Hichem et Anne

velo

Ça fait longtemps que je veux parler d’eux, et j’oublie. Je ne sais plus comment j’ai appelé sa femme dans les posts où j’ai parlé d’elle, alors on va dire Anne.

Hichem et sa femme ont la boîte d’à côté, elle donne dans la même cour que nous.

Hichem est un homme à la Danny de Vito ou Philippe Timsit, petit, drôle, rapide, il bouge ses mains quand il parle, fait le con tout le temps, impossible de ne pas rire avec lui. Il parle vite, a des idées tout le temps, et encourage tout le temps les gens. Parfois il ne parle pas et il reste pensif. Mais c’est rare. Il a une confiance en lui hallucinante, ce qui est d’autant plus surprenant que bien qu’il sache plein de trucs, ait plein d’idées, il n’a pas énormément de succès dans ses affaires, qui vivotent plutôt. Enfin, pas vivotent, mais bon, ça ne marche pas du feu de Dieu.

Il a un esprit à tiroir, il connaît toujours quelqu’un dans un lieu précis qui sûrement peut résoudre ton problème, parfois même il te parle de la personne en question avant que le moindre souci se soit présenté, ce qui fait qu’ensuite, quand un truc cloche, on se souvient de ce qu’il a dit et cette façon qu’il a d’anticiper les problèmes avec pertinence est frappante. Le problème, c’est qu’entre deux solutions, la bricolée et la raisonnable, il choisit toujours la bricolée – même s’il est conscient du fait que la raisonnable serait plus… raisonnable. Il est incapable, par exemple, de résister à une « bonne affaire » comme de racheter à une boîte qui ferme des imprimantes « presque neuves ». Quand le tiers des imprimantes lui claque dans les mains, sa femme râle en lui faisant remarquer que s’ils avaient acheté des neuves ils en seraient quasiment au même point, il se dispute avec elle pendant une heure, ils crient, ça fait du bruit, et quand elle est partie il vient dire : « Le pire, c’est qu’elle a raison! » et il lui offre des fleurs, le lendemain, pour se faire pardonner, et elle dit alors :  » Si tu rajoutes le prix des fleurs à celui des imprimantes, ça fait pareil ». Et lui : « Alors dans ce cas, ma chérie, j’ai eu raison, ça m’a permis de t’offrir des fleurs ! » Du coup elle se marre, tout en étant un peu fachée, et ainsi de suite.

Alors qu’Hichem est petit et rond, Anne est fine, maigre, et nerveuse, plus sèche que lui. Elle parle aussi beaucoup, mais se tait aussi. Elle pose parfois plein de questions un peu indiscrète, par une sorte d’élan un peu nerveux de curiosité, puis après te répète trois fois que non, non, elle demande ça mais ne lui dit pas, elle parle toujours trop. C’est l’un de ses leitmotivs « je parle toujours trop ». Elle est attifée plus qu’habillée, mais avec une fantaisie qui parfois la rend jolie, et parfois plouc. C’est très curieux.

Diva a (on se demande pourquoi) pitié de Anne ; elle déteste Hichem, qui se moque d’elle si finement qu’elle ne sait pas quoi répondre. Anne et Hichem n’aiment pas trop Diva, mais sans plus, quoique parfois Anne soit très énervée après Diva. Anne est super copine avec Isabelle. Un repas avec les deux à la brasserie est horrible. Epuisant. Elles parlent tout le temps.

Plus ça va, plus je les apprécie. En fait, ils sont de plus en plus agréables et souriants au fur et à mesure. Ils sont profondément gais. C’est incroyable comme la gaieté est bénéfique. Rien à voir avec le sérieux lugubre et pouet pouet de Marc.

Pourtant, il arrive à Hichem de piquer des rages contre tout le monde dans sa boîte… Mais ça reste, je ne sais pourquoi, tonifiant.

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7 réponses à “Hichem et Anne

  1. vraiment rien à dire, te lire est toujours un grand plaisir, surtout lorsque tu parles de ces gens, mystérieux, réels ou non. Car le doute peut toujours rester 😉

  2. Hello Fanette. Pour moi aussi c’est toujours un plaisir de passer et de retrouver ton talent d’analyse et de description ! J’aime ta façon de croquer les petites imperfections de l’âme humaine, avec tendresse et optimisme ;o)

  3. Il me semble les connaître….

  4. tes billets sont à la fois reposants et vivifiants.
    c’est une alchimie qui t’appartient.

  5. Merci de me dire ça, c’est vraiment sympa !

  6. Je trouve que c’est là où tu es la meilleure. Dans cette évocation réaliste de voisins.
    Quand tu fais le portrait d’inconnus, tu me fais penser à de la peinture flamande. Du clair et de l’obscur, de la liesse et de l’embrouille. Un mélange de Rembrandt et de Bruegel (le jeune, Pierre). Autant t’avouer que j’apprécie ces deux là.

    Amitiés

  7. Merci beaucoup !