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Johnny à Cannes : ça jacasse au boulot

Ce matin, je débarque au boulot, bon, comme d’hab, sortir du métro, marcher dans la rue, pousser la lourde porte cochère, marcher jusqu’au fond de la cour : c’est le moment que je préfère, nos trois plantes en pots me font penser à une forêt (à Paris, autant avoir de l’imagination), je monte les trois marches et pousse la porte vitrée teintée de l’open space. Direction : la cafetière.

Autour de la cafetière, Isabelle, Diva et Gaby, trois de mes collègues. Isabelle, 27 ans, la secrétaire, Diva, 38 ans, l’assistante et Gaby, 52 ans, chargée de projet. Le temps me manque pour les présenter plus en détail… Il faudra. Bref. Elles ont des rapports en dents de scie, mais là, l’heure est à l’union, à la gaieté, visiblement.

Alors que moi, mal réveillée, j’ai une barre sur les yeux.

Elles parlent.

– Tu te rend compte?

– Moi ça m’étonne pas.

– Ah mais je l’avais lu je sais plus où mais quelque part.

– Johnnie To? ça fait pas chinois.

Une pensée brumeuse se forme dans mon esprit tandis que je me verse hâtivement mon café ; un nuage gris, noirâtre, ça se concentre, ça se concentre et bing ! le nuage se transforme en point qui explose, big bang matinal dans mon cerveau, et je me souviens de cet article de Slate, qu’elles n’ont pas lu, elles papotent, elles, il y en a d’autres qui surfent.

– Pas pire que John Woo, grommellé-je, alors qu’on ne me demande rien.

– Ben sûrement, dit Isabelle, qui ne regarderait pas un film de John Woo même si on le lui offrait en bonus avec son Chocapic.

– Tu savais, me demande Diva, en proie à une vive émotion qui la rend visiblement désireuse de communiquer, que Johnny était à Cannes?

Non, enfin si je l’ai lu mais je n’ai pas sauté en l’air plus que ça. mais je prends un air écrasant. La barre noire devient grise. L’air s’éclaircit.

– Bien sûr. Pour un film de Johnny To? « Je n’en savais rien, mais bon. Je tire les conclusions qui s’imposent. Isabelle me regarde avec admiration ; Diva fait bonne figure ; seule Gaby, qui n’est pas née de la dernière pluie, se marre discrètement ; elle se doute que je n’en savais rien. Mais comme elle prend Isabelle et Diva pour des abruties, elle ne dit rien, et admire mon rétablissement.

– Ben oui, j’ajoute, sur le ton de « mais enfin MAIS TOUT LE MONDE sait ça – enfin quoi, ho ».

– Et dis donc, les conditions de travail des chinois, c’est pas comme chez nous, poursuit Diva.

– Pas que dans le cinéma, fait Gaby de sa voix de fumeuse. Je me le suis laissé dire, en tout cas.

La suite….

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Wolverine, c’est Serval. (ou l’inverse)

Oui, parce que du tempts où je lisais la BD, c’était Serval. Du temps où je lisais les Strange et Super-Strange que je m’achetais en cachette et je planquais dans mon cartable car pas question qu’on me laisse acheter ça, quelle horreur ces mag, pensait mon entourage, alors je me planquais.   J’ai du reste mis un certain temps avant de réaliser que le Wolverine de X-Men devait être mon Serval.

Quand je lisais, il avait un charmant costume bleu et jaune, un peu flashy, mais faut ça pour un super héros, ils sont très bling bling.

Mais qui est Serval? Wolverine? Ou Hugh Jackman?

Eh bien c’est un homme déchiré. Si. C’est très dur pour lui. C’est pour ça que je l’aimais, je voulais le consoler…Il a été utilisé et manipulé par l’armée américain et du coup il est amnésique. Un coup de stress et paf ! Il sort ses griffes. Mais c’est pas qu’il est méchant, hein. Non, c’est le stress, la manipulation, tout ça. En fait, Wolverine il a besoin d’amour. Hein Hugh?

Cet article titre, avec un humour tout en finesse : Hugh Jackman, un artiste au charme acéré. Et nous apprenons que le personnage a été défendu « toutes griffes dehors ». Bon, après ils arrêtent, ça aurait fait beaucoup.

