Vision du vide

Beaubourg 1

Mon Dieu, une idée géniale m’a effleuré l’esprit, comme souvent, lorsque j’ai lu ce post d’Oparachake, mais j’ai remis à plus tard et à tort l’expression rédigée de cette idée. Pourtant elle était chouette. Mais voilà ce que que c’est que courir et tout faire en hâte. J’aurais besoin d’activité contemplative pour explorer ma vie intérieure. Il se pense tant de choses palpitantes dans mon moi intérieur, mais c’est l’extérieur qui prend le dessus, l’extérieur et ses impératifs alimentaires. Du coup, au passage, je comprends ce que veut dire la pauvreté intérieure, et pourquoi elle libère l’esprit, ce que Bernie Madof n’a pas pigé, lui, le malheureux. En fait c’est une victime du système. Bon ça je l »expliquerais une autre fois, là je vais déjà faire un poste super acrobatique pour un lundi, et avec envie de café, en plus, et de sandwich aux oeufs durs. Ma vie intérieure ne sort pas grandie de mes fringales. Oeufs durs thon. Non, je résiste, pour une heure, je ne suis qu’esprit, merde.

Le lecteur fidèle se souvient de ce que la semaine dernière, je faisais ma béotienne en m’esclaffant sur une exposition de rien. D’ailleurs, j’ai l’honneur d’avoir été cité pour cette puissante analyse par Miss SFW, qui me fait l’honneur de partager mon point de vue. Là dessus, Miss 400 , encore une miss, pourtant je ne suis pas Geneviève de Fontenay, me laisse ne commentaire qui me fit blêmir intérieurement : je cite : Le vide, c’est une expression comme une autre. En plus ce n’est pas un vide absolu, c’est un vide qui aurait dû contenir une expression artistique. Et un vide dans un lieu normalement rempli d’art. Et conçu pour l’accueillir. Elle met un smiley pour dire que c’est drôle, mais parfois je suis imperméable à l’humour.

Ah fichtre, me dis-je. Fanette, accroche toi, tes lecteurs élèvent le débat, tu vas pas suivre, glisser et te faire mal en tombant.  M’a sauté à la figure, mais toujours intérieurement, en fait je relisais dans la déconcentration totale un dossier, tout en mettant sur pied une soirée ciné chez Ben, mais c’était un de ces jours où j’ai le cerveau huilé, où tout coulisse, il me faut faire dix choses en même temps sous peine de cesser de fonctionner, des visions fulgurantes et suggestives de vides remplis, remplis de souvenirs, de potentialités, de désirs : un bureau qu’on devait louer, par exemple, mais la crise a eu raison de l’entreprise, et le non -locataire, jeune patron d’une petite boîte, qui espérait lui aussi faire partie de la France qui on ne sait pas quoi mais qui, parcourt mélancoliquement du regard les espaces vides, en songeant à quel point il se serait senti fier de les remplir de mobilier de bureau qui n’auraient pas été de simples tables et chaises de bureau, mais des preuves tangibles de sa réussite, de son orgueil, de sa prise sur le monde. Dans ce cas, le bureau vide se remplit d’espérances avortées, de rêves, d’explications qu’il va falloir donner, de coeurs serrés, de stress. Ou alors,  un camion de déménagement vide, avant ou après avoir été rempli. Avant, il est vide, mais déjà plein, en puissance, d’objets qui composent une vie : pourtant, une vie n’est pas un entrepôt, donc peut-être, avant d’être rempli, contient-il l’essence la plus subtile de chaque vie humaine, son âme, puisqu’il est là, destiné à une fonction, il renferme la partie impalpable de la vie qu’il est sensé transprter d’un point à un autre de l’écorce terrestre.

Et là dessus, baguenaudant sur le blog de Oparachake, elle évoque la même chose : étrangement, ce post se présente sous mes yeux au moment où je visualise les vides pleins que je tente d’évoquer par les mots, et sous mes yeux, et donc vous voyez que dans mon monde intérieur, ça s’agite fichtrement, apparaît un appartement, avec un petit vide au milieu, celui d’un petit être cher qui a disparu. Ce n’est pas, à ce moment là, un espace vide rempli de ce qui a été, de ce qui pourrait être, ou de ce qui va être : c’est un espace rempli de meubles, lit, table, chaises, lumières, chaussures, avec une petit vide impalpable le long des murs, sur le canapé ou le lit où la boule de poils évoquée par Oparachake avait l’habitude de dormir peut-être. Ce petit vide va s’amenuiser peu à peu et devenir imperceptible, mais pas encore. Un peu comme le chat de Chester, il va disparaître progressivement.

