Pierre-Henri : le cas de l’apéritif sur la terrasse

C’est pas le tout de procéder à des raccourcis pseudo culturels abusifs et de fouiller les coins obscurs des bibliothéques parisiennes, mais je sens que je vais perdre de vue l’un des deux objectifs que je m’étais antérieurement fixés – il faut se fixer des objectifs, sinon on n’arrive à rien.

L’un était : pourquoi il faut quitter Pierre-Henri. On dira : c’est perso. Et je dirais : certes, mais ce qu’il y a de bien, c’est que si j’ai envie d’en parler je le fais et picétou. Car, en effet, pourquoi quitter Pierre-Henri?

L’autre était, en fait, plus ou moins inverse : pourquoi sortir avec Pierre-Henri, ou, plus généralement, doit-on ou ne doit-on pas profiter des opportunités sentimentales qui s’offrent à vous, dans toute leur complexité? Ou, en d’autres termes, pourquoi sort-on avec quelqu’un? On fera ça plus tard, je crains que certains ne suivent pas. Même moi, je sens que je me perds.

Revenons au premier mouton.
Pourquoi faut-il quitter Pierre-Henri? (cette question ne concerne que moi, mais je suis sûre que des tas de gens se feront une joie ineffable de participer).
J’ai tenté la réflexion analytique. Mais ce n’était pas mon jour.
Je préfère la réflexion pas analytique, quelquechose de plus inductif, qui nous mènera benoîtement à une conclusion.

Soit un week end avec Pierre-Henri.

Chez des amis.

Notons d’abord que la vie de Pierre-Henri regorge d’amis ; c’est fou ; il y a sa famille, les amis de sa famille (de ses parents, de ses tantes, de son oncle, de ses cousines, de ses cousins), puis les amis des amis des susdits.
Notons ensuite que la plupart d’entre eux ont des maisons à la campagne.
Ou des bateaux, mais j’ai été complètement ferme sur ce sujet : je ne mettrais jamais un pied sur un truc qui flotte sur de l’eau. Donc le bateau est exclu. La mer aussi, sauf s’il pleut. Je veux dire, aller m’allonger sur une plage est un truc que j’abhorre. Marcher mélancoliquement sur une plage sous la pluie, d’accord, mais je préfère boire un thé.
Toutefois, dans son stock d’amis, une quantité non négligeable a une maison dans les 100 km autour de Paris. Dans une première analyse, on peut dire que c’est bien. La campagne française est si jolie.

