Faustine

Je suis ce jour-là au café avec Faustine. Cela fait un bout de temps qu’on ne s’est pas vues, et l’idée m’effleure qu’il y a peut-être une raison logique à tout cela. Une raison logique qui serait : nous n’avons rien à nous dire. L’idée m’effleure, mais je la repousse, parce que ça me gêne, je suis devant elle : et nous étions amies, alors comment va-t-on ne plus l’être ? A quel moment commence-t-on à ne plus être amie avec quelqu’un ? Non, attends, avant ça même : arrive-t-il que sans raison, sans dispute sans rien, on ne soit plus amie avec quelqu’un ? A la limite, j’y penserai une autre fois. Pas là, je suis devant Faustine et j’ai envie de lui parler de mon souci, et de voir comment elle va réagir.

Autant vous dire que si je dois à la fois essayer de quitter Pierre-Henri et réfléchir à mes relations avec Faustine, on ne va pas s’en sortir.

Description de Faustine : elle est blonde et rose, et de plus en plus blonde et de plus en plus rose. Ce jour-là, elle porte une chemise blanche, manches longues – qui lui arrivent au milieu des mains, Isabelle – , un petit gilet bleu marine que je n’oserai jamais porter sinon on m’envoie direct chez le proviseur, avec une fine ceinture vernie rouge qui me plonge dans la perplexité, un jean, des chaussures en cuit d’homme et une veste longue genre dandy du 19ème siècle. J’oublie la coiffure impec – c’est-à-dire décoiffé avec mèche, mais le décoiffé avec mèche – et le collier fantaisie perles et autres.

Et que fait-elle dans la vie, Faustine ? Ah, voilà, c’est ce que j’aimerai bien savoir. Là tout de suite, elle est avec un sculpteur. Un sculpteur serbe, mais de nationalité italienne, et qui vit à Paris depuis des années. Il a un charme fou. C’était son voisin, je rougissais à chaque fois que je le croisais dans les escaliers de son immeuble tellement il était beau, mais elle, elle n’avait pas vu (qu’il était beau). Nan, pas vu, nan. Elle était amoureuse d’un autre, un, je cite « homme qui l’a beaucoup blessé ». Ça la rendait aveugle aux sculpteurs serbes. Et pourtant. Son sculpteur serbe est artiste et picole, mais sinon, il est extra, tendance Frère Karamazov en plus calme.

Faustine vit de l’argent que le décès de sa grand-mère lui a procuré en la rendant propriétaire d’un appartement qu’elle ne peut affectivement pas vendre, mais qu’elle peut louer, tape ses parents de diverses façons et fait des traductions en free lance. Je n’ai pas l’impression qu’elle travaille beaucoup, mais elle fait partie de ces gens qui volètent au dessus de leur budget, on a l’impression que l’argent n’existe pas. Moi, je compte mes sous et fais des enveloppe semaine 1 semaine 2, elle, mange des pâtes ou du foie gras selon une logiquement aléatoire.

Ce jour-là, devant elle, je porte lamentablement un jean et un t-shirt noir promotionnel, avec un pull à franges et un collier fantaisie. On ne parle pas du coiffeur, c’est la quatrième semaine que je dois y aller. A cause du pull à franges et du collier vaguement ethnique, j’ai l’air d’une baba cool sans goût. Je pense à tous les blogs de mode que je lis et je me promets de réfléchir à la façon de m’habiller, la prochaine fois, pour me sentir moins nulle. J’ai compris pourquoi les filles font des essais de fringues : comme ça, le jour où elles doivent s’habiller, elles y ont déjà réfléchi. Quand je dois rédiger une lettre, je fais un brouillon. Je dois faire des brouillons de tenues, ça m’évitera de me sentir nulle devant Faustine. Parce que là, j’ai bouquiné jusque par d’heure avec de me ruer dans la salle de bain et de filer à mon rendez vous.

Bref. Je suis devant Faustine, dont les doigts émergent coquettement de la chemise et qui me dit en prenant son thé avec autant de façons qu’une vieille anglaise :

(A suivre)

5 réponses à “Faustine

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  2. vivement la suite! les amis qu’on a aimé mais de qui on se sent de plus en plus différent, s’éloignent de nous et un jour ne sont plus des amis ..

  3. Oh le teaser juste avant le dialogue… tu as osé!

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