Sandra, suite

Avant de continuer, je veux faire une mise au point. Je vois bien que tout le monde plaint Sandra, et d’ailleurs moi aussi, et je continue, mais je ne suis pas sûre que ce soit pour les mêmes raisons.

Il ne faut surtout pas s’imaginer Sandra comme une pauvre fille solitaire et pas très jolie, ou jolie mais bête, ou jolie mais en quête d’amour (encore que ça, sûrement un peu), toute seule, et se raccrochant à Marcello comme à une bouée.

Parce que j’ai pas tout dit, parce que les posts, bon, c’est limité en place, en temps, tout ça.

Alors avant d’en finir avec Marcello, je vais essayer de mieux situer la Sandra de cette époque-là. Elle avait 19 ans, elle était comme elle est toujours, pas extraordinairement jolie, mais avec quelque chose qui attirait l’oeil, indubitablement. Elle avait un corps proportionné comme il faut, dont elle était par ailleurs contente (et elle me le disait, tranquille, c’était une fille sereine sur son corps) : elle n’avait pas de grandes jambes de mannequins, non, mais elles étaient assez fines ; elle avait un peu tendance à grossir des cuisses, mais pas trop, et avec un régime et un peu de sport, elle s’affinait et redevenait conforme aux canons de beauté actuels. Le moins bien, c’était ses cheveux, d’une couleur indéfinissable, et très fin, mous, mais elle était très soignée et allait chez le coiffeur régulièrement, donc même si ça couleur (naturelle) était bizarre, elle était toujours coiffée, et ça se voyait. Je n’aimais pas ses coiffures, le style coiffé décoiffé, mais ça faisait fini, pas hirsute. Elle se maquillait toujours, un peu pour aller en cours, et beaucoup pour ses rendez-vous : au final, c’était, je dirais, une fille plutôt insignifiante qui depuis toujours se soignait et devenait très jolie, et j’insiste car si moi je suis plus négligée, je pense souvent à elle en m’arrangeant, à ce côté impeccable (à plusieurs niveaux : le niveau cours, le niveau petit rendez-vous, le niveau grand rendez-vous) qu’elle avait.

Elle travaillait aussi, en plus de ses études. Ses parents, des dragons, j’ai dit, avaient un côté : il faut se faire tout seul dans la vie, et sa mère ne savait pas (eh non) que sa fille se maquillait. Donc elle travaillait, et son père était fier d’avoir une fille courageuse, et elle se payait ainsi ses produits de beauté. Elle se maquillait en bas de son immeuble : elle sortait tout de suite après ses soins de peaux du matin, la crème hydratante et le fond de teint très léger sur la figure, et elle se poudrait et se faisait les yeux, soit en bas, avant de sortir de l’immeuble, soit dans les toilettes de la fac.

Elle avait un emploi du temps comme dans un agenda, d’où l’image : lundi 9 heures, cours, 11h30, Nabil, 13 h, Fanette, 14h30, cours, 16h30, Didier, etc. sa vie était réglée et organisée, elle semblait ne jamais avoir de oute, d’élan, de sentiments, et quand elle avait un changement de dernière minutes elle recasait un mec, ou des révisions, dans l’intervalle, avec une efficacité sidérante.

Elle travaillait dans une chaîne de fast food bien connue pour ça. Il y avait pléthore d’autres étudiants dans son restau. Deux étaient amoureux d’elle. Un étudiant en Allemand, un type super bien, sérieux, mais beau, grand, un peu carré de visage, pianiste à ses heures, et qui, salaud, ne me voyait même pas, alors que je l’avais repéré, mais bon, pas plus que ça (il aurait pu se rabattre sur la copine, non? Mais non – bon). Il était amoureux. Il lui offrait des cafés, des chocolats, son portable pour téléphoner, il lui portait son sac, il lui payait le RU, elle l’aimait bien, et elle me disait (et à lui aussi) : c’est con, hein? que je ne sois pas amoureuse? parce qu’il est bien, Didier.

Plus bien que bien, je dirais, bon, alors un peu trop sérieux, mais oh ! Mais il « ne lui faisait rien », et il aurait été, dans la logique de Sandra, immoral de coucher avec un type qui ne lui faisait rien.

Elle me racontait ses turpitudes avec d’autres, et je lui disais « tout de même, c’est dommage que tu ne sortes pas avec Didier, hein? » et elle me regardait, choquée : « Mais je ne peux pas coucher avec un garçon qui ne me fait rien ! ».

Ben non. ça n’eut pas été moral.

