Que veux-je, où vais-je, dans quel état j’erre

Mais lui, il était là, il m’attendait, dans le bar chic où il m’invite souvent…. Toujours le même, à la fois chic et coincé, le petit kit habituel, le portable, encore un nouveau, ou au moins il a changé d’enveloppe, les clefs. Il se lève, toujours très comme il faut, m’embrasse, m’invite à m’asseoir, fauteuils confortables, ambiance feutrée et chaleureuse, petite musiquette dans le fond, jazzy de bon goût, toutes les stars sont mes copines… je m’assieds devant lui et je lui dis quoi? « Je n’aurais pas du venir »? Sympa la fille.

Non, je me dégonfle, comme d’hab et j’émets des banalités : fatiguée, ah la la, l’avion, épuisant, le boulot, toussa toussa. Je parle toute seule, meuble le silence quoi, et lui m’écoute.

– T’es jamais contente, dit-il au bout d’un moment. Mais en souriant gentiment.

Il n’a pas entièrement tort, hein? Je me tais, vexée (enfin pas vexée, en fait : je ne sais que répondre à cette assertion pleine de vérité, surtout qu’en fait je parle pour dire n’importe quoi et surtout ne pas dire : je n’aurais pas du t’appeler).

Il me parle de son week end d’il y a un moment. Chez des amis. Aha. Ils ont une petite masure fort sympathique de probablement dix-huit chambres et une piscine couverte (ça a un nom, un truc qu’on met et remet) et un terrain de tennis et il y a une chaaaaaarmante église à côté. Et si je veux, je peux y aller ce week end, avec lui.

Je sens que je me liquéfie intérieurement. Naturellement, j’ai envie d’y aller ; je hume déjà l’odeur des sous-bois ; puis je me dis que non, ce n’est pas sérieux, je regrettais de venir boire un verre, et je vais partir deux jours avec lui ; je me comporte comme il ne faut pas ; puis, il me vient à l’esprit que si je l’ai appelé, si je suis là, je dois bien lui trouver un truc au fond de mon inconscient? mais quoi? Si je ne cherche pas, me dis-je, je ne saurais pas. D’un autre côté, il a parlé de forêts ; de l’autre, Marie-Rose n’habite pas loin d’un petit bois que je connais par coeur, et un bois ressemble toujours à un autre bois. Si je veux du petit bois, pourquoi ne pas aller chez ma tante Marie-Rose?  Je visualise Marie-Rose ; Fred ; Montane. Oué, OK, et après je visualise Pierre-Henri ; moi ; et ??? C’est qui les autres?

– Il y aura qui? Demandé-je.

– Claire et son compagnon, me dit-il, en prononçant avec noblesse le mot « compagnon », on entend chaque syllabe ; comme si Claire et moi on se connaissait depuis des années. Je sollicite un supplément d’explications.

Claire est une amie de Pierre-Henri et je l’ai rencontré ; il m’explique les circonstances ; je crois que je vois qui c’est. Immense, finesse confinant à la maigreur, école de commerce, sourire affuté, et quand elle dit les prix elle dit 15 KE, par exemple. Je veux dire, 1 euro, elle n’a pas le concept. Chez elle, ça commence à 1 KE, dirait-on, le reste ça doit être monnaie, elle laisse pour les pauvres. Enfin peut-être pas pour les pauvres ; je dois m’adapter ; après tout, il y a plus de pauvres maintenant en France : seulement des paresseux, et on ne leur donne pas de monnaie : mais des coups de pieds au cul.

Et que fais-je?????

De toute façon, l’impression d’avoir fait le mauvais choix, elle est inhérente à chacune de mes décisions.

Tant qu’on ne peut pas se vautrer dans des draps (ou sans draps, mais après si on dort la couette reste confortable, les amours sauvages font froid aux fesses, c’est le lendemain matin qu’on paie) avec l’homme dont on est amoureuse, on peut le faire (c’est la morale moderne) avec des hommes dont on n’est pas tant amoureuse que ça. Avant, seuls les hommes avaient le privilège de ce comportement léger. Maintenant, nous aussi on peut le faire : on satisfait indéniablement des pulsions (et d’une façon fort agréable), on passe le temps, et s’il y a une piscine et une chapelle du XIIème siècle dans le coin, c’est pas mal.

