Chez Hana

On n’est pas toujours aidé, disais-je, et ce d’autant qu’Hana habite dans un immeuble, à un certain étage ; je ne sais plus si c’est le troisième ou le quatrième, mais ça tourne, ça, je m’en souviens. Je monte, sans lâcher la rampe, à la recherche de la porte d’Hana, facile à reconnaître car elle décore toujours ses portes avec un petit panonceau annonçant son identité d’une façon fort originale. Le panonceau finit par se présenter, ses prénom et patronyme y sont calligraphiés et entourés de dessins de types mangs, en noir et blanc.

– Je t’ai entendu mais attends, me crie Hana, dont la voix semble provenir, curieusement, du plafond. Je ne peux pas ouvrir.

Ah bon ; je m’assieds dans les escaliers, me préparant à patienter ; la minuterie émet un étrange grésillement, et s’éteint, avec un « bong » surprenant ; dans le noir, je médite ; dois-je me lever pour rallumer ? ou attendre dans le noir ? Et si je m’endors, dans le noir ? Et si des bêtes ( des petites, mais pas sympas) grimpent sur moi sans que je m’en rende compte ?

Je me lève, étends la main,  rallume, autre bong, grésillé sur la fin, émis par la minuterie.

J’informe aussi Hana d’une envie pressante, qui se manifeste soudainement.

Hana ouvre la porte. Elle tient une housse plastifiée dans les bras.

– Je faisais du rangement, explique-t-elle. Je vide mon placard d’au dessus de la porte et j’y mets les affaires hors saison.

– A cette heure-là ? m’étonné-je.

– Je me suis levé tard, explique Hana. Mais j’ai du vin aussi.

Rassurée, je me précipite dans sa petite salle de bain, typiquement parisienne, où règne un pandémonium invraisemblable. De retour dans le coin salon, je constate qu’elle range, en effet : des vêtements sont étalés partout sur le canapé lit, déployé, les chaises pliantes, dépliées aussi et son lit. Elle termine de faire rentrer à coups de poing une housse remplis de vêtements dans le placard au dessus de sa porte, enroule un tendeur élastique autour des poignées du placard et descend de la chaise en soupirant.

– Pff, j’en ai marre, fait-elle. Tu m’aides ?

Il s’agit de remettre les vêtements étalés partout sur des cintres, le plus vite possible. Hop, hop, hop. Quand c’est fini, on enferme tout dans la penderie, Hana affirme que voilà une bonne chose de faite et qu’elle peaufinera ultérieurement, et nous nous affalons sur les chaises, verres de vin à la main.

– Mais toi qui est toujours top, lui dis-je soudain, tu gardes des vêtements d’une saison sur l’autre ? Ça ne se démode pas ?

Hana me regarde avec une bienveillance aimable.

– Ce que je garde, ce sont les basiques, dit-elle.

Ah, voilà : j’eusse du y penser.

– Ah oui d’accord, dis-je.

– Alors ? fait Hana (qui connait un peu Sandra). Tu as laissé Sandra avec une conquête ?

2 réponses à “Chez Hana

  1. Le style écureuil je connais, le sentiment je garde et le suite le basique ne sera plus porté pour mille fausses raison ! Bien décrit le …bordel du rangement !

  2. Classique, hein ?