Chez lui 2 bis

Bon, je rappelle la situation : je suis sur le balcon, que j’admire (je meuble en regardant d’un air absolument passionné les voitures, les autres fenêtres et balcons de la façade  et les gouttières).

L’affreux colocataire s’en est allé, d’ailleurs on le voit dans la rue sur le trottoir.

On continue la visite et soudain je me reprends.

Je décide de prendre les choses en main ; on verra, me dis-je, où ça nous mène.

Debout au milieu du salon, en essayant de penser (ça m’aide) que je suis sur une ligne, enfin un cable entre la terre et le ciel – un reste de Tai Chi, j’ai, oui, fait un peu de tai chi, mais j’ai pas aimé, sauf le baratin, j’adorais quand la nana nous disait qu’on était entre la terre et le ciel- j ‘insiste pour boire le champagne. Je fais toute une histoire. Mes pieds s’enracinent dans la terre, une ligne imaginaire me relie au centre de la terre, je tire mon énergie psychologique du magma.

Une autre ligne imaginaire me relie au ciel, je tire le reste de mon énergie psychologique du ciel et du soleil.

Note à l’intention du lecteur ou de la lectrice surpris(e) : on ne panique pas, je ne viens pas d’entre dans une secte, c’est un peu de mes lectures de Sf d’ado, ça ressort parfois, quand on se méfie pas. La SF + le Tai Chi : ça rejaillit à des moments inattendus (surtout que vraiment j’ai pas aimé le Tai Chi ; le yoga, oui).

D’autre part, je n’ai pas parlé de pensée positive sur ce blog, quoique j’aie effleuré le sujet en commençant mon blog, mais la pensée positive, c’est bien.

Du coup, pensant au ciel, à la terre (qui me soutiennent) au fait que je suis, merde zut, chez Lui alors que j’attends ça depuis pas mal de temps, je me sens poussée par une énergie folle.

Il est OK pour le champagne.

Je pars dans la cuisine, Lui cherche des flûtes.

Je dispose du saumon dans une assiette sur la plan de travail à côté de l’évier. Nous sombrons dans un découpage des rôles atrocement traditionnel, je le crains, mais là j’ai pas le temps ni la présence d’esprit de réfléchir à tout ça, j’ai faim et je commence à être sur les nerfs.

Je suis dans la cuisine, et je me demande comment tout ça va finir, quand Lui, ayant amené des flûtes dans le salon, survient dans la cuisine, et s’approche de moi.

Et là, un truc. Rien, mais un courant électrique. Je le sens qui s’approche, et je me demande, comme souvent dans ces cas-là, est-ce que lui aussi sent quelque chose? (à part l’odeur romantique du saumon fumé sur mes doigts).

Il s’approche, passe juste derrière moi et me regarde faire, appuyé sur le plan de travail. Je prends les tranches de saumon et je fais une chiffonnade.

(Super, le concept de chiffonnade, au passage).

– Super, me dit-il. Il me regarde avec concentration, comme je regardais la façade de l’immeuble tout à l’heure, comme si regarder quelqu’un faire des petits tas plissés de saumon fumé était une activité en soi.

Et le silence.

Le silence, dans une cuisine, certes, mais un silence qui se remplit d’une sorte d’électricité.

Nom de Dieu, on y est, on tient le contexte !!!

Enfin ça bouge, non? question contexte.

Je suis là, très ontologiquement et lui aussi.

Je veux dire que je me sens être debout, moi, et je le sens debout près de moi. Il se passe un truc. Je m’interroge. Et je me dis que j’ai tort de m’interroger; tort : ça doit être maintenant, et puis c’est tout.

Mais je ne fais rien, je continue à faire ma chiffonnade de saumon.

Il prend l’assiette quand j’ai fini et l’emmène dans le salon.

Quand il sort, je reste soufflée de ma connerie. Non, pas possible.

Mais je ne me démonte pas, je cherche un bol pour mettre le tarama.

Et je fais griller le pain.

Je sors le beurre (c’est pas de ma faute, j’aime le beurre).

Il revient.

Il me regarde encore. Je n’arrive pas à savoir ce qu’il pense. Est-il terrassé par la maestria avec laquelle je transvase le tarama dans le bol?

Par le fait que je coupe le pain de mie en triangle?

Et pendant que je coupe le pain de mie en triangle, je me dis, j’entends des pensées résonner dans ma tête : tu te trouves seule dans une pièce – bon, certes, une cuisine – avec Lui, c’est le mieux que tu aies obtenu jusqu’à présent, et que fais tu? Tu coupes du pain en tranche?

Je vais me laver les mains (l’odeur de saumon) et je me tourne vers Lui, je lui dis, d’une voix sans souffle parce que la situation est trop lourde, je lui dis :

– Ecoute (et j’ai l’intention de dire un truc du genre : je vais faire quelque chose que j’ai très envie de faire – c’est juste pour me motiver, j’ai besoin de parler, c’est plus fort que moi.)

Sauf que je ne dis rien.

Je commence « écoute » et hop, je ne l’avais pas vu venir (si je puis dire) mais il s’avère que Lui est nettement plus proche de moi que prévu, et paf !

Paf.

