Toujours plus haut, comme disait Jeanne

Jeanne a écrit il y a quelque temps un post qui m’a touché. Elle y parle d’un homme qui place au dessus de tout la réussite de type compétition, et moins les accomplissements qui ne sont pas compétitifs (le piano, les arts). Mon Dieu, comme je présente ça, on n’y comprend rien. Un homme qui attache une admiration particulière à la réussite sociale et professionnelle et moins aux activités artistiques. C’est clair?

Voilà l’une des choses qui me choquent le plus dans le monde actuel : cette façon que certains ont de se rehausser de leur réussite compétitive, du principe d’être le meilleur, du principe même de chercher à être le meilleur, et si vous ne cherchez pas à l’être, il doit bien y avoir en vous un truc qui cloche.
En somme, dans notre vie, nous devrions tous et toujours chercher à être les meilleurs selon une certaine logique ; à gagner le plus d’argent possible ; à transformer, autant que faire se peut, cet argent en objets matériels évoquant la réussite et le confort : une grosse voiture ; une grande maison ; des gadgets high-tech, et il y en a de toutes sortes : sur internet, on trouve de nombreuses références aux gadgets liés à l’informatique et aux nouvelles technologies, mais ailleurs, d’autres personnes tirent une grande vanité de posséder une plaque à induction ou un four à caractéristiques nouvelles (je serais bien en peine d’être précise sur les caractéristiques modernes du four).
Une personne qui vouerait simplement sa vie à soigner des enfants et des personnes âgées, sans chercher à gagner plein de sous pour acquérir de nouveaux biens de consommation serait presque un sociopathe.
De cette perception des choses, découle que l’argent et le système qui permet de fabriquer encore plus d’argent, est un bon système. Il faut y croire, et se jeter dans cette spirale infernal d’argent, de succès, de réussite exprimée par des objets, des gadgets, qui n’améliorent pas forcément la vie mais permettent d’être fièrement exhibés devant les autres.
Je me souviens de la première personne de mon entourage qui a eu un appareil photo numérique. J’étais jeune, et je ne savais pas ce que c’était. Je m’en fichais, je lisais des bouquins, et j’avais entendu ce mot, sans me demander ce que c’était.
Et puis celui qui en avait acheté un est arrivé, et tout le monde voulait le voir. C’était chez des amis, dans une soirée, et tout le monde tout d’un coup s’est focalisé sur l’appareil avec des oh et des ah. Comme mes amis étaient plutôt fauchés, dans l’ensemble, personne n’avait cet appareil. Il est passé de mains en mains, les gens commentaient. A l’époque, je n’en voyais pas l’intérêt, j’ai tripoté un peu l’appareil, le type est venu me montrer comme on faisait défiler les photos. Je ne voulais pas les regarder, c’était le genre de photos idiotes de vacances, des photos qui auraient aussi bien pu ne pas être prises. Il m’a fait une démonstration, parce qu’il supposait que ça m’intéressait, pour lui il était évident que j’étais impressionnée et forcément curieuse de cette merveille technologique, et je n’ai pas osé lui dire que ça ne m’intéressait pas. J’ai appuyé sur les boutons pour faire défiler les photos, en essayant de prendre l’air intéressé. J’ai dit « ah, c’est super », mais j’étais gênée de la petite effervescence suscitée par un appareil rempli de photos idiotes. Maintenant, j’ai un APN et je ne sais pas comment on peut vivre sans, c’est vrai, ça ne coûte plus rien, tout le monde en a un et trouve ça normal. Mais à l’époque, le type avait bien dit quelque chose comme : « là c’est encore cher, mais bientôt ça va se démocratiser, tout le monde en aura un ». Donc quand il l’a dit, lui, il n’était pas tout le monde, il était un homme qui avait eu les moyens de s’acheter le gadget qui impressionne. Il avait quelque chose que les autres n’avaient pas : un appareil qui symbolisait son argent. La plupart de ceux qui regardaient l’appareil l’enviaient, pas violemment, juste la petite envie sociale, normale. C’était écoeurant, dans une certaine mesure.
Pourtant, l’argent, c’est bien. Cela devrait permettre à ceux qui en ont de faire des choses bien, d’investir dans des choses belles. Mais ça n’est pas ça. Les gens l’emploient pour se combattre, pour se mesurer, pour s’impressionner mutuellement.
Bon, OK, pas tout le monde, pas absolument tout le monde. Mais pas mal de gens. Et de plus en plus. C’est ce qu’il me semble. C’est peut-être du aux gens qui m’entourent dans le travail, qui me donnent une vision déformée des choses. Qu’en pensez-vous?