Et moi j’apprends que Hugh Jackman est plus shakespearien que X-Men, et sa femme lui a dit : mais tu ne vas pas faire ce film, quand même. (Retourne jouer mort d’un commis voyageur – tiens, ça me rapelle Soap, un film hilarant – rien à voir). Non mais sa femme, de quoi elle se mêle. Heureusement qu’il a dit non. Non parce que en comparant les deux, je préfère Hugh Jackman. J’avais des gouts bizarres quand j’étais gosse, quand même. (et sinon ma préféré c’était Ororo – Tempête, ils l’appellent comment dans le film? Celle qui a des cheveux blancs). Le film sort aujourd’hui et j’irai le voir et je ne formulerai aucune critique de quelque sorte que ce soit. Par principe, j’aime les super héros, même si le film est exécrable, ce qui est, hélas, fréquent.

Angelina Jolie : Kay Scarpetta ?

Je suis sceptique.

Je n’aime pas trop Angelina Jolie, et là dernièrement encore moins car à cause d’elle, je n’aime plus Brad Pitt. Je suis d’ailleurs en quête d’un Prince Charmant, et comme je n’ai pas le temps, je ne réussis pas à m’y retrouver dans les Princes potentiels.

On reparlera de Brad, mais donc, bien que je ne l’aime pas, ou parce que je ne l’aime pas, ou pour n’importe quelle autre raison, je suis perturbée en apprenant qu’Angelina Jolie va jouer Kay Scarpetta.

Analysons. D’abord, Kay Scarpetta, je l’avais imaginée comme son auteur. Patricia Cornwell. Et puis je ne l’aime pas trop, même si j’aime les enquêtes, elle est glaciale, comme femme.

Sauf que je la voyais moins sexy à la gomme qu’Angelina.

A la limite, plus dans le genre de Jodie Foster dans le Silence des Agneaux, en plus pro, froid et chiant.

Mais j’aimais bien ça, c’était un peu les enquêtes de l’emmerdeuse. (Aidé du gros plouc).

Est-ce que ça va le faire en Angelina Jolie?

En fait sûrement, car comme ils l’ont dit maintenant (vache de comm’, hein), j’ai un an voire deux pour y penser, discuter avec les copines, dire que c’est nul, c’est pas nul, on s’en fout, mais qu’est-ce que t’as à te poser des questions à la con, mais si ça me perturbe, mais arrête, etc, et quand le film va sortir je le téléchargerai illégalement me précipiterai dans un cinéma avec ma carte pour le voir. Avec Pierre-Henri – ah non, je l’aurai quitté.

Alors? ça vous convainc, vous???

Il y a lontemps que… Que.

Je vais tenter de rester mesurée. Le film que j’ai détesté s’appelle « il y a longtemps que je t’aime ». Kristin Scott Thomas joue super bien, mais vraiment bien, heureusement qu’elle est là. Elsa Zylberstein, que j’aime bien  (c’est-à-dire qu’à l’époque, j’avais été traumatisée par Mina Tannenbaüm, mais je crois que j’ai évolué), joue normalement.

Une petite soeur accueille sa soeur ainée à sa sortie de prison. C’est tout joli chez la petite soeur, bien arrangé, comme dans une revue de déco, matos type Habitat, Ikea de riche,  quoi, tendance l’étage déco du Printemps. Je hais ces intérieurs, c’est joli, hein, mais je hais, c’est viscéral. Trop parfait. La petite soeur a un mari et deux petits filles (très mignonnes, les petites filles, en fait j’ai fini le film à cause d’elles et de Kristin Scott-Thomas) vietnamienne adoptées. C’est bien, hein, d’adopter des petites vietnamiennes? Ils auraient pu adopter aussi des trisomiques 21 paraplégiques et séropositifs, mais ça passait moins à la caméra. Donc, deux petites vietnamiennes. Le papa du mari vit avec eux, ils s’aiment tous, ils ne se disputent pas. Ils sont tellement cool et ouverts d’esprit qu’ils ont un couple irakien pour ami : évidemment le monsieur a souffert, il y avait la guerre, mais il reste philosophe, et il a du mérite. Ils ont une grande voiture familiale. Ils ont un ami prof de fac qui a donné des cours en prison. Que du gens bien, un peu l’ambiance de la pub ricoré, que j’adore, sauf l’Irakien, qui donne la petite Droit de l’homme touch, et la victime qui surmonte les horreurs ; des gens comme ça, on en veut d’autees, et plein. Ils sont où? Ils habitent où? Ils râlent pas, ils font que des trucs bien (sauf un quand il boit, mais bon, c’est pour faire la petite touche déglinguée) . En sport, la petite soeur va à la piscine, avec sa grande soeur, et à la piscine l’ambiance est toute bon enfant, c’est cool. On est sûr qu’ils mangent des légumes bio, tout ça. Ils font des week end entre amis et c’est cool, les enfants jouent sans se disputer, bon, il y en a un qui picole trop, mais ça sert l’intrigue, donc ça va.

