Une rue, Paris, le nuit, froid, je rentre chez moi

(Photo : Flickr : diabolikkitsuney)

Une soirée chez un copain.

Une chambre d’étudiant, toute petite, en long, 18 m2, 10 personnes de dans, plus d’autres un peu dans le couloir mais le voisin veut dormir.

Deux guitares et des chansons.

Des bières (hm, je ne suis pas très bière), du vin, et j’ai amené le mien, et comme ils ne savent pas, je me débrouille pour ne boire que le mien (je suis snob, et puis je n’aime pas le mauvais vin ; j’ai amené du blanc, du Chablis, souvent les gens n’aiment pas ; je ne vois pas pourquoi je picolerai des trucs que j’aime pas, et chaque fois que quelqu’un fait « Wah ! du Chablis !  » je sais que j’ai au moins un point commun avec l’amoureux du Chablis ; mais j’aime tous les bons vins blancs ; les rouges aussi). Enfin, hier soir, le point commun, c’était Charlie, le petit frère de Ben qui joue super bien de la guitare (surtout pour un étudiant en droit ; m’est avis qu’il va y avoir un étudiant en droit de moins prochainement).

Tout le monde chante et le voisin finit par en avoir marre ; il en a marre vers minuit et demi ; bon, il n’est pas aimable, mais d’un autre côté il doit se lever à 5 heures. Après une séance où il tape méchant sur la porte, menaçant d’appeler les flics, je dis à l’hôte que, au fond de moi, je saisis le problème du voisin, que moi aussi je travaille le lendemain, ben oui, et puis l’ambiance commence à partir en vrille, tout le monde s’énerve un peu, bref je me tire.

Seulement, bien sûr, j’ai loupé le dernier métro ; je suis spécialiste. Et pis là, je suis partie un peu agacée, peut-être pas diplomate, je ne sais pas, bref personne pour me ramener et je me tape 40 minutes à pied. J’ai froid aux jambes, je marche vite, ça réchauffe, j’aime bien les lumières de Paris la nuit, les rues vides, mes pas qui résonnent.

En même temps, j’ai froid, donc j’aime moins, forcément. Je me fais un trip sur ma couette.

Puis le sommeil, le froid, commencent à m’engourdir, j’ai envie de dormir, ou de m’arrêter, de m’asseoir, de quelque chose de chaud, de doux.

Je renifle. Faut que je sorte ma main des poches – calvaire – pas de kleenex.

Les drames de ma vie.

Pas de mouchoirs en papier.

ça vous arrive, hein?

Donc on récapitule : il fait froid, humide, mouillé, j’ai froid aux jambes, je marche, j’ai envie de dormir, j’ai mal au dos, j’ai la goutte au nez et les doigts gelés.

Ouais, c’est beau Paris la nuit.

Je renifle. Je m’essuie le nez. Crotte. Zut. Passer au Franprix demain, urgence.

Marche, marche, marche.

Brrr.

Goutte au nez. Salope. Snif.

En bas de chez moi : clefs. Dans sac. Aaaaah. Je les trouve pas. Manquerait plus que ça. Tout noir près de la porte de l’immeuble. Je vais sous un lampadaire et je commence à fouiller mon sac. Goutte au nez. Yeux qui pleurent. Froid. Ah tiens, le mouillé ambiant devient pluie.  Ah ben. Tant qu’on y est. Clefs pas dans sac? Dans petites poches sur le côté? Première petite poche? Deuxième petite poche? Troisième petites poches? Salopes de petites poches !!! Tout mon sac est par terre. J’ai l’air de quoi, là? hein? Accroupie sous un lampadaire, j’insulte mon sac dont le contenu se trouve sur le sol mouillé. heureusement j’ai mis les prospectus de merde que j’ai toujours dans mon sac en dessous, pour protéger les trucs plus fragiles et dont je ne veux pas qu’ils touchent le sol mouillé. Où sont mes clefs? Chez le copain de Charlie? Tombées par terre mais où? De rage je secoue mon sac. Gling gling. Bruit de mes clefs, ô combien doux à mes oreilles, et à mes cuisses, aussi, glacées.

