Comment Fanette écrasa Carole, au poker, chez son papa

J’étais (une fois n’est pas coutume) chez mon père. C’était dimanche. Contrairement à leurs habitudes, ils ne s’apprêtaient pas tout bêtement à regarder, avec sa femme, Vivement Dimanche, en critiquant Michel Drücker, mais ils avaient invités des amis à jouer au poker (au Texas Hold’em) (mais en laissant la TV, je vous rassure).
Du coup, enthousiasmée, je m’extirpe du canapé dans lequel je m’étais vautrée en toute quiétude, alanguie par le gigot-flagolet et le vin rouge, et propose de participer. Normalement, c’est l’heure où je m’éclipse, mais là, ça promettait drôlement.
Débarquent ses copains de toujours, qui me connaissent forcément, Hosni et son épouse Samira (qui ne parle jamais), Charlie-le-Belge et son épouse Hélène (pas bavarde non plus) et Paul et sa copine du moment, dont j’ignore le nom.
Samira, Hélène et la copine s’asseyent dans le canapé et regardent un peu Vivement Dimanche (en critiquant Michel Drücker, qu’il est mielleux tout ça).
Mon père, sa femme Carole, Hosni et Charlie s’asseyent avec moi autour de la table de salle à manger débarrassée de ses reliefs de repas ; Samira et Hélène vont faire le café en papotant, tandis que la copine inconnue reste devant la télé, fascinée (?). J’ai l’impression formidable d’avoir 11 ans. Carole, qui a portant un look ultra mode, des chaussures à talons de 12 cm et une grosse ceinture en cuir autour de sa taille fine, est responsable de la déco de chez Papa, eh oui, et ça nous vaut la soupière de sa grand mère au milieu du buffet – elle prétend que c’est un souvenir d’enfance, on respecte, mais il y a néanmoins une soupière sur le buffet. Et un tapis vert sur la table de la salle à manger : l’ambiance est chaude, chez papa.
– Elle se dévergonde, la petite, dit Charlie-le-Belge, crâne rasé et boucle d’oreille en diamant, et qui, je le précise, porte, comme à son habitude, une chemise en soie noire, et une ceinture à boucle – il évoque Travolta, ou Johnny Halliday (on ne critique pas ; c’est pour situer).
– Haha, fait Hosni (jean et chemise blanche, plus soft).
Hosni et Charlie sont surpris de me voir jouer au poker ; et moi aussi, je suis surprise, je ne les ai jamais vu jouer au poker de ma vie, que, certes, je ne passe pas entièrement à leurs côtés, mais tout de même. D’où  une conversation sur la démocratisation du poker, les chaînes de télé qui retransmettent des tournois de poker, qu’ils regardent tous. Quant à moi, je joue avec des amis, sans jouer d’argent, ou très peu, et à la fin de la partie on partage les gains en fonction des jetons, pépère. Je les intéresse drôlement quand je leur apprend l’existence de sites internet dédiés au poker – à dire vrai, Charlie le savait -, type Pokerlisting, avec des salles de poker en ligne, et des tournois de poker gratuit, moyennennant inscription. Ah ah ah. A force de surfer, on apprend des trucs. Oui, oui, je promets de leur envoyer le lien.
Bon, on commence à jouer. Naturellement, la pire, c’est Carole, qui joue pour gagner.
Bon, on joue on joue tout ça, et je perds. Ça m’énerve, ça m’irrite, je suis vexée comme un pou, ça lui fait plaisir, à Carole, que je perde, elle dit rien, mais je le sais, oups, ah, irritant. En plus Hosni et Charlie échangent des coups d’oeil rigolards qui me déplaisent fortement. Avec la soupière sur le buffet et Drücker à la télé, je me demande pourquoi je suis restée jouer au poker chez papa.
Et puis tout d’un coup j’ai une paire de sept.
Oui, bon, sept, mais une paire. Va savoir.
Et puis au flop : un sept.
Hein ? Ça pourrait me faire un brelan, si ça voulait.
Je garde mon air mi-figue, mi-raisin de vexée par Carole, et j’attends. Je mise juste pour suivre, mais comme Carole veut me faire perdre, elle mise de façon à m’obliger à mettre mes derniers jetons. Allez savoir pourquoi, mon père et ses amis se couchent. Hosni jette un oeil à Charlie qui zyeute papa qui range ses cartes sous le paquet (c’est lui qui distribue). A la télé, Michel Drücker, ménageant un suspens terrible, annonce l’arrivée imminente sur la plateau d’une star exceptionnelle de la chanson française, dont le succès ne se dément pas depuis trente ans. Il se trouve qu’elle adore le nouveau talent à succès qu’il a invité, et on sent que ça va être un grand moment, l’ancienne et la nouvelle génération qui se donnent la main.
Carole fait, d’un air soigneusement désinvolte : Ah oui ? Alors on se retrouve toutes seules ?
Cartes suivantes : une dame survient, puis un autre sept.
Pour masquer mon trouble, je fais pffff, et quand je dois miser, avec un air de perdu pour perdu, je fais tapis – un tapis de pauvresse.
Carole, la malheureuse, prend l’air triste pour moi – l’équivalent carolesque de l’air triomphant.
On retourne nos cartes.
Elle a deux paires. C’est dommage, hein ?
Du coup, elle part rageusement dans la cuisine mettre en route le lave-vaisselle.
Ah, ah, ah.

Article rédigé en collaboration avec PokerListings France.

2 réponses à “Comment Fanette écrasa Carole, au poker, chez son papa

  1. Chez mes parents , il y a toujours la soupière sur le buffet et Drucker à la télé

    comme quoi , les choses restent
    c’est toujours un bonheur de te lire Fanette , je suis heureuse de me replonger chez tes « gens « qui ressemblent aux miens