Mettons nous ensuite d’accord sur le terme maison. Ce n’est pas la petite maison pour la maman le papa et les pitinenfants. Non, ils ont une conception plus étendue de la maison. Dans un premier temps, je n’ai pas vu le piège. On rentrait dans ladite maison par un porche mollement ceint de chevrefeuille ; une allée de dalles entourées d’herbe menait à un garage, qui pouvait accueillir trois voitures (mais qu’est-ce que trois voitures, quand on a des amis et un super boulot, hein?) ; j’ai cru que le garage était la maison. Ah ah ah. Ma pauvre fille. Ben non, c’était le garage, plus quelques chambres au cas où. Pour la cas pas où , le normal, il y avait la maison. Une cuisine grande comme un salon, une salle à manger séparée du salon par une dénivellation, des couloirs, des escaliers : j’avais une impression de déjà vu : normal, ça faisait film des années soixante, un peu la maison dans Hibernatus, les petites villas ou James Bond est accueillis par des hôtes entourés de dames, ou celle du Limier (en moins anglais).
Bon, bon, me suis-je dit, et j’ai ajouté en moi-même : ne jette pas la pierre au riche, point de jalousie en ton coeur, si ça se trouve son coeur est grand, d’ailleurs il t’accueille, il y a des fleurs, des arbres, la forêt, c’est le partage des richesses. Why not. En plus il a vachement travaillé, alors que toi tu glandouille au boulot sur ton blog : alors ça va hein, de culpabiliser les gens namého.
Quand on arrive, je prends un douche d’une heure, à cause de la salle de bain (chez moi, je prends la douche les bras le long du corps, sinon je me cogne dans les mur ou je fais tomber le rideau de douche et après ça met de l’eau partout dans la salle de bain). Je fais des effets de serviette dans la salle de bain, je profite, quoi. Bon, eux, ils n’ont pas de radiateur pour faire chauffer la serviette et le tapis de bain, donc chez moi j’ai quand même le luxe des pieds chauds au sortir de la douche (si, si, un luxe).
Après, on a un peu de temps, on teste le lit.
Il est bien.
Après on reprend une douche.
Après on descend demander si on peut mettre la table ou donner un coup de main mais non t’es con il y a quelqu’un prendre l’apéritif.
J’adore l’apéritif.
Sur la terrasse.
Sur la table en tek.
Je fais des plans d’avenir pour calculer combien de temps je dois travailler pour avoir, pas nécessairement la maison, mais au moins la partie terrasse, table en tek et pot de fleurs.
ça sent la campagne.
On n’entend pas les voitures.
Autour de la table en tek, sur les chaises en tek, les fesses posées sur de super jolis petits coussins comme dans les magasines de déco, à côté d’un parasol fermé mais qui serait très chic s’il était ouvert, n’en doutons pas, nous avons :
Louis, Jean-Frédéric (dit Fred, car on est cool), Pierre-Henri, Astrid, Marie-Elisabeth, Coralie et Fanette.
Un choix d’alcool nous est proposé. Bon, moi je bois du vin blanc, ou alors parfois des mojitos.
Nous devisons.
Jean-Frédéric souhaite faire l’acquisition d’un appartement, les prix ayant baissés dernièrement. La conversation porte donc sur l’immoblier et la crise. Je renonce à en donner la teneur intégrale, comme c’est très ennuyeux, j’écoute à moitié et je siffle mon vin blanc à toute vitesse en zyeutant les pot de fleurs en tek, nettement plus intéressants que la conversation. L’idée, c’est l’appart de Marie-Elisabeth a perdu de sa valeur, mais elle s’en fout, mais bon quand même ; on sent une pointe d’amertume dans sa voix. Elle donne des exemples, combien elle l’a acheté, l’emprunt, combien elle remboruse, tout ça. Le tout très vite. Elle ne s’y retrouve pas, quoi. Je pourrais, à ce stade, dire « ben c’est la crise, hein » mais je m’abstiens, mon humour n’étant pas toujours bien perçu (NB : c’est à dire qu’ils pensent que je n’en ai pas, alors que je dégouline litttéralement d’humour). Donc je regarde mon pot de fleur en tek. Astrid  est propriétaire du sien, sa grand mère le lui a offert, ce qui est chouette, des grand-mères comme ça.  Jean-Frédéric reprend la main et expose son plan d’acquisition de biens immobiliers, lui il est ravi car la crise ça l’arrange. Il explique. Il fait un discours sur le thème « en vrai cépalacrise, c’est une période de restructuration nécessaire, on ajuste et ça repart, il faut savoir utiliser cette période ». Astrid prend un air indéfinissable et lui dit que c’est mal de profiter. Jean-Frédéric se marre. Marie-Elisabeth fait remarquer à Astrid que quand Louis a racheté un certain bien immobilier, elle n’a pas fait tant de remarques, alors que c’était aussi un peu abusé. Louis descend de sa hauteur pour dire que c’était une bonne affaire, point final. Je regarde Pierre-Henri, si c’est ça tout le repas ça promet. Pierre-Henri, qui ne saurait même pas acheter une voiture en faisant une affaire (et surtout le raconter pendant une demi-heure), garde un silence intéressé et courtois d’invité qui participe à la conversation. Marie-Elisabeth fait observer que l’argent circule et qu’il change de main c’est normal. Bon. On mange?
Non. La conversation passe ensuite sur les investissements ; en fait, c’est la même, sauf que c’est Marie -Elisabeth qui achète. C’est son métier. ça doit être fascinant.
Désespérée, je regarde autour de moi : c’est joli pourtant. De l’herbe bien tondue, des fleurs ; une haie. Plus loin, la forêt. S’ils se taisaient, on entendrait les oiseaux. Voilà qu’ils parlent de politique. Pierre-Henri, qui plane complètement, me regarde en souriant. Il a la tête du type qui passe un bonne soirée avec sa copine et ses potes. Damned. Damned. J’essaie de me connecter au sujet, mais je n’y parviens pas. Ils me gonflent avec leurs remarques intelligentes de gens qui savent, leur supériorité. Bon, à dire le vrai, Coralie est assez sympa, mais ça ne compense pas. Quand j’étais enfant, je voulais faire Arsène Lupin. Je me demande si ce n’est pas le moment de commencer. Qu’est-ce qu’il peut y avoir de sympa à voler ici? Est-ce que je pourrais le planquer dans le coffre de la voiture? Arsène Lupin a toujours des plans ingénieux, je sens que je serai faible en ingéniosité, surtout après le vin blanc. Non, ma chère, il faut voir les choses en face : c’est un tout. La terrasse et l’apéritif avec la conversation et les convives. Ou alors on change de Pierre-Henri, on en prend un plus… ou moins… plus ou moins quoi?  Il va falloir que je redéfinisse les standards fissa. Je suis floue sur mes exigences. Je pense à Lui (un autre, dont je suis amoureuse mais il m’a jeté, enfin pas, mais si un peu quand même). Je repense à Faustine. Qu’est-ce que je fais, je me lève, je quitte la table et je dis qu’à mon âge, j’ai le droit de rêver à une histoire d’amour sans apéro CAC 40? Pierre-Henri me sourit toujours. Mon Dieu. Mon Dieu. Il est trop gentil, préservez moi, il faut que j’apprenne à dire non à mon coeur d’artichaut, merde.