Et donc, sans toutefois approuver le fait de dépenser 12 euros pour aller ne rien voir, surtout à Beaubourg, que j’ai toujours trouvé moche, et que je trouverais toujours moche, et que je tiens à continuer de trouver moche, avec les vitres cradocs et les tuyaux bleus, même si la bibliothèque est géniale, et ouverte le dimanche, et on y lit des BD, et c’est cool, je demeure saisie, finalement, par la pertinence des artistes qui exposent du vide. Certes, leur façon de présenter la chose est déplaisante. Cuistres. Et vendeurs de petits morceaux d’âme. En fait, ce vide plein se charge lourdement de signification, plus que n’importe quel tableau, sauf les tableaux de Vermeer, ceux qui ouvrent des portes sur on ne sait trop quoi. Mais il faut le saisir, ce vide, dans la vraie vie, quand il vit, quand il existe vraiment. Pas le reconstituer intellectuellement pour le faire exister artificiellement et le vendre. C’est de la production industrielle, ou intellectuelle, de quelque chose que l’on ne peut produire artificiellement. Il faut, pour le saisir, s’armer de patience et de lucidité et le pourchasser dans la vie, quand ces instants morts nés, chargés de passé ou d’avenir, se présentent devant nous. Bizarre, direz-vous? Et encore, je passe le plus bizarre. Le fait que je me demande pourquoi je relie des trucs comme ça dans ma tête à des moments où je devrais faire autre chose, et pourquoi ces idées fulgurantes me donnent l’impression que c’est le monde entier qui veut me faire comprendre un truc, accentuant encore ma tendance à douter de la réalité du monde. Qu’est ce qui est plus réel, cette série d’association d’idée, ou le dossier à finir? Ne devrais-je pas tout laisser tomber, et réfléchir à ça? Je comprends tout d’un coup les ermites dans le désert. Si je partais dans le désert, j’aurais soif, faim, envie de me balader dans le Luxembourg, de manger des glaces Bertillon, ou de passer une soirée à côté de Ben dans le canapé à regarder What’s new Pussy cat pour la 14ème fois en mangeant des brownies. Pourquoi j’associe tout ça à Fanny Mae, l’étoile dans l’Etoile et le Fouet?

Bon, allez, stop, maintenant, next step : le sandwich aux oeufs durs thon. Je devrais avoir honte de fantasmer sur des trucs comme ça.

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7 réponses à “Vision du vide

  1. L’art… la rencontre du visiteur avec la démarche de l’artiste, la réflexion qui en découle, l’éveil souvent à un regard nouveau sur plein de choses, sur le monde.
    Le vide n’est pas rien, c’est un quelque chose, c’est du rien.
    Et tes pérégrinations intérieures justifient à elles seules la légitimité de cette expo 😉 !

    (oeuf dur/thon, vraiment ? :/ …)

  2. une inquiétude me saisit : ton sandwich thon oeuf durs mayo lui était-il suffisamment plein? 🙂

  3. J’adore ton texte, même si je ne me risquerai pas à commenter plus avant cette expo (qui m’a laissée perplexe) et les réflexions qu’elle engendre (et la manière dont tu en parles, qui la rend proprement universelle – j’ai pensé à la manière dont parfois moi même je ressens certaines idées comme des illuminations genre « tout se combine enfin » ).
    Tu écris vraiment très bien.

  4. Ahhh, tu évoques Vermeer. Cet admirable artiste. Ce génie. Ce faiseur de magie. J’ai eu à nouveau la chance d’admirer quelques unes de ces oeuvres ce we au Rijksmuseum. Quel plaisir. Je reste de longues minutes à admirer sans me lasser. Cette lumière. Ces détails. Le rendu des textures, des matériaux. Bref. J’adore… Et j’adore cette peinture hollandaises du siècle d’or où l’on se perd dans l’architecture des maisons.

  5. J’aime bien la façon dont tu exprimes nos potentielles chutes vertigineuses de blogueuses
    Dans un conversation courante , on lance un sujet , un film , une expo que l’on a trouvé un peu …foutage de gueule on assume plutot bien , et on trouve vite de la repartie , ou bien une manière pour clore le débat
    Mais sur nos blogs , c’est differrent , on doit argumenter , et parfois on est en manque , alors , on risque la chute dans le vide
    C’est aussi pour cette raison que n’aimant pas les polémiques , je ne m’aventure pas sur tous les terrains

    Je suis comme toi , j’adore les sandwiches au thon, hum ..
    J’aime bien tes billets qui dérivent ..

  6. Pingback: Des Tags au Grand Palais « le journal de Fanette

  7. Je viens de publier un billet très proche sur l’envers du monde