Lui, la suite

Melina 1965, via Flickr

(Suite de ces posts).

– Je suis désolé, dit -il.

Moi, mi ronchon, mi – feignant la stupéfaction : Mais de quoi?

Lui : De rien.

(C’est grand, ça, comme dialogue).

Lui : Bon, je vais partir.

Moi : Ah.

Dégagée.

Lui : ne dit rien. Boit son café. Pense à des trucs.

Moi : pareil.

Je me vide et des nuages gris me remplissent. Avec un peu de colère… diffuse, contre moi, lui, et cependant…

Je m’en fous, j’appellerai Pierre-Henri.

Voire Tim.

Ou Gaël.

Je fais une liste, et je me dis qu’ils auront forcément tous autre chose à faire. C’est pas grave, je regarderai Amadeus en vidant des pots de crème à tartiner à la noisette.

On boit notre café en silence.

J’essaie de chasser les nuages, et d’analyser le situation. Mais je ne parviens pas à penser de façon cohérente. Je suis fatiguée, je n’ai pas assez dormi, et le stress m’envahit.

Le silence est très différent d’hier : rocailleux, caillouteux, âpre, amer, que des trucs qu’on n’aime pas. A quel moment s’est effectué le changement?

Peut-être à aucun moment ; hier, j’ai peut-être interprété le silence.

Cela n’a pas d’importance, me dis-je : il n’y a pas d’interprétation, bonne ou mauvaise. On doit créer les choses. Créer ce qu’on veut voir arriver. Hier, je l’ai fait.

Aujourd’hui, je dois le refaire. Je doute d’en avoir la force ; je ne sais pas arranger les fils de la vie qui m’entoure. Hier, j’ai réinterprété, ou utilisé la situation mais là, je ne vois pas comment faire.

Il a fini son café. Il me sourit gentiment.

– ça va?

– Je suis fatiguée, dis-je.

Il se marre :  on n’a pas beaucoup dormi.

– Non, dis-je. Il se lève, passe devant moi pour sortir de la cuisine en disant sur un ton d’hôte bienveillant : Finis ton café.

Bien aimable. J’enrage. Quoique relativement. Bien qu’enrageant, je ne me sens pas prête à me lever et partir en claquant la porte ; pourtant, j’en sens l’envie… Histoire de m’occuper, je prends mon portable et je regarde le numéro de Pierre-Henri. Mais je n’appelle pas.

Je finis mon café.

Il revient.

Toujours souriant.

– Tu as fini? Bon, on y va.

Mmm.

– J’ai des trucs à faire?

– On se revoit ce soir?

Je n’ai pas pu m’en empêcher et je crois que je vais mourir de honte, car je sais ce qu’il va me répondre.

Eh bien, il me le répond.

– Non, ce soir, je dîne chez Agathe et Jean-Mi.

Ce sont les parents de Sandrine. Les propriétaires de sa boîte. Jean-Mi – vous ai-je déjà parlé de lui? Non. Pas grave, ça sera pour plus tard.

Je réussis néanmoins à rester digne, alors qu’intérieurement je ne me sens pas digne du tout. Nous descendons ensemble les escaliers ; Lui me fait des remarques sur la co-propriété. Fascinant. Je réponds. Je parle de la co-propriété de mon oncle et ma tante. Je parle par ouï-dire, je n’ai jamais assisté à une réunion, mais je les ai déjà entendu en parler. Lui non plus, il n’a jamais assisté à une réunion, il essaie juste de se la jouer.

En bas, on se dit au revoir et on part chacun de notre côté.

La tristesse que je ressens est combattue par la rage ; j’ai l’impression de m’être fait flouer, et ça m’est extrêmement désagréable. En plus, je suis vraiment cassée, le manque de sommeil, ou plutôt mes deux périodes de sommeil m’ont complètement abrutie. J’ai mal à la gorge : pour une raison mal définie, le manque de sommeil a souvent cet effet sur moi. Je rentre dans un café pour boire un thé, et j’appelle Pierre-Henri. Je me dis que peut-être, va savoir. Il n’est peut-être pas parti… Et où irait-on? Encore chez ses amis à la con? En fait, au moment où je vais couper, il répond….

