Le secret d’Hedwige

nuages

Car Hedwige avait un secret !!!
Je le savais.
Je l’aurais dit avant, on m’aurait dit hé ho t’es jaaaaaaalouse. Cette fille te pique ton copain et tout Fanette ton âme est noire et dévorée par la jalousie.
Et je me méfiais aussi : car la dernière fois que j’ai rencontré une fille sympa, c’était la copine de Lui et elle était pas si sympa. Alors ça va, les filles sympas, maintenant, je me méfie (au moins, avec les nanas qui te tirent la tronche tout de suite tu SAIS à quoi t’en tenir, c’est clair).
Je rassure tout de suite : Hedwige est toujours ma copine, non, le secret n’est pas qu’elle se métamorphose la nuit en monstre : point du tout.
Bon, on reprend dans la zénitude. Comme j’ai dit, tout d’un coup, ça a été comme si Hedwige et moi on se connaissait depuis la maternelle. Pas d’un coup : j’exagère ; comme toujours. La première fois, c’était juste comme si on se connaissait depuis un mois, et je n’avais pas toute ma tête (grosse fatigue). La deuxième, on était potesses depuis deux ans. La troisième (dans le bar), depuis dix. La quatrième, la cinquième (je ne vous les fais pas toutes, on a passé un quantité impressionnantes de fois à rire et à pouffer ; ça ne donne pas l’air intelligent ; on passe, d’accord?), on se connaissait depuis oh la la, 20 ans, la maternelle.
Et puis il y a eu le soir où on est devenue soeurs ; pas soeurs ; pas tout à fait ; mais tout comme. Il faut savoir que je n’aime pas les gens dont l’affect est trop affleurant ; oups, quelle expression ! pourtant, ça veut dire quelque chose : je rectifie : les personnes qui, en trois mots, vous racontent tout le malheur de leur vie, et vous le mettent sur le dos, jusqu’à ce que vous en soyez vous-même bouleversé. J’ai déjà donné. J’ai eu des copines, on s’est raconté nos malheurs, on s’adorait et puis six mois après, pfuit, exit la meilleure amie. Six mois après, j’exagère… Mais pas tant que ça. Il y a un temps pour les amitiés adolescentes, et puis après, adolescentes, on ne l’est plus alors on devient sérieux. On se rassemble, on se rajuste et on se tient correctement.
En ce qui me concerne (et alors curieusement, depuis que j’ai des lecteurs, c’est très dur de parler de moi), je suis douée d’un mécanisme d’auto protection furieusement efficace. Ou alors Dieu est avec moi ; ou la providence ; enfin il y a un truc. certaines personnes se retrouvent parfois seules – tristes – juste au moment où il faudrait ne plus l’être. Moi je suis l’inverse ; même si j’ai le cafard et que je pleure, je sais que le téléphone sonnera ; il sonne tout le temps ; c’est machin, c’est truc ou c’est chose. C’est presque honteux. Je connais trop de gens ; ils ne veulent pas forcément tous me voir, mais il y en a toujours un pour m’appeler, même si c’est pour récupérer un CD ou me supplier de l’accompagner à une expo pourrie – j’y vais et pendant que l’autre se fait chier je rencontre trois personnes sympas. Je n’y peux rien. Un jour, ma délicieuse collègue Isabelle m’avait demandé, sur un ton de voix délicieusement dramatique (dans les graves) : « Est-ce que ça t’est jamais arrivé de te retrouver seule? ». J’ai cherché ; j’ai dit non (je n’ai pas l’impression que je doive prendre en compte les fois où je rate le dernier métro et où je rentre à pied parce que je n’ai plus de liquide et que ma CB est dans le tiroir de ma commode chez moi ; même celle où j’ai eu les pieds mouillés et attrapé un rhume ; c’était très énervant, mais en même temps, j’étais si en colère contre moi que j’ai ri tout le temps, et rencontré des sortes de skin head avec des piercing dans une Clio pourrie mais pourrie qui ont eu pitié et m’ont déposé chez moi – j’ai passé tout le trajet à éternuer car je suis allergique au shit et la voiture puait – après on me dit mais tu es folle de monter avec des gens que tu ne connais pas – je ne suis pas folle, je suis protégée – je ne vois que ça – une civilisation extra terrestre?). Donc j’ai dit non.
Donc, tout ça, tout ce baratin, nom de Dieu 700 mots, alors que je voulais ne pas dépasser les 500 , pour dire que comme il ne m’arrive que des trucs bien, et que quand il m’arrive des trucs pas biens, je relativise et quelqu’un est toujours là pour me changer les idées, je suis terrifiée de me retrouver seule un jour ; peut-être qu’un jour je serai triste et LE TELEPHONE NE SONNERA PAS. Et là, je serai encore plus triste.
Donc en attendant, j’approvisionne mon compte (c’est mal de parler comme ça) : j’essaie d’être là pour les autres.
C’est comme ça que quand j’ai appelé un soir Hedwige, en mode alors qu’est-ce qu’on fait ma poulette ce soir? et que j’ai entendu sa voix rauque, cassée et pleines de larmes qui n’avaient pas encore coulé, je suis restée interdite ; pas très réactive ; me suis ressaisie ; lui ai demandé ce qui se passait ; « rien », a-t-elle répondu ; aussi lui ai-je dit : « bouge pas, j’arrive! ».
N’en auriez-vous pas fait autant?

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8 réponses à “Le secret d’Hedwige

  1. Ah ben si tout pareil ! 🙂

  2. Chic, une histoire !

  3. Youpi, une histoire, je veux le secret d’Hedwige si joliment promis en titre 😉

  4. ah si ! surtout pour savoir la suite

  5. t’es trop du genre bonne copine, c’est pas que t’es protégée, c’est que t’es une gentille, c’est tout 😉

  6. ma mailleure amie s’appelle edwige ‘ …et pour Elle aussi j’aurai Volé !

  7. Nan, moi je viens quand je sais pourquoi. Pas pour « rien ». 😉

  8. Pingback: Où Fanette tente de comprendre ce qui se passe avec Hedwige « le journal de Fanette