Des escaliers et paliers en bois des immeubles haussmaniens.

Contexte : Pendaison de crémaillère d’Elise.

Celle-ci et son mari Sébastien, ont dans les mois précédent la pendaison de crémaillère fait des travaux de déco de l’appart. Et en toute logique la pendaison intervient quand les travaux sont achevés.

Prétexte : me changer de Faustine et de ses airs cachés derrière ses cheveux tandis que Brani fait des effets de muscles sous marcel en débarrassant la table du dîner au son de Compay Segundo, tandis qu’une vague senteur d’encens flotte dans les airs. (objectif réussi, au fait).

Sandra et moi nous rendons donc en métro dans cette banlieue proche, papotante et chuchotante, tandis que la gent masculine observe Sandra, étrangement vêtue d’une chemise en soie sugestive qui glisse sur son buste avec une feinte négligence et d’un jean rentré dans des bottes ultra mode : elle me fait penser à Dschinghis Khan, mais c’est là une preuve, s’il en est besoin, de mon état d’esprit anti mode.

L’immeuble est classique, donc hausmanien, mais sans luxe particulier (le haussmanien du pauvre, en d’autres termes). Porte de l’immeuble, en fer forgé et vitre en verre dépoli, entrée avec miroir de taille moyenne et sol en dallage noir et blanc , puis interphone bien entendu et deuxième double porte vitrée à petits carreaux.

Et au delà, le bonheur : un escalier de bois, couleur miel, aux contremarches peintes d’un rouge bordeaux pimpant, assorti aux portes à vantaux tierce des appartements, tranchant sur le blanc cassé de la montée d’escalier, que Sandra et moi, méprisant l’ascenseur, montons à pied. Ça sent la copropriété soucieuse des apparences. Les paliers sont en bois, couleur miel, et craquent délicieusement sous les pas entre deux volées de marches. On se croirait dans une maison de poupée.

Nous sonnons à la porte, par où musique et murmure de voix s’échappe, et Elise toute souriante vient nous ouvrir, en jean et long t-shirt blanc, petit gilet gris, un collier de créateur en petit détail qui tue. Impression de rentrer dans un blog mode. Bisous, salutations, petits cris (Elise à Sandra : ahhhh j’aime TROOOOOOP tes bottes, ah ouais non mais carrément, là – Sandra à Elise : Aaaaaah, j’adore ton bracelet, il est trop mignooooon).

Tout le sol de l’appartement est en latte de bois miel. Merveille.

Enthousiasmée, je signale à Elise l’amour que je ressens immédiatement pour son plancher, ce qui ne la surprend pas, elle est de ces gens qui n’imaginent pas que l’on puisse ne pas aimer ce qu’ils aiment.

– Oui, hein ? dit-elle d’un air d’évidence.

Au dessus de ce plancher, murs blancs, portes de couleurs vives : rouge et vert, canapé en cuir noir, table basse en verre translucide, poufs bariolés, meuble noir vernis, design simple et épuré, mais impression de déjà vu.

Chez Elise, la poussière et le désordre n’ont pas leur place. Des poufs orange et rose, des assiettes vertes et jaunes, des verres bleus et violet : il ne manque que les télétubbies pour passer les plats. Méditation sur le charme rétrospectif de l’incohérent fouillis en vigueur chez Faustine.

Dans ce décor idéal pour pub de soupe ou de pizzas, des trentenaires sont éparpillés, souriants, aimables, et habillés comme des gens sérieux. Leurs visages ouverts, gais et joyeux, courtois et souriants, ils regardent autour d’eux en se récriant : « Oh, c’est joli! » et font s’expliquer Elise et Sébastien sur les détails de l’aménagement de l’appartement. Est-ce lié aux émissions de Valérie Damidot ? La soirée est-elle sponsorisée par une enseigne de bricolage ? Pendant une heure, on parle papier peint, peinture et ponçage. La cuisine ultra moderne rencotnre un vif succès.

Cela prend tout un verre de punch, que je bois à petites gorgés tout en observant un barbu qui tombe sous le charme de Sandra et de son chemisier en soie à l’échancrure baladeuse, pour expliquer la déco, et attaquer le thème suivant, y afférant : l’achat de l’appartement : agence immobilière, petites annonces, sites internet, avec le corollaire, le calcul de l’emprunt et le courtier en emprunt.

Damned. Je sers subrepticement du punch à ceux dont les verres sont vides et qui ne protestent pas. Le thème suivant est le boulot, ce qui va provoquer la formation de groupes.

Les invités ont tous amenés quelque chose à manger, la table regorge de salades hétéroclites. Salade de tomate, de riz, de mais, d’avocat, de carottes (aux raisons secs), du guacamole, du taboulé, des nouilles sautées chinoises (manifestement , il s’agit d’une version fortement européanisée de la nouille sautée), de la tapenade, des patés, du saucisson, des pilons de poulets grillés. En boisson, Elise nous propose punch, aloccol forts, jus de fruits.

Nombre d’invités proviennent du travail d’Elise ou de son mari, et donc, répartis en groupe, ils font des blagues de boulot. À mon oreille droite, parvient une voix féminine tonique, autoritaire et goauilleuse : Et alors… Bernard est arrivé – ce qui fait rire tout le groupe provenant, avec elle, de son boulot, tandis qu’à mon oreille gauche, un type soupire : Internet Explorer, quoi…. – et les autres, ceux de son groupe de boulot, se marrent, sauf une fille gentille, qui écarquille les yeux et dit : Non ? ce à quoi l’autre dit si, et la fille indique par une pantomine que, non, quoi, pas IE, merde quoi.

Il n’y a pas d’alternative : je bois du punch et je bois du punch, tout en admirant le sol et les murs de l’appartement, tandis que Sandra, et son look 80 même pas ringard, ou alors si indifférente à sa potentielle ringardise qu’elle cesse de l’ètre, le chemisier en fausse soie à échancrure baladeuse glissant sur le buste, drague en toute beauté un jeune homme barbu charmant. Elle discute peinture. Et s’ils allaient voir ensemble une expo ? hein ? Demain ? Sandra, l’essayer c’est l’adopter, et puis elle n’est pas là pour perdre du temps.

4 réponses à “Des escaliers et paliers en bois des immeubles haussmaniens.

  1. La suite la suite la suite !!!!
    Je suis accro !!!
    Isis

  2. Superbe bonne description d’une certaine société
    Félicitations

  3. dis Fanette, c’est un peu comme Père Castor ! Allez Fanette, raconte nous une histoire, et dis nous tout.
    oui j’ai passé la matinée devant les bisounours avec les tamagoshis j’suis en mode nain aujourd’hui.
    la suite vite … elle conclue Sandra ?

  4. Isis : je me dépêche !

    Godenne : Merci !

    Hortense : Sandra conclut TOUJOURS.