre.
    On peut penser que cette vie peut être bien mais si tu n’as pas sauté le pas, cela veut dire qu’elle ne te convient peut-être pas encore.
    Il y a des instants où l’on se sent bien mais on ne les vivrait peut-être pas tous les jours

  12. bonjour,

    c’est la toute premiere fois que j’écris sur ce blog : j’adore ce que tu écris fanette 🙂
    je repons a ce post car il m’a vraiment ému car je me suis dit : »quelqu’un comme moi »
    moi aussi, durant les repas familiaux je m’ennuie enormement : je me sens en decalage comme toi
    et pourtant j’ai un homme (il est comme moi il s’ennuie) donc on passe notre temps à éviter les repas de famille 🙂

    je suis d’accord avec charlemagnet : on ne choisit pas sa famille mais les amis si

    donc dis toi dans ces moments de grande solitude que tu n’es plus seule 🙂

  13. C’est vraiment sympa de s’exprimer sur un blog, car ainsi on se rend compte qu’on n’est pas tout seul, que de nombreuses personnes ressentent les choses comme nous, même des choses qu’on n’aime pas forcément trop dire. Vos réponses sont vraiment variées et, comment dire? me font relativiser tout ça. Ce n’est pas vraiment le mot. M’aident à prendre de la distance? Oui, plutôt.

  14. moi je vis ça aussi en été… mais plus avec les copains que la famille… rdv l’été prochain; malheureusement je n’ai plus de jardin maintenant; ça ne se fera plus chez moi!!!
    (ouf… moins de boulot!)

  15. J’ai d’abord cru à une tache,
    puis à deux taches,
    puis à deux taches avec un minuscule sourire,
    puis j’ai souri,
    j’adore le minuscule smiley perdu dans le haut de ta page à droite. Fascinant. Je reviens le voir, il est présent à chaque fois. C’est apaisant.

  16. Très beau texte Fanette… Non, bien sûr, tu n’es pas la seule à avoir ce sentiment. C’est assez universel… Tu as ta vie et a du recul maintenant par rapport à des personnes qui ont été partie prenante de ta vie d’enfant… C’est même très sain comme attitude… Charlemagnet a parfaitement bien résumé. Très sympa ton blog, à bientôt !

  17. Mario a raison, et d’ailleurs est-ce que quelqu’un peut me dire pourquoi ce smiley est là???? C’est une blague de WordPress?

  18. ahhhh les apéros, et ahhhh la famille ;)))

  19. Comme toi au début, je m’ennuyais.

    Je me souviens la première fois, entre les plats et le dessert, j’ai me suis éclipsée de table, j’ai pris une brouette et j’ai commencé à déterrer la pomme de terre de beau frère. Les enfants ont suivi. Beau frère, trop gentil et trop timide n’a pas osé dire stop. J’ai récolté toute sa « jeune » pomme de terre avant terme. Il a dû trouver un moyen de les stocker au risque de les voir germer à nouveau… ça je ne l’ai su que un an plus tard.

    C’est pourquoi j’aime ma famille. Parce que même si parfois on a envie d’être seul, on est aussi content d’être entouré, d’écouter ce brouhaha qui anime les repas de famille dans ma normandie.

    Je me suis toujours dit que deux semaines de vacances là bas suffisaient largement. Eh bien cette année j’y ai passé un mois entier de vacances et je n’avais plus envie de revenir…

    Il faut trouver sa place et s’ouvrir aux autres, profiter des bons moments et surtout savoir préserver quelques moments à soi; tu verras ça viendra. Les repas de famille, voilà six ans que je les partagent avec tous ses gags, ses fous rires….

  20. Je ressens parfois ça, et parfois pas. En lisant les comm’, je m’aperçois, comme tu dis, que ce sentiment est partagé, finalement, par pas mal de gens. C’est vrai que ça fait du bien de se dire qu’on n’est pas anormal et différent. parce que parfois, ce sentiment fait douter de soi, non?

  21. quand chacun suit sa propre vie, c’est difficile ensuite de se retrouver « comme avant » : on prend des chemins trop différents qui nous éloignent les uns des autres (j’ai un peu l’impression de faire un sermon dans une église, là !). On ne les aime pas moins mais on se sent obligé de prendre ses distances ; c’est peut-être cela être adulte ???

  22. J’aime ça… à petite dose… je dirais qu’une semaine me suffit 🙂

  23. Ca m’arrive assez souvent, enfin, surtout quand je suis au régime :-))))))) va savoir pourquoi???

  24. Un sentiment de détachement, hein ? Il me semble que je connais ça, une grosse bulle d’ennui qui gonfle quand on se retrouve dans un moment convivial, où on est censé s’amuser et se détendre et puis… non.

  25. Bien tentant cet apéro mais pourquoi ne mets tu pas de capres dans la tapenade (chacun ses gouts, je sais mais quand meme les capres sont à l’origine du nom…)? Autre question: as tu déja essayé la tapenade verte?

  26. le smiley doit être un code HTML espion de WordPress!