On s’embrasse. Curieusement, j’ai l’impression étrange de me vider de toutes mes forces, toute mon énergie, alors que rappelez-vous, il y a un moment, je captais des énergies telluro-cosmique. Mais là, plus rien. C’est la tension qui doit baisser violemment. J’ai la tête qui tourne, et donc forcément, que fais-je? Ben, je m’accroche à lui, forcément, sinon je vais tomber.

Et là, je baisse un voile pudique sur la suite des évènements, car je suis une personne pudique et que certaines choses sont privées.

En revanche, je jure solenellemment que je mets la suite demain.

Publicités

35 réponses à “Chez lui 2 bis

  1. Pas plus tard que demain alors promis!

  2. Je pense que je vais finir par coller un post-it sur mon miroir avec CONTEXTE! écrit en rouge et souligné trois fois dessus. En fait une fois que tu en tiens un (de contexte) il n’y a quasiment plus rien à faire ; mais si tu n’en tiens pas, cours toujours.

  3. Vivement demain!

  4. Enfinnnnnnn!!!! rooo c’est super!!!!

  5. La suite! La suite!! C’est pas possible un teasing pareil!

  6. et bé….!!!

  7. Coup de foudre, l’image va bien avec ton texte…
    tu vois, faut pas grand chose parfois une chifonnade de saumon, un petit « écoute » hésitant, et un grops PAF, bref, que des frissons…
    bonne journée fanette, merci de ton passage sympa chez moi…

  8. Hi hi, « l’odeur romantique du saumon fumé sur mes doigts ». En tout cas, ça aurait pu finir plutôt mal (j’ai peur lors du découpage du pain en triangle) mais on dirait que ça se passe pour le mieux 😉

  9. Bon, au début on aurait presque dit de l’Emmanuelle Bernheim, mais après vous vous rattrapez largement. Bon timing, bonne chute (des corps) et je dois dire que je n’y croyais presque plus.
    Way to go !

  10. Ah… ça évolue pas mal, alors !!! Bravo !!

  11. ça fait rêver tout ça ! tu veux pas faire la suite tout de suite ? 🙂

  12. J’en frissonne encore… C’est beau, et vivement demain !

  13. ENFIIIIN!!! J’aime bien aussi le détail du parfum de saumon…. Bon, à demain!

  14. Oui ENFIIIIIIN!!!! me semble l’expression de circonstance!!! Vite demain!

  15. Merci de ton passage sur mon blog.
    C’est avec plaisir que je découvre le tien. Wahou ! Quel beau style d’écriture !

  16. Avec TOUS les détails, steuplaît.

    J’adore le passage : « Est-il terrassé par la maestria avec laquelle je transvase le tarama dans le bol? » J’ai bien ri…

  17. la suite alors… comme d’hab

  18. j’adore le « écoute… » empêché par un baiser.
    ne parle pas trop, agis . si tu as envie de parler, il n’a peut-être pas les oreilles pour…

  19. On peut l’imaginer un peu la suite quand même…Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants? allez dis que ça finit bien !:)

  20. Pudique…:-) bloggeuse et pudique c’est antinomique non ? :-D)
    J’en reviens pas en tout cas, c’est beau, c’est émouvant !! Bravo poulette

  21. Youpi !!!!!
    En voilà une jolie évolution d’histoire. Ne pas sous-estimer le pouvoir d’une cuisine, d’une chiffonade sur une histoire, ça peut TOUT changer.
    Ah la la cette sensation de tête qui se vide, de jambes qui se changent en coton…et les papillons plein l’estomac…..
    Je suis super contente pour toi Fanette!!!

  22. C’est érotique le pain de mie en tranches ?
    ah bon !
    bonne soirée Fanette

  23. Le contexte, la chiffonade …. Trop chouette Fanette, j’attends demain avec impatience !

  24. c’est con, je sais même pas si ça correspond à quelque chose de réel, mais ce baiser … depuis le temps qu’on attendait ça, merde ! maintenant, je veux la suite, la suite !!!

  25. Ah mon Dieu ! Ça y est !
    À la rigueur, on s’en fiche de la suite, l’important c’est le baiser hollywoodien dans la cuisine, avec l’odeur de saumon fumé… LE moment qu’on attend depuis des mois !

  26. C’est électrique ça ! Congrats Fanette !

  27. Waouw… mais ou, j’avais pas vu le bis…

  28. je vais faire une chiffonnade à mon mari ce soir, moi !!!!

  29. J’arriverai à te laisser un message sans que (i) je ne sois dérangée au bureau, (ii) mon ordi ne plante (iii) l’oubli!

    dis donc, je trouve que tu prends de bien belle photo, c’était toi le coucher/lever de soleil?

  30. ahhhh, bon alors l a suite : mariage, bébé ????

  31. Oh j’adore!!!!
    J’ai l’impression de revivre la tension, l’électricité quand j’ai aussi embrassé pour la 1ere fois le nouvel Homme 🙂

    Bon je file lire la suite!!!!

  32. FFffffffiiiiiiioooooooooouuuuuuuuuu !
    Beaucoup de boulot alors je lis tout ça en retard, mais au moins, moi, j’ai la suite….de suite !
    Ouaw, j’ai les jmabes en coton rien qu’en te lisant…
    Je file lire la suite…