Et la soeur qui sort de prison elle est au milieu de tout ça. C’est la seule moins bien, vous voyez. Elle dit rien. Bon, je l’ai dit, Kristin Scott Thomas joue parfaitement. Et pourquoi elle a été en prison? tadam, on nous le dit pas tout de suite mais ça finit par sortir : elle a tué son fils de six ans. Ouh, pas cool, pas cool. Donc on commence à se demander pourquoi une dame comme ça a tué son fils. Surtout qu’elle est médecin, donc elle aussi c’est une gens bien, et les gens bien ne tuent pas leur fils, ah ah ah.  Il faut être psychopathe, ou de banlieue, ou Irakien pas bien, du pas bien tamponné, enregistré, à la mode,  là encore on comprend, c’est des gens bizarres, tout ça, mais là, cette dame médecin, qui joue du piano, et dont il s’avère qu’elle s’occupait si bien de sa petite soeur avant de tuer son fils, mais comment diable a-t-elle pu faire un truc si horrible? hein? Toi aussi tu t’interroges, pas vrai? Ben faut attendre la fin du film. ça tease à mort.

Pendant qu’on veut savoir le fin mot du truc, elle rencontre le prof de fac qui donnait des cours en prison, et ils semblent éprouver l’un envers l’autre une forte attirance. Va-t-elle le tuer? J’espérais vaguement que quelqu’un allait sortir un couteau… mais non, rien, pas de couteau. C’était pour faire le contraste avec l’intérieur élégant genre Printemps, tu vois, le massacre à la tronçonneuse dedans, ça aurait été frappant.

Tout va bien tout va bien, même le mari, qui avait tout de même quelques préventions contre la soeur assassine finit par la trouver sympa.

Et puis, la révélation finale.

Alors en fait, la soeur elle a pas tué son fils parce qu’elle était méchante ou folle ou mère pas bien, non, elle l’a tué parce qu’il était malade. Pour lui éviter de souffrir. Mais elle l’a pas dit. Donc en fait, on se demandait pendant tout le film si c’était une psychopathe ou une vilaine, mais non, c’est une super gentille, elle a tué son fils pour pas qu’il souffre et en plus elle a subi 15 ans de prison alors que peut-être elle aurait pu avoir la clémence des juges.

Alors tout le monde pleure.

C’est beau.

Hum. Oui, je suis un peu critique, mais j’ai rarement détesté à ce point un film. Sauf Kristin Scott-Thomas. Une accumulation de clichés, de poncifs et de bons sentiments. Remarquez, il y a la même chose dans l’autre sens, clichés, poncifs et pseudo mauvais sentiments. Pas mieux. Je suis mûre pour Prince of Persia, moi. Au moins, quand les Américains font de mauvais films, ils le font sans prétention.

Deux choses : d’abord, l’opposition manichéenne entre tous ces gens bien, propres sur eux, animés de grands nobles et beaux sentiments, ou presque ; et Kristin Scott-Thomas, mystérieuse, et qui, elle, a peut-être commis un acte impardonnable, est lourde. Dans la vie, les gens sont beaucoup plus ambigus. Il y a deux moments un peu ambigus, celui où le mari de la petite soeur montre qu’il n’a pas confiance dans sa belle soeur, criminelle, et celui où un ami aviné pose des questions indiscrètes à la soeur qui sort de prison. C’est tout, et encore, c’est de l’ambiguité cousue de fil blanc.