Je les ai entendues, mais elles se cachent vraiment, au fond du sac, avec trois bics dont un complètement cassé, deux mouchoirs en papiers désséchés (j’en profite pour me moucher, c’est horrible), une pub pour une boîte qui me rappelle la soirée durant laquelle on me l’a donné, un carnet pour noter des trucs, une lime à ongle cassées en deux morceaux qui tiennent encore ensemble, deux petits machins de parfums donnés en cadeaux dans une parfumerie (un vide, un plein) et deux chouchous.

Je les tiens enfin, je reremplis mon sac, pousse les papiers inutiles dans la caniveau, vais vers la porte ; puis, saisie d’un remords écolo-citoyen qui me vient je ne sais pas d’où mais pas de mon moi conscient, c’est sûr, car mon moi conscient hurle et m’insulte, je vais ramasser les trucs dans le caniveau et les jeter dans la poubelle.

Puis je rentre dans mon immeuble ; monte à pied mes six étages et arrive en haut frigorifiée et de très mauvaise humeur.

Par contraste, il faut chaud chez moi.Je me détends.

J’ouvre l’eau dans la douche, je ferme le vélux, défais mes vêtements, me jette dans la douche, me démaquille à moitié sous l’eau, aaaah, l’eau chaude sur ma peau glacée.

Puis peignoir, j’attrape ensuite le tube de crème et, collée sous le radiateur à infra rouge (juste au dessus de la porte de ma salle de bain, je m’enduis de crème, j’ai horreur de ça, mais alors si je ne me crème pas en hiver, j’ai la peau hors d’état, donc je déteste ça au moment où je le fais, mais c’est du confort pour plus tard. Puis pyj ; chaussettes ; sweat ; s’il fait très froid je mettrais un bonnet et des moufles ; ben oui, je bouge quand je dors, je me découvre et j’ai froid, il me faudrait une couette de couchage, avec des bras, et une fermeture éclair jusqu’au cou, et une capuche – et un intérieur en flanelle déhoussable, si ce n’est pas trop demander, pour ne laver que le revêtement intérieur et pas toute la couette de couchage. Là, si je donne une idée à une grande marque, faut me payer des royalties.

Et puis : je dors !!!!

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27 réponses à “Une rue, Paris, le nuit, froid, je rentre chez moi

  1. ouch… bein j’irais bien sous ma couette aussi moi…

    j’aime bien l’instant où tout deviens normal. tu retrouves tes clés, le réconfort prend la place de la trouille de passer la nuit dehors à chercher les clé

  2. Il te faudrait une gigoteuse en fait;-)
    C’est vrai qu’un bon réconfort chaleureux quand on a froid jusqu’aux os, c’est bien agréable tout de même…

  3. Bbbrrrrr, la nuit froide et humide on vient de la retrouver dans tes lignes.
    Le réconfort et la chaleur de son nid aussi.

    Les clés ont un humour de merde: elles se cachent toujours lorsque ça ne fait rire absolument personne. Penser à leur faire prendre des cours du soir du rire.

  4. Tiens on a le même sac! et le même pif qui coule sans kleenex aussi.

  5. Bonjour !
    Eh ben, quelle aventure ! C’est vrai qu’hier soir, on se pelait les miches. Je suis revenu de Belleville en vélo et j’ai cru que j’allais perdre mes doigts. Donc je te comprends et compatis !
    J’aurais dû faire comme toi : direct sous la douche. Résultat : la grosse crève ce matin. Atchoum !

  6. Décidément je suis fan de ta façon d’écrire … je crois que c’est l’un des articles que je préfère =) …

  7. Ah les clés qu’on ne retrouve jamais quand on a besoin d’ouvrir la porte rapidement… un grand classique !

  8. C’est surtout la panique qui t’envahit quand tu te rends compte que peut-être tes clefs sont restées toutes seules chez ton ami !

    Moi dans ce cas, j’échafaude pleins d’hypothèses :
    – repartir chez lui et le réveiller (2 h A/R !)
    – L’appeler sur son portable et lui demander de me les amener à mi-chemin
    – Aller chez une copine/copain…

    Mais c’est toujours comme ça : on panique, et finalement, les clefs sont là car elles n’ont aucune raison d’être ailleurs !