L’alternative, c’est tu restes chez toi et tu lis des blogs. Ou tu appelles ton copain Ben pour faire la même chose qu’avec Pierre -Henri, mais Ben est plus pot de colle… Il a un petit coté toutou pas toujours agréable. Il est bien pour rester au lit sous la couette et regarder des films. Gaël aussi – mais il est amoureux, cet idiot (pas de moi).

Alors qu’ai-je fait?

Ben j’ai accepté de partir en week end à la campagne, dans la maison, avec le petit bois et la chapelle du XIIème siècle à côté.

Je me suis dit que ça me ferait une expérience.

KE, c’est, euh, hmm, kilo euro (je trouve ça affreusement vulgaire).
Publicités

21 réponses à “Que veux-je, où vais-je, dans quel état j’erre

  1. C’est juste pour l’odeur des bois et pour la petite chapelle que tu as eu envie ? Tu es amoureuse mais on se demande si c’est profond cet amour là … bon d’accord tu ne connais pas encore bien ce garçon. Il faut le fréquenter plus pour se faire une idée. J’attends la suite des aventures… Bonne semaine

  2. Peut-être pas très amoureuse, mais disposée à profiter des moments… pas mal non plus.. Une philosophie que j’aurais du avoir… Il n’est pas trop tard peut-être…

  3. La suite !!! Tu y es vraiment allé?

  4. C’était ce week-end? Tu nous racontes? Ton Pierre-Henri, j’ai du mal à le supporter, j’ai envie de le claquer. Alors si tu profites un peu de lui, je ne t’en voudrais pas. Et puis tu t’en ficherais si je t’en voulais.

  5. Vraiment, tu te poses de ces questions !!!

  6. j’espère que ça va te plaire ce petit week end. Au pire tu pourra toujours ramasser des marrons

  7. Ca t’as coûté combien de K€ de conscience ce petit week-end à la campagne?

  8. j’espère que tu vas faire chambre à part!!

  9. c’était la bonne décision, le bon choix.
    (et en bonne lectrice hameçonnée, j’attends la note du prochain épisode…)

  10. j’ai hâte de connaître la suite…

  11. Moi aussi, j’attends la suite.
    (Je ne sais pas si c’était le bon choix, mais je n’aurais pas fait le même !)

  12. j’ai envie de savoir le fin mot de l’histoire…

  13. On m’a proposé le même plan, mais ce serait chez moi… J’ai dit non… Maintenant je regrette, bah en même temps il me gonfle ce garçon! Si au moins il me proposait un week-end!

  14. et ben dis donc, quelle aventure !!

  15. Que de questionnement! allez hop la valise et direction les sous bois, la chapelle….et comme ça aprés tu nous raconteras!

  16. J’attends la suite :p

  17. Et donc ?

    Ben oui, c’était cul-turel ou culturel finalement ?

  18. je ne peux que t’encourager à vivre l’instant présent et ressentir …

  19. Houuuu , ben je t’imagine main-dans la main avec ton Pierre-Henri, marchant dans le petit bois…
    Vos pas sont accompagnés par des craquements de branchouilles et de petits marrons!
    Pis tu vois des champignons, tu veux les ramasser et lui te propose de vous embrasser, là, tout de suite!
    Du coup, vous marcher sur les champignons…; foutu la cassolette saveurs des bois pour ce soir…
    ! ben je me réjouis de lire la suite…

  20. « Que veux-je? »(aie aie aie ça c’est Fr?non je ne l’entend pas ainsi)Moi qui suis très instinctif et intuitif dans le phrasé made in France surtout surtout au verbal (j’ai jamais vraiment appris le fr via l’école outre les bases car j’étais très nul mais très fort au verbal comme si dés mon plus jeune age tout était déjà inscrit dés le départ., Et donc j’ai toujours plutôt senti qu’appris le sens de la grammaire fr. Car la langue Fr permet d’être abordée de façon très intuitive (du moins je trouve) car elle est chantante, fortement basée sur l’élégante et ainsi, si tu as l’oreille musicale, un sens de l’élégance, ajouter à la logique, tu peux alors presque deviner toute la Grammaire Française outre sur le plant de l’orthographe, qui là demande plus d’apprentissage réel, concret (mon point faible)enfin bref, tout ça pour dire que « Que veux-je » m’apparait inélégant au possible et me fait dire que ça c’est pas Français et quand bien même ça le serait(?) alors s’en est pas digne du tout car ça coince trop au phrasé, ça ne glisse pas, ça chante pas, bref c’est pas élégant c’est pas Français même si c’est officiellement le cas ça devrait être rayé du sens grammatical made in France