Ensuite, la révélation finale casse tout. Alors qu’on espérait malgré la lenteur,se trouver devant un dilemme affreux : comprendre une femme qui a tué son enfant (je n’ose même pas comparer avec Beloved, de Toni Morrison, mais bon là, on se trouve aussi devant une mère qui a égorgé son enfant, et on est aussi obligé progressivement d’accepter l’inacceptable, mais, comment dire, Toni Morrison est un peu plus fine que Philippe Claudel……..), hop, patatras, non, en fait cette femme est une sainte et une mère en souffrance. Son enfant était malade, mais bon, apparemment pendant le jugement personne ne s’en est rendu compte, il nous faut gober qu’elle ne s’est pas défendue. Ouais. A la limite. Mais ça fait quand même une grosse ficelle.

J’ai lu nombres de critiques de ce film, sur des blogs. Toutes excellentes. Alors je ne comprends pas. Pour moi, il n’est même pas médiocre, il est exécrable. L’une des critiques prétendait qu’il s’agissait d’un film sur la reconversion après une sortie de prison. C’est sûr, une criminelle accueillie par sa soeur, ex-médecin, cultivée, diplomée, c’est tout à fait le cas du délinquant moyen. Bon, ils doivent faire face à un petit peu de rejet de la part de quelques personnes à l’esprit étroit qui goûtent peu l’assassinat d’enfant, mais dans l’ensemble, les ex-détenus sont accueilli en famille, dans des maisons décorés par Maison et Jardins, entretenues par des femmes de ménages, et dont les propriétaires sont profs de facs. Grâce à ce film, on comprend mieux le problème.

Bon, j’arrête… pas charitable. Je serais curieuse d’avoir l’avis de ceux et celles qui ont aimé ce … film. A part le jeu excellent de Kristin Scott Thomas, ça reste un mystère. Un navet bien pensant, bobo, et en plus il a eu un César.

Dany Boon n’est ni vexé ni fâché ni rien (avec sondage !)

… De n’avoir pas été nommé aux Césars. Et j’en connais qui l’ont dit eh bien ils sont méchants.

Ouf.

Bientôt on aurait cru que c’était la guerre dans le cinéma.

M’enfin il a dit qu’il boycottait.

Enfin pas boycottait, juste il ne va pas à la cérémonie, puisque la cérémonie ne veut pas de lui.

Bon, mais moi j’ai un doute.

J’en ai déjà parlé. OK, Bienvenue chez les Ch’ti a battu la Grande vadrouille, qu’on a tous vu 50 fois à la Télé, et même moi j’en ai marre, même si je ris (quand j’y pense).

Bien.Mais je continue de penser que même si c’est un film sympatoche, ça ne casse pas des briques. On ne compare pas à la Grande vadrouille, OK, mais comparons aux Visiteurs ou au Dîner de Cons : Les Visiteurs étaient un super film, et le Dîner de Cons aussi – quoique très dur, moi j’ai eu de la peine tout le temps pour Jacques Villeret. Dans ces films, le jeu des acteurs est excellent, alors que dans les Ch’ti, sorti de Dany Boon et du mec des Deschiens, ils jouent soit moyennement soit mal.

Pour quelle qualité aurait-on du le sélectionner?

Là, il est sélectionné pour le meilleur scénario, mais je rêve ou quoi : le scénario est nul : si on enlève Dany Boon et le type des Deschiens, c’est un téléfilm, non?

Naturellement, c’est mon avis, que j’exprime dans le respect, l’amour et tout ça.

Mais il y a encore autre chose. En me lisant, là, je suis sûre que vous vous dîtes que j’ai une dent contre Dany Boon, point du tout, mais j’ai une dent contre les films gentils qui veulent se la jouer. A part ça, je suis comme tous les Français, je trouve Dany Boon sympa et très drôle.

Mais à part ça, nuançons. J’aime nuancer, ça me rappelle la fac.