Et l’autre, qui était amoureux, enfin amoureux, c’était Nabil. Nabil était drôle et sympa, et par ailleurs c’était un joli coeur. Ah, ça, il n’était pas rasoir. Du coup, Sandra couchait avec lui, tranquillou, pour se consoler de Marcello. Elle racontait Marcello à Nabil ; lequel était mort de rire ; et lui conseillait de le laisser tomber ; qu’elle méritait mieux que ça, même si… (le même si m’a toujours intrigué). Mais Sandra expliquait que Marcello avait de l’avenir ; Nabil rigolait, et lui disait, allez, monte, ma biche, tu vas me raconter ça en privé, hein? et Sandra filait acheter ses préservatifs en me disant, comme elle aurait parlé de chewing gum : « P’tain, avec Nabil, ça consomme, hein !!! ».

(Nabil avait une chambre d’étudiant ; pratique)

Mais il n’y avait pas que Nabil. Mais le problème ce n’est pas qu’il n’y a eut que Nabil ou pas. Le truc, c’était qu’il y avait au mins dix mecs autour de Sandra, et que pour elle, c’était normal et habituel. Elle couchait avec certains, et c’était aussi normal et spontané et cool que d’aller prendre une douche. Aussi vide de sentiments, également. C’était un acte humain, vivant, et symapthique. Je ne sais pas comment l’expliquer. Par ailleurs, elle n’était pas amoureuse de Marcello : elle était « bien avec lui » et elle avait décidé de vivre avec lui, parce qu’il avait un avenir. Il y a avait aussi des mecs amoureux d’elle, et Sandra leur expliquait que non, elle elle n’était pas amoureuse, et elle ne voulait pas les tromper, et c’était comme ça, et elle avait des discussions délirantes sur l’amour avec Didier.

A cette époque, elle n’était pas amoureuse.

Est-ce que vous la situez mieux? ce n’est ni drôle, ni triste, car elle n’est ni malheureuse, ni heureuse. Oui, je sais, c’est assez curieux, c’est pour ça que un peu plus tard je me suis éloignée d’elle, je l’ai moins vu. Le journal hebmadaire de avec qui je couche, avec qui je vis, qui est amoureux de moi, qui ne l’est plus, et qui va bientpôt l’être, ça me fatiguait un peu. C’était ennuyeux : oui, voilà : au final, au bout d’un moment, après avoir fasciné, Sandra, avec ses hsitoires, fatiguait. Le sexe morne : c’était un peu ça.

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14 réponses à “Sandra, suite

  1. C’est un peu comme ça que je l’imaginais.

  2. Je l’imaginais bien un peu comme ça: y a des pailettes, mais au final c’est assez tiède finalement.
    On a l’impression qu’il lui arrive plein de choses, mais aucune vraiment passionnante.

    Sa grande qualité à cette demoiselle c’est que c’est toi qui nous raconte ses aventures et que du coup c’est vachement bien et très pétillant!

  3. Nan, moi je plains pas Sandra. Mais je crois que je l’ai presque trop dit ^^’

  4. Bon, j’avoue, je suis débordée et je n’aurai pas le temps de lire en entier les aventures de Sandra, mais je voulais te faire un coucou en passant.

  5. Continue comme ça, quand je lis tes articles, je les bois jusqu’au bout!

  6. cette Sandra prend l’amour comme une friandise …et après tout ! pourquoi pas ? mais Didier devrait s’accrocher un peu et lui faire comprendre qu’il tient à elle !! qui sait , elle quittera Nabil puisqu’elle n’est pas amoureuse de lui !!
    et puis un couple qui vit ensemble « parce que le gars a un avenir » … ça ne tient jamais longtemps !!

    ce billet est tres agréable à lire !! bravo !! je me suis pris au récit !!!

  7. Un robot ! C’est un robot !

    (Si on enlève le côté mécanique de Sandra, c’est comme ça que j’aurais voulu être, avant.)

  8. Désopilante Sandra…. mais je voyais bien ça comme ça…
    Ce portrait de Sandra est criant de… ch’ai pas, de vérité ? Mais en même temps, Sandra est-elle réellement comme tu la vois ?

    Quoiqu’il en soit, Sandra à travers tes yeux, c’est assez hillarant 😉

  9. Bon, je vais prendre une aspi et je reviens…

  10. Je la voyais aussi comme ça, cette Sandra.

  11. Moi, j’aime bien les filles qui sont bien dans leur sexualité, sans toujours y mêler sentimentalité.

  12. Un peu nympho sur les bords la Sandra … en fait elle a l’air limite blasée …

  13. elle a l’air triste en fait…

  14. je crois que je vais te laisser les clés de mon blog pour raconter les histoires!! c’est excellent!!