Paris

paris

NB : ces évènements ayant eu lieu il y a déjà un certain temps, il est inutile de me consoler, dans les commentaires, d’un évènement que je ne raconterai pas de cette façon si je n’avais, depuis, avalé la pilule, et qui a du reste connu bien des développements ultérieurs.
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28 réponses à “Lui, la suite

  1. C’était comment au travail après?

  2. Aude : Hmm, pas très gai, mais, bon, impossible de révéler ce que je ressentais… Donc en fait, ça a été presque comme si pas grand chose ne s’était passé… mais je vais y venir…

  3. c’est horrible d’interpreter les silences, les attitudes, les regards, le changement, ça rend maboule de se torturer, je suis la specialiste de ça…et à force d’interpreter, notre comportement change et induit ce qui pouvait nous effrayer, la fuite de l’autre…

  4. Hum, ce mélange de déception, de vague tristesse et de colère sourde me rappelle un sentiment connu.
    On l’impression que ton texte a été écrit avec de l’encre de nuages gris, c’est très réussi.

    Vivement la suite, là je ne peux m’empêcher d’être un peu triste, même avec ta NB…

  5. Ah, tes histoires sont captivantes… Moi aussi, je me sens toute chose…

  6. rien de plus humiliant que cette sensation de s’être fait avoir !!!
    Tu vois, je ne te console pas, t’es contente, hein ???

  7. Oui, ça me rappelle des souvenirs… je me souviens d’avoeir pleuré de rage et de déception, quand on se sent flouée.. Mais ça passe, après. C’est que ce n’était pas le bon !

  8. Hum, c’est évident que ça ne pouvait pas en rester là ! mais tu ressasses encore si tu postes là-dessus, pas vrai ?

  9. j’ai vécu ça il y a peu… je comprends totalement ce que tu as pu ressentir à ce moment là… j’ai envie de dire « no comment » 🙂

  10. Oui, c’est captivant… Je parlais de ton blog à des amis hier… ces histoires distillées parfaitement bien calibrées sont extras… Outre la narration qui est parfaite, le sujet dans lequel tout le monde se retrouve est loin d’être facile à exploiter.. Bravo…

  11. Je suis scotchée à ton histoire, il me faut la suite!
    Même si ça s’est passé il y a un certain temps, raconté comme tu le fais, pour nous lecteurs c’est d’actualité 😉

  12. J’enrage… parce que je reste encore sur ma faim…
    En plus je suis de mauvais poil aujourd’hui…
    Mais bon, je vais pas déballer pourquoi ici…
    Je veux juste savoir la suite…
    Même si elle n’est pas d’hier…

  13. N’empêche j’ai déjà connu ça un peu! mais j’adore la façon dont tu exprimes tes sentiments, ton analyse du contexte, des silences 🙂

  14. argh le nombre de fois où on pose quand même la question alors qu’on connaît la réponse…

  15. non mais quel profiteur..! ce n’est pas très cool ça..!

  16. Tu ne dis pas l’essentiel, c’était comment ?

  17. Alala les mecs…
    reste à savoir ce qui s’est dit avec PH

  18. Rhaaa… les boules, mais en même temps après avoir idéalisé l’instant avec Lui, comment ne pas avoir l’air empruntée…
    Déçue ?

  19. J’aime comme tu écris tes billets, tes histoires… c’est vivant…
    Bravo.. même si c’est des sujets douloureux…
    Gros bec!

  20. et ça fait combien de temps ?

  21. Une écriture simple, un texte captivant.
    Chaque mot a ici son sens; J’ai eu l’impression de lire une page d’un roman.
    Reste à voir comment ça va se finir!

  22. euh… t’as aps vraiment interprété les silences non plus hein…. parce que il n’a pas bcp dormi lui non plus…
    dis moi que y’a un rebondissement?il se fait ecraser par un bus au bout de la rue non?

  23. La suite, c’est tout ce que j’ai à dire !! 🙂

  24. j’ai pas envie de le dire, je fais vraiment tout pr penser le contraire en ce moment mais c’est plus fort que moi… PAS UN POUR SAUVER L’AUTRE ! m’énervent, m’énervent ces mecs bordel

  25. Oh, ma pauvre, comme tu dois avoir besoin d’être consolée…
    🙂

  26. Moi aussi je veux la suite !!

  27. Bon allez, les evenements ayant eu lieu, il dois y avoir des rebondissements qui vont peut etre changer la fin de ce billet. Mais pour le lecteur que je suis, ce soir je me dis : euh, tu penses peut etre trop, et extrapole beaucoup, non? (ca c’est typique féminin de tirer des conséquences et explications d’un rien ! 😉 😀 )

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