En effet, quels sont les films primés aux Césars dernièrement? je ne vais pas faire une liste, c’est fastidieux, mais sauf quand un génie du Cinéma passe par là et fait un chef d’oeuvre, ou même un film chiant, mais forcément avec plus de souffle que les autres (comme le Pianiste de Polanski, pas son meilleur film, mais forcément, on ressent plus de choses en le regardant – je me souviens que je l’ai regardé sans savoir que c’était lui, j’ai trouvé ça bizarre, mais troublant, j’ai emmerdé tout le monde en racontant le film pour savoir qui l’avait fait et quand j’ai su j’ai été déçue, je me suis dit – ah, évidemment, si c’est Polanski, c’est même pas drôle – mais c’était quand même moins bien que Rosemary’s baby ou le Bal des vampires – mais mieux que le film franco- parisien de base). En fait, les résultats sont un peu bizarre – comme si on récompensait les films incontournables de réalisateurs bien vus par les professionnels de la profession, peut-être ceux qui invitent le plus avec les meilleurs petits fours, ou l’inverse, ceux dont les invits sont nulles, ça fait intello, quand on bouffe mal – et puis certains, du coup, sont laissés de côté… Le palmarès est souvent incohérent, avec des films bien récompensés, et des oublis inexplicables, donc que vaut cette cérémonie?

Je viens de lire aussi que Charlotte Gainsbourg (qui a joué il y a quelque temps dans Prête-moi ta main, que j’ai adoré car c’est une histoire d’amour, et qu’il y a Charlotte Gaionsbourg et Bernadette Laffont mais qui n’a eu aucun prix) soutient Dany Boon.

Alors?

Alors?

Alors???????

Qu’en penser? Qu’en conclure?

Eh bien ! comme je viens de découvrir mon nouveau jouet de sondage, eh bien je sonde.

NB : l’acteur que j’appelle gentiment le mec des Deschiens s’appelle Philippe Duchesne…

Merci, Patrice Cassard …

Alors il y a quelques jours, je surfais, ce qui est mal. J’aurais du aller me coucher.

En surfant, j’arrive sur le blog de Patrice Cassard. Je crois bien que je le lisais avant, il était sur une île et paf, il a fermé son blog. Ou peut-être ce n’est pas lui. Mais parce que je me suis dit « et si c’était lui? », j’ai lu son blog.

A l’aide de la petite mollette je descends je descends et j’arrive sur un post ainsi libellé : On nous cache tout, on ne nous dit rien.

Je lis le post. Dedans, il évoque une émission de télé, qui l’a empêché de dormir.

Je laisse un comm pour lui dire qu’il aurait pu lire, plutôt que de regarder la télé (car moi, je suis plus maligne que tout le monde, c’est connu).

Ensuite je clique (clic) sur le lien et je lis ça.

Eh bien ! C’est contagieux. J’ai très mal dormi. Je n’ai même pas vu le documentaire, notez, même pas, juste le site et la bande annonce, eh bien je me suis mise à trembler nerveusement de stress.

Oui, c’est parce que nous, les petites gens, pas Madof, pas Sarko, pas politiciens, quoi, les gens normaux, les idiots, juste vous savez ceux que l’on gouverne et fait voter, on se doute bien qu’il y a une couille dans le paté, mais on ne sait pas où. Tandis que là, on le discerne drôlement bien, et ça fait peur.

Donc, je me suis dis : il n’y a pas de raison.

Tout le monde a le droit de mal dormir.

(Pour vraiment bien mal dormir, lisez tout, en particulier « à propos de Klaus Barbie »).

Ran, d’Akira Kurosawa

Bon, je venais justement dire que j’avais pas le temps pour Kurosawa, mais bon, Laure…- et Marieke (edit).

Bon.

Alors comme je n’ai pas le temps, je vais me focaliser sur le truc qui me fait sautiller sur place comme une gamine de huit ans, Ran.

Ran, je l’ai vu huit fois. Je ne m’en lasse pas. Je pleure à la fin.

Pourtant, ça ne partait pas gagnant : les premières images (quoique situées dans des paysages merveilleux) sont inquiétantes : des types en costumes traditionnels, multicolores, et qui aboient pour parler (en VO). Ffffjjjjouifff. Tel a été mon sentiment au tout début.

Les noms des personnages sont incompréhensibles, ou du moins je ne les ai pas retenu. Donc, je les désignerai par leurs situations. Edit : non, merci Wikipédia pour les noms…

Les personnages du fou et de l’aveugle, quoique leurs rôles me paraissent important, me tapent sur les nerfs.

ça, c’était pour les trucs que j’aime pas.

