Johnny à Cannes : ça jacasse au boulot

Ce matin, je débarque au boulot, bon, comme d’hab, sortir du métro, marcher dans la rue, pousser la lourde porte cochère, marcher jusqu’au fond de la cour : c’est le moment que je préfère, nos trois plantes en pots me font penser à une forêt (à Paris, autant avoir de l’imagination), je monte les trois marches et pousse la porte vitrée teintée de l’open space. Direction : la cafetière.

Autour de la cafetière, Isabelle, Diva et Gaby, trois de mes collègues. Isabelle, 27 ans, la secrétaire, Diva, 38 ans, l’assistante et Gaby, 52 ans, chargée de projet. Le temps me manque pour les présenter plus en détail… Il faudra. Bref. Elles ont des rapports en dents de scie, mais là, l’heure est à l’union, à la gaieté, visiblement.

Alors que moi, mal réveillée, j’ai une barre sur les yeux.

Elles parlent.

– Tu te rend compte?

– Moi ça m’étonne pas.

– Ah mais je l’avais lu je sais plus où mais quelque part.

– Johnnie To? ça fait pas chinois.

Une pensée brumeuse se forme dans mon esprit tandis que je me verse hâtivement mon café ; un nuage gris, noirâtre, ça se concentre, ça se concentre et bing ! le nuage se transforme en point qui explose, big bang matinal dans mon cerveau, et je me souviens de cet article de Slate, qu’elles n’ont pas lu, elles papotent, elles, il y en a d’autres qui surfent.

– Pas pire que John Woo, grommellé-je, alors qu’on ne me demande rien.

– Ben sûrement, dit Isabelle, qui ne regarderait pas un film de John Woo même si on le lui offrait en bonus avec son Chocapic.

– Tu savais, me demande Diva, en proie à une vive émotion qui la rend visiblement désireuse de communiquer, que Johnny était à Cannes?

Non, enfin si je l’ai lu mais je n’ai pas sauté en l’air plus que ça. mais je prends un air écrasant. La barre noire devient grise. L’air s’éclaircit.

– Bien sûr. Pour un film de Johnny To? « Je n’en savais rien, mais bon. Je tire les conclusions qui s’imposent. Isabelle me regarde avec admiration ; Diva fait bonne figure ; seule Gaby, qui n’est pas née de la dernière pluie, se marre discrètement ; elle se doute que je n’en savais rien. Mais comme elle prend Isabelle et Diva pour des abruties, elle ne dit rien, et admire mon rétablissement.

– Ben oui, j’ajoute, sur le ton de « mais enfin MAIS TOUT LE MONDE sait ça – enfin quoi, ho ».

– Et dis donc, les conditions de travail des chinois, c’est pas comme chez nous, poursuit Diva.

– Pas que dans le cinéma, fait Gaby de sa voix de fumeuse. Je me le suis laissé dire, en tout cas.

La suite….

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3 réponses à “Johnny à Cannes : ça jacasse au boulot

  1. Un seul mot: Jouissif :))

  2. Je n’aime pas Johnny, mais j’aime bien ta Gaby !

  3. je n’irai pas voir ce film mais je ne me lasse pas de la bande annonce