Il y a lontemps que… Que.

Je vais tenter de rester mesurée. Le film que j’ai détesté s’appelle « il y a longtemps que je t’aime ». Kristin Scott Thomas joue super bien, mais vraiment bien, heureusement qu’elle est là. Elsa Zylberstein, que j’aime bien  (c’est-à-dire qu’à l’époque, j’avais été traumatisée par Mina Tannenbaüm, mais je crois que j’ai évolué), joue normalement.

Une petite soeur accueille sa soeur ainée à sa sortie de prison. C’est tout joli chez la petite soeur, bien arrangé, comme dans une revue de déco, matos type Habitat, Ikea de riche,  quoi, tendance l’étage déco du Printemps. Je hais ces intérieurs, c’est joli, hein, mais je hais, c’est viscéral. Trop parfait. La petite soeur a un mari et deux petits filles (très mignonnes, les petites filles, en fait j’ai fini le film à cause d’elles et de Kristin Scott-Thomas) vietnamienne adoptées. C’est bien, hein, d’adopter des petites vietnamiennes? Ils auraient pu adopter aussi des trisomiques 21 paraplégiques et séropositifs, mais ça passait moins à la caméra. Donc, deux petites vietnamiennes. Le papa du mari vit avec eux, ils s’aiment tous, ils ne se disputent pas. Ils sont tellement cool et ouverts d’esprit qu’ils ont un couple irakien pour ami : évidemment le monsieur a souffert, il y avait la guerre, mais il reste philosophe, et il a du mérite. Ils ont une grande voiture familiale. Ils ont un ami prof de fac qui a donné des cours en prison. Que du gens bien, un peu l’ambiance de la pub ricoré, que j’adore, sauf l’Irakien, qui donne la petite Droit de l’homme touch, et la victime qui surmonte les horreurs ; des gens comme ça, on en veut d’autees, et plein. Ils sont où? Ils habitent où? Ils râlent pas, ils font que des trucs bien (sauf un quand il boit, mais bon, c’est pour faire la petite touche déglinguée) . En sport, la petite soeur va à la piscine, avec sa grande soeur, et à la piscine l’ambiance est toute bon enfant, c’est cool. On est sûr qu’ils mangent des légumes bio, tout ça. Ils font des week end entre amis et c’est cool, les enfants jouent sans se disputer, bon, il y en a un qui picole trop, mais ça sert l’intrigue, donc ça va.

Et la soeur qui sort de prison elle est au milieu de tout ça. C’est la seule moins bien, vous voyez. Elle dit rien. Bon, je l’ai dit, Kristin Scott Thomas joue parfaitement. Et pourquoi elle a été en prison? tadam, on nous le dit pas tout de suite mais ça finit par sortir : elle a tué son fils de six ans. Ouh, pas cool, pas cool. Donc on commence à se demander pourquoi une dame comme ça a tué son fils. Surtout qu’elle est médecin, donc elle aussi c’est une gens bien, et les gens bien ne tuent pas leur fils, ah ah ah.  Il faut être psychopathe, ou de banlieue, ou Irakien pas bien, du pas bien tamponné, enregistré, à la mode,  là encore on comprend, c’est des gens bizarres, tout ça, mais là, cette dame médecin, qui joue du piano, et dont il s’avère qu’elle s’occupait si bien de sa petite soeur avant de tuer son fils, mais comment diable a-t-elle pu faire un truc si horrible? hein? Toi aussi tu t’interroges, pas vrai? Ben faut attendre la fin du film. ça tease à mort.

Pendant qu’on veut savoir le fin mot du truc, elle rencontre le prof de fac qui donnait des cours en prison, et ils semblent éprouver l’un envers l’autre une forte attirance. Va-t-elle le tuer? J’espérais vaguement que quelqu’un allait sortir un couteau… mais non, rien, pas de couteau. C’était pour faire le contraste avec l’intérieur élégant genre Printemps, tu vois, le massacre à la tronçonneuse dedans, ça aurait été frappant.

Tout va bien tout va bien, même le mari, qui avait tout de même quelques préventions contre la soeur assassine finit par la trouver sympa.

Et puis, la révélation finale.

Alors en fait, la soeur elle a pas tué son fils parce qu’elle était méchante ou folle ou mère pas bien, non, elle l’a tué parce qu’il était malade. Pour lui éviter de souffrir. Mais elle l’a pas dit. Donc en fait, on se demandait pendant tout le film si c’était une psychopathe ou une vilaine, mais non, c’est une super gentille, elle a tué son fils pour pas qu’il souffre et en plus elle a subi 15 ans de prison alors que peut-être elle aurait pu avoir la clémence des juges.

Alors tout le monde pleure.

C’est beau.

Hum. Oui, je suis un peu critique, mais j’ai rarement détesté à ce point un film. Sauf Kristin Scott-Thomas. Une accumulation de clichés, de poncifs et de bons sentiments. Remarquez, il y a la même chose dans l’autre sens, clichés, poncifs et pseudo mauvais sentiments. Pas mieux. Je suis mûre pour Prince of Persia, moi. Au moins, quand les Américains font de mauvais films, ils le font sans prétention.

Deux choses : d’abord, l’opposition manichéenne entre tous ces gens bien, propres sur eux, animés de grands nobles et beaux sentiments, ou presque ; et Kristin Scott-Thomas, mystérieuse, et qui, elle, a peut-être commis un acte impardonnable, est lourde. Dans la vie, les gens sont beaucoup plus ambigus. Il y a deux moments un peu ambigus, celui où le mari de la petite soeur montre qu’il n’a pas confiance dans sa belle soeur, criminelle, et celui où un ami aviné pose des questions indiscrètes à la soeur qui sort de prison. C’est tout, et encore, c’est de l’ambiguité cousue de fil blanc.