Ran est une sorte de sorte de conte, ou de pièce de théâtre antique. Tout s’y déroule selon une sorte de logique implacable et structurée. Quand je l’ai vu la première fois, tout de suite, conquise, j’ai pensé à Eschyle : si, si, je pense à Eschyle, quoiqu’Euripide soit plus fun. Eschyle est hiératique : on a l’impression d’entrer dans un temple sacré, très ancien, on sent le souffle des dieux passer sur votre figure, et ça fait tout drôle : l’homme, énonce solennellement Eschyle, n’échappe pas à son destin. Et paf, le piège se referme sur le héros, et vous sombrez avec lui.

Dans Ran, c’est, à mon sens, un tout petit peu différent (naturellement, je ne suis pas spécialiste, je vous livre mon idée en brut, et vous en faites ce que vous voulez).

Le Roi commet une très lourde erreur, et cette erreur est à l’origine de la destruction de son royaume. Dans ce film, il n’y a pas de possibilité d’arrranger le coup. A partir du moment où un homme rentre dans un engrenage, tout va être détruit progressivement, car il a mis en oeuvre des forces qu’on ne peut arrêter. J’aime particulièrement cette idée, car on a trop souvent l’impression que l’on peut toujours revenir en arrière, revenir sur ses pas, mais en fait, très souvent, ce qui est fait, est, ce qui est dit, est dit, nous devons assumer.

Par ailleurs, les personnages, avec une sorte de grandiose simplicité, sont eux-mêmes pris dans l’engrenage fatal que le vieux Roi a déclenché. Les passions humaines s’emparent d’eux et ils ne peuvent y échapper.

Bon, de toute façon, je trouve ce film génial.

Allons-y.

Un vieux roi réunit des soldats et ses fils, fait le bilan de ses conquêtes et autres et annonce qu’il se retire des affaires, si je puis dire, et qu’il partage son royaume entre ses trois fils selon des modalités bien précises.

Le fils ainé, Taro, a le Premier Château, le titre de roi et le royaume. Le second, Jiro, a le Deuxième Château. Le troisième fils, Saburo, a le troisième château. Jiro et Saburo devront soutenir leur frère en cas de conflit ou difficulté. Le vieux roi fait preuve de naïveté.

Saburo critique ce plan. Il fait remarquer à son père qu’il a édifié son royaume sur la traîtrise,comment peut-il croire que ça va marcher? Furieux, le vieux roi le bannit, avec un soldat qui a pris sa défense.

Restent Jiro et Saburo.

Etape un : La femme de Taro, Kaede, une manipulatrice animée par la vengeance (le vieux roi a massacré sa famille), entreprend avec une rigueur implacable de brouiller Taro et son père : elle exige je ne sais plus quelle soumission de la part des épouses du vieux roi, envers elle, vu que c’est elle la Reine.

Taro la soutient. Le vieux roi découvre que son fils respecte les voeux de sa femme plus que son père.

Etape 2 : Le vieux roi va chez Jiro, dans le Second Château. C’est unfugitif.  Il espère y être accueilli comme un père et (quoiqu’il en dise) comme un roi. Mais il découvre que Jiro veut l’utiliser comme un pion dans son plan contre Taro. Au passage, on voit la femme de Jiro, elle aussi rescapé d’un massacre perpétré par le vieux roi : mais elle a pardonné (elle est bouddhiste).

Etape 3 : le vieux roi se rend dans le troisième château, vide puisqu’il a banni Saburo et que ses hommes l’ont suivi en exil. Il y est attaqué et mis en déroute par ses deux fils aînés. Il ne lui reste plus qu’à se faire seppuku (ce que nous appelons abusivement hara kiri), mais il ne peut pas car son épée est brisée. Il devient fou, hop et traîne dans tout le film sa folie désespérée. C’est quand même lui qui a mis le merdier, hein. Un roi doit assumer. Il n’est pas là pour faire du sentiment et compter sur la bonté naturelle de l’homme.

Etape 4 : Taro, le fils ainé, est assassiné. Jiro devient roi. Aussitôt, Kaede, la terrible épouse de Taro, entame une liaison avec lui. Si Taro est mené par l’ambition (me semble-t-il), Jiro est le jouet de Kaede, qui n’est pas une rigolote : elle exige de Jiro qu’il tue sa première épouse (la bouddhiste qui avait tout pardonné au vieux roi). Un soldat, chargé du crime, refuse publiquement de la faire. On voit ainsi qu’un fonctionnaire, chargé d’accomplir un acte odieux et injuste, peut s’opposer à son roi (alors que d’autres lui cèdent, par lacheté ou opportunisme).