  9. ça m’arrive trop souvent le couplet « fait froid, humide, je suis à pied, je suis humide, j’ai le nez qui coule et pas de mouchoirs, et je panique parce que je retrouve plus mes clefs dans mon immense sac »

    M

  10. chiotte! je disais donc, mais quel bonheur la douche ensuite!

  11. Oh mon Dieu, j’ai été là, avec toi, tout le temps !!! j’ai froid moi aussi !!! (c’est le froid qui m’est resté !!!)

    Comme c’est prenant !

  12. Oh, que j’ai frissonné en te lisant. heureusement que tu as retrouvé tes clefs. c’est vrai que c’est une mésaventure très exaspérante, comme tu le décris si bien, et que ça m’arrive très souvent à moi aussi. Pas forcément à deux heures du matin, mais souvent au mauvais moment. Enfin, y a t-il un bon moment pour égarer ses clefs?

  13. Tu les as retrouvé au moins!:)
    Mais pas moi hein, c’etait après un weekend en Normandie, je les ai oublié au bar de l’hotel…
    Ahhhh et puis une bonne douche, mais avant un chèque de 600 euros au serrurier!

  14. La meilleure des couettes pour te réchauffer la nuit, c’est un homme 😉

  15. Merci:)
    J’aime beaucoup ton style, on a l’impression de sentir l’atmosphère de la soirée. Très réussi…:)

  16. Alors là, aucune idée. Je sèche.

  17. Et encore, il aurait pu neiger…

  18. Ah, tu fais bien de raconter ça ! Moi qui vis au chaud, je ne connais plus ces soucis…

  19. Et dire que Charlie n’a pas été capable de te piquer tes clés…. y a plus de mecs 🙂

  20. J’ai souri quand tu as secoué le sac, entendu les clefs sans les trouver, trouvé un vieux mouchoir, pour ouf ! enlever la goutte au nez… vidé le sac, jeter les papiers et prise de remords, les mettre à la poubelle (juste pour retarder le moment, mais si près du but, what else !) … Un très chouette moment… C’est bizarre comme on se contente de petites choses parfois 🙂 ce n’est pas une photo ton texte, mais un court métrage très sympa !

  21. je connais je n’ai jamais de mouchoir sur moi ! pourtant le matin en sortant de chez moi, j’ai toujours envie de me moucher

  22. wouha ! du vécu pour moi ! pareil, sauf qu’on enlève le chablis…marcher, la nuit, dans le froid, seule, la goutte au nez ou plus chiant encore avec ton pantalon qui tombe parce que t’as oublié de mettre une ceinture (c’est con ça aussi !) et puis plus de clefs, on cherche, on s’énerve et plus de clefs du tout, du tout, du tout ! Obligée de prendre un taxi quand tu en as trouvé un pour récupérer les clefs là ou tu penses les avoir laissé… bref ! la galère ! Dans ces moments là, tu te hais de ne pas avoir de voiture, de kleneex, de ceinture, d’un manteau plus chaud, d’un sac sans poches mais surtout de ne pas avoir de tête ! 🙂

  23. le meilleur moyen pour se rechauffer c’est les pieds et les mains de son homme!;-)

  24. après des années à chercher désespérement un kleenex la goutte au nez (c’est horrible – et encore plus c’est le voisin qui renifle 1000000 fois que tu ne connais pas et à qui tu n’oses pas proposer « un kleenex?? ») je suis tombée dans l’ecès inverse : fourrer des paquetes de kleenex partout. 5 dans le sac. 2 dans chaque poche de manteau. Y’en a partout ça prend une place!

  25. Tiens ça me fait plaisir de te lire ça fait longtemps que je ne suis pas passée par ici, et je m’aperçois en te lisant combien Paris me manque.
    Je ne pense pas que j’aurais le loisir de marcher seule dans la nuit ou je suis 😉
    Profite même si c’est dur a croire Paris et une ville magique 🙂

  26. j avais hate que tu trouves tes clés ! je connais trop bien ces situations et j avais envie que tu ressentes cette décharge de bonheur au son des clés….

    mais tout est bien qui finit bien : te voilà au chaud pour écrire cette note !

  27. J’espérais secrètement que tu ne retrouves pas tes clés. Et puis en fait, tu les as retrouvées et puis c’est pas plus mal. Et puis ça me fait penser à comment c’est de ce coucher quand on a très froid…