Ensuite, la révélation finale casse tout. Alors qu’on espérait malgré la lenteur,se trouver devant un dilemme affreux : comprendre une femme qui a tué son enfant (je n’ose même pas comparer avec Beloved, de Toni Morrison, mais bon là, on se trouve aussi devant une mère qui a égorgé son enfant, et on est aussi obligé progressivement d’accepter l’inacceptable, mais, comment dire, Toni Morrison est un peu plus fine que Philippe Claudel……..), hop, patatras, non, en fait cette femme est une sainte et une mère en souffrance. Son enfant était malade, mais bon, apparemment pendant le jugement personne ne s’en est rendu compte, il nous faut gober qu’elle ne s’est pas défendue. Ouais. A la limite. Mais ça fait quand même une grosse ficelle.

J’ai lu nombres de critiques de ce film, sur des blogs. Toutes excellentes. Alors je ne comprends pas. Pour moi, il n’est même pas médiocre, il est exécrable. L’une des critiques prétendait qu’il s’agissait d’un film sur la reconversion après une sortie de prison. C’est sûr, une criminelle accueillie par sa soeur, ex-médecin, cultivée, diplomée, c’est tout à fait le cas du délinquant moyen. Bon, ils doivent faire face à un petit peu de rejet de la part de quelques personnes à l’esprit étroit qui goûtent peu l’assassinat d’enfant, mais dans l’ensemble, les ex-détenus sont accueilli en famille, dans des maisons décorés par Maison et Jardins, entretenues par des femmes de ménages, et dont les propriétaires sont profs de facs. Grâce à ce film, on comprend mieux le problème.

Bon, j’arrête… pas charitable. Je serais curieuse d’avoir l’avis de ceux et celles qui ont aimé ce … film. A part le jeu excellent de Kristin Scott Thomas, ça reste un mystère. Un navet bien pensant, bobo, et en plus il a eu un César.

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7 réponses à “Il y a lontemps que… Que.

  1. Je n’avis pas envie de le voir de toute façon ce film.

  2. Je vais rarement voir des films français…
    Et à te lire, j’ai eu encore une fois raison de choisir d’aller plutôt voir « Harvey Milk ».

  3. J’étais mordue de cinéma quand j’étais jeune. J’allais voir les nouveaux films (le cinéma était nettement moins cher qu’aujourd’hui) et dans les salles d’art et essai pour les anciens.

    Je n’ai donc pas d’avis sur ce film dont je n’avais même pas entendu parler ni lu aucune ligne.

    Je dirais néanmoins, sur ta critique que j’ai trouvée bonne, au sens de bien écrite et donnant en même temps tes impressions et le déroulé du film, qu’il me semble que c’est cet univers trop « clean » et imageries quasi saint-sulpiciennes des familles modernes bon chic-bon genre versus « bobo » qui ne passe pas… avec leur dose de manichéisme à la sauce d’aujourd’hui…

    Je me trompe peut-être !

  4. C’est très très méchant d’avoir spoilé le film ! J’aurais tant aimé ne pas savoir la fin ! Vous êtes…vous êtes méchante !
    Je parie qu’il vous arrive même de manger de la viande !

  5. Salut, ça me fait plaisir de te voir aussi… « tranchée » et incisive.

    J’en étais presque à penser que tu étais assez neutre et transparente dans tes propos. Peut être à cause de cette sorte de distance que tu sembles mettre souvent dans tes posts. Et là, c’est carrément réjouissant de constater que tu as laissé tomber la fameuse « distance ». Et pif, et paf ! prends ça dans les dents scénariste, et bling et bloinnng, un crochet du gauche dans le pif du césarisé !

    Bon, ceci étant dit, je garde un souvenir très beau de ce film. A cause de Kristin (forcément). Je ne me souvenais même plus de la chute finale.
    Peut être que j’aime bien les films bien carrés, bien manichéens, et simples à comprendre.

    Il y a peut de films qui m’ont insupporté au point où tu le décris dans cette critique inspirée : le « Van Gogh » avec Jacques Dutronc et un film lent et chiant de Manuel De Oliveira, tellement long que j’en ai oublié le titre…

    Je l’avoue, je suis « bon public » et curieux de tout, même des « bons sentiments ».

    « Brazil », « Ghost Wolrd », « La ligne rouge », « La Jetée », de suite, ce serait mon tiercé gagnant…

    Bonne soirée, Fanette

    (…Eh bien oui, c’est tout de même moins conformiste de faire un tiercé avec 4 chevaux gagnants…)

  6. Fremen : Normalement, je n’ai rien contre les films longs, chiants… ça dépend. Là, c’est le conformisme qui me gêne. Cela dit, c’est marrant ce que tu dis sur ma neutralité.

  7. Hé hé… oui, je me doute que c’est marrant. J’imagine. Parfois, on renvoit aux autres une drole d’image. Comme quand tu t’entends dans un enregistrement sonore. « Mais c’est ma voix, ça ? ? ? Diantre. »

    Tu as raison pour le conformisme. Enfin, je veux dire, « je comprends, quoi » ! Ou un truc dans le genre…

    Oui, les films longs, chiants, c’est pas conformiste !

    Ou alors, peut être que ça existe, un film long, chiant et empesé de conformisme (Un « Il y a longtemps que… » de 3 h 30, ça doit vraiment être insupportable, hein ? ! ?)