Etape 5 : Saburo, le fils fidèle, a envoyé deux hommes chercher son père mais celui-ci ne veut pas : il a honte (il n’est donc pas tout à fait fou).

Etape 6 : Après un certain nombre de péripéties, Sué, l’épouse trahie de Jiro, est décapitée par des soldats de son mari : elle est innocente, elle a pardonné, mais qu’importe : elle ne sera pas épargnée : les innocents ne sont pas épargnés parce qu’ils sont gentils et innocents et que la vie est toute gentille. Ils sont injustement punis pour des fautes qu’ils n’ont pas commises.

Etape 7 : la bataille. Saburo pénètre dans le royaume et des soutiens d’autres seigneurs (qui veulent évidement s »emparer du royaume) pour récupérer son père. Jiro lui oppose son armée. ça se complique : ils se battent, font une trève, mais Jiro romp la trève.

Etape 8 : de pire en pire. Un autre seigneur, profitant de la bataille, attaque le Premier Château, alors que toute l’armée de Jiro est sur le lieu de la bataille. L’armée de Jiro part en vrille, et le soldat qui avait refusé de tuer Sué, l’épouse de Jiro (vous suivez?) demande à Kaede la terrible de justifier son comportement : elle explique avec joie qu’elle a manipulé la famille pour ladétruire. Le soldat lui coupe la tête (une scène gore : on voit le sang qui jaillit de son coup par jet ; c’est le kitch asiatique, la petite note sympa).

Etape 9 : Saburo retrouve son père, il lui pardonne, ils s’aiment, c’est beau et tout, mais des soldats envoyés par Jiro avant que l’armée ne parte en vrille tuent Saburo et son père en meurt aussi sec.

Final : Un aveugle (dont je n’ai pas parlé, le frère de Sué, la bouddhiste qui pardonne) erre dans les ruines du château.

Bon.

On me dira que ce n’est guère optimiste, mais je suis fan de ce film au point que je suis presque en train de pleurer (heureusement que mes collègues sont là) en écrivant cela.

Le caractère implacable de la destinée humaine rôde dans ce film. On peut l’appliquer à tout. Des hommes déclenchent des drames par volonté de pouvoir et Akira Kurosawa nous dit : tu n’y peux rien, et tu n’échapperas pas aux conséquences.

Les personnages n’ont pas de psychologie. Ce sont des rôles. Ils ne se prennent pas le chou en se demandant : est-ce que je fais ça comme ci? Ils sont réduit à la plus simple expression de l’être humain, comme Picasso transforme les silhouettes en traints ou cube pour aller à une vérité au delà des apparences. On ne regarde pas les petits détails, mais l’essentiel, la pulsion essentielle qui motive. Voilà pourquoi je dis que c’est une sorte de conte, ou de fable.

Le personnage de Kaede est fascinant : elle est à l’origine de tout, avec le vieux roi. Sa passion vengeresse ne connait aucun répit. Elle veut tout détruire, et elle se moque de mourir. Je suppose que peut-être on peut y voir du sexisme, je ne sais pas, mais moi ce que je vois c’est le pouvoir d’une femme.

Le vieux roi est fascinant aussi : sa naïveté et son orgueil sont à l’origine de tout : il a cru qu’il garderait l’autorité morale sur ses fils, alors que les fils ne veulent pas obéir à leur père, c’est comme ça, c’est humain. Il a refusé (orgueil paternel) de croire le seul de ses fils qui était sincère : comme on ne croit jamais les gens sincères, dans la vie, seuls les manipulateurs ambitieux réussissent.

Personne n’échappe à la catastrophe, les gentils ne sont pas sauvés.

Le final, un aveugle errant sur des ruines… bon, OK, c’est boum boum, mais pourquoi faire plus fin, puisque c’est ça, les hommes, qui vivent leur vie : et qui se précipitent vers le chaos.

Bon, c’était un post court et efficace de Fanette, alors maintenant, on achète le DVD (je ne sais même pas s’il passe à Paris??).

Je ne sais si ça vous a donné envie de voir le film, si vous ne le connaissez pas… En tout cas, je répète : c’est un film sublime, à s’agenouiller devant.