Le 23 décembre dans les Grands Magasins

J’ai vécu une expérience atroce et inoubliable. Par ma faute, ma seule faute. J’avais oublié un cadeau de Noël et j’en ai eu la révélation le 22 au soir en me mettant au lit ; tout d’un coup s’est allumé une lampe dans mon esprit qui m’a hurlé : A NOEL LE COUSIN BAPTISTE VIENT ET TU L’AIMES BIEN ET TU ES AU COURANT N’EMPECHE QUE TU N’AS PAS DE CADEAU POUR LUI. Ça m’a torturé. Oui, j’aime bien ce cousin que je vois un peu, un vieux garçon prof d’histoire de l’art dans une école de créatif de son coin, qui visite avec sérieux tous les musée du monde, les uns après les autres, sans oublier le soir d’aller au restaurant manger des spécialités locales. Ça fait 30 ans qu’il baroude en Europe, musée le jour, restau le soir (avec  photo) )il devrait avoir un blog).

Et je n’avais pas de cadeau.

Alors, qu’ai-je fait ?

J’ai décidé de me prendre dans les Grands Magasins.

Un 23 décembre.

Un vendredi. En sortant du boulot.

J’ai décidé de positiver le truc, et je me suis dit : IL N’Y AURA PERSONNE. (je pense en majuscules en ce moment).

Dans le métro, l’ambiance légèrement enfiévrée aurait du me mettre la puce à l’oreille, mais j’ai ignoré l’avertissement subliminal.

En sortant du métro, la foule était assez compacte, j’en ai profité pour jeter un coup d’oeil sur les vitrines, pas extra cette année, je trouve.

Et je suis entrée dans le sauna, dans la foule, dans le brouhaha et la chaleur et je l’ai imméditament regretté, tout en continuant à avancer. Ma peau, sous les couche de pull et de manteau, est devenue moite. J’ai enlevé mon écharpe et ouvert mon manteau et avancé avec agressivité parce que ça me gavait d’être là, et c’était bien de ma faute.

Qu’est-ce que je pouvais bien lui offrir, à ce cousin ? Surtout pas un livre d’art, il les a tous, peut-être une cravate ? Mais je ne sais pas choisir les cravates. Une pochette ? Il n’en porte pas. Un CD ? Il n’écoute pas beaucoup de musique et a des gouts bien particuliers.

J’ai réalisé qu’au fond, j’étais venue là par panurgisme et réflexe. Je croyais trouver sur place une idée, mais rien de ce que je pouvais trovuer là, dans ces grands magasins, ne correspondait à un véritable cadeau pour une personne que je connaissais et à qui je ne voulais pas offrir n’importe quoi. Baptiste est un type sympa, mais avec son caractère, et des idées bien arrêtées : je peux évidemment lui offrir tout ce que je vois là mais j’aurais juste l’air de la fille qui ne savait pas quoi acheter et qui a pris unt ruc au hasard, luxe et cher, pour dire que je ne me fous pas de celui à qui je l’offre, alors que justement, je m’en fous. C’est bien à ma tante Etiennette, dont je me fous, que je peux offrir ce genre de cadeau superbe et impersonnel – ce que je n’ai pas fait, faute de moyens financiers et parce que je ne veux pas couvrir de cadeau une personne qui m’indiffère : pour elle, j’ai hypocritement participé au « cadeau commun ».

Mais pour Baptiste ?

Très ennuyée, je parcours les rayons en transpirant et suffoquant, incapable de formuler en moi même une idée qui tienne la route. Je tourne et retourne dans les rayons, je monte aux rayons maisons, j’enrage, j’ai chaud, plus j’ai chaud plus j’enrage, et vice versa. Je finis par acheter un pose bouteille en équilibre en bois, persuadée qu’il en a déjà, mais comme, tout célibataire qu’il est, il cuisine et reçoit, c’est l’un de ses plaisirs, on dira que ça lui fera du repose bouteille de rab. En redescendant, dans l’escalator, j’entends une personne parler de bouton de manchette et c’est l’illumination, je vais lui offrir des boutons de manchette, je sais qu’il les mettra car il adore soigner son look, archi classique (c’est sa révolte à lui, il est créa alors il s’habille archi classique). Je passe 20 minutes à trouver le bâtiment de la mode masculine et l’étage des boutons de manchette. Ensuite, le choix des boutons de manchette. je finis par choisir n’importe quoi, et je repars avec mes deux paquets.

La bonne nouvelle, c’est que j’ai un cadeau d’avance (pour Noël prochain ?) J’ai passé trois heures dans les Grands magasins. Le cousin Baptiste, je ne l’ai pas vu depuis 4 ans, ou 5, et au fond, même si je l’aime bien, je me demande si céder à la fièvre acheteuse de décembre en son honneur était une bonne idée. Je rentre en bus, pour me consoler en regardant Paris, et je médite sur la société de consommation et ses conditionnements. Pas fière de moi. Je vais partir habiter dans une grotte, je l’ai déjà dit. Je n’aurais plus de cadeaux à offrir à personne et je ne me taperai pas trois heures dans les Grands Magasins le 23 décembre.

La honte. Je compte sur vous pour n’en parler à personne….

PS : Joyeux Noël !

4 réponses à “Le 23 décembre dans les Grands Magasins

  1. Et Alors ? Cela lui a plu tes boutons de manchette ?

  2. « Mais non, pas de problème pour faire les magasins de jouets le 23, les Allemands sont organisés, ils auront déjà acheté tous leurs cadeaux », disais-je sur le ton de la rigolade pour arrêter de m’en vouloir d’avoir eu l’idée ridicule que puisque le plus dur, c’était de trouver les cadeaux des adultes, je pouvais attendre le dernier moment pour acheter ceux des enfants.

    À ma grande surprise, ce fut en fait vrai : la ville et ses magasins étaient beaucoup plus calmes que lors du premier week-end de décembre et tous les Allemands auxquels j’ai posé la question m’ont confirmé avoir acheté leurs cadeaux avant le 15 du mois (bien sûr, quelle question, pas toi ?).

    Donc, la prochaine fois, un petit coup de train jusqu’à Stuttgart (3h40 de TGV de Paris, pour la modique somme d’un prix de billet de TGV à la SNCF), et le problème de la cohue consumériste sera réglé ! (Quoi ?!?).

  3. @Valérie : oui et non, je ne sais pas. Je dois faire un post là dessus.

    @Krazy Kitty : sacré Allemands. Ils me surprendront toujours. Mais cela dit, j’avais acheté tous ems cadeaux bien en avance (j’achète mes cadeaux de Noël tout au long de l’année, surtout après aout mais même avant). Là, j’ai eu un blanc. Peut-être pas un hasard ? Un acte manqué ? Saura-t-on jamais ?

  4. Il me vient cependant à l’esprit qu’une partie des Allemands s’échangent leurs cadeaux pour la Saint-Nicolas et non pas le jour de Noël.

    J’achète moi aussi la plupart de mes cadeaux à l’avance, mais les gens que je connais le moins sont plus problématiques : d’abord, je ne sais que quelques semaines avant Noël s’ils seront là (et s’ils ne le sont pas je ne leur offre rien, puisque je ne les vois jamais en dehors des réunions de famille), et puis il me vient rarement à l’esprit que tiens, ce truc-là leur plairait énormément. (Je trouve assez ridicule d’échanger des cadeaux avec eux, pour tout dire, même si je les aime bien, mais c’est la tradition familiale et mes faibles tentatives pour la changer se sont toujours soldées par un échec cuisant.)