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22 réponses à “Pierre-Henri : le cas de l’apéritif sur la terrasse

  1. C’est un peu long, je sais…

  2. Mais c’est bien.

  3. c’est vrai c’est bien et j’aime bien lire tout ici !
    biz

  4. Ah c’est cool de reprendre l’histoire. Moi aussi je préfère lire ici, je ne vais pas sur lepost.

  5. c’est très bien, c’est long et bon. je désespérais avec le tournant des derniers temps

  6. Je voulais du Pierre-Henri, j’ai été servie. Merci, ça fait du bien.

  7. Clément féreol

    Ton histoire est tip top méga giga cool fanette, j’ai l’impression que c’est moi qui raconte l’histoire car tout ça est du déjà vu pour moi mais ce sont des choses à prendre au dix-millième degré sinon… c’est barbant, inutile, fatiguant…
    Des riches quoi 🙂

  8. je ne sais pas s’il te faut quitter ou non Pierre-Henri mais …Je vois que cet homme fait parler de lui et qu’à force il va avoir les oreilles qui sifflent !! ouh là là !!

  9. Je ne savais pas que les pots de fleurs en tek existaient!

  10. c’est bien de retrouver cette écriture-là…

  11. Bien joué Pierre Henri !

    Il ne participe pas à la conversation pour ne pas faire partie du camp des méchants mais néanmoins il te fait venir pour que tu puisses voir ce qu’il y a de l’autre coté de la vitre, si tu veux acheter le magasin.

    Trop fort le bonhomme !

    Alors que LUI, il est plutôt du genre pas subtil (même si est adorablechoubeau)

  12. Ahhh, welcome back 😉
    Bon alors, une chose est certaine, j’aurais sifflé la bouteille toute seule à ta place. Les conversation financières rien de plus ennuyeux à mon goût. Par contre Pierre-Henri semble parfois comme une étoile à part, ce qui fait tout son charme ?
    Alors finalement t’a « emprunté » un pot de fleurs en tek ? Tu es partie écouter le chant des oiseaux ?

  13. Ah !!! Pierre-Henri is back! Bien vu le coup des jardinières en teck… Malheureusement écologiquement incorrect.
    Vois-tu, il y a l’apéro CAC 40 où si tu n’es pas dans une phase d’accroissement de ton patrimoine, tu te sens comme une merde et l’apéro pseudo -« je-vis-avec-mon-époque » où si tu as des jardinières en teck ( quoi! Tu cautionnes le pillage des forêts tropicales? ) tu te sens comme une merde aussi.

  14. Isabelle : bon ! eh bien voilà un stress qui ne me concernera pas… C’est une consolation, non? Et tu me rappelles quelque chose. Les gens sont drôles, tout de même…

  15. Oparachake : Une étoile…. Pierre-Henri. Bon, je ne dis rien. Il a un charme. Hélas.

  16. Je me dis : si tu étais vraiment sûre et certaine que ce type ne te plait pas mais alors pas du tout, tu l’aurais déjà largué.
    De là à dire que c’est le grand amour, visiblement non mais es-tu vraiment dans les bonnes dispositions pour cela avec lui (ou un autre) ?
    N’est-il pas un peu trop gentil et donc moins charmant qu’un autre ?

  17. Je trouve ce Pierre-Henri mystérieux.
    Et oui, il a forcément du charme sinon cela ferait belle lurette que tu aurais claqué la porte, non ? ;-)))
    Parfois on reste scotché avec un bonhomme de peur de lui faire de la peine aussi. Du coup personne n’est heureux. Mais je m’interroge vraiment de plus en plus sur ce Pierre-Henri.
    Bon ce commentaire est totalement brouillon, c’est un peu le bordel dans ma tête, du mal. En fait je crois que je suis larguée au sujet de ton Pierre-Henri.

  18. Oh, merci 😀 ! J’aime bien quand tu racontes tes histoires.

    ( et Pierre Henri mis à part, les apéros CAC 40, c’est d’un chiiiiant. Surtout quand tu as été dans la finance, et que tu n’y es plus…)

  19. A tous : comme d’hab, je constate que moi qui me croyait seule victime de l’apéro CAC40, point du tout !!! On en souffre tous. Ah la la.

  20. Bon, je débarque, mais il me semble que pour savoir quoi penser de Pierre-Henri, une étude approfondie et exhaustive de son prénom aurait sans doute éveille des relents d’« apéro CAC-40 ».

    Après, est-ce que ces apéros t’ouvrent l’appétit ou te donnent mal au ventre, c’est entre toi et toi 😉

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  21. A mourir de rire! merci! 🙂

  22. je ne retiendrai pas le côté apéro CAC40, même si ce n’est pas le genre de moment sympathique que j’apprécie vraiment.
    Mais je suis ta pensée sur « le quitter ou pas. et pourquoi ? et comment ? », me sentant beaucoup plus concernée présentement…
    et puis, j’ai des mois de lecture à rattraper chez toi (et chez plein d’autres…).