Cette remarque de Jeanne m’a coupé les jambes, car je trouve la même chose dans ma famille, et je suppose que je ne suis pas la seule. Comme elle, je dois faire preuve d’une sorte de protection passive intellectuelle, paraître indifférente devant l’admiration ou le respect dont on entoure certains, alors que mes activités ne sont souvent évoquées qu’avec un sourire au mieux paternaliste, au pire agacé. Il devient presque anormal de ne pas chercher à réussir à tout prix ; ou alos, on y voit une dangereuse collusion avec des idées de gauche, ou les idées des « jeunes » qui ne savent plus travailler et ne savent plus ce qu’ils veulent. Le pire, c ‘est que je suis moi-même agacée de remarques ou phrases de personnes, jeunes ou pas, qui se vautrent à plaisir dans le néant, dans l’indifférence, dans le ratage. j’en connais, des vaincus d’avance par la société, et ils m’énervent. En ne voulant pas réussir à tout prix, ce n’est pas à eux que je pense, mais simplement à une sorte de distance intériéure par rapports aux plaques à induction et aux voitures avec gadgets. Je voudrais faire des choses formidable, je voudrais même bien gagner de l’argent, mais je ne veux pas le convertir forcément en biens matériels.

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18 réponses à “Toujours plus haut, comme disait Jeanne

  1. Je suis bien d’accord avec toi. J’en ai assez de ce mépris pour ceux qui ne cherchent pas à gagner de l’argent mais juste envie de faire ce qui leur plait.

  2. Je ne suis pas du tout d’accord avec toi (si je peux me permettre!)

    Il y a une différence entre « curiosité intellectuelle / technologique » et « envie d’argent / de réussite » non ? Je connais des gens qui s’achètent plein de gadgets chers et nouveaux (des US par ex.), mais ce n’est pas du tout pour étaler leur argent à la face du monde ou montrer qu’ils ont réussi… c’est juste qu’ils aiment et qu’ils ont envie de partager ça. je trouve donc ce raccourci un peu simpliste.

    Et puis je n’ai jamais vu de « mépris » pour ceux qui ne cherchent pas à gagner de l’argent. Dans mon environnement, chacun respecte les autres, et dans mon groupe d’amis on respecte plus l’aide-soignant qui s’occupe des vieux en fin de vie que l’ingé qui se fait 2500 €/mois.

    Je ne pense pas vivre dans un monde de bisounours ; mais ne faisons pas dire à une généralité de gens ce qu’ils ne disent pas.

    Voilà, voilà.

  3. À mon avis, le tien (d’avis) est un peu biaisé par ton entourage.
    Certains pensent que se faire de l’argent passe au-dessus de tout, d’autres pas ; certains veulent à tout prix montrer qu’ils réussissent, d’autres s’en foutent…
    Ce n’est pas forcément le système de l’argent qui provoque ça. Je pense que sans argent, ce serait la même chose. Vouloir avoir plus, c’est un mauvais côté de l’humain…

  4. Eh bien, j’ai compris des trucs en vous lisant. En effet, je suis, non pas influencée par mon entourage, mais obnubilée par certaines personnes qui m’agacent plus, si je puis dire, que les autres ne comptent pour moi. En fait, les quelques personnes ultra matérialistes qui je connais, je les vois somme toute peu, mais je les mets un peu partout, même là où elles ne sont pas. Leur ombre me poursuit. Pourquoi m’obsèdent-elles à ce point? (c’est à moi que je pose la question)

  5. Comme disait Ciceron : un jardin et des livres et me voila heureux pour la vie (ou quelque chose dans ce style la mais l’idée c’est 1 jardin + livres = bonheur)

  6. Ce mépris, et cette condescendance là, je l’ai souvent experimentée. Non, je n’ai pas fait mon trou ( ma tranchée ? ) en piétinant les gens à coups d’escarpins, et en bossant 20 heures par jour.
    J’ai un boulot qui me laisse du temps pour mes activités artistiques, voir mes amis et profiter de la vie tout en me permettant de vivre dans le confort. ça me va très bien.

    Et pourtant, le nombre de fois ou on m’a dit, le mépris à peine voilé, « oh, mais tu es quelqu’un sans ambition, toi, tu ne cherches même pas à faire carrière  »

    En fait, j’ai peut être tout simplement pas la même ambition qu’eux ?

  7. Pourtant, l’argent c’est bien, on peut s’acheter avec tout plein de fringues que personne n’a et dont on parle après sur son blog.

  8. Eh bien ce post provoque débat et effervescence.
    Pour ma part, oui, je déteste l’étalage matérialiste de nombre de personnes. Mais je sais que ce n’est pas la majorité des gens et heureusement. Habitant dans un quartier où se concentre une population bien plus que riche, je suis habituée à voir de jeunes gommeux à bord de leur Ferrari ou Lamborghini, une énorme Rolex au poignet, des lunettes de soleil Versace même à minuit et des fringues venant exclusivement des boutiques de l’avenue Montaigne accompagnés de donzelles faméliques perchées sur des talons de 20cm et vêtues de manteaux de fourrure écœurants.
    Mais ce n’est pas tant ce qu’ils arborent qui est énervant, finalement tant mieux pour eux s’ils peuvent s’offrir toutes ces choses. C’est l’attitude, le dédain, la suffisance et le sentiment d’être supérieur à l’ensemble de la population grâce à leur CB Premier qui est navrant.
    Faites un tour devant l’Avenue vous comprendrez tout de suite. C’est un spectacle qui peut même être drôle avec un regard extérieur et détaché.
    Bon, heu, suis-je claire ? Pas certaine…

  9. J’ai lu un article disant que le problème ne venait pas de notre volonté de réussir à tout prix, mais que désormais, il fallait réussir vite, immédiatement. L’urgence nous ferait oublier quelles sont nos priorités, les domaines dans lesquels nous voulons vraiment réussir. Peut-être que vouloir acquérir la dernière nouveauté technologique hors de prix, c’est une façon d’exhiber sa réussite immédiate.

  10. Intéressant tout ça… Finalement les gens ultra matérialistes, on en rencontre peu, non? Moi j’ai vu beaucoup de gens qui voulaient être les premiers dans leur domaine dans le but de se prouver quelque chose, ou parce qu’ils ont été élevés comme ça… Pour ton exemple du mec qui parade avec son numérique, c’est un peu fini, ça aujourd’hui, avoir le dernier gadget, où la dernière voiture, maintenant où la technologie va vite, c’est justement un « truc  » de gens issus de milieu modeste, me semble-t’il… C’est la première chose qui rassure… Beaucoup de gens veulent être les premiers quand ils sont jeunes… la vie, après se charge de les ramener à la raison… Enfin, on pourrait en disserter longtemps.

  11. Je viens réagir puisque je suis citée dans ce post de Fanette , merci d’ailleurs de rebondir sur ce sujet
    Je suis certaine malgré tout , que quoiqu’on dise , dans certaines familles , l’un sera plus reconnu que l’autre , parce qu’il a un métier , valorisant , un poste à responsabilité
    mon mari gagnait avec le même niveau d’études le double de mon salaire
    Parce qu’il faut être réaliste , il y des métiers qui ne payent pas non plus , et surtout où on négocie rien
    La course à la surconsommation est une réalité , la technologie aussi , il faut être lucide
    Ls ados existent par leurs fringues , leur téléphone portable
    Et quand une mère met des Nike a son bébé de 10 mois , elle cherche quoi ?
    et les poussettes , pire que des limousines !
    Pas besoin de vivre au pays des bisounours , il faut admettre tout simplement que la compétion est bien présente et que beaucoup d’entre nous ont peu de valeur , presque besoin de se justifier tout le temps ..

    Penses un peu à ta carrière quand même …
    je l’ai entendu

  12. Je comprends ce que tu veux dire, Fanette.

    Mon entourage proche n’est pas dans la même classe sociale que la mienne – ou moi dans la même que la leur – et cela joue indéniablement (je ne suis pas une personne jalouse, mais « sainement » envieuse !).
    Par exemple, je dois être une des rares dans mon groupe d’amis (et de couples d’ailleurs) à ne pas ENCORE avoir de télé écran plat.

    Je suis matérialiste, j’aime les belles choses, je fais un boulot qui me plait mais qui est très mal payé. C’est pourquoi je dois me résigner parfois.

    Pour autant, je n’ai jamais été et ne deviendrai sans doute jamais non plus une personne ambitieuse, carriériste (dans le bon sens du terme). Parfois je ressens ce décalage, l’étalage dont tu parles. Souvent il me met mal à l’aise. Mais comme j’y suis confrontée tous les jours, au final, je m’en fiche un peu.

    La seule « prétention » que j’ai, c’est d’être en paix avec moi-même et heureuse dans la vie.

  13. C’est marrant ce billet, et les réactions qui en découlent… ça fait réagir en tout cas.
    J’ai un boulot mal payé. Mais tellement sympa. J’ai un boulot qui ne nécessite aucun diplôme. Pourtant personne ne veut le faire, par vocation… juste par obligation.
    je gagne les 3/4 d’un smic… j’ai une maison en location, une loggan… bref, le pied, hein?
    Pour moi oui. Car j’ai une super « qualité » de vie. Pas de quantité de fric, certes. Surtout en étant marié à un fonctionnaire (autre débat que celui des salaires des fonctionnaires!!!)…. mais je me sens bien… et je vis des moments supers avec mes enfants et ceux que je garde…
    Bon ok, à 40 ans, c’est une carrière de merde. Je n’attire personne en société, lors d’un apéro… dès que je dis ce que je fais, on baisse les yeux et on change de sujet…
    Mais bon…
    Je ne critique pas la plupart de mes ex-collègues (j’ai lâché la fonction publique pour faire nounou)… ils sont là où il voulaient être, cadres ou cadres sup… je suis contente pour eux. Ils en avaient le profil. Pas moi.
    Le souci est qu’avant on prenait des vacances ensemble… là on ne peut plus. Trop d’écart de niveau de vie.
    Mais l’amitié est là…
    En ce moment, la quarantaine leur fait dire que « je suis dans le vrai », finalement…
    Mais bon, il faut pouvoir vivre aussi, et subvenir à ses besoins…
    Je comprends qu’on veuille se donner les moyens d’obtenir ce qu’on souhaite. Moi, j’avais juste besoin d’investir dans l’humain…
    Chacun son truc…
    Bisous Fanette….

  14. merci fanette je suis d’accord avec toi et je l’avais dit moins clairement dans un petit billet d’écriture sur le thème de la réussite
    http://missorchidee.over-blog.com/article-25573347.html

  15. Ah, que j’aime ce post et que je te comprends !!! Tout le monde n’est pas comme ça, je dirais même que, objectivement, il y a peu de gens comme ça : mais il suffit de très peu pour te mettre mal. En effet, les gens comme ça savent instiller un subtil mépris / dégout qui te met le moral à zéro. Même s’ils ne se focalisent pas sur les appareils photos, ils sont super démoralisants et méprisants et… yeurk. je suis comme toi. Et je vois que je ne suis pas la seule !

  16. tout ça n’est jamais simple…
    j’aimerais tant être un chat quelquefois pour dormir tranquillement et ne pas connaître la jalousie et les mesquineries.

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